Angelo Oliviero Olivetti, né le à Ravenne et mort le à Spolète, est un avocat, journaliste et homme politique italien.
Militant au Parti socialiste italien, il est avant la Première Guerre mondiale l'un des principaux représentants du syndicalisme révolutionnaire en Italie et le fondateur de la revue Pagine libere. Fervent interventionniste durant le conflit, il participe à la fondation des Faisceaux d'action internationaliste et évolue vers un syndicalisme national proche des positions défendues par l'. Rapproché du fascisme, il en devient un des théoriciens et mène sous le régime une carrière universitaire.
Biographie
Famille et jeunesse Il est né en 1874 à Ravenne, dans une famille juive de la classe moyenne supérieure aux forts sentiments patriotiques, d'Emilio et Amalia Padovani ; son père était un volontaire de guerre puis un officier hautement décoré, qui avait participé aux derniers événements du Risorgimento, tandis que sa mère était la fille du banquier Angelo Padovani.
Il fut parmi les fondateurs du Parti socialiste italien (PSI) à Gênes en 1892 alors qu'il fréquentait encore l'Université de Bologne où il étudiait le droit, obtenant son diplôme en 1893 avec une thèse sur le colonat romain, qui fut ensuite récompensée par un prix au concours « Vittorio Emanuele » en 1896.
L'exil en Suisse et le lancement de Pagine libere Condamné à plusieurs reprises par les tribunaux italiens pour activités subversives, il se réfugia en Suisse à Lugano en 1898 où, en 1906, il commença à publier une revue politico-culturelle bimensuelle d'orientation syndicaliste révolutionnaire, , à laquelle collaborèrent également les syndicalistes Paolo Orano, Arturo Labriola, Alceste de Ambris et Benito Mussolini, qu'Olivetti rencontra durant son exil suisse. Le futur dirigeant du fascisme fréquentait en effet sa maison à Lugano, qui devint un lieu de rencontre pour des intellectuels tels que, entre autres, De Ambris lui-même, Massimo Rocca, Giulio Barni et Angelica Balabanova.
La revue d'Olivetti représente, avec d'Enrico Leone, la plus importante revue du syndicalisme révolutionnaire italien. La section littéraire, en particulier, était dirigée par Francesco Chiesa, originaire du Tessin, qui obtint des contributions de jeunes écrivains, dont plusieurs poètes. Olivetti collabora également avec l'hebdomadaire milanais d'Arturo Labriola, Avanguardia socialista, et signa en 1907 le manifeste syndicaliste révolutionnaire, qui critiquait le réformisme de la CGL, l'accusant d'être un instrument passif du Parti socialiste italien (PSI).
Théoricien du syndicalisme révolutionnaire Dans sa revue, il s'engagea à réviser le marxisme (notamment ses prétentions scientifiques), une revendication commune aux syndicalistes révolutionnaires, et à développer un syndicalisme anti-étatique, manifestant ainsi des positions anti-électorales et subversives, et adhérant aux thèses de Georges Sorel en faveur de la violence révolutionnaire puisque « toute doctrine politique qui tend vers l'avenir est une doctrine de la force, et la violence est force », reprenant également le vitalisme et le volontarisme de la philosophie bergsonienne pour affirmer un « socialisme devenu spontanéité du mouvement et de la lutte, un fait physiologique, organique ».
Les principales caractéristiques de sa conception syndicaliste sont aussi un aristocratisme et un élitisme marqués, conformément aux thèses de Gaetano Mosca, Robert Michels et Vilfredo Pareto, ainsi que – probablement sous influence familiale – une fierté nationale qui aura des conséquences notables dans le développement ultérieur de sa réflexion théorique. En effet, dès l'article introductif de la revue, il déclarait :« Nous autres Italiens, héritiers et gardiens de la pensée de notre peuple – si claire et précise, enracinée dans le naturalisme et le bon sens, explorateurs de toute vérité physique et expérimentale, initiateurs de l’humanisme aux première et seconde Renaissances, précurseurs de la science moderne au troublé, inventeurs de la politique scientifique, démolisseurs de la papauté, imperméables aux élans réformateurs –, nous devons, par notre dimension internationale dans la vie moderne, de nous redécouvrir. Tel est le double objectif que nous nous proposons : raviver l’italianité de la pensée nationale, cosmopolite et universelle dans ses origines et ses méthodes, et exercer un regard critique sur les événements contemporains, face à un prolétariat qui s’élève au sommet de l’histoire, en attirant dans notre société d’idées les esprits voués à la pensée pure et à la beauté pure, qui, pour cela seul, ont une raison intime de fraterniser spirituellement avec nous. »La pensée d'Olivetti a également eu une influence importante sur les idées du jeune Mussolini, à tel point que le Duce lui-même, en 1932, écrivant La Doctrine du fascisme pour l'Encyclopédie Treccani, a écrit :« Dans le grand fleuve du fascisme, vous trouverez les lignées qui partent de Sorel, Péguy, Lagardelle du Mouvement socialiste et de la cohorte des syndicalistes italiens, qui, entre 1904 et 1914, ont apporté une note de nouveauté au milieu socialiste italien, déjà émasculé et chloroformé par la fornication de Giolitti, avec d'Olivetti, d'Orano, de Leone. »Suite à l'expulsion des syndicalistes révolutionnaires du Parti socialiste, Olivetti se prononça en faveur de l'entreprise libyenne, apportant son soutien, dans les colonnes de son magazine, au rapprochement alors en cours entre syndicalistes révolutionnaires et nationalistes :« Or, le syndicalisme, à l'instar du nationalisme, réaffirme une originalité au sein de la vague perturbatrice de la médiocrité universelle : le premier, l'originalité d'une classe qui tend à s'émanciper et à se transcender ; le second, passionné par la renaissance du fait et du sentiment national, entendus comme originalité d'une lignée, comme affirmation d'une personnalité collective, dotée de caractéristiques culturelles et sentimentales reconnues, d'un instinct propre. Le syndicalisme et le nationalisme sont donc antidémocratiques, antipacifistes et antibourgeois. Et, soyons francs, ce sont les deux seules tendances aristocratiques dans une société aisée et hédoniste : la première militant pour l'avènement d'une élite productrice, la seconde espérant la prédominance d'une élite raciale cherchant à se redécouvrir par la perte progressive de toute trace de personnalité et de sincérité primitive. Enfin, le nationalisme et le syndicalisme ont en commun le culte de l'héroïsme, qu'ils veulent raviver au sein d'une société de courtiers et d'épiciers. Notre société se meurt par manque de tragédie (…) Le nationalisme et le syndicalisme sont les seules conceptions politiques de notre temps qui réveillent les profondeurs d'un mythe : le premier en invoquant la suprématie de la race, le second par la grève générale et la révolution sociale. »Sur la question de Tripoli, cependant, les syndicalistes révolutionnaires ne formèrent pas un front uni : par exemple, si Olivetti et Labriola étaient favorables à la guerre, De Ambris et Filippo Corridoni s’y opposaient.
En raison de ces frictions politiques, Pagine libere, dont la rédaction avait été restructurée et au sein de laquelle De Ambris lui-même et Paolo Mantica occupaient des postes importants, fut contrainte de suspendre sa publication début 1912. Dans un article intitulé « » publié dans le numéro du de , Olivetti, en opposition à la position exprimée par De Ambris sur la guerre de Libye (« piraterie abominable »), répliqua soulignant sa conception du syndicalisme révolutionnaire, c’est-à-dire un : « révolutionnarisme aristocratique […] qui interprète la plus audacieuse philosophie de la volonté et de l’action, qui nie la démocratie et ni la poursuit ou ne l’intègre, qui fait appel à Nietzsche, à Marx, à Schopenhauer. »Ainsi selon lui, la guerre aurait formé des « élites belliqueuses et conquérantes » ; la démonstration de force de l’Italie contre l’Empire Ottoman était ainsi similaire à la violence de l’action directe du prolétariat contre la bourgeoisie. Durant la même période, Olivetti fut expulsé de Suisse pour des articles jugés préjudiciables aux intérêts suisses.
La Première Guerre mondiale et l'interventionnisme révolutionnaire Le cours de la revue reprit cependant en 1914, lorsque Olivetti soutint avec ferveur l'intervention de l'Italie dans la Grande Guerre. Olivetti fut par ailleurs l'un des fondateurs des Faisceaux d'action internationaliste, qui diffusa un manifeste adressé aux travailleurs italiens en faveur de l'entrée en guerre de la nation.
Dans ses articles, en particulier, il s'attaqua aux socialistes qui niaient « la persistance des motifs nationaux », retranchés dans un pacifisme abstrait, complices de la « faillite frauduleuse du vieil internationalisme », et donc qualifiés de « réactionnaires », alors que « le problème le plus sérieux pour les révolutionnaires vrais et sincères » résidait désormais dans « la coordination de la révolution sociale avec le fait national ». Dans cet article, il écrivait : « Je crois que l’heure est venue de se poser, avec une pleine liberté d’esprit et sans préjugés conservateurs ni iconoclastes, pour réexaminer toutes nos doctrines, pour nous forger une nouvelle conscience politique relative, à travers l’expérience vécue d’un quart de siècle… Le socialisme et le syndicalisme doivent sortir purifiés du creuset de l’histoire, surtout à travers le feu des grands événements dont nous sommes les spectateurs. Ils doivent se libérer de toutes les impuretés, de toutes les scories, se refaire une âme claire, lumineuse, pleine, combative, comme ils l’avaient à leur naissance. En cette heure d’histoire sanglante, il s’agit pour eux de se renouveler ou de périr. Toute doctrine est inévitablement destinée à s’user avec l’usage, par le frottement incessant avec la vie […]. Nous ne pouvons pas être les conservateurs de l’ancien subversivisme […].
Aujourd’hui, quiconque n’est pas fou, tolstoïen ou complètement imbécile se rend à la réalité qui nous montre la faillite frauduleuse de l’ancien internationalisme et la persistance des motifs de nationalité, surpassant et submergeant tout autre sentiment des hommes. Coordonner la révolution sociale avec le fait national est le problème le plus grave pour les vrais et sincères révolutionnaires de l’heure présente. […]. Le socialisme a cru résoudre la question sociale en concentrant les efforts de l’ouvrier en tant qu’individu politique sur la formation d’un parti qui représenterait la classe et la conduirait au triomphe par l’exercice de la lutte des classes. Le syndicalisme a placé au premier plan de la perspective historique l’homme non plus comme individu politique, mais comme producteur, et a donc reconnu dans le syndicat l’outil approprié de la lutte des classes, plutôt que dans le parti […]. »Ainsi, pour Olivetti, le socialisme, défenseur du statu quo, était incapable de comprendre que les revendications nationales constituaient, à ce moment historique précis, « l’étape transitoire nécessaire avant les revendications sociales ». Au contraire, la guerre aurait contribué à « accomplir le destin de la nation » et à achever définitivement « l’œuvre fatale d’unification de la nation et de la race ». Plus généralement, il voyait dans la lutte entre l’Italie et les puissances ennemies la conflagration entre « l’internationalisme bâtard des Allemands » et « l’universalisme latin », définissant ce dernier comme un « internationalisme intégrateur et non négateur des nationalités ».
Le syndicalisme national après guerre