Les Brayons, aussi appelés les Madawaskayens, sont les habitants francophones du comté de Madawaska situé dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick. Le comté de Madawaska forme la partie canadienne du Madawaska mais était à l'origine une région plus vaste comprenant aussi le nord du comté d'Aroostook dans l'État américain du Maine et constituant la haute vallée du fleuve Saint-Jean.
L'identité des Brayons a évolué au fil de l'histoire. Selon un point de vue, les Brayons forment une ethnie à part entière. Selon un autre point de vue, « Brayon » est le gentilé du comté de Madawaska et ses habitants sont liés à la culture acadienne. Par contre, d'autres associent l'accent du Madawaska à ceux de l'est du Québec et la population majoritaire détient des racines des Canadiens français du Bas-Saint-LaurentSelon André Thibault de la Sorbonne : http://andre.thibault.pagesperso-orange.fr/QuebecDHFQ.jpg. En effet, le Madawaska a été lié au Québec jusque dans les années 1850.
Étymologie Le terme « Brayon », anciennement orthographié Breillon, désigne les habitants francophones du nord-ouest du Nouveau-Brunswick.. Le brayon est aussi la variété du français de cette région, aussi appelé « français de la vallée » Collectif, Acadian culture in Maine, Boston, Mass. : National Park Service, North Atlantic Regional Office, 1994. Chapitre .. Par abus de langage, « Brayon » est un québécisme peu répandu désignant un Acadien. Il ne figure pas dans Histoire du Madawaska, ouvrage publié par l'abbé Thomas Albert en 1920. La première occurrence connue du mot date en fait de 1924, alors qu'il est utilisé dans un contexte linguistique depuis 1975.
L'origine du terme Brayon est obscure. Il est aussi un acadianisme signifiant soit « torchon » soit « vieux morceaux de tissus utilisés pour fabriquer des tapis houqués »< Par extension, il peut aussi signifier « vieux vêtements » mais ce sens n'est pas utilisé au Madawaska. Étymologiquement, il pourrait s'agir d'un dérivé du mot braies qui de manière familière désigne de vieux vêtements dans certains dialectes de l'ouest de la France, auquel se serait éventuellement ajouté la finale de haillon. Il est parfois orthographié breillon ou breillant. Il semble être dérivé de broyer ou brayer, dans le sens de « briser la tige du chanvre ». Le verbe brayer est effectivement un acadianisme répandu, alors que le déverbal brayon, en Anjou, désigne un instrument qui broie le chanvre. Les habitants de la région cultivaient autrefois le lin et ceux broyant la plante pour en faire du tissu en vinrent à être appelés les Brayons.. Selon d'autres sources, le terme Brayon peut être associé aux premiers colonisateurs de la Nouvelle-France, puisque certains colons français provenaient du pays de Bray. Il y a par exemple plusieurs similitudes culturelles entre les deux régions, dont la ploye, un plat à base de sarrasin.
Répartition géographique
Le comté de Madawaska-Victoria est où l’on retrouve les Brayons. En passant par St-Léonard, Siegas, Ste-Anne-de-Madawaska, Rivière-Verte, St-Basile, Edmundston, St-Joseph de Madawaska, St-Jacques, St-Hilaire, Baker Brook, Clair, St-Francois de Madawaska, Lac-Baker, Lac Caron, Lac Unique, Connors...
Histoire
Identité brayonne
Un des traits caractéristiques des Acadiens est la force des identités régionales. Ils ont ainsi tendance à s'identifier à leur ville, à leur région, à leur province ou à leur pays avant de s'identifier à l'Acadie. Cette attitude influence souvent le débat sociopolitique et les relations entre les différentes régions. Quelques auteurs se sont penchés sur l'identité brayonne dans leur thèses de maîtrise, dont Nadine Belzile, Georgette Desjardins et Claire Sirois, toutes trois se fondant sur l'étude des éditoriaux et du courrier des lecteurs du journal Le Madawaska. Une première étude fut publiée par Jacques Paul Couturier en 2002.
Origines Les origines à la fois acadiennes et canadiennes-françaises de la population du Madawaska sont rapidement vues comme un élément distinguant la population de la région de celle de l’Acadie et du Québec. En 1812, l’évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis, notait que les « habitants du Madawaska étant un composé des rebuts de l’Acadie et du Canada, forment une peuplade mal unie, indocile, peu disposée à prendre les bonnes impressions qu’un pasteur s’efforce de leur donner ». En 1881, un correspondant du Moniteur acadien, publié à Shédiac, affirme que « les colons du Madawaska, presque sans aucun contact avec les nationalités étrangères ont, par cela même, développé une indépendance assurée ». Il déclare aussi que « Le Madawaska au fond de ses forêts et de ses montagnes, est […] comme une petite république sagement organisée ». Calixte Savoie, qui visita Edmundston pour la première fois en 1917, mentionna dans ses mémoires que les habitants de la ville n'aimaient pas se faire appeler Acadiens ou Canadiens français et que la seule appellation acceptable était Madawaskaiens. Thomas Albert publie l’Histoire du Madawaska en 1920, où il adopte une vision semblable. Il y décrit comment les Acadiens et les Canadiens français ont fusionné en un « type » distinct, à cause de l'isolement géographique et de l'indifférence des populations environnantes.
Acadiens
vignette|gauche|Entête du premier numéro du journal Le Madawaska.
Le journal Le Madawaska est publié pour la première fois à Edmundston en 1913. En contradiction avec le contexte identitaire de la région, le journal considère, sans nier les particularités régionales, que les Madawaskayens sont des Acadiens et que le Madawaska fait partie de l'Acadie. Bien que cette idée ne soit pas énoncée clairement, les éditoriaux y font souvent allusion alors que le sous-titre du journal est « Journal hebdomadaire en Acadie ». À noter que les deux propriétaires du journal, Maximilien D. Cormier et le docteur A. M. Sormany, sont des Acadiens mais ne sont pas originaires du Madawaska. Leur identité explique en grande partie la ligne éditoriale du journal. Ils s’engagent dans diverses luttes pour la promotion de la langue française et pour l’avancement de la cause acadienne. Sormany est un nationaliste notoire, étant entre autres président de la Société mutuelle l’Assomption et de l’Association acadienne d’éducation.
vignette|redresse|Maximilien D. Cormier.
Trop occupés par leurs professions respectives, les deux propriétaires vendent le journal en 1922, qui est revendu quelques mois plus tard à Joseph Gaspard Boucher. Malgré ses origines québécoises, il continue de véhiculer un sentiment d'appartenance à l'Acadie dans les pages du journal. Boucher défend en fait une définition originale de l'acadianité, non pas fondée sur la généalogie comme il est couramment accepté à l'époque mais sur l'usage du français et la résidence dans les provinces Maritimes. À vrai dire, le journal Le Madawaska peut facilement transposer à la région les éléments servant à définir l'acadianité. L'usage du français et la pratique de la religion catholique vont ainsi de soi. Selon les éditorialistes, l'histoire est le troisième de ces éléments. Ainsi, en 1934, lors du de fondation du Madawaska, Boucher insiste sur les pionniers acadiens, sans faire mention des Canadiens français et des Malécites. L'année suivante, il affirme que « l’histoire justifie donc elle-même l’appartenance du Madawaska à l’Acadie » et que « les Madawaskayens sont de descendance acadienne, c’est tout ».
L'interprétation de l'histoire véhiculée par le journal est la même que celle mise en valeur durant la fête nationale de l'Acadie, à l'initiative de la Société mutuelle L'Assomption ou du clergé. Cette même version avait également été mise de l'avant par les organisateurs du . Ils avaient en effet proposé de célébrer le « 150e anniversaire des premiers Acadiens au Madawaska »<. Selon Jacques Paul Couturier, ces fêtes constituent une occasion rêvée pour renforcer le sentiment d’appartenance à l’Acadie. Lors du premier jour, une plaque commémorative « du premier débarquement des Acadiens au Madawaska » est inaugurée à Saint-David, un hommage qui leur est rendu par « leurs descendants ». À Saint-Basile, les serveuses du banquet sont vêtues du costume d’Évangéline ». Les orateurs s'adressent aux Acadiens en général mais à ceux du Madawaska en particulier, sans faire plus de distinction. La cérémonie de clôture consiste en un spectacle intitulé « Le drame du peuple acadien », recréant les grandes étapes de la Déportation des Acadiens. Gaspard Boucher décrit ces fêtes comme « l’apothéose du miracle acadien ».
À la même époque, les manifestations identitaires régionales sont assez rares dans les éditoriaux du journal Le Madawaska. En fait, les habitants de la région y sont généralement décrits comme les « gens du Madawaska » ou « élément français du Madawaska ». Très peu d’éditoriaux utilisent le gentilé « madawaskayen » tandis que le mot « brayon » n'est jamais utilisé avant 1940. Pourtant, l'expression régionaliste s'affirme plus dans le courrier du lecteur, en étant toutefois moins précise. Durant les années 1930, les correspondants évitent encore d'utiliser le mot « acadien », lui préférant « gens de langue française » ou de « Madawaskaïens ». En 1933, un lecteur du journal y utilise pour la première fois l'expression « république » pour décrire le Madawaska. L'historien Thomas LeBlanc, qui suit la même doctrine d'identification à l'Acadie, mentionne que cette expression était en fait utilisée au sud du Nouveau-Brunswick, et non au Madawaska, et traduit selon lui un groupe uni, bien que cette expression ne sépare aucunement la population madawaskayenne du reste de l’Acadie.
République du Madawaska
vignette|redresse|Paul Carmel Laporte.
Le concept de la République du Madawaska est popularisé au début du et Joseph Gaspard Boucher en fait plusieurs fois mention dans son journal en 1941. Ce concept devient encore plus populaire vers la fin des années 1940 et commence à être utilisé à des fins de promotion touristique. En 1947, un certificat de citoyenneté est émis tandis que Boucher et le docteur Paul Carmel Laporte dessinent des armoiries en 1947. L'ordre de la République du Madawaska est mis sur pied en 1955 et NBTel rajoute même le nom Republic à sa centrale téléphonique locale alors que des articles du quotidien Le Soleil et du magazine Maclean's mentionnent la République à la même époque. L'initiative de Boucher accentue davantage la différence entre le Madawaska et l'Acadie du point de vue de l'identité.
Un autre aspect de la République consiste en l'appropriation de certains éléments de l'histoire et de la tradition locale, notamment la légende mettant en scène un vieux colon affichant son esprit d’indépendance par rapport aux autorités en se déclarant « citoyen de la République du Madawaska » ou le statut ambigu du territoire avant la conclusion du Traité Webster-Ashburton en 1842. En 1949, l'abbé C. V. Leclerc publie une recherche de maîtrise concluant que l'imprécision des frontières, l'isolement géographique ainsi que l'esprit d'indépendance et la « mentalité spéciale » de sa population justifient le fait que l'on parle de la République du Madawaska. Durant les années suivantes, la République est souvent utilisée pour décrire le Nord-Ouest de la province, malgré son caractère légendaire et sa fonction avant tout publicitaire.