La Grande Année est une conception du temps cyclique présente dans de nombreuses cultures traditionnelles, aussi bien occidentales que non-occidentales. Ce concept a évolué au fil des siècles, passant d'une vision mythique de l'éternel retour à des calculs astronomiques précis liés à la précession des équinoxes.

Définitions et concepts clés Concept platonicien Platon, dans son dialogue du Timée (39d), introduit le concept d'"année parfaite" (ἐνιαυτός τέλειος, eniautos teleios) – une période après laquelle la configuration du ciel se répète. Cette conception est devenue si influente que la Grande Année est souvent appelée "année platonique"G. de Callatay, Annus Platonicus, a study of worldcycles in greek latin and arabian sources, Publication de l'Institut Orientaliste de Louvain #47, Louvain, 1996. .

Perspective astronomique La découverte de la précession des équinoxes est souvent attribuée à Hipparque, qui a estimé ce phénomène à environ 1° tous les 100 ans, produisant un cycle complet sur environ . Isaac Newton (1642 - 1726/27) détermina la cause de la précession et corrigea son taux à 1° tous les 72 ans, une valeur très proche des meilleures mesures actuelles, démontrant ainsi l'ampleur de l'erreur dans l'estimation précédente d'un degré par siècle. Claude Ptolémée a introduit une certaine confusion en interprétant la précession des équinoxes en lien avec les hypothèses cosmologiques de Platon, mélangeant observation astronomique et spéculation philosophique.

Vision astrologique L'astrologie divise la Grande Année en "grands mois" ou ères astrologiques, basés sur la position du point vernal dans les signes du zodiaque.

Évolution historique du concept Applications calendaires Plusieurs cycles ont été proposés pour tenter d'harmoniser les cycles du calendrier luni-solaire : Octaétéride (8 ans)L'Enquête après *l'Enquête*: Tome I : Naissance d'un Empire ou la suite d'Hérodote (478 – 463 av. n.è.). France, Société des écrivains, 2016. p. 84 Cycle de Méton (19 ans)Coussy, Pierre. Les Cycles de la Machine d'Anticythère: Comprendre le fonctionnement et l'utilisation de la machine d'Anticythère. Allemagne, BoD – Books on Demand – Frankreich, 2022. Cycle d'Œnopide (59 ans)Jean-Yves Strasser (2004), La fête des Daidala de Platées et la "Grande année" d'Oinopidès, Hermes, 132. Jahrg., H. 3 pp. 338-351 Cycle de Callippe (76 ans) Grande année d'Aristarque de Samos ()Paul Tannery, La grande année d'Aristarque de Samos, Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, , 1888, 79-96. Période sothiaque égyptienne ()

Conceptions cosmologiques Les différentes durées attribuées à la Grande Année varient selon les penseurs : Héraclite (vers 500 av. J.-C.) : ansMartin Thomas-Henri. Mémoire sur les hypothèses astronomiques des plus anciens philosophes de la Grèce étrangers à la notion de la sphéricité de la terre. In: Mémoires de l'Institut national de France, tome 29, 2ᵉ partie, 1879. pp. 29-252 Platon : ans (hypothèse basée sur La République)Diès A., Le Nombre de Platon: Essai d'exégèse et d'Histoire, Paris 1936 ans (basé sur le Timée)A. E. Taylor, A commentary on Plato's Timaeus, 1928, p. 288-290 ; André-Jean Festugière, La révélation d'Hermès Trismégiste, t. III, p. 215, 244. Bérose (vers 290 av. J.-C.) : ans Estimations diverses : Cicéron : ansDe l'orateur, 16 Chez Censorin diverses estimations (Orphée : ansLiber de Die Natali, 18.11, Cassandre : ans, voir Ekpurosis)

Critiques et objections Limites mathématiques Malgré leur connaissance des nombres irrationnels, les Grecs n'ont pas appliqué explicitement ce concept aux mouvements célestes. Une telle application impliquerait que les configurations célestes ne se répètent jamais exactement.

Remises en question historiques Des doutes sur la nature strictement cyclique de la Grande Année ont émergé dès l'Antiquité.

Alexandre d'Aphrodise (IIe-IIIe siècle) dans son commentaire sur la Métaphysique d'Aristote critique la notion de retour cyclique exact des configurations célestes.

Saint Augustin dans La Cité de Dieu (XII, 13) rejette explicitement la théorie de la Grande Année et l'idée de cycles cosmiques répétitifs.

Proclus (Ve siècle) dans son Commentaire sur le Timée soulève des questions sur l'incommensurabilité des périodes planétaires.

Simplicius (VIe siècle) dans son Commentaire sur le De Caelo d'Aristote résume plusieurs arguments contre la théorie des cycles cosmiques parfaits.

Au 14ème siècle Nicole Oresme a formulé des critiques notables sur la possibilité de répétition exacte des configurations célestes Bert Hansen, Nicole Oresme and the marvels of nature : A study of his De causis mirabilium with critical edition, translation, and commentary, Toronto (Can), Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1985, .

Perspective moderne L'astronomie contemporaine reconnaît l'année galactique ou "cosmique", définie par la période de révolution du Système solaire autour du centre de la Galaxie. Depuis Henri PoincaréLoïc Petitgirard. Le chaos : des questions théoriques aux enjeux sociaux. Philosophie, épistémologie, histoire et impact sur les institutions (1880-2000). Histoire et perspectives sur les mathématiques [math.HO]. Université Lumière Lyon 2, 2004, le Système solaire est considéré comme un système non-ergodique, chaotique et ultimement instable, ce qui exclut la possibilité de répétition exacte des configurations célestes.

Notes et références

Bibliographie Pierre Duhem, Le système du monde (1913-1959), t. I, p. 65-85, 275-297, t. II p. 447 ss. G. de Callataÿ, Annus Platonicus, a study of worldcycles in greek latin and arabian sources, Publication de L'Institut Orientaliste de Louvain, #47, Louvain, Peeters, 1996, XVI-287 p.

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