vignette|Logo du label La Voix de son maître, icône de l'enregistrement sonore.
L'enregistrement sonore est l'opération qui consiste à garder une trace durable d'un son en vue de l'écouter plus tard. L'objectif de conserver une mémoire fiable des sons s'inscrit dans l'histoire des cultures qui utilisent une écriture phonétique, raffinée en Europe avec les notations de l'écriture musicale. La société industrielle développe à partir du dernier quart du des moyens mécaniques pour le réaliser. Jusqu'à ce moment, on ne savait enregistrer, par l'écriture, que l'interprétation qu'une personne faisait du son.
Les industries du téléphone, de la radio, de la télévision et du cinéma ont recouru à de nombreux procédés différents d'enregistrement, toutes basées sur la transformation du son capté par un microphone en signal électrique. La possibilité de reproduire, rapidement et à peu de frais, les enregistrements sonores a créé l'industrie phonographique, principalement pour la production et la vente d'enregistrements de musique.
Analyse L'enregistrement sonore comporte trois phases fondamentales : la captation : un ou plusieurs transducteurs, installés sur la scène sonore, transforment les ondes sonores en signal ; le traitement : un dispositif de traitement du signal adapte et prépare le signal ; l'enregistrement : un ou plusieurs transducteurs transforment le signal en une forme matérielle, stable. Une phase de reproduction de cette forme matérielle peut s'y ajouter afin de permettre la diffusion sans autres phases intermédiaires.
Depuis l'avènement de l'électronique dans les années 1920, la captation s'effectue universellement au moyen de microphones, qui transforment les ondes sonores en signal électrique analogique. Le traitement du signal peut le convertir en un flux de données numériques. Il comprend au moins la fixation du début et de la fin de l'enregistrement, et le plus souvent l'amplification avec le réglage du niveau et le réglage de la tonalité (égaliseur), de la dynamique (compresseur), le mélange de différents signaux (mixage). Il s'adapte au support retenu pour l'enregistrement. Le signal peut être enregistré sous forme mécanique, magnétique, optique, électronique. À ce stade, il pourrait être analogique ou numérique ; mais toutes les combinaisons n'ont pas été exploitées.
On appelle aussi « enregistrement sonore » le support enregistré. À l'époque actuelle, la fabrication d'un enregistrement comporte la plupart du temps une première phase, de production, pendant laquelle des enregistrements sont effectués sur un support de travail, et une seconde phase, de post-production, où les enregistrements sont assemblés et mélangés, pour fournir un produit qui est ensuite reporté sur un support de diffusion. Inversement, à la restitution, on trouve un dispositif de lecture du support, un dispositif de traitement du signal, qui offre en général moins de possibilités d'ajustements que celui utilisé à l'enregistrement, et un dispositif de transformation du signal électrique en ondes sonores construit autour de haut-parleurs.
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Histoire
Depuis les origines de l'enregistrement sonore, deux techniques ont été employées : l'enregistrement mécanique et l'enregistrement électrique, d'abord analogique, puis numérique.
Enregistrement mécanique vignette|gauche|Plaque au 5 rue de Tournon ( arrondissement de Paris), où mourut Charles Cros.
L'enregistrement mécanique a été la première forme d'enregistrement sonore et aussi la plus simple. Le Français Édouard-Léon Scott de Martinville invente le premier dispositif permettant l'enregistrement du son, sans toutefois pouvoir le restituer. Il dépose en 1857 un brevet sous le nom de phonautographe. L'appareil se compose d'un pavillon relié à un diaphragme, qui recueille les vibrations acoustiques, transmises à un stylet qui les trace sur une feuille de papier enduite de noir de fumée enroulée autour d'un cylindre tournant. On y voit les lignes sinueuses représentant le son. Des chercheurs de l'université de l'Indiana ont réussi, en 2008, à restituer le son d'enregistrements papier réalisés en 1860 et déposés à l'Académie des sciences. L'analyse informatique des tracés des premiers exemplaires fait entendre une voix, qui serait celle de Martinville lui-même, chanter Au clair de la lune...
droite|vignette|Phonautographe d'Édouard-Léon Scott de Martinville. droite|vignette|Phonographe de Thomas Edison.
L'Américain Thomas Edison dépose en 1877 le brevet de son phonographe, premier appareil à pouvoir enregistrer et restituer un son. Comme la machine de Martinville, qu'Edison n'a pas connue, un diaphragme, ici en mica, transmet les vibrations sonores à un stylet. Celui-ci grave directement ces vibrations sur un cylindre d'étain. Inversement, le passage de l'aiguille sur le sillon gravé à l'enregistrement fait vibrer le diaphragme, permettant d'entendre faiblement le son enregistré. Le premier enregistrement reproductible date de 1878. Restauré à l'aide d'un scanner optique pour ne pas endommager la feuille d'étain, cet enregistrement d'une minute et dix huit secondes a été dévoilé en 2012 au Museum of Innovation and Science, dans l'État de New York ()..
Quelques mois plus tôt, le , le Français Charles Cros adressait à l'Académie des sciences un mémoire décrivant le principe d'un appareil de reproduction des sons, qu'il nomme « paléophone ».. Son document suggère que les vibrations sonores peuvent être gravées dans du métal à l'aide d'un crayon rattaché à une membrane vibrante, et que, par la suite, en faisant glisser un stylet rattaché à une membrane sur cette gravure on parviendrait à reproduire le son initial. Cependant, dans un de ses textes à la mémoire de son ami publié dans Le Chat noir, l'écrivain Alphonse Allais prétend avoir vu et entendu les sons restitués par un phonographe construit par Charles Cros bien avant le modèle d'Edison. On pense généralement que les deux hommes ne connaissaient pas leurs travaux respectifs. En 1947, en hommage à ses travaux, son nom est retenu pour désigner l'Académie Charles-Cros, fondée par des critiques et des spécialistes du disque attribuant chaque année des distinctions très remarquées, les grands prix du disque de l'Académie Charles-Cros.
L'inventeur allemand Emile Berliner met au point entre 1886 et 1889 son gramophone. Il conserve le principe d'un burin qui, vibrant sous l'effet d'un diaphragme mu par l'onde sonore, grave un sillon. Mais il imprime le son sur un disque, et le burin se déplace latéralement, et non en profondeur comme celui d'Edison. Le disque de Berliner a l'avantage de la facilité de rangement, et surtout celui de la possibilité de reproduction en masse des enregistrements mis ensuite dans le commerce. Le procédé d'enregistrement commercial se décompose en trois phases au moins : enregistrement sur un disque recouvert de cire, transformation par galvanoplastie de l'original en cire imprimée en creux en matrice zinc imprimée en relief, et pressage de copies à partir de la matrice. Pour les nombreuses séries, on fabrique des intermédiaires supplémentaires pour épargner la matrice originale. La Phonogrammarchiv créée par l'Académie autrichienne des sciences en 1899 est le plus ancien fonds d'archives du monde, enregistrant à l'origine les voix de poètes germanophones à l'aide de phonographes..
Enregistrement et reproduction électriques Peu après l'invention du phonographe et celle du gramophone, celle du téléphone implique celle du microphone et la possibilité qui en découle de transformer le son en signal électrique et de pouvoir le transporter.
Support mécanique La captation électrique du son se combine d'abord avec la technique de l'enregistrement mécanique ; le signal électrique issu du microphone actionne, grâce à un électroaimant, un burin qui grave un disque, soit recouvert de cire pour les enregistrements destinés à la reproduction commerciale, soit recouvert d'acétate de cellulose pour les enregistrements uniques.
Les premiers disques produits de cette manière, de de diamètre, tournant à 78 tours par minute, restent compatibles avec une reproduction entièrement mécanique.
Reproduction électrique La généralisation de l'électricité permet la reproduction du son par un système d'amplificateur. Il n'est pas nécessaire de prélever dans le mouvement de l'aiguille sur le disque l'énergie nécessaire à la production d'un son audible : on réduit la pression sur le disque et donc son usure. On peut employer des matériaux moins durs, et générant moins de bruit de frottement. Les haut-parleurs ne sont pas nécessairement proches du plateau de lecture. On peut donc en prévoir plusieurs, en vue de reconstituer non seulement un son, mais encore un espace sonore.
La porte est désormais ouverte pour le disque microsillon (33 tours et 45 tours) et la stéréophonie.
Support optique
L'industrie du cinéma met au point à la fin des années 1920 un procédé d'enregistrement optique du signal sur film de cinéma, qui ouvre la possibilité de synchroniser avec exactitude des signaux, et par conséquent, de les assembler au montage, de constituer des enregistrements multipistes (les signaux simultanés de plusieurs microphones enregistrés sur plusieurs pistes du même support) afin de mélanger leurs signaux au mixage.
Des appareils enregistrant uniquement le son en utilisant le procédé mis en œuvre dans les films de cinéma sont fabriqués et utilisés entre les années 1930 et 1940 : le procédé de la firme autrichienne Selenophon utilise le procédé photographique du cinémaScience et industries photographiques, janvier 1929, ., on lui préfère souvent l'enregistreur mécanique Philips-Miller (1936), où un stylet grave la piste transparente à largeur variable sur un film noir, qui n'a pas besoin d'être ensuite développéPierre Hemardinquer, « Le premier phonographe à film : le Sélénophone », La Nature, , mai 1931 ; ..
Le LaserDisc, lancé commercialement en 1978, lit des images et du son stockés sous forme analogique par le biais d'un système optique. L'enregistrement et la lecture optiques se combinent avec les technologies numériques à partir du CD, inventé en 1979 et produit à partir de 1982.
Support magnétique Valdemar Poulsen avait breveté son enregistreur sur fil magnétique appelé « Télégraphone » au Danemark dès 1898 ; il montra son invention à l'Exposition universelle de Paris en 1900. Cependant, son brevet expira avant que l'invention ait trouvé un débouché commercial.
Dans les années 1930, les compagnies allemandes AEG et Telefunken développèrent un enregistreur sur bande magnétique, un procédé beaucoup plus léger, moins coûteux, et dont les performances ne tardèrent pas à dépasser celles de l'enregistrement sur disque et celles de l'enregistrement optique, avec l'invention en 1941 de la prémagnétisation haute fréquence. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'enregistrement magnétique prend le pas sur les autres procédés dans les applications professionnelles.
Dans les années 1960, l'introduction de la cassette audio, d'abord pour un dictaphone AES recoding history notes. popularise le procédé. Elle met l'enregistrement à la portée du grand public. L'introduction par Sony en 1979 de son Walkman, le premier baladeur, permettant d'écouter individuellement de la musique enregistrée sur cassette en tous lieux, accélère l'essor de la cassette audio.