Peau d'Âne est un film musical français écrit et réalisé par Jacques Demy, sorti en 1970.
Inspiré de Peau d'Âne de Charles Perrault, paru en 1694, le film reprend l'intrigue traditionnelle du conte : une princesse forcée d'épouser son père fuit son royaume en se dissimulant sous une peau d'âne. Suscitant l'hostilité par son déguisement, elle parvient à conserver son secret jusqu'à sa rencontre fortuite avec le prince d'un château voisin. Une fois leur amour avoué et l'identité de la princesse révélée, les noces des deux jeunes gens sont célébrées dans l'harmonie retrouvée. À cette histoire merveilleuse, le réalisateur apporte une esthétique « pop » caractéristique des années 1960 mais encore inédite dans le cinéma français.
Cette troisième collaboration entre Jacques Demy et Catherine Deneuve permet au réalisateur de réaffirmer la force et la singularité de son univers cinématographique, ce « Demy-monde » qui mêle références féeriques et poétiques, et à l'actrice de gagner un nouveau rôle de beauté iconique.
Considéré comme un « film culte » grâce à l'audace de ses thèmes et de son parti pris visuel, ainsi qu'à sa musique signée Michel Legrand, Peau d'Âne constitue le plus grand succès au box-office de Jacques Demy.
Il est restauré en 2003 et en 2014 sous la supervision de la cinéaste Agnès Varda, compagne du réalisateur, et adapté sur scène en 2018 au théâtre Marigny.
Synopsis vignette|Figure de cire représentant l'actrice Catherine Deneuve dans le rôle de Peau d'Âne (château de Breteuil, France).|alt=Figure de cire représentant l'actrice Catherine Deneuve dans le rôle de Peau d'Âne(château de Breteuil, France). Il était une fois… un roi (Jean Marais), qui jouit d'un grand prestige auprès de ses sujets et voisins, et qui est marié à la plus belle et vertueuse des reines. Tous deux vivent en harmonie avec leur unique fille (Catherine Deneuve), et la prospérité du royaume est continuellement assurée par l'âne fabuleux qui habite leurs écuries et dont les déjections surnaturelles délivrent pierres précieuses et pièces d'or. Mais cet équilibre est rompu par le malheur : la reine se meurt de maladie. La raison d'État exigeant un héritier mâle, sur son lit de mort, elle fait promettre à son mari de ne prendre comme nouvelle épouse qu'une femme plus belle qu'elle. Les efforts des ministres pour trouver une princesse à la hauteur de la défunte reine restent vains, jusqu'à ce qu'ils admettent que seule la fille même du couple royal peut se prévaloir d'une telle beauté. Bien qu'un tel projet constitue un inceste, le roi décide de l'épouser, encouragé en cela par ses conseillers.
Il fait venir auprès de lui sa fille, qu'il avait rejetée depuis la mort de son épouse et qui s'était jusque-là divertie en chantant l'amour dans un jardin du palais (Amour, Amour). Il lui lit des vers qu'il sélectionne dans des recueils des temps futurs, puis la demande en mariage. La Princesse s'inquiète tout d'abord d'un tel dessein, mais entretient des hésitations, sensible à l'insistance de son père et à l'amour qu'elle-même lui porte. Elle rend alors visite à sa marraine, la Fée des lilas (Delphine Seyrig), pour obtenir son conseil. Celle-ci, malgré un comportement curieux laissant entendre que sa relation avec le Roi est tendue, lui apprend à distinguer les amours : si l'on aime ses parents, on ne les épouse pas (Les Conseils de la Fée des lilas). Guidée par cette dernière, la Princesse tente, sans contredire son père, de le dissuader de son projet en lui demandant tour à tour trois présents apparemment irréalisables : des robes d'une extrême complexité de confection, l'une couleur du Temps, l'autre couleur de Lune, et la dernière couleur du Soleil.
vignette|gauche|alt=Photographie couleur aérienne d'un complexe d'élégants bâtiments de style « ferme provinciale », et de bois alentour.|Les scènes de la forêt et de la chaumière de Peau d'Âne sont tournées aux alentours du château de Neuville, dans les Yvelines. En dépit du coût et de la brièveté des délais accordés, le Roi accède à ses demandes. La Princesse se résout alors, toujours conseillée par sa marraine, à demander à son père un immense et ultime sacrifice : la peau de l'âne banquier, celui-là même qui fait la richesse du royaume. Contre toute attente, et après avoir reproché à sa fille de faire trop de caprices de coquetterie, le Roi accepte. Effarée par la dépouille de l'animal et n'ayant plus aucun moyen de se dérober à l'exigence de son père, la Princesse s'enfuit du château familial, cachée sous la peau de l'âne et munie de la baguette magique que lui a prêtée sa marraine la Fée. Lorsque les chevaux qui tirent son carrosse, devenu charrette au long du voyage, s'arrêtent d'eux-mêmes en pleine forêt, la jeune fille, qui a désormais l'apparence d'une gueuse, s'enfonce dans les bois. Logeant dans une misérable hutte au fond d'un bois et travaillant comme souillon pour une vieille femme, elle doit affronter l'hostilité et les moqueries des habitants d'une ferme à proximité (Les Insultes).
Dans le royaume où l'héroïne s'est établie se trouve un prince charmant (Jacques Perrin), qui languit après un amour qu'il n'a pas encore trouvé (Chanson du Prince). Alors qu'il erre dans les bois, une rose lui souffle de persévérer dans sa quête. Suivant ses conseils, il découvre non loin dans une clairière une cabane en piteux état, celle de Peau d'Âne, et aperçoit la jeune fille par une lucarne. Se croyant seule en son logis, celle-ci a alors revêtu ses atours de princesse. Il en devient immédiatement amoureux et, de retour dans son château, tombe malade d'amour. Ses parents, alertés de son état, ne voient goutte au comportement de leur fils ; mais le Roi rouge (Fernand Ledoux) comme la Reine rouge (Micheline Presle) ne souhaitent que l'aider dans sa quête d'amour.
Le Prince demande alors à sa mère que celle que tous dénomment « Peau d'Âne » lui prépare un gâteau. La jeune fille accède à sa requête et lui confectionne un « d'amour », dans lequel elle glisse discrètement un présent : un anneau d'or digne des parures qu'elle avait revêtues le jour où le Prince l'avait aperçue (Recette pour un d'amour). Celui-ci manque cependant de s'étouffer sur la bague, en dévorant le gâteau ; en attendant que ses proches soient rassurés et le laissent seul, il la dissimule, heureux de ce signe. Il ressort alors la bague et, dans un rêve, fait enfin la rencontre de la Princesse. Tous deux s'avouent mutuellement leur amour et expriment leur désir de vivre ensemble, libérés de leurs parents et de toute contrainte (Rêves secrets d'un prince et d'une princesse).
vignette|alt=Photographie couleur d'un grand escalier circulaire intérieur, en élégante pierre blanche, au milieu d'un couloir lumineux et large de proportions.|C'est avec, en fond, les imposants escaliers à double-hélice de Chambord que sont tournées les scènes dans la chambre du Prince et de l'essayage de la bague. Sorti de ce doux songe, le Prince fait annoncer au château qu'il épousera la fille du royaume au doigt de laquelle la bague ira parfaitement. Une frénésie s'empare alors de la population féminine, certaines allant même jusqu'à essayer des potions et autres concoctions réputées magiques dans l'espoir d'adapter leur doigt à la bonne taille (Le Massage des doigts). Une séance d'essayage est organisée pour toutes les femmes du royaume, qui se présentent dans l'espoir de se révéler être l'élue. Défilant par rang social, elles ont droit à un essai chacune, mais la séance s'éternise et le Prince se lasse. Lorsque la procession prend fin, l'anneau ne s'est glissé à aucun doigt.
Le Prince pense alors à convoquer la dernière jeune fille du royaume, la souillon Peau d'Âne, qui était reléguée aux cuisines, et celle-ci arrive ; à la stupéfaction générale, l'anneau s'ajuste parfaitement à son doigt. Elle fait tomber sa Peau d'Âne et apparaît dans toute sa splendeur dans sa robe couleur du Soleil, provoquant l'émerveillement de tous. Les noces s'ensuivent : la Princesse épouse le Prince sous l'œil bienveillant de leurs familles, y compris du Roi bleu, qui se rend au mariage en hélicoptère en compagnie de la Fée des lilas. Cette dernière révèle alors à sa filleule que et qu'elle-même épousera le Roi. La cérémonie se poursuit, et alors que défilent les invités prestigieux accourus de toutes parts, la page du conte se referme.
Le film s'achève sur les derniers vers du conte original :
Fiche technique Titre : Peau d'Âne Réalisation : Jacques Demy, assisté d'Alain Franchet et de Jean Lefèvre Scénario, dialogues et paroles des chansons : Jacques Demy, d'après le conte de Charles Perrault Décors : Jim Leon, réalisés par Jacques Dugied Costumes : Agostino Pace et Gitt Magrini, réalisés par Tirelli (à Rome) et Maria Gromstseff (à Paris). ; la peau de l'âne et les masques d'animaux sont l'œuvre de l'atelier d'Hector Pascual Maquillages : Alexandre Marcus et Éliane Marcus, Monique Archambault Coiffures : Carita. et Alexandre de Paris, réalisées par Janou Pottier et Renée Guidet Photographie : Ghislain Cloquet, assisté d'Alain Franchet et Yves Agostini Son : André Hervée, assisté de Gérard Manneveau Musique : Michel Legrand Montage : Anne-Marie Cotret, assistée de Christiane Gratton Chorégraphie : Nicole Dehayes Production : Mag Bodard Sociétés de production : Parc Film, Marianne Productions (Paramount Pictures) Sociétés de distribution : Cinema International Corporation (1970), Ciné-Tamaris (2003 et 2014) Budget : Pays de production : Langue originale : français Format : couleurs — — 1,66:1 — son monophonique d'origine (Dolby stéréo pour la version restaurée) Genre : conte musical Durée : Dates de sortie. : France : au cinéma Normandie Champs-Élysées ; ( restaurée) ; ( restaurée)
Distribution
Interprètes des chansons Anne Germain : la Princesse/ Peau d'Âne Jacques Revaux : le Prince Christiane Legrand : la Fée des lilas Michel Legrand et Jacques Demy : diverses voix chantées
Production Genèse : des racines profondes Après quelques années passées aux États-Unis, entre 1967 et 1969, durant lesquelles il réalise Model Shop avec le soutien financier de la compagnie Columbia, Jacques Demy souhaite tourner un film inspiré de la culture française et en particulier de ses contes de fées et de leur merveilleux, qui lui inspirent . Dès les années 1950, il a établi le script d'une hypothétique adaptation de La Belle au bois dormant, qui ne donne pas de suite ; mais les films qu'il réalise au début des années 1960, Lola (1961) et Les Parapluies de Cherbourg (1964), font déjà référence aux contes de fées et jouent avec leurs codes...
Parmi les œuvres du conteur français Charles Perrault, c'est Peau d'Âne que Demy sélectionne, pour son étrangeté. Sa compagne et collègue cinéaste Agnès Varda, qui était partie avec lui et l'avait accompagné dans son projet de film américain, explique plus tard ce choix par l'originalité de l'histoire () et par sa complexité (). Demy apprécie cette histoire de longue date, l'ayant montée dès l'enfance dans son propre théâtre de marionnettes.., de même que Cendrillon et d'autres contes des frères Grimm ou d'Andersen. :
Il le cite dès 1962 comme l'un des scripts sur lesquels il travaille ; il envisage à l'époque dans les rôles-titres Brigitte Bardot et l'Américain Anthony Perkins, qui tourne alors beaucoup en EuropeCyril Frey, ... Les deux acteurs donnent leur accordTous deux seront finalement partenaires en 1964 dans Une ravissante idiote. mais le devis du projet est trop élevé pour un cinéaste alors presque inconnu.Le triomphe des Demoiselles de Rochefort, en 1967, changera la donne..