Dialogues avec l'ange est la transcription d'une expérience spirituelle vécue pendant la Seconde Guerre mondiale par quatre amis hongrois. Pendant dix-sept mois, de à , alors que les nazis envahissent leur pays et déportent les juifs en masse, Hanna Dallos transmet au cours de 88 entretiens des paroles qu'elle dit ne pas émaner d'elle (qu'elle dit provenir d’« autre part », d’un maître intérieur ou d’un ange). Ces paroles sont retranscrites par Gitta Mallasz et Lili Strausz.

Seule survivante (les trois autres, juifs, périront en déportation), Gitta Mallasz, réfugiée en France en 1960, traduira ces entretiens en français. Une première édition a été publiée en 1976, suivie en 1990 d'une seconde édition, intégrale. Le livre a été un grand succès de librairie« S’il y a un livre qui vous paraît très important, veuillez en préciser le titre (…) quels étaient les titres revenant à plusieurs reprises ? (…) Les Dialogues avec l’ange de Gitta Mallasz » <ref> « Le succès jamais démenti des Dialogues avec l’ange (…) dans la littérature angéologique, les Dialogues avec l’ange ont une place à part. » </ref> et publié en 21 langues.

Le contexte historique Dans la Hongrie de 1943, au cours de la Seconde Guerre mondiale, les juifs avaient été plutôt protégés par le régime Horthy, pourtant allié des puissances de l’axe. Mais le climat s'aggrave en mars 1944 quand les Allemands envahissent la Hongrie. Commencent alors des déportations sous la direction d’Adolf Eichmann, d’abord en province, avant la mise en place d’un ghetto à Budapest : sur une population de juifs, moins d’un tiers survivra à la Shoah..

En 1943, quatre amis hongrois, Gitta Mallasz, Lili Strausz, Hanna Dallos et son mari Joseph Kreutzer, se retrouvent dans une petite maison louée par Hanna et Joseph à Budaliget dans les environs de la capitale, où ils essaient de trouver un peu de sérénité. Leurs rencontres sont l'occasion de s’interroger ensemble sur la situation et d'écrire leurs impressions. Le 1943, alors que Gitta avait lu à Hanna un texte de réflexion, celle-ci prévient « Attention ! Ce n’est plus moi qui parle » (23) qui marquera alors le début du premier des 88 entretiens hebdomadaires qui forment les Dialogues avec l'ange. Ils disent recevoir ces paroles d’« autre part », d’un maître intérieur ou d’un ange. thumb|L'armée allemande entre en Hongrie en mars 1944.

Seuls les quarante premiers entretiens auront lieu à Budaliget, car après l'invasion de la Hongrie le 19 mars 1944 par l'armée allemande, pensant qu’ils seront plus en sécurité à Budapest où les persécutions n’ont pas encore commencé, Joseph et Hanna décident de s’installer dans la partie Pest de la capitale, dans l’appartement des parents de Hanna qui ont fui la Hongrie. En vain. Joseph part le 3 juin 1944 pour ne plus revenir.

Gitta cherche alors à sauver ses amies du ghetto, quand on lui propose de prendre le commandement d’un atelier de confection militaire monté par un de ses amis et un prêtre catholique, le père Klinda, pour sauver des juives.. Gitta accepte à condition que soient rajoutés à la liste des ouvrières les noms de Lili et Hanna. L’atelier est installé dans l'ancien collège Sainte Catherine (Katalin)Patrice Van Eersel, La source blanche. L'étonnante histoire des Dialogues avec l'Ange, Grasset, Paris, 1996, Chapitre V/4, dans le quartier résidentiel de Buda. Les trois amies s’y installent à la mi-juin 44. Gitta aménagera dans le jardin une cabane dans laquelle se dérouleront les derniers entretiens.

Les Croix fléchées (parti fasciste hongrois) surveillent de près ce drôle d’atelier. Le 2 décembre 1944, ils font irruption à Katalin. Quasiment toutes les ouvrières réussiront à s’enfuir. Restent treize d’entre elles, dont Hanna et Lili qui ont décidé de se livrer pour sauver Gitta, persuadées qu’elle seule pourra transmettre les enseignements spirituels dispensés lors des entretiens. Hanna et Lili seront déportées à Ravensbrück. Une seule des ouvrières déportées, Eva Langley-Dános, est revenue. Elle a raconté dans Le Dernier convoiEva Langley-Dános, Le Dernier convoi, Albin Michel, Paris, 2012 . la lente agonie des femmes entassées dans un wagon lors d'un transfert interminable entre deux camps. Joseph mourut à la même époque que sa femme dans un camp en HongriePatrice Van Eersel, La source blanche. L'étonnante histoire des Dialogues avec l'Ange, Grasset, Paris, 1996, Chapitre V/3. Seule survivante, Gitta s’installera en France en 1960 après quinze ans sous le régime communiste, et commencera à travailler à la traduction puis à la diffusion des Dialogues avec l'ange jusqu’à sa mort en 1992.

Gitta Mallasz avait reçu une vague éducation catholique, les trois autres, d’origine juive, n’auraient pas reçu d'éducation religieuse particulière.

Les protagonistes Hanna, Gitta, Joseph et Lili Gitta Mallasz, fille d'un général de l’armée hongroise, a un caractère indépendant et aventureux. Toute jeune, elle devient championne de natation, une gloire nationale, puis, rejetant cette adulation grisante et « dégoûtée de [ses] activités uniquement sportives » (p. 18), elle retourne à une carrière artistique. Hanna Dallos, qu'elle avait connue à l'École des Arts Décoratifs de Budapest et avec laquelle elle était restée très liée, lui réapprend à dessiner.

Hanna est indéniablement l'âme du groupe (p. 19). Elle a épousé un cousin germain, Joseph Kreutzer, d'un caractère très réservé. Tous trois partagent un atelier d'arts décoratifsPatrice Van Eersel, La source blanche. L'étonnante histoire des Dialogues avec l'Ange, Grasset, Paris, 1996, Chapitre II/2 et 3.

Gitta Mallasz avait connu Lili Strausz quand elle pratiquait la natation. Enseigner l’expression corporelle n’était guère chose courante à cette époque. Dernière fille non désirée d’une famille nombreuse, Lili avait souffert dans l’enfance d’un manque d’amour qui l'a marquée profondément.

Les anges Au début des entretiens, Hanna avertit Gitta, seule présente à ce moment-là : « Attention ! Ce n'est plus moi qui parle. » (23). Et Gitta déclare : « C'est bien la voix de Hanna, mais je suis absolument sûre que ce n'est pas elle qui parle : celui qui parle se sert de sa voix comme d'une espèce d'instrument conscient. » (23). Gitta précise par ailleurs que « jamais Hanna n'a été en transe, ni dans un état particulier, ni même les yeux fermés pendant les entretiens. ». Dans la suite du livre, le mot « ange » apparaît fréquemment dans les commentaires de Gitta, moins souvent dans le texte lui-même.

Gitta définit l'ange comme son « pareil de lumièreGitta Mallasz, Les dialogues ou le saut dans l'inconnu, p. 23. », en référence à la parole qui lui était destinée : « Tu es mon pareil plus dense » (75). À la lecture des Dialogues, on peut s'apercevoir que chacun a son ange. Celui de Lili, « celui qui aide » (36) s’exprime avec tendresse, celui de Gitta, « celui qui rayonne » (201), leur semble beaucoup plus sévère.

À Budapest, alors que la déportation massive des juifs a commencé, les « anges instructeurs », selon Gitta Mallasz, cèdent la place au « chœur des anges (...) des êtres puissants, infiniment lointains. ».

Toujours, selon les explications de Gitta, les anges voyaient avec acuité ce qui se passait intérieurement chez les quatre amis, avaient des pouvoirs guérisseurs et leur enseignement pouvait être accompagné de visions. Mais elle affirme aussi que la nature de l’ange est difficile à saisir, qu’il est à la fois l’être le plus proche de l’humain, mais qu’en une seconde il peut se retrouver dans des régions inaccessibles. Alors que Lili demande au sien ce qu’est l’âme, il lui est répondu : « Tout est corps. Ce qui est insaisissable pour toi, l’« âme », pour moi est un mur épais. » (106).

Gitta évoque une loi qui lierait les anges aux hommes : la réciprocité. Elle raconte que lorsqu’ils apprirent les horreurs de l’extermination raciale, les anges furent aussi désespérés que les quatre amis, (252).

Les Dialogues Les Dialogues avec l’ange comportent 88 entretiens qui débutent le pour s’achever le . Le langage est poétique, dense, souvent énigmatique« Le lecteur matérialiste sera sensible à la tension de ces énigmes scandées, qui expriment un état de tension limite. » (Michel Cressole, Libération), dans Gitta Mallaz, Les Dialogues tels que je les ai vécus (p. 125) et prend parfois des accents prophétiques. Des schémas esquissés par Hanna après les entretiens. et des commentaires de Gitta accompagnent le texte. La forme et le contenu évoluent avec les événements qui secouent la Hongrie. À Budaliget, Gitta, Lili et Joseph reçoivent des réponses à leurs questions. Quand commencent les déportations, et qu'ils retournent à Budapest, le ton change. Il n'y a plus de questions. Alors qu’à Budaliget, les rencontres se tenaient régulièrement le vendredi à 15 heures, les messages parviennent à tout moment et ne sont plus personnalisés.

L'enseignement Les références au christianisme sont nombreuses : Jésus est fréquemment cité, surtout dans les derniers entretiens. Les rencontres ont lieu le vendredi à 15 heures, jour et heure de sa mort, et les fêtes chrétiennes - Noël, Pâques, Pentecôte ou la Saint Michel - donnent lieu à des entretiens qui s’y réfèrentVendredi 24 décembre 1943, Entretien 27 avec Lili, Noël (p. 161). Dimanche 9 avril 1944, Entretien 43, Pâques (p. 253). Dimanche 28 mai 1944, Entretien 54, Pentecôte (p. 278). Vendredi 29 septembre 1944, Entretien 76, fête de l’archange Michaël p. 340.. On trouve de nombreuses références à la Bible, aussi bien à l'Ancien Testament (Adam, Caïn et Abel), le déluge), qu'au Nouveau (le Notre Père, la Multiplication des pains), et à la théologie chrétienne (la Trinité (Père, Fils, Saint-Esprit), la Grâce).

Selon Henri Blanquart, les propos apparaissent universels : certaines phrases pourraient être prononcées par un moine zen, un maître du Védanta voire Juan Matus, le sorcier instructeur de Carlos Castaneda« Ce qui est tout à fait frappant, à la lecture de ces Dialogues, c’est l’universalisme de cet enseignement. Certaines phrases pourraient être mises dans la bouche d’un maître du Védanta, dans celle d’un maître zen ou dans celle de Don Juan, le « sorcier » mexicain qui initia Carlos Castaneda. » Henri Blanquart, La spiritualité fondamentale dans les Dialogues avec l'ange, p. 15.. Pour Gitta Mallasz, les Dialogues avec l’ange vont au-delà des religions« L’essentiel des religions n’est pas oublié, mais surpassé. Les religions sont un tremplin pour une nouvelle évolution ». Gitta Mallasz ou le scribe des anges, entretien video avec Michel Cazenave, FR3, 1993..

Les thèmes des entretiens sont variés. Des auteurs se sont livrés à l’exercice de les répertorier. Henri Blanquart, relève pour sa part ces points principauxHenri Blanquart, La spiritualité fondamentale dans les Dialogues avec l'ange, p. 18-25. : La mort n’existe pas ; Ce que nous appelons notre « vie » n’est que rêve, illusion ; Il y a identité entre LUILUI est la traduction du pronom hongrois Ő, ni masculin ni féminin, et qui désigne ici le Divin (Dieu, le Tout, « Cela » des hindouistes) d’une part, l’Ange (l’Étincelle divine en nous, « Christ en nous » de saint Paul) et enfin, le petit « moi » ; Il faut « être vigilants », « faire attention », « être attentifs ».

De son côté, Patrice Van Eersel relève ce qu'il appelle des « éléments d’une morale angélique »Patrice Van Eersel, La source blanche. L'étonnante histoire des Dialogues avec l'Ange, chapitre IV/3. : La souffrance et la peur sont inutiles ; « Vouloir le bien » est un leurre ; Le mental est prisonnier du temps ; Tout est bon ; Demander et donner.