L'histoire de la céramique commence au Paléolithique supérieur avec les premières figurines en terre cuite, puis les premières poteries chinoises et japonaises. Aujourd'hui, la céramique est toujours fabriquée et utilisée, que ce soit pour un usage domestique utilitaire, pour des objets décoratifs ou pour une utilisation industrielle.
Évolution historique vignette|redresse=1.4|Bisons de la grotte du Tuc d'Audoubert, Magdalénien
Depuis le Paléolithique supérieur, l'homme utilise les possibilités plastiques qu'offre une terre humide, réduite à l'état de pâte ou de boue, façonnée, et simplement laissée à sécher à l'air ou au soleil. Etablies sur les bords des grands fleuves, les premières sociétés ont trouvé dans les limons déposés par les eaux une matière ductile facile à travailler, prenant et conservant sans peine une forme convenable pour contenir les grains et acquérant assez de solidité pour être transportée sans rupture à faible distance du lieu de fabrication.
On a dû aussi remarquer très tôt qu'une terre laissée près du feu gagne en solidité et en dureté, perdant surtout l'inconvénient de se diluer dans l'eau. L'archéologie a identifié, dans toutes les sociétés, des poteries d'abord non-cuites, puis cuites.
Mais les poteries restent poreuses si elles ne sont pas cuites à des températures élevées. Un grand progrès a donc été réalisé quand on a su recouvrir cette terre poreuse d'une couche vitreuse imperméable : une glaçure. C'est alors que les poteries ont présenté les deux caractéristiques des poteries modernes : le corps d'une poterie (la pâte), et sa glaçure (vernis, émail ou couverte). En perfectionnant les pâtes et les glaçures, on a fait progresser cette industrie qui, d'abord présente dans des usages domestiques et comme matériau de construction (briques), s'est ensuite étendue à toutes sortes d'usages industriels.
À partir du , grâce aux progrès réalisés par la céramique, beaucoup d'industries y font appel pour des pièces indispensables. La construction, la chimie, les manufacturiers, l'agriculture, la métallurgie, la verrerie, empruntent à l'art céramique de nombreux matériaux : briques, tuiles, carreaux, porcelaine sanitaire, appareils pyrotechniques, tuyaux de drainage, briques réfractaires, pots de verreries Réciproquement, l'art céramique se développe et prospère à son tour sous l'influence des progrès réalisés par le mécanicien, le chimiste, le physicien. Dans les sociétés industrielles occidentales, l'art céramique devient aussi un art de l'ingénieur. Les céramiques sont sollicitées, thermiquement, chimiquement, électriquement, mécaniquement ; et elles sont caractérisées. On utilise de nouvelles pâtes, on trouve aux céramiques de nouvelles définitions, des applications dans de nouvelles disciplines : en électricité, en aérospatiale
Des considérations historiques d'une puissante valeur rattachent les céramiques à l'histoire des peuples, des diverses phases de la civilisation, et des arts ; toutes sont rassemblées dans une discipline annexe de l'archéologie : la céramologie. Si les premiers indices d'utilisation de la céramique au Paléolithique (vers avant le présent) relèvent du domaine cultuel, son utilisation domestique (plats et jarres) apparait au Mésolithique ou au Néolithique selon les régions, après la sédentarisation des populations. Son utilisation comme moyen d'expression artistique se développe ensuite et témoigne de l'art de vivre des civilisations qui lui donnent des formes et des décorations de plus en plus élaborées : vases grecs, poteries précolombiennes, céramique et porcelaine chinoises, céramique et porcelaine d'Europe et du Moyen-Orient.
Préhistoire Paléolithique
Dès le Paléolithique supérieur, l'homme préhistorique a façonné des objets en terre cuite dans un but non utilitaire (statuettes d'animaux tels que des ours, lions, rhinocéros, chevaux, et de femmes dites Vénus paléolithiques). Mais des populations de chasseurs-cueilleurs d'Asie ont commencé à façonner dès cette époque des céramiques pour la cuisson des aliments, dix millénaires avant l'apparition de l'agriculture traditionnellement associéeLa poterie est si bien associée au Néolithique que les archéologues appellent une période le Néolithique précéramique. à la révolution néolithique et la nécessité de stockage.. Les préhistoriens situent cette découverte de façon indépendante dans plusieurs régions du monde : en Europe, la Vénus de Dolní Věstonice est l'un des plus anciens témoignages de création en terre cuite..
La céramique est ensuite attestée : en Chine vers 20 000 ans AP (tessons de terre cuite probablement utilisés pour la cuisine par des chasseurs-cueilleurs dans la grotte de Xianren). ; au Japon vers , ce qui marque le début de la période Jōmon, qui voit les chasseurs-cueilleurs posséder un contrôle suffisant de l'argile cuite pour produire autre chose que des figurines ; au Mali vers 11 400 ans AP (il s'agit de tessons apparemment domestiques). au au Proche-Orient.
Néolithique D'abord fondée sur la poterie en colombins, la technique de travail évolue vers la fin du Néolithique. La tournette, ou tour lent, apparaît en Chine sur le cours moyen du fleuve Jaune vers 4800 à 3600 (culture de Yangshao) son usage se poursuit jusqu'à l'uage du tour rapide, à la fin du Néolithique en Chine vers 2500 , dans la culture de Longshan aux vases très fins, "coquille d'œuf", allant jusqu'à un demi-milllimètre d'épaisseur.. L'usage du tour rapide (100 rotations par minute) est attesté à Suse et à Uruk (Élam, Mésopotamie) vers 3500 à 3000 ..
Les récipients les plus utilitaires ou encore les poteries allant sur le feu sont peu, voire pas décorées. Ces céramiques sont dites « grossières » comparativement aux céramiques « fines » qui sont décorées mais aussi moins épaisses. Selon le décor, les archéologues établissent une typologie de céramiques : céramique rubanée, cardiale, cordée, campaniforme..
Extrême-Orient vignette|upright=0.8|Coupe noire « coquille d'œuf » typique de la culture de Longshan, datant de près de (université de Pékin).
Chine
La céramique chinoise est universellement connue pour la porcelaine, inventée sous la dynastie Han de l'est (de 25 à 220 ) ; elle est aussi riche d'une longue tradition d'innovations techniques et stylistiques.
La culture de Yangshao, qui date de plus de , est la première à fournir des poteries en grand nombre. Mais les tout premiers exemplaires de terres cuites datent de , avec les cultures Cishan (au Hebei) et Peiligang (au Henan).. À l'époque néolithique, après la culture Yanshao puis la culture de Majiayao, les productions de Longshan témoignent de l'apparition rapide du tour, indispensable du fait de la finesse et de la hauteur de certaines pièces de prestige dites « coquille d'œuf ».
La céramique se développe encore, tant sur le plan des formes et des décors que sur le plan technique, sous les dynasties des Shang et des Zhou.
Beaucoup de pièces notables proviennent du mobilier funéraire (mingqi) : armée enterrée de Qin Shi Huangdi ; représentations de bâtiments, de fermes et figurines humaines des Han ; danseuses et musiciennes, représentations humaines ou animales « trois couleurs » des Tang, parfois de grande taille.
Les vases « bleu et blanc », qui apparaissent sous la dynastie mongole des Yuan, se développent pleinement sous les Ming, puis encore au début de la dynastie des Qing, lors du règne de l'empereur Kangxi. Sous les Qing se développent également les porcelaines de la « famille rose » et de la « famille verte ».
Les céramiques et porcelaines chinoises ont eu une grande influence sur le développement des techniques et des styles en Corée, au Japon puis en Europe.
Corée
En Corée, l'influence de la céramique chinoise se fait sentir très tôt, dès l'occupation du pays par la Chine de 108 à 313 C'est à ce moment qu'apparaissent les premiers fours élaborés, sans doute au plus tard vers le ..
L'art de la céramique en Corée connaît un développement rapide et produit des pièces de céladon raffinées. La porcelaine coréenne blanche, souvent décorée de cuivre, connaît une grande popularité au .
Vers le milieu de la période Joseon, vers la fin du , les potiers coréens produisent des céramiques « bleu et blanc », utilisant l'oxyde de cobalt.
Japon
vignette|Plat à décor Imari(Arita, Japon, ).
Après la Période Jōmon, les premières céramiques japonaises sont les , qui sont des figurines funéraires. On les a retrouvés dans de nombreuses tombes du à travers tout le Japon. Ils sont le sujet de recherches scientifiques et archéologiques depuis l' mais sont manipulés le moins possible car ils sont très fragiles.
Les sources anciennes évoquant les haniwa de la période des kofun, v. 250–538, (au cours de la période Yamato), sont peu nombreuses. On compte parmi elles le .
Puis vers l'époque de Nara, au , est tentée la première assimilation de la céramique chinoise. La Cour japonaise connaît d'élégants vases sancai (« trois couleurs »), caractéristiques de la dynastie Tang. La beauté de ces céramiques fait d'elles des objets rituels, comme le montre l'une de ces pièces conservées au Shōsō-in. Ces grès sāncǎi font plus qu'influencer la céramique japonaise : elles apportent au Japon la révélation de la couleur.. Au sein de l'aristocratie de la période de Muromachi (1392-1573) on utilise des ustensiles et des plats laqués lors de banquets, plus ou moins formels. La mode des bouquets sans formalité se répand au et permet le véritable développement de la céramique, avec des recherches dans la composition de nouveaux matériaux et de nouveaux décors. Par ailleurs, une technique particulière de réparation des céramiques naît au Japon : le kintsugi.
À partir de 1616 se développe une production autochtone de porcelaine, inspirée de la production chinoise, au travers des potiers coréens ramenés de force de leur pays après l'invasion de la Corée par le Japon à la fin du .. De plus, l'invasion de la Chine par les Mandchous se traduit à partir de 1640, et pendant plusieurs décennies, par un afflux de potiers chinois vers la région d'Arita, au Japon ; ce qui contribue à l'amélioration des techniques. La production de porcelaines japonaises la plus connue est la porcelaine d'Imari, produite à Arita et largement exportée vers l'Europe.
Inde La production céramique de haute qualité dans l'Empire moghol est quasiment inexistante. Ceux-ci se servaient presque exclusivement de vaisselle chinoise en porcelaine. On peut pourtant signaler une production de carreaux de revêtement aux couleurs vives réalisés par la technique de la cuerda seca, sans doute principalement à Lahore. Une série d'entre eux, conservée au musée Guimet, provient de la tombe de Madani à Srinagar.
Moyen-Orient, Méditerranée et Europe vignette|gauche|Carreau de revêtement aux lapins, aux serpents et à la tortue utilisé pour illustrer Les Merveilles des choses créées et les curiosités des choses existantes d'Al-Qazwini () ; céramique siliceuse à décor moulé et peint sous glaçure, réalisée en Iran au .
La céramique apparaît au Proche-Orient plusieurs millénaires , à Çatal Höyük (entre -6500 et -5700) en Anatolie, et en Mésopotamie au Néolithique avec en particulier les cultures de Hassuna (entre -6500 et -6000) et de Samarra (entre -6200 et -5700). En Égypte, la culture de Badari (dès -5500) offre une belle céramique rouge polie à bord noir.