La dépression saisonnière, ou trouble affectif saisonnier (TAS), est un trouble de l'humeur caractérisé par des symptômes dépressifs survenant habituellement lors de changements saisonniers Ivry, Sara (August 13, 2002). Seasonal Depression can Accompany Summer Sun. The New York Times. 6 septembre 2008.. Dans le DSM-5, le caractère saisonnier est un spécificateur pour décrire certaines sous-populations de patients atteints de troubles dépressifs majeurs récurrents ou d'un trouble bipolaire, lorsque les symptômes dépressifs présentent, à plusieurs reprises, un caractère saisonnier, généralement sous forme d'une survenue en automne-hiver, lorsque les heures d’ensoleillement diminuent, avec une amélioration lorsque la saison est terminéeBastier, D. (2001). Chronobiologie et Troubles affectifs : dépression saisonnière et photothérapie (Doctorat en pharmacie, Université de Limoges, Limoges). Repéré à aurore.unilim.fr/theses/nxfile/default/26ec38e7-52b2-4fdf-a6d8.../P2001308.pdf.
Les hypothèses concernant le mécanisme du caractère saisonnier impliquent chez les personnes affectées une augmentation de la production de la mélatonine, une baisse des taux de sérotonine, et un dérèglement de l'horloge interne . Les recherches indiquent une composante génétique pour le TAS. La validité et les caractéristiques particulières de ce sous-type de dépression ont été confirmées en 2018 dans une étude de cohorte prospective, avec une méthode reposant non pas sur des questionnaires mais incluant des entretiens cliniques standardisés.
Une variante de ce trouble pourrait apparaître au printemps , Darice Britt, publié le 7 mars 2011. et dans ce cas, le manque de luminosité n’est plus en cause. Le patient déprime (anxiété, insomnie, manque d’appétit) en voyant son entourage profiter des beaux jours qui reviennent tandis que lui-même éprouve un sentiment de solitude rémanent. Enfin, bien que cela soit plus rare, on peut également souffrir d'une dépression saisonnière pendant l'été (TAS estival), en raison de la vive luminosité, des fortes chaleurs et du bouleversement des rythmes de vie et de travail. Les variations saisonnières des troubles de l’humeur peuvent aller d’une simple déprime () jusqu’à un véritable syndrome dépressif.
Signes et symptômes Ces troubles saisonniers et leur traitement, la luminothérapie. Marshall, Fiona. Cheevers, Peter (2003). , . , Alameda, Calif. ., ont été décrits et publiés pour la première fois par le docteur Norman E. Rosenthal. Certains symptômes de la dépression saisonnière hivernale sont similaires à ceux de la dépression . Ainsi, la diminution d’énergie, la perte d’intérêt, l’isolement et la diminution de la libido peuvent apparaître. Cependant, des symptômes caractérisent cette maladie : principalement une hypersomnie, c’est-à-dire un temps de sommeil élevé et une constante somnolence, un niveau d’énergie réduit et une prise de poids causée par une envie accrue pour les sucresLabrecque, G. et Sirois-Labrecque, M. (2003). Chronopharmacologie : rythmes biologiques et administration des médicaments. Canada : Les Presses de l’Université de Montréal. (hydrates de carbone). En conséquence, des effets secondaires peuvent apparaîtreInstitut Universitaire en Santé Mentale de Montréal (s. d.). Dépression Saisonnière. Repéré à http://www.iusmm.ca/sante-mentale/depression-saisonniere.html comme une diminution d’intérêt professionnel et relationnel, une baisse de la libido, un sentiment de tristesse et de lourdeur accompagné d'anxiété et d’une diminution de l’estime de soi.
Cette inteprétation des symptômes est à considérer avec prudence. En hiver, l'augmentation de la sécrétion de mélatonine liée à la diminution des heures d'ensoseillements peut endormir et reposer le cerveau. Certaines personnes peuvent se sentir plus fatigués en automne et en hiver. Le diagnostic du trouble affectif saisonnier ne peut pas s'appliquer à l'ensemble de la population ayant fait l'expérience de ces symptômes.
Causes Pour l’instant l’origine de ce syndrome saisonnier est inconnue. Il existe cependant plusieurs hypothèsesLavoie, M-P. Du soleil plein la tête : Démystifier le trouble affectif saisonnier et ses traitements, Édition Quebecor, 2009.. , Andres Magnusson, Timo Partonen., dont la diminution de la photopériode, la génétique, un dérèglement neurochimique L’altération du cycle circadien est l’une des interprétations les plus fréquemment retrouvées dans la littérature scientifique. En effet, de plus en plus d’études se penchent sur l’influence de la lumière qui corrigerait le délai de phase noté dans plusieurs rythmes circadiens tels que celui de la température corporelle et de la mélatonine.
Étant liée à la chronobiologie, la dépression saisonnière implique l’altération des rythmes circadiens intrinsèques qui régulent une multitude de mécanismes et de réactions cellulaires. Le maître d’œuvre de ce système est le noyau suprachiasmatique situé dans l’hypothalamus antérieur. Ce chef d’orchestre a la capacité de se synchroniser avec les facteurs exogènes comme l’alternance entre jour et nuit, pour ensuite transmettre ce rythme aux horloges périphériques à travers le corpsHaffen, Emmanuel (2006). Les Dépressions saisonnières. France : Éditions John Libbey Eurotext.. La corrélation entre les cycles circadiens et la dépression saisonnière s’exprime par le raccourcissement de la photopériode qui se déroule autour de l’automne et de l’hiver.
Plusieurs observations concernant ce sous-type de dépression restent non expliquées et font l’objet de multiples recherches et débats, par exemple le fait que les femmes en période de préménopause semblent les plus affectées.
On remarque également durant les journées d’hiver une augmentation de la durée de la phase de production de mélatonine. Puisque la sérotonine est le précurseur de la mélatonine, le taux de sérotonine disponible pour le système sérotoninergique fluctue à la baisse, ce qui a pour conséquence de modifier entre autres le sommeil, l’humeur et l’appétit, tous des symptômes typiques de la dépressionLevitan, R. D. (2007). The chronobiology and neurobiology of winter seasonal affective disorder. Dialogues in Clinical Neuroscience, 9 (3), 315-324. Repéré à https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17969868.
Délai de phase La dépression saisonnière se manifeste lorsque les rythmes endogènes, tels que les rythmes de température corporelle et de la mélatonine, sont retardés par rapport à l'horloge externe et/ou au cycle sommeil-éveilWirz-Justice, A. (2003). Chronobiology and mood disorders. Dialogues in Clinical Neuroscience, 5 (4), 315-325. Repéré à https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22033593. La périodicité endogène individuelle normale, génétiquement déterminée, est d’environ 24 h. Elle nécessite une synchronisation quotidienne par des « zeitgebers », qui sont des signaux environnementaux. La lumière transmise par des photorécepteurs dans les cellules ganglionnaires de la rétine est le principal zeitgeber. À la suite d'une réduction de la photopériode, on remarque chez les patients souffrant de TAS un délai de phase dans certains rythmes alors qu’aucun changement n’est notable au niveau de la période. Or, une personne dite saine ne présentera pas cette désynchronisation rythmique.
Pour potentialiser l'effet antidépresseur de la lumière, l’administration de la lumière doit se faire optimalement environ 2,5 heures après le milieu du sommeil Terman, J. S., Terman, M., Lo E. S., Cooper, T. B. (2001). Circadian time of morning light administration and therapeutic response in winter depression. Archives of General Psychiatry, 58 (1), 69-75. Repéré à https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=circadien+time+of+morning+light+administration+and+therapeutic+response+in+winter+depression. Il est plus efficace d’exposer le sujet à la lumière le matin plutôt qu’en soirée puisque la lumière en période matinale produit des avancées de phase du rythme alors que la lumière en soirée ajoute un délai de phase au délai déjà présent. En plus d’agir sur la régulation de la température corporelle, la luminothérapie agit sur le rythme de production de la mélatonine.
Les causes expliquant ce retard de phase varient selon les études. En effet, quelques hypothèses sont proposées par la communauté scientifique, mais plusieurs recherches sont encore à l’étape embryonnaire. À titre d’exemple, une étude étudie si ce délai pourrait être le résultat d’une diminution de la réponse de la pupille après illumination (PIPR). On note chez les personnes souffrant de TAS une réduction de la PIPR qui est spécifique à la mélanopsine, photopigment dans la rétine supportant diverses fonctions visuelles telles que la dilatation et la contraction pupillaire. Ainsi, un polymorphisme au niveau du gène de la mélanopsine pourrait être la cause de la dépression saisonnièreRoecklein, K., Wong, P., Ernecoff, N.. Miller, M., Donofry, S., Kamarck, M., Wood-Vasey, W. M., et Franzen, P. (2013). The post illumination pupil response is reduced in seasonal affective disorder, Psychiatry Research, 210 (1), 150-158. Doi : 0.1016/j.psychres.2013.05.023.
Mélatonine et sérotonine Un autre des mécanismes possibles causant le TAS se trouve au niveau physiologique. Les mesures du taux durant la journée de différentes molécules présentes dans le cerveau permettent d’identifier des candidats potentiels à la génération de cette pathologie. Deux molécules en particulier ont attiré l’attention des chercheurs : la mélatonine et la sérotonine. La mélatonine est produite dans la glande pinéale par une série d’enzymes dont la sérotonine N-acétyle transférase (NAT) qui utilise la sérotonine comme substratFoulkes N.S., Borjigin J., Snyder S.H. et Sassone-Corsi P. (1996). Transcriptional control of circadian hormone synthesis via the CREM feedback loop. PNAS, 93(24), 14140-5. Repéré à http://www.pnas.org/content/93/24/14140.full. La sérotonine est donc à la base de la production de mélatonine. En effet, il y a un circuit neuronal qui passe du noyau supra-chiasmatique à la glande pinéale où on active par phosphorylation le facteur de transcription CREB. Une fois activé, ce facteur active NAT, soit l’enzyme impliquée dans la biosynthèse de la mélatonine. Les cycles de concentration de NAT et de mélatonine travaillent ensemble et ont donc la même phase (image 3). Par contre, le cycle de la mélatonine n’est pas régulé que de façon endogène. En effet, le début est initié par l’horloge endogène alors que la fin de la synthèse est commandée par la présence de lumière. Ainsi, la quantité de mélatonine augmente durant la nuit et diminue durant le jour. Par conséquent, les différentes phases de la mélatonine correspondent à la longueur de la nuit, ce qui veut dire que plus les nuits sont longues, plus la phase de production de mélatonine est longueZawilska J.B., Lorenc A., Berezínska M., Vivien-Roels B., Pévet P. et Skene D.J. (2007). Photoperiod-dependent changes in melatonin synthesis in the turkey pineal gland and retina. Poultry Science, 86(7), 1397-405. Repéré à https://academic.oup.com/ps/article/86/7/1397/1623409.
La mélatonine est une « mesure corporelle » de la photopériode. Puisque les journées sont plus courtes durant l’hiver, la production de mélatonine est nécessairement plus longue dans un cycle circadienPereira J.C Jr, Pradella Hallinan M. et Alves R.C. (2017). Secondary to excessive Melatonin synthesis, the consumption of tryptophan from outside the blood-brain barrier and melatonin over-signaling in the pars tuberalis may be central to the pathophysiology of winter depression. Medical Hypotheses, 98, 69-75. doi: 10.1016/j.mehy.2016.11.020, ce qui signifie d’ailleurs une plus grande utilisation de sérotonine. L’utilisation accrue de sérotonine entraîne l’épuisement de l’acide aminé nécessaire à sa production, le tryptophane.