vignette|redresse|Thucydide (copie romaine d'un buste grec), auteur athénien du , est considéré comme le premier historien à avoir une analyse rationnelle et causale dans l'écriture de l'histoire.

L'historiographie est l'étude de l'histoire, de son traitement et de son écriture. Elle s'intéresse à l'évolution de l'information, de ses sources et des méthodes de l'historien.

Le sujet des recherches historiques est divers : des évènements, des personnages, des lieux, des modes de vie individuels et collectifs.

Les recherches peuvent s'appuyer sur des sources multiples : écrits, récits oraux, objets (monnaie, vestiges archéologiques). Ces sources peuvent être primaires ou non. Les moyens d'amener au public cette connaissance sont tout aussi variés : livres, documentaires, films, articles de presse, sites internet. Les ouvrages issus de l'historiographie se fondent majoritairement sur des apports scientifiques mais de nombreux éléments relèvent encore de la mytho-histoire (fondation mythique de Rome, histoire des Mayas).

Par ailleurs, l'historiographie peut elle-même faire l'objet d'études historiques voire historiographiques.

Terminologie Le mot français « histoire » est ambigu , signifiant la science historique, connaissance des faits et leur documentation , ou le récit qui met cette connaissance en forme () .

Le mot « historiographie » a lui-même plusieurs sens. : Art de l’Histoire . Étude dans une perspective historique de la science historique, recherche autour de l'évolution des informations historiques et de leur traitement Études de la diffusion des connaissances historiques Activité de celui qui écrit l'histoire de son temps ou des époques antérieures. Ensemble des ouvrages traitant de l'histoire ou écrits par des historiens,

Évolutions de la pensée historique Antiquité : naissance de l'histoire critique Les premiers chroniqueurs grecs, les logographes comme chez Hécatée de Milet (dans la première moitié du ), narrent surtout des mythes de fondation.

Au , Hérodote d'Halicarnasse a la volonté de distinguer le vrai du faux, préoccupation au cœur de ses « Enquêtes »: le titre de celles-ci en en grec ancien, , qui a donné le mot histoire, signifie « recherche, relation verbale ou écrite de ce qu’on a appris, récit »..

Avec Thucydide, moins d'une génération plus tard, cette préoccupation se mue en esprit critique, fondé sur la confrontation de diverses sources, orales et écrites. Son Histoire de la guerre du Péloponnèse a pu être vue comme la première œuvre véritablement historique.

Au , Polybe, cherchant peut-être avec ses Pragmateia à écrire une œuvre de géographe, aborde la question de la succession des régimes politiques pour expliquer comment son monde est entré dans l'orbite romaine. Il est le premier à chercher des causes intrinsèques, plutôt que des principes externes, aux faits passés.

Lucien de Samosate rédige au IIè siècle le tout premier traité sur Comment il faut écrire l'Histoire..

Les historiens latins, comme Tite-Live, Salluste, César, Tacite, combinent qualité littéraire et démarche patriotique ou politique.

Leur influence sera énorme sur les historiens des siècles suivants, à la fois comme sources historiques et comme modèles dans la manière d'appréhender l'histoire.

Moyen Âge : temps des chroniqueurs et hagiographes L'histoire, dans l'Europe médiévale, est principalement constituée d'hagiographies et de chroniques, souvent écrites par des moines ou membres du clergé catholique, souvent proches du pouvoir temporel.

Ces généalogies et annales sont en général assez sèches (les annales royales sont des listes chronologiques d'événements concernant les règnes des souverains, les annales monastiques donnent la succession des abbés).

Biographies des Saints mérovingiens ou des rois de France, et Histoires de la naissance d'une nation chrétienne exaltent la religion et les puissants ou, au contraire, fustigent les méchants dans une perspective chrétienne.

Cette histoire inscrit les actions des hommes dans le cadre des desseins de Dieu : ainsi, les Histoires ecclésiastiques comme l'Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable au début du , décrivent, dans une perspective augustinienne, l'extension de l'Église catholique jusqu'aux confins de la Terre et la fin des temps.

Au , Jean Froissart et les chroniqueurs s'intéressent au peuple, absent jusqu'alors de la production de cette période. L'Histoire au Moyen Âge est avant tout au service de la théologie et se construit progressivement en passant d’une transmission orale à une transmission écrite.

L’Histoire du Moyen Âge est surtout élaborée dans les monastères qui bénéficient de bibliothèques plus ou moins importantes, à travers les travaux des moines copistes.

Leur production est une : aux Annales des ont succédé les Chroniques. Sous l’époque carolingienne, la circulation des hommes et des livres est plus facile, les évêchés et les monastères prospèrent au sein d’un Empire où règne la paix, les bibliothèques prennent de l’ampleur et la culture historique connaît un certain essor sur la base d’un fond commun de connaissances.

Aux , l’Histoire connaît un épanouissement considérable. La réforme grégorienne a multiplié les écoles et donc accru la culture des clercs et des moines. Deux événements majeurs qui ont eu un impact important sur le développement de l’Histoire peuvent être cités, à savoir la « querelle des Investitures » entre le pape et l’Empereur romain germanique et les diverses croisades. Le premier révèle le poids de l’Histoire et la façon dont il pouvait être utilisé à des fins politiques ; le deuxième permit le développement d’une intense propagande historique de la part des clercs. De nombreux récits de croisades virent le jour. En effet, comme le précise bien l’auteur, les croisades ont « développé chez les Occidentaux le goût du récit historique ». Le marque, à travers le travail des moines bénédictins, l’utilisation de toutes sortes de sources historiques possibles, autant écrites avec les récits et les archives qu'orales, mais c'est aussi le moment où l’écrit remplace définitivement l’oral.

Le travail des historiens médiévaux consistait dès lors en la production d’une véritable histoire savante. Pourtant, celle-ci souffre de n’être pas considérée comme une discipline à part, autonome. Elle reste toujours assujettie à la théologie afin de servir de justificatif aux Saintes Écritures. Elle doit se contenter de servir la morale, le droit et la religion. Par ailleurs, elle se contente de rapporter les faits, mais non les explications et les causes de ceux-ci. L’Histoire était encore répétitive et « routinière », selon les mots employés par Bernard Guenée dans son ouvrage majeur sur l'historiographie médiévale : Histoire et culture historique dans l'Occident médiéval, car leurs auteurs n’avaient pas à portée de main la culture historique nécessaire pour produire autre chose. En fait, selon Bernard Guenée, les historiens du Moyen Âge ont en quelque sorte été victimes de leur époque dans le sens où ils ne pouvaient pas rédiger ce qu'ils désiraient composer au vu de la pauvreté des moyens dont ils disposaient, mais aussi parce qu'ils vivaient à une période où ils étaient contraints de respecter certains principes, certaines règles établies. Se posait également le souci des faux documents produits parfois en grand nombre et le manque de relations et de contacts entre historiens de l’époque, d'où des échanges limités d'idées et d'avis personnels entre eux.

À partir du , l’Histoire sort des monastères et intéresse de plus en plus de laïques, mais ces derniers sont à la recherche de beaux récits plutôt que de récits vrais. En outre, le passage d’écoles de monastères à des écoles désormais situées dans les bourgades et les villes ont deux effets contradictoires pour l’Histoire. D’abord négatif, car il y a une perte de contact avec les archives et les grandes bibliothèques situées justement au sein de ces établissements monastiques, d’où un accès réduit aux principales sources de documentation de l’époque. Cependant, le développement des universités a eu aussi des conséquences plus positives. En effet, avec un enseignement plus poussé, des techniques de présentation des textes et une multiplication des ouvrages historiques s'est opérée à l’intérieur de ces lieux d’étude. Ainsi, des encyclopédies et des manuels sont compilés et diffusés en plus grand nombre à destination des étudiants, mais aussi des juristes et des théologiens.

Mais c’est durant les que les recherches concernant la culture historique firent des progrès décisifs. Durant ces deux siècles particulièrement troublés, les guerres firent naître chez les divers peuples une certaine idée de nation et de défense de celle-ci ainsi que des valeurs qui la représentent. L’exemple de la guerre de Cent Ans est en cela significatif, car c’est à ce moment-là que les naissent les premiers sentiments nationaux français et anglais. Or, cette idée de nation s’appuie sur le passé et l’Histoire des deux royaumes respectifs. L’Histoire fut donc exploitée et étudiée plus en profondeur. Par ailleurs, c’est aussi une époque de centralisation des pouvoirs royaux. En cela, les rois et plus généralement les gouvernements justifièrent leurs droits et leurs ambitions sur des faits historiques, par la recherche dans le passé d’éléments historiques qui viendraient confirmer leur pouvoir. En fait, plus de personnes ont besoin de l’Histoire et se rendent compte de son intérêt, d’où une mise en valeur et un développement progressif de cette discipline.

C’est aussi pendant ces siècles que les premières techniques d’imprimerie apparaissent, ce qui vient révolutionner la production et surtout la diffusion des ouvrages historiques dans la société. Les livres sont accessibles plus facilement et, chose nouvelle, les historiens commencent à posséder des livres personnels chez eux. Ces derniers étaient ainsi mieux informés, mieux documentés et s’aidaient de plus des sciences auxiliaires tels l’épigraphie ou encore la numismatique. Leur travail s’intensifia et se diversifia. Ainsi, avec les prémices de la Renaissance, l’Histoire devint autonome et se fixa désormais des objectifs plus ambitieux. À partir du , avec le mouvement de la Réforme qui s’ajoutait à ce processus, elle ne servait plus l’Église, mais bien l’État moderne.

De la Renaissance jusqu'au Les ouvrages de l'Antiquité classique avaient déjà été abondamment redécouverts pendant tout le Moyen ÂgeVoir les articles « Renaissance carolingienne », « Renaissance ottonienne » et « Traductions latines du XIIe siècle ».. L'invention de l'imprimerie à la charnière entre le Moyen Âge et la Renaissance a permis une plus grande diffusion des ouvrages gréco-romains durant la Renaissance auprès des humanistes. Ce courant gagne l'histoire en lui apportant un goût amplifié pour l'étude des textes anciens, grecs ou latins, mais aussi de nouveaux supports d'étude : ainsi se développe un intérêt pour les inscriptions (l'épigraphie), pour les monnaies antiques (la numismatique) ou pour les traités (la diplomatique). Ces « sciences » nouvelles de l'époque moderne contribuent à enrichir les méthodes des historiens : en 1681, Dom Mabillon indique quels sont les critères qui permettent de déterminer l'authenticité d'un acte dans le De re diplomatica, notamment par la comparaison de sources différentes.

Cependant, les mouvements de réforme ramènent l'histoire dans le giron de l'Église, ou du moins la maintiennent dans l'idée que le déroulement des événements est dicté par une force supérieure, immanente ou non.

À l'époque, l'histoire ne se différencie pas de la géographie, ni même des sciences naturelles. Cependant, elle se divise en deux parties : l'histoire générale (l'histoire au sens actuel du terme), et l'histoire naturelle (sciences naturelles et géographie).

Ce sens large de l'histoire s'explique par l'étymologie du mot (voir Antiquité ci-dessus).