thumb|La cathédrale de Reims.Exemple de patrimoine culturel à l'échelle mondiale. La cathédrale Notre-Dame est très directement liée à l'histoire de la monarchie française, et donc plus généralement à l'histoire de la France selon le site de l'UNESCO. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1991.
Le patrimoine culturel est l'ensemble des biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique et/ou historique certaine, et qui appartiennent soit à une entité privée (personne, entreprise, association, etc.), soit à une entité publique (commune, département, région, pays, etc.) ; cet ensemble de biens culturels est généralement préservé, restauré, sauvegardé et montré au public, soit de façon exceptionnelle (comme les Journées européennes du patrimoine qui ont lieu un week-end au mois de septembre), soit de façon régulière (château, musée, église, etc.), gratuitement ou au contraire moyennant un droit d'entrée et de visite payant.
Le patrimoine dit « matériel » est surtout constitué des paysages construits, de l'architecture et de l'urbanisme, des sites archéologiques et géologiques, de certains aménagements de l'espace agricole ou forestier, d'objets d'art et mobilier, du patrimoine industriel (outils, instruments, machines, bâti, etc.). Le patrimoine dit « immatériel » peut revêtir différentes formes : chants, coutumes, danses, traditions gastronomiques, jeux, mythes, contes et légendes, petits métiers, témoignages, captation de techniques et de savoir-faire, documents écrits et d'archives (dont audiovisuelles), etc.
Le patrimoine fait appel à l'idée d'un héritage légué par les générations qui nous ont précédés, et que nous devons transmettre intact ou augmenté aux générations futures, ainsi qu'à la nécessité de constituer un patrimoine pour demain. On dépasse donc largement la simple propriété personnelle (droit d'user « et d'abuser » selon le droit romain). Il relève du bien public et du bien commun.
Genèse de la notion de patrimoine Étymologie Apparue au , la notion de « patrimoine » (du latin patrimonium, héritage du père) se définit étymologiquement par extension comme l'ensemble des biens hérités de la familleEn droit civil, le législateur entend le patrimoine comme l'ensemble des biens et des obligations d'une personne, envisagé comme une universalité de droit, c'est-à-dire comme une masse mouvante dont l'actif et le passif ne peuvent être dissociés..
Moyen Âge et Renaissance Jean-Pierre Babelon et André Chastel expliquent que les prémices de la notion de patrimoine (et donc de la patrimonialisation) relèvent d’abord du « fait religieux » et du « fait monarchique ». Ils expliquent que, si l’on ne peut pas parler de patrimoine au Moyen Âge, se développent déjà à cette époque des réflexions sur la sauvegarde et la préservation d’objets investis de valeurs. Ces premiers objets sont les reliques des saints, les regalia, les collections des bibliothèques royales et princières, les archives d’institutions royales et religieuses (abbayes) et les édifices anciensJean-Pierre Babelon et André Chastel, La notion de patrimoine, Paris, L.Lévi, 1994. chapitre I pp. 13-26 et chapitre II pp. 27-48.
Krzysztof Pomian situe dans l’Italie de la Renaissance l’origine de la constitution du patrimoine culturel européen, dans les trésors et collections particulièresKrzysztof Pomian, « Musée et patrimoine », in Patrimoines en folie, Paris, France, Éditions de la Maison des sciences, de l’homme, 1990, p. 180..
Les Bénédictins de Saint-Maur formaient une congrégation fondée en 1618. Elle a fourni une école historique et critique, commencée en 1632 par leur supérieur général Dom Tarrisse, qui a produit un grand nombre d'auteurs et des centaines de collections monumentales comme Gallia Christiana, L'Art de vérifier les dates, l’Histoire littéraire de la France, l’Histoire générale de Languedoc, dont la valeur d'érudition est omniprésente.
On peut citer comme précurseur, au , le collectionneur François Roger de Gaignières (1642-1715) qui parcourt toute la France pour sauver la mémoire du Moyen Âge en faisant dessiner les monuments et objets d'art et en accumulant des copies de documents historiques dans la lignée des bénédictins mauristes, des manuscrits, médailles… Finalement, il a dressé l'inventaire du patrimoine français vers 1700 et a créé un musée réputé. Il a aussi voulu, en vain, créer un service public de protection des monuments<ref>Anne Ritz-Guilbert (préf. Alain Schnapp), La collection Gaignières : un inventaire du royaume au , Paris, CNRS Éditions, coll. « Génétiques », 2016, 380 p., présentation en ligne</ref>Clotilde Romet, Le Collectionneur François-Roger de Gaignières (1642-1715), thèse, lire en ligne.
Émergence de l'idée de patrimoine pendant les Lumières Dès le , on commence à considérer le patrimoine. C'est la Révolution française qui lance la protection des biens culturels. Lors d'un de ses rapports à la Convention, l'abbé Grégoire (1750-1831), juriste et homme politique révolutionnaire, affirme que « le respect public entoure particulièrement les objets nationaux qui, n'étant à personne, sont la propriété de tous […] Tous les monuments de sciences et d'arts sont recommandés à la surveillance de tous les bons citoyens ». Pour Quatremère de Quincy, qui réagit aux campagnes d'Italie et au déplacement des œuvres d'art, Rome est un « grand livre » dont il importe de tenir ensemble toutes les pages. « Le pays est lui-même le muséum », écrit-il, faisant du lieu et non plus de l’objet l’unité indivise de l’art. Ses Lettres à Miranda sont parfois considérées comme le premier traité destiné à la protection du patrimoine.
Mais cette protection du patrimoine ne se fait que progressivement. Les premiers éléments intégrés dans cette appréciation sont les œuvres d'art (tableaux et sculptures) conservées et parfois exposées dans les premiers musées et les livres. Les livres et plus généralement les bibliothèques sont protégés au titre de l'instruction du peuple. Les œuvres architecturales, et notamment ecclésiastiques ou seigneuriales, ne bénéficient quant à elles lors de la Révolution française d'aucune protection et sont bien souvent vendues à des particuliers, libres de les démolir pour en revendre les matériaux de construction ou de les transformer en logements, usines, étables…
En revanche, cette même Révolution s'attache à la protection des biens culturels confisqués aux émigrés, aux ordres religieux ainsi qu'aux institutions dissoutes : seuls parmi les biens nationaux, les objets d'art et les livres sont protégés de la vente et leur conservation est organisée : des dépôts révolutionnaires sont créés dans chaque département, des comités successifs sont chargés de s'assurer du traitement des livres qui font l'objet de circulaires et de conseils concernant leur conservation et leur catalogage. L'abbé Grégoire suit particulièrement la gestion et le traitement des collections de livres, regroupées dans des dépôts littéraires départementaux.
Claude Henri de Rouvroy de Saint-Simon fut l'un des principaux « promoteurs » de ce type d'entreprise.
: structuration de la protection du patrimoine en France
En 1804, l'État confie les bibliothèques issues des dépôts révolutionnaires aux municipalités. Celles-ci, sous tutelle du ministère de l'Instruction publique, font l'objet d'une grande attention des ministres successifs, en particulier François Guizot et Narcisse-Achille de Salvandy. De nombreuses circulaires s'attachent à éviter les ventes, conseiller les échanges, réclamer le catalogage, donner des instructions en matière de conservation, et par la voie des souscriptions le ministère enrichit de dons ces bibliothèques. Un poste d'Inspecteur des bibliothèques est créé à la même période et sa mission principale concerne les collections.
: de la Commission internationale de coopération intellectuelle à l'UNESCO
Après la Première Guerre mondiale, le philosophe Henri Bergson a l'idée d'étendre la notion de patrimoine culturel en participant en 1921 à la naissance de la Commission internationale de coopération intellectuelle, ancêtre de l'UNESCOJean-Jacques Renoliet, L'Unesco oubliée. La Société des Nations et la coopération intellectuelle (1919-1946).
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, l'UNESCO, telle que nous la connaissons aujourd'hui, est créée, et a son siège international à Paris Winston Langley, Encyclopedia of human rights issues since 1945, éd. Greenwood Publishing Group, 1999, .
Au départ, l'expression patrimoine culturel désigne principalement le patrimoine matériel (sites, monuments historiques, œuvres d'art…). L'UNESCO a établi en 1972 une liste du patrimoine mondial, composée de plusieurs centaines de sites dans le monde.
En France, le décret du officialise la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel adoptée par la de l’UNESCO le .
Le patrimoine culturel aujourd'hui Extension du sens La conception du patrimoine culturel évolue depuis les années 1980 : .. C'est ainsi qu'on adjoint au patrimoine culturel une liste Mémoire du monde (1992), qui recense les collections documentaires d'intérêt universel (Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, instauration du système métrique, mémoire du canal de Suez…).
Patrimoine culturel immatériel
En juin 1997, la notion de « patrimoine oral de l’humanité » est définie, à l’initiative d’intellectuels marocains et de l'UNESCO, lors d'une « consultation internationale sur la préservation des espaces culturels populaires » à Marrakech[ Consultation internationale sur la préservation des espaces culturels populaires - Déclaration du patrimoine oral de l'humanité - (Marrakech, Maroc, 26-28 juin 1997).
On s'oriente alors progressivement vers une conception du patrimoine qui inclut à la fois un patrimoine matériel, mais aussi un patrimoine culturel immatériel (PCI). Les traditions vivantes (carnaval de Binche par exemple) et documentaires sont reconnues au même titre que les monuments et œuvres d'art du passé. La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel est adoptée par l’Unesco en 2003Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.
Cette conception est également marquée par une engagée entre l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) et l’UNESCO, et dans laquelle la France, en raison de sa tradition et de ses intérêts dans l’économie culturelle, joue un rôle moteur en défendant « l’exception culturelle »..
Patrimoine culturel subaquatique
La notion de patrimoine culturel inclut l'héritage humain immergé, depuis plus de cent ans, dans les mers, les océans ou tout autre environnement subaquatique. Le patrimoine culturel subaquatique est de plus en plus accessible depuis l'invention du scaphandre. De nombreux pillages de sites archéologiques subaquatiques ont déjà eu lieu. La Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique de l'UNESCO (2001) défend ce patrimoine, jusqu'alors très peu protégé juridiquement. Cette convention permet aux États parties de défendre leur patrimoine culturel subaquatique via un mécanisme juridique internationalUNESCO, ..
En Europe Initiatives européennes Les initiatives européennes en matière de patrimoine culturel sont coordonnées par le Conseil de l'Europe.
Convention de Grenade