vignette|Symbole international du risque biologique.

Une arme biologique est une arme utilisant des organismes (germes pathogènes ou autres) destinés à affaiblir les armées ou les populations ennemies par la propagation de maladies pouvant être mortelles ou simplement incapacitantes. Leur potentiel de nuisance est tel qu'elles (les armes biologiques) ont été classées dans les armes de destruction massive.

Les armes biologiques comprennent les armes bactériologiques et les armes virologiques.

Historique Antiquité La première mention documentée sur l'usage d'une arme biologique date de au Moyen-Orient : les Hittites laissent volontairement dans leurs villages pillés des béliers contaminés par la bactérie Francisella tularensis de la tularémie.

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Homère raconte dans l’Iliade et l’Odyssée que durant la guerre de Troie, l'extrémité des flèches et des lances était enduite de poison. Durant la première guerre sacrée, les Athéniens empoisonnèrent l'eau de la ville assiégée de Cirrha, près de Delphes, avec l'hellébore.

Le commandant romain Manius Aquilius empoisonna lui aussi les puits d'eau des villes assiégées aux alentours de

Certains considèrent aussi l'utilisation de serpents venimeux contre les Romains par Hannibal comme une arme biologique.

Moyen Âge Au cours du Moyen Âge, en Europe occidentale, on faisait de même en contaminant les puits par des excréments. Les techniques de poliorcétique pouvaient intégrer le lancement, par-dessus les murs d'enceinte des villes assiégées, de barils contenant des excréments ou des cadavres en putréfaction dans le but de démoraliser l'ennemi ainsi que d'y propager des maladies.

L'emploi de cette technique est illustrée par le siège de Caffa (l'actuelle Théodosie en Crimée) en 1346. Ce comptoir génois de la mer Noire était en effet assiégé par une armée dite tatare, dirigée par le général Kiptchäk khän Jambeg. Une épidémie grave éclata durant l'été 1346 dans les rangs des assaillants, à la plus grande joie des défenseurs du port qui y virent leur salut. Mais le général tatare retourna cette situation à son avantage en décidant de catapulter derrière les murs de la ville les cadavres pestiférés de ses soldats, provoquant ainsi rapidement la mort de la plupart des assiégés. La célébrité de cet épisode vient du fait que les historiens pensent que ce sont les navires génois de retour de Caffa qui propagèrent une maladie qui décima près de la moitié des Européens à partir de 1347 : la peste noire.

Révolution industrielle vignette| Chercheurs travaillant dans un laboratoire du , Fort Detrick, (Maryland) dans les années 1940. À la fin du , alors que la France pleure l'Alsace et la Moselle perdues, l'humoriste Alphonse Allais relance l'idée d'une guerre bactériologique : « au lieu de déclarer la guerre aux Allemands, on leur déclarera la peste ou le choléra ! ». Les premières recherches scientifiques sont engagées par Louis Pasteur qui, après avoir élaboré sa , expérimenta la destruction des lapins par le microbe du choléra des poules dans la propriété de la veuve Pommery en 1887. S'ensuivent des recherches militaires sur les armes chimiques et biologiques.

Les protagonistes de la Grande Guerre utilisent surtout les gaz chimiques, l'arme biologique, pas encore au point, n'étant utilisée que de façon anecdotique contre le parc animalier. Il existe des preuves de l'utilisation des chevaux par les Allemands comme cobayes pour leurs armes biologiques et chimiques. Les agents déployés sur le territoire américain sont suspectés d'avoir infecté la morve à des troupeaux entiers de bovins et équidés destinés à partir pour la France. Des tactiques similaires sont utilisées par les Allemands contre les Russes, provoquant une détérioration de leur capacité à déplacer leur artillerie sur le front oriental, et par les Français contre les Allemands avec la maladie du charbon et la morvePhilippe Jurgensen, L'erreur de l'Occident face à la mondialisation, Odile Jacob, 2004, , .

Les services vétérinaires des armées françaises et allemandes ont comptabilisé respectivement et de morve chez leurs chevaux durant la durée de la guerre sans qu'il soit possible de déterminer quelle est la part de l’origine naturelle et celle de l’origine volontaire.

On sait, en revanche, que les épidémies qui se déclarent à bord de navires de transport voguant vers les ports alliés obligent ceux-ci à faire demi-tour avec, entre autres, malades vers le Portugal, ou vers l’Argentine..

Le programme de guerre biologique de l'Union soviétique était principalement basé sur le programme bactériologique préexistant de l'Empire russe, qui a commencé en 1885 avec la création de la première station bactériologique russe. L'Union soviétique a officiellement lancé son programme de guerre biologique en 1928, mais les preuves semblent conclure que le programme avait commencé officieusement au plus tard en 1924..

Le est signé le protocole de Genève qui prohibe l'emploi à la guerre de gaz asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens bactériologiques. Cependant il n'interdit pas les recherches. Ainsi la France crée une en 1921 pour établir une politique de guerre biologique. Le Royaume-Uni se dote d'une unité spéciale sur les armes biologiques, à Porton Down en 1940 : il réalise des tests sur l'île Gruinard, en Écosse, qui est contaminée en 1942 par la maladie du charbon ( de tourteaux comprenant de l'anthrax furent produits) qui y persista les suivantes. Les États-Unis créent un centre de recherche en 1943 et dès l'année suivante, une installation d'essai sur site était opérationnelle. En Union soviétique, un programme d'armement biologique débute dès 1927. Il fournit toute une série d'agents pathogènes capables de provoquer la tularémie, le typhus ou la fièvre Q mais qui ne seront pas utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lors de l'expansion de l'empire japonais pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945), Hirohito autorise par mandat impérial la création d'une unité de recherche bactériologique qui pratiqua des expérimentations sur des milliers de cobayes humains. Ces armes furent employées à maintes reprises en Extrême-Orient par l'armée impériale jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale notamment lors de la bataille de Changde Daniel Barenblatt, , HarperCollins, 2004, ..

L'Allemagne nazie crée en 1943 un petit centre de recherche d'armement biologique à Posen, centre qui sera repris par les soviétiques en 1945. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la faisabilité des armes biologiques est clairement établie.

Guerre froide

Controverse durant la Guerre de Corée Lors de la guerre de Corée, dans une note datée du , le secrétaire d'État américain à la Défense, Robert Lovett, demanda aux chefs d'état-major interarmes (Joint Chiefs of Staff) de fournir des directives « pour l'emploi d'armes chimiques et bactériologiques ».. Selon la Chine et la Corée du Nord, ces armes auraient été utilisées par les Américains sur une grande échelle dès le début de l'année 1952. Le , le ministre des Affaires étrangères nord-coréen, Pak Hon-yong, accusa officiellement les Américains d’avoir répandu en Corée du Nord des « insectes-vecteurs » diffusant la peste, le choléra et « d’autres maladies ». Deux jours plus tard, Zhou Enlai porta la même accusation et, le , il affirma qu’entre le et le des avions américains avaient répandu à soixante-huit reprises des insectes porteurs de germes pathogènes sur la Mandchourie.

Le , le secrétaire d’État américain Dean Acheson sollicita officiellement le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pour mener une enquête indépendante dans les régions signalées par les Nord-Coréens et les Chinois. Le CICR présenta sa requête le même jour à la Corée du Nord et à la Chine, puis de nouveau le , le et le . Ses démarches ne reçurent jamais de réponse de la part des autorités chinoises et nord-coréennesLe Comité international de la Croix-Rouge et le conflit de Corée, Recueil de Documents, vol. II, . Les États-Unis soumirent alors au Conseil de sécurité des Nations unies un projet de résolution en vertu de laquelle le CICR serait invité à mener des investigations en Chine et en Corée du Nord. Malgré dix voix sur onze en faveur de la motion américaine, le projet de résolution ne put être adopté, l'URSS y mettant son veto. Après une nouvelle initiative américaine à l’ONU, en , la Corée du Nord se déclara prête à retirer ses accusations, à condition que les États-Unis, de leur côté, renoncent à demander une investigation. Dès lors, il paraissait clair que les allégations nord-coréennes reposaient sur des preuves forgées de toutes pièces. Des documents soviétiques publiés en 1998 évoquent une mise en scène macabre organisée par les Nord-Coréens et leurs conseillers soviétiques. Ainsi, le , le lieutenant-général V. N. Razuvaev, ambassadeur soviétique en Corée du Nord, informa Beria, membre du Politburo et chef de la Sécurité d'État, le futur KGB, qu’en février/, « en collaboration avec des conseillers soviétiques, un plan d’action avait été imaginé par le ministère de la Santé nord-coréen » et que, par la suite, les mesures suivantes furent prises : mise en quarantaine de régions qu’on prétendait infectées de la peste ; enfouissement de cadavres dans des fosses communes, puis révélation de ces charniers à la presse internationale ; envoi à Pékin de « matériel » en vue de son exhibition, avant l’arrivée prévue des deux commissions internationalesUne délégation de juristes membres de la International Association of Democratic Lawyers et une International Scientific Commission for the Investigation of the Facts concerning Bacterial Warfare in Korea and China autorisées à l'examiner. Cold War International History Project, Virtual Archive : Explanatory note from Lt. Gen. V. N. Razuvaev to L. P. Beria.

Le , le Kremlin chargea l’ambassadeur soviétique à Pékin, V. N. Kuznetsov, de transmettre le message suivant à Mao : Et, à l’intention du chargé d’affaires soviétique en Corée du Nord :