La révolution verte, parfois appelée troisième révolution agricole, est une politique de transformation des agricultures des pays en développement ou des pays les moins avancés, fondée principalement sur l'intensification et l'utilisation de variétés de céréales à haut potentiel de rendement.
Cette politique combine trois éléments : Les variétés sélectionnées à haut rendement ; Les intrants, qui sont des engrais ou produits phytosanitaires ; L'importance de l'irrigation.
Le terme « révolution verte » désigne le bond technologique qu'a connu l'agriculture au cours de la période 1960-1990, à la suite d'une volonté politique et industrielle, appuyée sur les progrès scientifiques et techniques réalisés dans le domaine de la chimie et des engins agricoles durant la première guerre mondiale et poursuivis durant l'entre-deux-guerres. Elle a aussi été rendue possible par la mise au point par les semenciers de nouvelles variétés à haut rendement (hybrides souvent), notamment de céréales (blé et riz), grâce à la sélection variétale. L'utilisation des engrais minéraux et des produits phytosanitaires, de la mécanisation et de l'irrigation ont aussi contribué à la révolution verte.
Elle a eu pour conséquence un accroissement spectaculaire de la productivité agricole, bien que les estimations de cette augmentation soient difficiles à établirTommaso Venturini, « Les trous noirs de la Révolution Verte », Entropia - Décroissance et technique, vol. 3, 2007.. Elle est réputée avoir permis d'éviter des famines, avec pour résultat depuis les années 1960 une croissance démographique de la population mondiale sans précédent.
Elle est aussi la cause d'une pollution généralisée par les pesticides, d'une eutrophisation également généralisée, ainsi que d'une perte massive de biodiversité et d'agrobiodiversité, accompagnée de phénomènes de dégradation et d'érosion des sols, de salinisation voire de perte de nappes phréatiques. L'exode rural et l'apparition de gigantesques bidonvilles en sont aussi des conséquences.
Une suite, l'évolution vers une agriculture plus durable ou alternative, pourrait être trouvée dans l'agroécologie., qui permet de combiner les savoirs et pratiques de l'écologie aux techniques agronomiques, dans le but de créer un système de production plus pérenne.
thumb|Rendements du blé dans les pays en développement, 1950-2004.
Histoire Les racines mexicaines On peut dater le lancement de la « révolution verte » de 1943, avec la création de lOffice of Special Studies, né de la collaboration entre la fondation Rockefeller et l'administration présidentielle de Manuel Ávila Camacho au Mexique.
Le prédécesseur de Camacho, Lázaro Cárdenas, était un partisan de la réforme agraire, inscrite dans la Constitution mexicaine de 1917 mais délaissée par ses prédécesseurs jusqu'à son élection en 1934. Il noue, dès son entrée en fonction, une alliance politique avec la paysannerie mexicaine en soutenant la constitution de la « Confédération nationale paysanne » qui vient se placer dans l'orbite de son parti. Il parvient en six ans à redistribuer plus de d'hectares de terres au profit d'environ paysannes.
L'arrivée de Ávila Camacho marque cependant un net changement de cap. Celui-ci est surtout soucieux de rendre l'agriculture mexicaine capable de soutenir l'urbanisation et l'industrialisation croissantes du pays. Il va trouver dans ses voisins américains de solides soutiens dans cette nouvelle orientation. Le vice-président américain Henry Wallace, qui perçoit les ambitions de Camacho comme une chance pour l'économie et les intérêts militaires américains, joue un rôle majeur pour convaincre la fondation Rockefeller de travailler avec le nouveau gouvernement mexicainWright, 2005, ..
J. George Harrar, plus tard président de la fondation Rockefeller, prend la tête de la petite structure que constitue à l'origine l'''Office of Special StudiesKarin Matchett, « Scientific Agriculture Across Borders : The Rockefeller Foundation and Collaboration between Mexico and the U.S. in Corn Breeding » .. Il y réunit des généticiens et phytopathologistes américains (Norman Borlaug, Edwin Wellhausen, William Colwell) et mexicains dont les principaux axes de recherche concernent le développement de variétés de maïs et de blé à haut potentiel de rendement ; Borlaug recevra le prix Nobel en 1970 pour ses travaux sur la culture du blé.
Dans le même temps, le gouvernement mexicain investit fortement dans les infrastructures pour l'irrigation des plaines et plateaux semi-arides, et l'adoption de nouvelles semences de blé se répand, principalement parmi les gros agriculteurs du nord et du nord-est, où les exploitations sont historiquement les plus vastes et les risques climatiques les moins élevés. Pendant toute cette période, un organisme public, le Conusapo, continue de protéger l'agriculture mexicaine des variations du marché mondial.
L'augmentation de la production de blé figure parmi les effets les plus spectaculaires de la révolution verte au Mexique. Si elle était en augmentation constante depuis les années 1920, elle connaît un saut quantitatif important, dû à la fois à l'augmentation des rendements et à celle des surfaces cultivées. Le Mexique devient autosuffisant en blé en 1951 et commence l'exportation de cette céréale l'année suivante, alors que dans le même temps sa population augmente fortementEn 1901, le Mexique compte 13,6 millions d'habitants. Ce chiffre est de 103,3 en 2005. Voir la démographie du Mexique..
Les succès relatifs de la « révolution verte » ne signifient pas pour autant la disparition de la malnutrition. Le coût des semences et des investissements en matériel, prohibitif pour un grand nombre de paysans, conduit à une intensification de l'exode rural. L'industrialisation que connaît parallèlement le pays, fortement mécanisée et donc peu demandeuse en main-d'œuvre, ne peut absorber une population qui vient grossir les rangs des bidonvilles. C'est aussi à cette époque que s'accélère l'émigration en direction des États-Unis. Elle restera légalement admise jusqu'en 1964 Jorge Durant, « 100 Years of Mexican Migration Policies », mars 2004..
Recherche scientifique et volontarisme politique À l'origine de la révolution verte figure l'idée que la génétique serait le principal facteur déterminant le niveau de production des cultures alimentaires. C'est ce qui conduit ses promoteurs à porter prioritairement leurs efforts sur la recherche en matière agronomique. Forte de l'expérience mexicaine, perçue comme un succès par la majorité des décideurs politiques impliqués, la fondation Rockefeller s'attache à diffuser l'idée de révolution verte par le biais de l'implantation de nouveaux centres de recherche à travers le monde.
Au Mexique, lOffice of Special Studies devient le Centre international d'amélioration du maïs et du blé, ou CIMMYT (de l'espagnol Centro internacional de mejoramiento de maiz y trigo) en 1963. L'agronome américain Norman Borlaug, prix Nobel de la paix en 1970, y officie. En 1960, les fondations Rockefeller et Ford établissent conjointement l'IRRI () aux Philippines, contribuant à répandre l'emploi de variétés à haut rendement en Asie. L'Indonésie, le Pakistan, le Sri Lanka et d'autres pays d'Amérique latine et d'Afrique du Nord suivent cette voie.
vignette|Représentation des pays fondateurs (en bleu foncé) et membres (en bleu clair), ainsi que de la localisation des centres de recherche du CGIAR.
Plus tard, le Centre international d'agriculture tropicale (CIAT)Site du CIAT s'installe en Colombie, le Centre international de la pomme de terre au Pérou et l'Institut de recherche sur les cultures des régions tropicales semi-arides (ICRISAT) en Inde. En Inde également, l'Institut international de recherche sur le riz est mené en particulier par Monkombu Swaminathan, autre figure marquante de ces recherches. Une association internationale, le Consultative Group on International Agricultural Research (CGIAR), est créée en 1971, sous l'auspice de la fondation Rockfeller, pour coordonner les travaux des groupes de recherche locaux en matière agricole. Il chapeaute aujourd'hui une quinzaine de centres dans le monde.
Les recherches menées par ces organismes se concentrent sur la fabrication par hybridation de variétés à haut rendement concernant les trois principales céréales cultivées dans le monde : riz, blé, maïs, délaissant largement, au moins dans un premier temps, des céréales comme les millets, le sorgho ou des « pseudo-céréales » comme le quinoa.
L'efficacité des variétés produites par ces centres de recherche reste toutefois subordonnée à la mise en place de systèmes de culture complexes et coûteux, faisant appel en particulier à la mécanisation agricole et aux intrants chimiques (engrais, notamment les engrais azotés, et produits phytosanitaires - pesticides, fongicides et insecticides), lesquels requièrent eux-mêmes d'importantes sources de pétrole (notamment pour le fioul des tracteurs et autres machines, ainsi que pour la production des engrais azotés). Partout où elle est menée avec succès, la « révolution verte » nécessite donc une politique étatique volontariste qui se traduit généralement par : des subventions à l'utilisation des intrants chimiques (pesticides, fertilisants…) ; un aménagement du territoire en matière de maîtrise de l'eau (irrigation) ; des subventions à l'achat des semences ; une protection des prix des matières agricoles.
L'expérience indienne
L'Inde devient le second pays à expérimenter la révolution verte, à la suite de la collaboration de la Fondation Ford et de l'État indien. La politique mise en œuvre par le ministre de l'agriculture s'appuie sur l'incitation à l'utilisation des semences de blé à haut potentiel de rendement du CIMMYT et sur un programme visant à encourager le développement de l'irrigation et d'une recherche agronomique locale. À la fin des années 1970, le rendement du riz a augmenté de 30 %, permettant à l'Inde de faire face à la croissance de sa population sans subir les famines récurrentes qu'elle a connues dans les années 1960 et particulièrement celle de 1966 qui a fait des milliers de morts. La révolution verte assure des récoltes abondantes dans les États semi désertiques tels le Pendjab. Ce dernier, qui était dans les années 1950 un état aride et pauvre, est devenu l'un des plus riches d'Inde« Le PIB par habitant et par État en Inde », La Documentation française, 24 janvier 2008.. La malnutrition reste cependant largement répandue dans l'ensemble du paysJaffrelot (dir.), L'Inde contemporaine de 1950 à nos jours, Fayard, Paris, 1996..
L’Asie du Sud-Est L’Asie du Sud-Est est la région du monde où la production céréalière s'accroît le plus rapidement dans les années 1970 et 1980 Pingali, Hossain, Gerpacio, Asian rice bowls. The returning crisis, IRRI-CAB International, New York, 1997.. Des pays comme l'Indonésie et les Philippines, considérés comme structurellement déficitaires, deviennent quasiment autosuffisants en l'espace de quelques décennies ; le Vietnam devient en peu de temps le troisième exportateur mondial de sucre alors qu'il ne possédait que quelques champs de cannes dix ans auparavant.