Fritz Stern, né le à Breslau et mort le à New York, est un historien américain d’origine allemande.

D'origine juive, sa famille doit fuir l’Allemagne nazie en 1938 et s’installe à New York, où Fritz Stern fait des études en histoire et devient un historien de réputation internationale. Ses recherches et publications portent avant tout sur l’histoire allemande des s, notamment sous le rapport des origines du national-socialisme.

Biographie Enfance et jeunesse Fritz Richard Oskar Stern naît en 1926 à Breslau en province de Basse-Silésie, aujourd’hui ville polonaise de Wrocław, qui appartenait alors au . Comptant plus d’un demi-million d’habitants, Breslau était une ville moyenne connaissant cependant une brillante vie intellectuelle et scientifique. La famille bourgeoise de Stern y jouait un rôle éminent depuis des générations. Ses grands-pères et son père, Rudolf Stern (1895-1962), étaient des médecins estimés au niveau international pour leurs performances scientifiquesCf. Stern, Five Germanys, p. 29-30. ; sa mère, Käthe, née Brieger (1894-1973), avait passé un doctorat de physique pour devenir ensuite une didacticienne d’enfants remarquéeCf. id., passim.. La famille maintenait des liens voire certaines amitiés avec divers scientifiques illustres de l’époque. Ainsi se fit-il que Fritz Haber, prix Nobel de chimie en 1918, assuma le parrainage de baptême du petit Fritz – deuxième enfant de la famille après sa sœur Toni née en 1920 – et lui donna son premier prénom (le baptême fut célébré en 1926)Cf. id., p. 67..

Les grands-parents paternels de Stern s’étaient déjà convertis au protestantisme, contrairement aux parents de sa mère ; mais elle fut baptisée immédiatement après sa naissanceCf. id., p. 23.. Tout cela ne préservait pas les Stern, bien entendu, d’être concernés eux aussi par les campagnes antisémitiques des nazis dès leur accession au pouvoir en 1933. Les parents reconnurent tout de suite le danger mortel en train de se nouer alors pour des personnes comme euxCf. id., p. 125. ; et quant à leur fils, à l’école, il subissait toujours plus de harcèlements et d’exclusion à cause de ses racines juivesCf. id., p. 116-119.. Il fut mis en 1936 au lycée Sainte-Marie-Madeleine de Breslau, plus tolérant. Néanmoins, ce ne fut qu’en 1938 que le père trouve des (vagues) perspectives professionnelles aux États-Unis, ce qui rend finalement possible l’émigration en septembre de l’année ; la famille s'établit à New YorkCf. id., p. 124-130..

Carrière académique À New York, Fritz Stern, en apprenant l’anglais assez vite, termine sa formation scolaire et s’inscrit alors, en 1943, à l’université Columbia, à un programme en médecine, suivant la tradition familiale. Or, pendant la première année, il découvre de plus en plus son intérêt pour l’histoire et la politique, de sorte qu’il les choisit comme matières principales en 1944Cf. id., p. 163-165. ; décision qui se révélera la bonne. En 1946, Stern obtient son premier diploôme, le baccalauréat. Pendant les études du second, son université l’emploie déjà comme maître de conférences en civilisation contemporaine (jusqu’en 1951)Cf. id., p. 173.. En 1948, il obtient le diplôme de Master ; en 1953, il passe sa thèse de doctorat (PhD) en histoire contemporaine sous la direction de Jacques Barzun. Entre-temps, il travaille, depuis 1951, comme professeur assistant à l'université Cornell. En 1953, il accepte de nouveau une offre de l'université Columbia pour y devenir professeur d’histoire contemporaine – poste qu'il occupe jusqu’à sa retraite en 1996. De 1953 à 1957, il est professeur assistant, puis, de 1957 à 1963, devient professeur associé, avant d'être, de 1963 à 1967, professeur titulaire ; de 1967 à 1992, professeur de la chaire prestigieuse de Seth Low, de 1992 à 1996, University Professor ; et enfin, à partir de 1997, professeur émériteCf. Elster, Who’s Who, p. 2096.. De 1980 à 1983, il accepte aussi la charge de chancelier (provost) de l'université ColumbiaCf. Stern, Five Germanys, p. 402-403 ; 414.. Pendant sa carrière de professeur, Stern encadre une trentaine de thèses de doctoratCf. id., p. 229..

Pour enseigner et faire des recherches, il voyage beaucoup, le plus fréquemment en Europe, et avant tout en Allemagne (c'est en 1950 qu’il visite le continent et l'Allemagne pour la première fois après son émigrationCf. id., p. 199-203.). À titre de sommité en histoire, il est, par exemple, professeur invité à l’université libre de Berlin plusieurs fois à partir de 1954Cf. id., p. 206-215. et professeur invité à l’université d’Iéna en 2007. À partir de 1966, il est professeur invité permanent à l’université de ConstanceCf. id., p. 270-272.. Quant à d’autres pays européens, de 1966 à 1967, par exemple, Stern travaille à l’université d’OxfordCf. id., p. 241-245. ; de 1972 à 1973 au Netherlands Institute for Advanced Study (Wassenaar)Cf. id., p. 276-286. ; en 1979, chez la Fondation nationale des sciences politiques de ParisCf. id., p. 364-367.. Il est également membre de nombreuses organisations scientifiques aussi bien aux États-Unis qu’en Allemagne (voir la liste ci-dessous). De temps en temps, il fait en plus fonction de conseiller politique pour les premiers ; surtout de 1993 à 1994, quand il est Senior Adviser de l’ambassade américaine en Allemagne (pendant que son ami Richard Holbrooke est ambassadeur)Cf. id., p. 481-498..

Œuvre historique L’œuvre d’historien et la biographie de Fritz Stern sont intrinsèquement liées l’une à l’autre. Étant né et ayant passé ses premiers douze ans de vie en Allemagne, comme fils d’une famille allemande, ce pays est demeuré pour lui sa patrie. Après qu’on l’en ait chassé, il éprouve, pendant la Seconde Guerre mondiale et les premières années de l'après-guerre une Id., p. 195 ; cf. p. 170 ; 200.. D’autre part, il se découvre bientôt hanté par une question éthique : Id., p. 4 ; cf. p. 198-199., c’est-à-dire : Quelles furent les causes du national-socialisme et de son succès en Allemagne ? Ainsi écrit-il son mémoire de maîtrise (1948) sur Arthur Moeller van den Bruck, un influent auteur allemand de la fin du et du début du qui lutta contre le libéralismeCf. id., p. 191.. Dans sa thèse de doctorat (1953, publiée en 1961 sous le titre The Politics of Cultural Despair. A Study in the Rise of the Germanic Ideology), Stern poursuit cette thématique en traitant du même personnage et deux autres auteurs allemands de la même époque et de la même orientation politique : Paul de Lagarde et Julius LangbehnCf. id., p. 226-228.. En 1951, Stern vit en outre Id., p. 203. en tant que tel, lorsque l'université Cornell le charge de donner des cours d'histoire allemande contemporaine, ce qu'il accepte. Or, ce domaine, au début des années 1950, est encore relativement peu exploréCf. id., p. 203.), mais pour Stern, il devient dès lors et est toujours resté le centre de son travail d’historien, lui permettant d'acquérir rapidement la réputation internationale d’en être l'un des meilleurs experts. Sa problématique préférée réside tout entière dans l'interrogation du « Pourquoi ? ». Les deux ouvrages déjà cités illustrent qu’il s'en approche tout particulièrement selon le point de vue culturel. Celui-ci est également au centre de son ouvrage intitulé The Failure of Illiberalism. Essays on the Political Culture of Modern Germany (1972). Dans des publications ultérieures, Stern inclut d’autres aspects de la réalité allemande, tels la politique et la sociologie, notamment dans Dreams and Delusions. The Drama of German History (1987), Verspielte Größe. Essays zur deutschen Geschichte (1996) et Das feine Schweigen: Historische Essays (1999).

L’ouvrage Gold and Iron. Bismarck, Bleichröder, and the Building of the German Empire (1977) s’inscrit lui aussi, quoique plus indirectement, dans la recherche de ce « Pourquoi ? ». Gerson von Bleichröder fut le banquier personnel d’Otto von Bismarck, du chancelier du Reich allemand, et il fut juif. Son histoire permet donc à Stern, qui se souvenait bien sûr de sa propre descendance juive, d’explorer la vie des Juifs dans la société allemande de cette époque et l’attitude trop souvent négative des Allemands chrétiens envers eux. Avant Stern et son collègue David S. Landes, qui avait d'abord proposé ce projet de recherches historiques avant de l’abandonner après quelques années, faute de temps, personne n’avait travaillé sur Bleichröder parce que les documents le concernant étaient dispersés dans des archives françaises et allemandesCf. id., p. 228-231 ; 295-299.. L’ouvrage de Stern, achevé en 1976, après de labeur, est toujours considéré comme un ouvrage notoire. Un autre ouvrage de Stern, publié en 1999, s’attache à un autre Juif allemand, Albert Einstein, que Stern rencontra personnellement à Princeton en 1944Cf. id., p. 164., et qui l’intéressait comme sujet d’étude depuis 1978, quand l’historien accepta l’offre de parler sur Einstein lors d’un congrès l’année suivanteCf. id., p. 299-303 ; 367-371.. Einstein’s German World, ouvrage paru en 1999, prend en compte la vie du physicien comme axe d’une analyse de la société allemande de son époque.

Le fait que Fritz Stern choisit comme problématique fondamentale de son œuvre historique la recherche des origines du national-socialisme souligne combien l'historien et toutes ses recherches sont imprégnés d’une forte intention didactique en faveur de la liberté et de la démocratie. Stern est convaincu que Id., p. 10., plus précisément : Id., p. 4.. Il en découle que si une société semble courir le risque de prendre une évolution néfaste – soit vers la droite, soit vers la gauche ; soit en Allemagne, soit ailleurs –, il est « possible » de l’en empêcher à l’aide de certaines mesures. Et il est aussi « nécessaire » de le faire parce que, comme l’est l’autre conviction de Stern, Id.. Par conséquent, Stern est historien pour tirer les fameuses leçons de l’histoire et pour contribuer à ce qu’elles soient observées ; entreprise professionnelle pour laquelle les propres expériences biographiques de cet homme avec le nazisme lui donnent à la fois la motivation et la légitimation par excellence.