Léon Mathieu Sevaistre, né le à Rouen et mort le à Bègles, est un homme politique français, qui est maire d'Elbeuf (1875-1878) et député de l'Eure (1885-1889).

Biographie Fils de François Mathieu Sevaistre (1799-1866), maire de la commune du Bec-Thomas, dans l'Eure, et de Juliette Flavie Pinel (1813-1867), Léon Mathieu Sevaistre est issu d'une ancienne, riche et influente famille de drapiers d'Elbeuf. Il y possède de nombreuses propriétés, ainsi que dans ses environs. Il exerce tout d’abord la profession de fabricant de draps, reprenant à la mort de son père (et en compagnie de son frère) l’entreprise textile familiale. Mais, dès l’année suivante, un incendie ayant ravagé totalement la fabriqueJournal d’Elbeuf, 7 février 1867., il abandonne toute activité industrielle. Peut-être a-t-il estimé également que les traités de commerce signés par Napoléon III allaient ruiner à terme l’industrie textile. Il vit désormais de ses propriétés et de ses rentes. Il épouse, le à Paris , Mathilde Augustine Louise Marie Cuoq (1849-1916) et déclare à cette occasion une fortune personnelle estimée à 900 000 F, somme considérable pour l’époqueArchives de Paris, état civil, V4E 4740, Contrat de mariage entre Léon-Mathieu Sevaistre, fils de François-Mathieu Sevaistre (maire du Bec-Thomas dans l'Eure) et de Juliette-Flavie Pinel, et Mathilde-Augustine-Louise-Marie Cuoq, fille d'Alexandre-Victor-Auguste Cuoq et de Jeanne-Mathilde Desportes, 29 mai 1873 : Archives Nationales, Minutes et répertoires du notaire Jean Marie Duplan, 18 mars 1862 - 16 février 1898 (étude LIX), cote MC/ET/LIX/710.. Ils auront trois enfants : Juliette (née le ), Pierre Mathieu (né le à Paris), Henriette Eugénie Magdeleine (née en 1889, châtelaine du Bec-Thomas, petit village situé entre Elbeuf et Amfreville-la-Campagne, jusqu’à sa mort en 1959). Deux des oncles de Léon Sevaistre s’étaient précédemment lancés avec succès dans la vie politique : Henri Sevaistre, député de la circonscription d’Elbeuf de 1837 à 1839 et brièvement maire de la ville en 1848, et Louis Paul Sevaistre, élu député de l’Eure de 1848 à 1851. Il était également le petit neveu de Georges Paul Petou, maire d’Elbeuf et député de 1824 à 1837. Entrer en politique était donc une tradition dans la famille. Il devient d’abord conseiller municipal d’Elbeuf, en . Puis il est nommé adjoint par décret du et siège pour la première fois en tant que tel le Elbeuf, Centre d’archives patrimoniales, 1 D 19_ELB. Il est nommé en remplacement d’Édouard Bellest, démissionnaire..

Mais au début de la guerre franco-allemande de 1870, il s'engage comme volontaire au 2e bataillon de chasseurs à pied, et participe aux combats livrés autour d'Orléans (batailles de Coulmiers (), Patay et Villepion, les , 2, 3 et ). De retour à Elbeuf, il est nommé par décret présidentiel maire de la ville, le . Parallèlement, patronné par Le Nouvelliste de Rouen, il se présente aux élections législatives de 1876 comme candidat de l’Union conservatrice, dans la circonscription de Seine-Inférieure(celle d’Elbeuf), sans succèsArchives départementales de Seine-Maritime, 3 M 300 : élections législatives de 1876. : il est battu par Lucien Dautresme. Ainsi que l’observe un journaliste parisien, « M. Léon Sevaistre, bien que très connu comme conservateur, est arrivé à vivre en fort bonne intelligence avec un conseil [municipal] des plus avancés [politiquement] tout simplement parce qu’au lieu de faire de la politique il fait de l’administration »Le Figaro, n° du 3 janvier 1877 décrivant longuement la ville d’Elbeuf.. En fait, il se heurte de plus en plus à la majorité républicaine du Conseil. À la mort d’Adolphe Thiers, il refuse que le Conseil s’associe au deuil et il est mis en minorité lorsque les conseillers décident, en dépit de son opposition, de donner le nom de Thiers à une rue de la villeHenri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. XI, .. Pressentant qu’il ne pourra plus être élu à Elbeuf, il renonce à se présenter au scrutin municipal de . Vivant désormais dans l’Eure, où il a hérité de son père le château du Bec-Thomas (acquis par celui-ci en 1841) et des propriétés foncières importantes, il se fait élire conseiller général (pour le canton d’Amfreville-la-Campagne) en 1880 et est réélu en 1886. Il intervient fréquemment dans les séances de cette assemblée, tenues en avril et août de chaque annéeDépartement de l’Eure, Rapport du Préfet au Conseil général [avec comptes rendus des séances], Évreux, Impr. E. Quettier, années 1880-1891.. En 1891, il démissionne de son mandat, en affirmant que l’éducation de ses enfants, à Paris, l’empêche de s’y consacrer pleinement. À partir de 1881, il est aussi conseiller municipal du Bec-Thomas (dont son père avait été maire de 1855 à 1866). Candidat conservateur dans la circonscription de l’Eure (arrondissement d'Évreux), lors de l'élection législative partielle du motivée par le décès de Jean-Louis Lepouzé, il fustige « l’incapacité, le gaspillage, l’imprévoyance, l’intolérance » des gouvernements de la République. Il réclame une « politique de paix, d’ordre, d’économie dans les dépenses », et prône « amortissement de la dette ; dégrèvement de l’impôt foncier et des charges qui écrasent le petit contribuable ; garanties données à l’industrie ; liberté pour tous et respect pour toutes les croyances »Journal Le Soleil, 30 avril 1882.. Mais il échoue au second tour (le ), en totalisant seulement contre au candidat républicain Ambroise Bully, finalement élu.

Député

De manière très classique, il parachève ce cursus politique en devenant finalement député du département de l’Eure, profitant des élections au scrutin de liste d’. Inscrit sur la liste conservatrice, il est élu, le sur 6, par sur et Archives départementales de Seine-Maritime, 3 M 176, 178 et 180 : élections législatives partielles de 1882 et élections législatives de 1885 et 1889.. Il siège à l’Assemblée Nationale, du au , avec le Groupe de l’Union des Droites, au centre droit. Les journaux le qualifient de conservateur ou de réactionnaire, voire de monarchiste (ce qui ne semble pas avoir été le cas). À l’Assemblée, il interpelle le ministre de la Justice sur les lenteurs de la police et de la justice dans l’affaire de l’assassinat du préfet de l’EureL’Écho de Paris, 30 janvier 1886. Il fut l’un des premiers sur les lieux du crime (Le Petit Caporal, 19 janvier 1886). ou le ministre de l’Agriculture à propos de l’interdiction d’importation de bœufs français en Angleterre ou du marché aux bestiaux parisien de La VilletteLe Figaro, et 8 juin 1886 ; La semaine vétérinaire, 8 avril 1888. (défendant ici les intérêts des éleveurs du Neubourg). Protectionniste, il appuie les surtaxes sur les céréales, se prononce contre la politique scolaire et coloniale des gouvernements successifs, notamment au TonkinSéance du 28 février 1889.. En 1888, lors de la discussion d’un projet de loi concernant les accidents du travail, il présente un amendement visant à limiter la responsabilité du patronat, surtout des petits patrons « qui ne s’assureront pas et seront ruinés ». Il s’emporte souvent violemment contre le gouvernement, notamment en 1889« C’est la tyrannie que nous avons en ce moment » (…) « C’est le gouvernement qui se met en rébellion contre le suffrage universel » (L’Univers, 6 avril 1889, )..

Il vote dans la dernière session : contre le rétablissement du scrutin d'arrondissement (), pour l'ajournement indéfini de la révision de la Constitution, contre les poursuites envers trois députés membres de la Ligue des patriotes, contre le projet de loi Lisbonne restrictif de la liberté de la presse, contre les poursuites visant le général Boulanger.

Il demande la péréquation de l’impôt foncier (l’Eure étant plus imposé que la moyenne générale des départements) et des réductions sur le budget de la Chambre des députés. Il essaie d’obtenir en le vote de crédits pour les travaux de navigabilité de la Risle depuis son embouchure jusqu’à Pont-Audemer et en juin de la même année intervient en faveur d’une ligne de chemin de fer du Neubourg à Elbeuf. Il s’oppose par contre au projet de réalisation d’un métro souterrain à Paris, qu’il estime trop cher et « absolument inhabitable », faute d’aération. Il intervient également sur des sujets très divers : taxe sur le pain, mesures douanières, chemin de fer du Sénégal, création d’une école d’enfants de troupe aux Andelys… (Voir Publications). Il se trouve également mêlé à diverses polémiques. En 1888 notamment, lors d’un procès, il écrit aux jurés pour intervenir en faveur d’un prévenu, en accusant le maire (républicain) de Saint-Cyr-la-Campagne de l’avoir dénoncé à tort. L’affaire fait grand bruit dans le département ; Léon Sevaistre est finalement condamné en appel à 300 F de dommages et intérêtsJournal La Lanterne, 18 mars 1888.. Le , il est frappé de censure pour avoir dit que les républicains de la Chambre étaient en train de faire périr la République « dans l’imbécilité ». Léon Sevaistre est le seul parlementaire de l’Eure à rallier le général BoulangerMarcel Boivin, « Le boulangisme en Haute-Normandie », Annales de Normandie, octobre 1976, . en 1889, qui veut selon lui « assainir la République et en chasser ceux qui en vivent et s’en font des rentes ». Il se représente aux élections de 1889 dans la circonscription de Louviers. Il déploie pour cela de gros moyens financiers, n’hésitant pas à créer pour l’occasion deux journaux éphémères (imprimés à Elbeuf), chargés de soutenir sa campagne électorale : L'Indépendant du Neubourg et L'Indépendant de LouviersL'Indépendant du Neubourg : politique, industriel, agricole, littéraire et d'annonces (paraissant le mercredi), (4 septembre 1889) - (18 septembre 1889), 1889, impr. à Elbeuf, publié à l'occasion des élections législatives des 22 septembre et 6 octobre 1889 pour soutenir la candidature de Léon Sevaistre (FRBNF32789817).L'Indépendant de Louviers, politique, industriel, agricole, littéraire et d'annonces (paraissant le samedi), (7 septembre 1889) - (21 septembre 1889), impr. à Elbeuf (FRBNF32896244).. Malgré cela, n’ayant obtenu que sur , il est battu par Ernest Thorel, maire de Louviers, élu quant à lui avec . Désormais, il ne fait plus acte de candidature et se retire dans son château du Bec-Thomas (Eure). Il préside des réunions du comité chargé de l’érection d’un monument à la mémoire de son ami à l’Assemblée Edgar Raoul-Vidal, qui avait cherché à unir la droite républicaine, à Notre-Dame-du-Vaudreuil et prononce (en tant qu’ancien député) un discours lors de son inauguration en 1890. Comme on l’a vu précédemment, il quitte également le Conseil général en 1891 et renonce à son mandat municipal en 1896. Puis, abandonnant la Normandie pour le Midi de la France, il s’en va faire de la viticulture dans le Médoc, en Gironde. Déjà propriétaire du domaine du château Saint-Louis du Bosq à Beychevelle (commune de Saint-Julien-Beychevelle), il achète en 1892 à la veuve Bontemps Dubarry sa part du château Saint-Pierre, appelé désormais Saint-Pierre Sevaistre, qui produit un vin réputé. Il meurt le à Bègles, à l’âge de 69 ans et est inhumé quelques jours plus tard à Saint-Julien-Beychevelle. Une messe fut dite en sa mémoire en l’église Saint-Philippe-du-Roule, à ParisLe Figaro, 14 juillet 1909, . Nécrologie parue dans L’Elbeuvien du 8 juillet 1909.. Sa veuve décéda à Paris, rue Daru, en 1916L'écho de Paris, 13 décembre 1916, .L. Son beau-fils, Charles Legras, reprit la direction du domaine puis le vendit en 1922. En 1982, l’appellation château Saint-Pierre Sevaistre est redevenue château Saint-PierreRenseignements tirés du site www.abcdesvins.com/index.

Notes et références

Publications Rapport présenté par M. Léon Sevaistre à la commission départementale sur le projet de création d'une école d'enfants de troupe aux Andelys (), Elbeuf, Impr. Saint-Denis et Duruflé, 1884, pièce(FRBNF34140569).