thumb|Habitations modernes et niveaux antiques le long de l'axe principal. thumb|upright=1.3|Rue principale, au centre de la ville, au niveau de l'exèdre monumentale ().
Bosra (parfois Bostra, en arabe بصرى) est une ville du sud de la Syrie, ancienne capitale de la région du Hauran, dans le gouvernorat de Deraa. Située dans une région très fertile, au débouché des caravanes venant d’Arabie, Bosra connut la prospérité et joua un important rôle commercial, comptant jusqu’à habitants.
Jadis capitale de la province romaine d'Arabie, très tôt christianisée, Bosra devint une étape importante sur l'ancienne route caravanière de La Mecque. Elle conserve, enserrés dans ses épaisses murailles, un théâtre romain du , des ruines paléochrétiennes et plusieurs mosquées plus tardives.
Bosra est inscrite au Patrimoine mondial de l'UNESCO.
La ville moderne La ville actuelle s'est développée sur les vestiges de la cité ancienne qui était à peu près dépeuplée il y a un siècle.
Selon le Bureau central syrien des statistiques (CBS), Bosra comptait 19 683 habitants lors du recensement de 2004. C'est le centre administratif du nahiyah (« sous-district ») de Bosra, qui comprenait neuf localités et comptait une population totale de 33 839 habitants en 2004General Census of Population and Housing 2004. Syria Central Bureau of Statistics (CBS). Daraa Governorate. . Les habitants de Bosra sont majoritairement musulmans sunnites, bien que la ville abrite une petite communauté musulmane chiiteBatatu, 1999, p. 24.
Histoire Située à de Damas, au cœur de la région fertile du Hauran, sur un plateau basaltique, Bosra entre dans l’histoire à l’époque hellénistique. Ses roches noires, employées dans la construction depuis des siècles, confèrent à la région entière beaucoup d'originalité. De plus, la dureté du basalte a permis aux monuments de résister à l'usure.
La ville est mentionnée pour la première fois dans des archives égyptiennes en 1350 av. J.-C. sous le nom de Busrana, mais ne se développe réellement qu'à partir du Selon François Villeneuve, aux , l'État nabatéen se bâtit et sort progressivement de l'ombre. « Pétra se construit peu à peu et les Nabatéens poussent leurs incursions de plus en plus loin vers le nord, jusque dans la région de Bosra en SyrieFrançois Villeneuve, Les Nabatéens, caravaniers et bâtisseurs, décembre 2002.. » Sous les rois Arétas III et Arétas IV, elle tombe sous la coupe des Nabatéens. À cette époque, elle devient une capitale régionale de la Nabatène, titre qui lui sera accordé officiellement au sous Rabbel II.
En 106, elle devient la capitale de la province romaine d’Arabie créée par Trajan après l’annexion de la Nabatène.. Étant sur le principal axe de communication, la Via Nova Trajana, elle bénéficie de cette position et de l’installation de 5000 légionnaires : Bosra devint assez rapidement la garnison définitive de la legio III Cyrenaica. Agrandie et embellie d'édifices publics, organisée autour d'un cardo et d'un decumanus, elle est rebaptisée Nova Trajana Bostra sous Trajan, entre 98 et 117. Au cours du même siècle, on y construit le grand théâtre de places, un des plus vastes de l’Orient romain, demeuré presque intact jusqu'à nos jours.
Dès le début du , le christianisme, en pleine expansion, va changer le paysage urbain : de nombreuses églises sont bâties, ainsi qu'une cathédrale dédiée aux saints Serge, Bacchus et Léonce.
Pour la tradition musulmane, c’est à Bosra que le moine chrétien nestorien Bahira aurait reconnu Mahomet, alors âgé de dix ans, qui accompagnait son oncle "Abou Talib", comme étant le paraclet annoncé dans l'évangile de Jean. Après la conquête musulmane de Bosra en 632, la région devient le champ de bataille des musulmans et des byzantins, qui se disputent le contrôle de la Syrie. Trente-six mosquées, dont la mosquée El Omari, sont construites, de nombreux chrétiens sont obligés de se convertir. Les Seldjoukides, gouvernant la ville à partir de la fin du ap. J.-C., y rétablissent la prospérité, et la protègent des Croisés.
Les Ayyoubides font du théâtre romain, fortifié par Nour Ed Din, une véritable citadelle, qui sera ensuite conquise par les Mongols, mais le sultan mamelouk Baybars la restaure en 1261. La ville demeure pour une longue période un passage obligatoire des pèlerins musulmans. Puis Bosra décline, au point de n'être plus qu'un simple village jusqu'à nos jours. Pendant le Mandat français, des cavaliers autochtones sous commandement français, dégagent et restituent l'axe de la Via Recta qui traverse le site. Ces premières restitutions sont inaugurées par le président de la république de l’État de Syrie, Sheikh Tajeddine el-Hassani (Damas 1885-1943). Par la suite, plusieurs campagnes de fouilles archéologiques ont été menées, principalement sur le monumental théâtre romain, le plus vaste et le mieux préservé du Moyen-Orient, inscrivant Bosra sur les circuits du tourisme moderne. Les habitants de la vieille ville, dont certains vivaient même dans des habitats de construction romaine, sont peu à peu relogés dans de nouveaux quartiers.
La ville est prise par les rebelles le 25 mars 2015, lors de la guerre civile syrienne. Le 29 juin 2018, des tirs d'artillerie de l'armée syrienne endommagent partiellement le théâtre.
Site archéologique Enceinte et fortifications Le rempart au nord-ouest La portion de l'enceinte urbaine qui s’étend vers le nord à partir de la porte ouest et conduit au camp romain a été fouillée, puis restaurée au cours des années 1990. Un tronçon en appareil pseudo-isodome à bossages a été mis au jour, du même type que celui du rempart de Suweidâ’. Une tour rectangulaire saillante a été relevée.
Le rempart de la ville au sud-ouest Le rempart de la ville au sud-ouest est visible à partir de la porte ouest « Bâb al Hawâ’ » en direction du sud. Les tronçons sont construits en gros appareil non taillé pouvant remonter à des périodes anciennes. Un sondage de 2001 a permis d’identifier un premier état de l'enceinte, datable de l’époque du Bronze Moyen II. Ce rempart a été reconstruit au tournant de l'ère chrétienne, à l’époque de la céramique nabatéenne et de la céramique sigillée orientale. Il a connu une nouvelle phase reconstruction à l’époque byzantine, vers le .
Le rempart nord et est Dans la large rue qui constitue actuellement la limite nord de la vieille ville et suit le tracé sud du camp romain, une tranchée creusée pour installer une canalisation a permis d’observer plusieurs niveaux de circulation en cailloutis, puis en dalles de basalte qui appartenait à une rue dallée, sans doute de direction est-ouest, datant au plus tôt du .
Théâtre, amphithéâtre, cirque Le théâtre romain et la citadelle arabe vignette|Vue aérienne du théâtre et de la citadelle.
Après la prise de la ville, en 106 après J.-C., les Romains ont presque aussitôt entrepris la construction du théâtre. On suppose qu'il a été achevé sous Trajan, mort en 117.
Le décor de la scaenae frons est certainement d’époque sévérienne, mais le théâtre a dû rester en construction une bonne partie du , à en juger par le style des chapiteaux de la colonnade qui orne le sommet de la cavea.
En 635, Bosra tombe aux mains des Arabes et le théâtre romain trouve un usage défensif. Entre la fin du et le milieu du , le théâtre subit une métamorphose radicale : l'édifice est transformé en une solide forteresse qui doit protéger cet important centre de commerce et son réseau routier. Le théâtre est renforcé, comblé et entouré de constructions militaires : recouvert de toutes parts, il restera caché au monde durant sept siècles.
Les tours nord et nord-ouest de la citadelle ont été restaurées au cours des années 1930. Les diverses maisons installées à l’intérieur furent détruites et, en 1947, la restauration des monuments fut confiée à Sleiman Mukdad, qui élabora un plan général de la ville antique et fit le recensement des monuments nécessitant des travaux. Son œuvre la plus importante est le dégagement des deux niveaux de constructions voûtées qui occupaient l'ensemble de la cavea du théâtre.
vignette|centré|Fortifications ayyoubides entourant le théâtre.
Comme maire de Bosra, Sleiman Mukdad participa à la conception des quartiers modernes pour reloger les familles qui avaient été déplacées à la suite de l’évacuation du site archéologique.
Un festival biennal de spectacles de musique et de danse a été créé au théâtre antique en 1980.
Les musées de la citadelle Un dépôt lapidaire créé en 1933 est à l'origine des collections actuelles de l'antiquarium de la citadelle, augmentées de statues gréco-romaines et d'inscriptions nabatéennes, grecques, latines et arabes.
Le cirque (« hippodrome ») Le cirque, du ap. J.-C., apparaît clairement sur les photos aériennes. Il est situé à l'extérieur de la ville, au sud et à proximité du théâtre. Le bâtiment, qui mesure un peu plus de 440 m de long et environ 130 m de large, a été dégagé. Il est très ruiné : seuls subsistent des murs et soutènements de gradins. L'ensemble peut être observé depuis l'espace central.
L’amphithéâtre Un grand bâtiment elliptique de 120 × 65 m est visible sur les vues aériennes : c'est l'amphithéâtre, presque entièrement arasé, mais discernable grâce aux campagnes de fouilles effectuées sur les fondations depuis la fin du . Une partie du mur extérieur a été dégagée. L'amphithéâtre se trouve juste au nord du cirque et à l'ouest du théâtre, formant avec ceux-ci un vaste ensemble consacré aux spectacles.
Sources, aqueducs, réservoirs, thermes, hammams Le réservoir Est « birket an-Nabatiyah » Ce réservoir, appelé aussi « réservoir des Nabatéens », est construit à ciel ouvert, tout comme le réservoir sud-est « birket al-Hâjj ». Une canalisation rejoignait le réservoir à l'angle sud-est pour l’alimentation en eau de la ville.
Le réservoir sud-est « birket al-Hâjj » Les deux grands réservoirs d'eau sont distants d'environ 500 m. Ils sont de forme carrée, d'environ 150 m de côté, entourés de quais et de bordures de pierre où figurent des inscriptions en écriture nabatéenne qui les rendent tous deux datables du .
Les deux réservoirs ont été déblayés de 1960 à 1975, puis rénovés en 1986-1987.
La retenue d’eau du quartier de l'Ouest (prétendue « naumachie ») On observe dans quartier de l’Ouest une vaste dépression en fer à cheval dont le fond humide et fertile a été transformé en cultures, limitée à l’ouest par un mur en appareil cyclopéen dans sa partie sud, et en appareil quadrangulaire à bossages dans la partie centrale. Selon Butler, il s’agirait d’un aménagement pour les jeux nautiques (naumachies) ; d’après Peters, cet espace servait de stockage pour les marchandises et le bétail. Cet espace est toujours utilisé pour des cultures maraîchères irriguées naturellement. Il se trouve sur la ligne qui descend du secteur de la source pérenne de la ville, au nord.
Le hammam Manjak Ce hammam mamelouk, construit par l’émir Manjak en 1372, est l’un des bâtiments les plus luxueux de la Bosra islamique. Le bâtiment est placé le long de la rue nord-sud, en face de la Grande Mosquée. Le complexe allongé s’articule en fonction de la suite fonctionnelle des opérations du bain. À la pièce d’accueil au sud succèdent vers le nord plusieurs salles de bains et, derrière elles, les installations techniques avec les réservoirs d’eau et le chauffage. L’organisation du plan, les techniques de construction et les détails stylistiques rapprochent le hamman Manjak des bains mamelouks de Damas.
Le camp romain et ses thermes Le camp est datable par une borne mentionnant la légion IIIa Cyrenaica (IGLS XIII, 9449) et de nombreux blocs sculptés épars d’époque romaine impériale et byzantine. La légion VIa Ferrata s'est installée à Bostra en 106, suivie de la IIIa Cyrenaica vers 125.