Le Goulag (en russe : ) est l'organisme central gérant les camps de travail forcé en Union soviétique. La police politique placée à la tête du système pénal développa le Goulag comme instrument de terreur et d'expansion industrielle, visant en particulier à permettre l'exploitation des richesses naturelles de Sibérie. Cette administration pénitentiaire connut une croissance constante jusqu'à la mort de Joseph Staline, à mesure que de nouveaux groupes étaient incarcérés et déportés, et que ses prérogatives économiques se développaient. Cette division administrative de la police politique russe a été créée en juillet 1934 lors de la réorganisation de la Guépéou et de son rattachement au NKVD, nouvellement créé. Avant la création du Goulag, les camps de travail étaient placés sous l'autorité de chaque ministère des républiques concernées : jusqu'en 1930, le ministère de l'Intérieur, puis de 1930 à 1934 le ministère de la Justice.. Le nombre des détenus du Goulag durant la dictature stalinienne a oscillé entre 0,5 million de personnes en 1934 et 2,5 millions au début des années 1950, avec un taux de mortalité allant de 2,5 % (1936) à 18,4 % (1942).
Quelques jours après la mort de Staline, en mars 1953, son ancien bras droit Lavrenti Beria promulgue une amnistie qui libère près de la moitié des détenus du Goulag (1 200 000 personnes sur 2 750 000, en majorité des petits délinquants condamnés à des peines inférieures à cinq ans). La majorité des prisonniers sont ensuite libérés sous Nikita Khrouchtchev, avec une première vague d'amnisties à l'été 1954 puis une autre avec l'officialisation de la déstalinisation en 1956, qui ouvre la voie à la libération des détenus politiques. Le système des camps est profondément remodelé sans toutefois disparaitre : les camps sont pour la plupart réinstallés dans la partie européenne de l'U.R.S.S. et les condamnés sont des droits communs. Le dernier camp correctionnel de travail, Perm-35, fut fermé en 1991. Perm-36, le dernier encore sur pied en Russie, abrite le musée de l'histoire de la répression politique et du totalitarisme en URSS.
vignette|upright=1.5|Les principaux camps du Goulag entre 1923 et 1961, selon les travaux de la fondation russe Memorial.
Étymologie Le mot « Goulag » est un emprunt au russe « », acronyme de « » qui signifie « Direction générale des camps ».
Définition thumb|Logo utilisé sur les biens manufacturés produits dans les camps du Goulag|150x150pxLe terme de goulag est parfois utilisé pour désigner un (). Il s'agit d'un abus de langage, l'appellation d'un tel camp étant . Le terme « Goulag » désignant une administration, comprend deux grandes catégories (administratives) de lieux de travail forcé : les et les . Considérés comme caractéristiques du régime soviétique, les camps de travail du Goulag ont détenu en nombre des victimes du système totalitaire en place : outre des criminels de droit commun, y ont été également enfermés des dissidents et des opposants réels ou supposés de toutes sortes. Le nombre de camps a varié, culminant en URSS à plusieurs milliers, regroupés en en 1953, à la mort de Joseph StalineN.G. Okhotine, A.B. Roginski, Sistema ispravitelno-troudovykh laguerei v SSR, 1923-1960 : spravotchnik, Moscou, 1995.. Un grand nombre de camps se trouvaient dans les régions arctiques et subarctiques, comme les camps notoires de l'Oural septentrional : Vorkouta et le réseau du bassin de la Petchora, les îles Solovki en mer Blanche, et un grand nombre en Sibérie (notamment ceux de la Kolyma).
vignette|La « Grande Purge » de 1936.|296x296px
Les statistiques divisent les historiens depuis l'ouverture des archives soviétiques en 1989. Selon certains historiens, de personnes séjournèrent dans les camps du Goulag ( de détenus y mourant, victimes de maladies et de traumatismes provoqués par la faim, l'épuisement et le froid, ou sous les balles des gardiens) et plusieurs millions furent exilées ou déportées dans diverses régions de l'Union soviétique The Other Killing Machine Les victimes oubliées de Staline prisonnières du Goulag.. Pour d'autres le nombre impressionnant de détenus se limite à quelques millions entre 1934 et 1953. d'entre eux périrent de faim et d'épuisement ; mais surtout pendant les années de guerre 1941-1945 imposées à l'URSS par l'invasion allemande. Entre 1921 et 1953, sur condamnées, furent exécutées, dont dans les années 1937-1938Nicolas Werth, « Le phénomène concentrationnaire soviétique au », La Terreur et le désarroi, Paris, Perrin, 2007 (d'après Les tumultes d'un siècle, Bruxelles, Complexe, 2000, ).. Toujours en 1993, Nicolas Werth citait un chiffrage légèrement inférieur sur la base d'une autre source d'archive : le , le procureur de l'URSS, le ministre de la justice et le ministre de l'intérieur envoyèrent une note à Nikita Khrouchtchev communiquant des estimations pour une période un peu plus étendue . d'entre eux furent condamnés à mort. On y ajoutera la déportation de personnes lors de la dékoulakisation entre 1929 et 1933, dont en 1930 et 1931 qualifiés de koulaks. Parmi eux , femmes et enfants moururentNicolas Werth, « Un État contre son peuple. Violence, répressions, terreur en Union soviétique », dans . En 2017, Nicolas Werth et Luba Jurgenson évoquent les chiffres de de détenus et de morts dans leur ouvrage Le Goulag entre 1929 et 1954..
Démantèlement des Goulags Quelques jours après la mort de Staline, en mars 1953, son ancien bras droit Lavrenti Beria promulgue une amnistie qui libère près de la moitié des détenus du Goulag (1 200 000 personnes sur 2 750 000, en majorité des petits délinquants condamnés à des peines inférieures à cinq ans). La majorité des prisonniers sont ensuite libérés sous Nikita Khrouchtchev, avec une première vague d'amnisties à l'été 1954 puis une autre avec l'officialisation de la déstalinisation en 1956, qui ouvre la voie à la libération des détenus politiques. Le système des camps est profondément remodelé sans toutefois disparaitre : les camps sont pour la plupart réinstallés dans la partie européenne de l'U.R.S.S. et les condamnés sont des droit commun.
Débats sur la réalité du phénomène Pendant toute la guerre froide, l'existence de lieux de détention en URSS comme dans tout autre pays était admise, mais celle du Goulag en tant que réseau massif de camps de travaux forcés utilisé pour la répression politique, était niée non seulement par les autorités soviétiques, mais aussi contestée par la presse communiste internationale. , y compris par des historiens universitaires reconnus et par des écrivains ou journalistes comme, aux États-Unis, Walter DurantyPendant les années 1930, Walter Duranty, correspondant du New York Times à Moscou et prix Pulitzer en 1932, contredit avec véhémence les témoignages d'autres journalistes comme Malcolm Muggeridge ou Gareth Jones : cf. . En 1990, un éditorial de dans le New York Times reconnaît que Walter Duranty fut l'auteur de : cf. ..
Les témoins ou les lanceurs d'alerte, tels Jacques Rossi, David Rousset, Boris SouvarineBoris Souvarine, Staline, Plon, Paris, 1935. ou Alexandre Soljenitsyne furent considérés par ces auteurs comme des agents d'influence de la CIA ou des affabulateurs mus par un anticommunisme Le communisme étant officiellement , l'anticommunisme ne pouvait être que : cf. Jean-Jacques Becker et Serge Berstein, « L'anticommunisme en France », revue Vingtième Siècle , dossier : « Quatre visages d'une modernisation française », 1987, , ..
L'attaque contre Retour d'URSS en 1936 En France, Louis Aragon, mène la charge dès 1936-1937 contre toute critique de l'URSS, notamment contre les auteurs de Retour de l'U.R.S.S. menés par André Gide, lançant une escalade de violence verbale dans la presse communiste. Le refus de Louis Guilloux d'écrire le réquisitoire contre André Gide que lui a réclamé Louis Aragon lui vaut son renvoi de Ce Soir à la fin "Le voyage en URSS et l’engagement de l’écrivain en politique : André Gide, Louis Guilloux, Eugène Dabit – 1936" – Travail de recherches pour le séminaire de thèse sur Ecrivains et politique – Sciences po – 1990 , ce qui met fin à un salaire qui tombait tous les mois, alors que ses droits d’auteur ne lui permettent pas encore de vivre de son travail, l'obligeant à "rentrer en Bretagne" où "il s’engage encore plus dans l’action au sein du SRI briochin pour soutenir les réfugiés" de la guerre d'Espagne.
En plus d'être un récit de voyage, Retour de l'U.R.S.S décrit le désenchantement d'André Gide et de ses cinq compagnons de voyage (Jef Last, Louis Guilloux, Jacques Schiffrin, Pierre Herbart et Eugène Dabit)Ibid., .Ibid., . à l'occasion de leur séjour en Union soviétique. Gide jusque là intéressé par le communisme, accepte au cours du voyage de son erreur en découvrant le totalitarisme, sans , car il est "responsable, ici, de ceux qu'elle . Il n'hésite pas à écrire
Procès de Victor Kravchenko contre les Lettres françaises Après la guerre vient le procès de Victor Kravchenko contre les Lettres françaises, journal de l'écrivain Louis Aragon, appelé aussi "procès du Goulag", qui a donné lieu à des polémiques enflammées, à l’image du procès Dreyfus un demi-siècle plus tôt, à la suite des révélations de Victor Kravchenko, ingénieur militaire soviétique, militant du parti communiste soviétique et fils d'un héros de la révolution d'octobre 1917, qui en 1944 demande l'asile politique aux États-Unis. Son livre, I Chose Freedom, dénonçant le système soviétique, publié à New York en 1946 (J'ai choisi la liberté) a souligné la gravité de la famine en Ukraine dans les années 1930, qu'il accuse Staline d’avoir sciemment provoquée, et l'existence de camps de concentration en URSS. Ce best-seller passionne et divise l’opinion. Traité par Les Lettres françaises, de menteur, d’ivrogne, accusé de n’avoir pas lui-même écrit son livre"L'affaire Kravchenko ou le stalinisme en procès", France Inter, le 2 décembre 2024 , Kravchenko attaque en diffamation le journal de Louis Aragon.
Au procès, tenu du au , le journal réussit à mobiliser des intellectuels comme Jean Bruhat, Jean Bruller, Pierre Courtade, Pierre Daix, Roger Garaudy, Fernand Grenier, Jacques JurquetJacques Jurquet nie aussi le génocide commis par les Khmers rouges : cf. ., Louis Martin-Chauffier, Claude Morgan, ou André Wurmser. Mais Les Lettres françaises perd le procès. Le journal d'Aragon est condamné pour diffamation, en première instance puis en appel, jugement considéré comme très important pour la liberté d'expression.
Procès de David Rousset contre les Lettres françaises