Frances Burney, née le à King's Lynn et morte le à Bath, est une romancière anglaise.

Biographie

Famille Née le à King’s Lynn (Norfolk), Frances Burney, ou Fanny comme l’appelaient ses proches, est la troisième d’une fratrie de six enfants. Son père, Charles Burney, est un compositeur et un spécialiste de l’histoire de la musique et sa mère, Esther Sleepe Burney, est la fille d’un réfugié français. Cette dernière décède le , alors que Frances Burney n’a que dix ans. En 1767, son père se remarie avec Elizabeth Allen, qui a déjà trois enfants. La famille Burney fait partie de la classe sociale de la gentry, qui comprend la haute bourgeoisie et la noblesse non titrée.

La famille recomposée de Charles Burney compte en tout neuf enfants (dont six de son premier mariage). La plupart de ses enfants ont un destin ou un talent particulier. Esther (1749-1832) est douée pour la musique, notamment le clavecin, Susan (1755-1800) chante, James (1750-1821) est un officier de la Royal Navy, Charles (1757-1817) est un enseignant et il a ouvert sa propre école pour garçons, Richard a construit une école pour les orphelins de Calcutta et Sarah Harriet (1772-1844) écrit (elle est l’auteure de sept romans en tout). Cette dernière a toujours été très proche de sa demi-sœur Frances mais ses ouvrages n’ont pas eu la même postérité (même s’ils ont eu du succès après leur publication et que certains ont été traduits en français et en allemand). Les enfants de Charles Burney ont tous joui de sa grande culture et de ses nombreuses relations dans le milieu intellectuel et artistique.. vignette|Portrait de Fanny Burney lisant, par Edward Burney, son cousin. Parmi les enfants Burney, celle qui est destinée le moins à un grand avenir n’est autre que Frances Burney. En effet, alors que ses frères ont eu la chance d’étudier et que ses deux sœurs, Esther et Susan, ont suivi une éducation à Paris, Frances Burney ne sait toujours pas lire à l’âge de huit ans. N’ayant jamais eu d’éducation formelle, elle a donc appris seule à lire, à écrire ainsi que le français et l’italien dans la bibliothèque de son père. Après avoir lu tous les livres de la collection familiale, Frances Burney développe un grand intérêt pour l’écriture en retranscrivant les conversations auxquelles elle assiste ou en décrivant les personnes de son entourage puis, à l’âge de , elle commence son journal (qui sera publié en plusieurs volumes après sa mort) dans lequel elle s’adresse à . Cet intérêt pour l’écriture n’est pas une particularité au sein de la famille Burney puisque sa sœur Susan tient aussi un journal, que son frère James a publié les récits de ses voyages en mer et que sa sœur Sarah Harriet est devenue écrivaine. Si le potentiel culturel et intellectuel de la famille Burney est très développé et qu’une grande partie possède un attrait pour l’écriture, dont en premier lieu le père, cela n’a pourtant pas été chose facile pour Frances Burney d’assumer son envie d’écrire, dans un premier temps, et d’être publiée par la suite. Pour Elizabeth Allen, la belle-mère de Frances Burney, une jeune fille de la gentry ne doit pas écrire. Ainsi, lorsque cette dernière apprend l'existence du manuscrit du premier roman de sa belle-fille, The History of Caroline Evelyn, elle l’oblige à faire un autodafé de toutes ses productions littéraires.. Cet événement se produit en 1767, Frances Burney a quinze ans. Elle en restera marquée pendant une grande partie de sa vie : le désir d’écrire ne disparaîtra jamais mais la honte l’accompagnera un long moment. gauche|vignette|Frances Burney en 1782

Dame de compagnie à la Cour de la reine En 1786, toujours pas mariée, Frances Burney accepte le poste de dame de compagnie proposé par la reine Charlotte. Elle l'occupera jusqu'en 1791. Elle acquiert ainsi un statut social ainsi qu’un salaire de £100 par an.. Pour une femme de la gentry et pour sa famille, le statut de dame de compagnie est bien plus appréciable et utile que celui d’écrivaine. Ces cinq années d’isolement, durant lesquelles elle n’a que très peu de temps à consacrer à l’écriture, sont dures à vivre. Cependant, elle continue la rédaction de son journal dans lequel elle relate sa vie à la cour ainsi que les évènements importants qui s’y produisent comme le procès de Warren Hastings.. De plus, elle commence la rédaction de son troisième roman Camilla or A Picture of Youth, qu’elle publie en 1796. Elle quitte la Cour en 1791, épuisée et malade. Ses relations avec la famille royale ne s’arrêtent pas pour autant : elle entretiendra une correspondance avec les princesses jusqu’à sa mort.

Mariage En 1791, Frances Burney s’installe chez sa sœur Susanna, mariée à Molesworth Phillips et vivant dans le Surrey, non loin de Juniper Hall. Ce manoir abrite de nombreux émigrés français qui, étant en faveur d’une monarchie constitutionnelle, ont fui la France révolutionnaire. La locataire de Juniper Hall n’est autre qu’Anne Louise Germaine de Staël, dont Charles Burney déconseille la fréquentation à sa fille, à cause des mœurs légères de la baronne. Cette dernière est entourée du comte Louis de Narbonne (son amant), de Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, du vicomte de Montmorency-Laval, le comte Lally-Tollendal, le comte de Jaucourt, la princesse d’Hénin-Liétard, la comtesse de Châtre ou encore le général Alexandre D'Arblay. Frances Burney se rapproche de ce dernier, malgré le désaccord de son père qui lui reproche son catholicisme, sa pauvreté et son statut d’émigré. Pour la première fois, Frances Burney ne respecte pas l’avis de Charles Burney et se marie avec Alexandre Jean-Batiste Piochard d'Arblay le , à l’âge de 41 ans. En 1794, elle donne naissance à leur fils, Alex. Le mari de Frances Burney l’a toujours encouragée à écrire, il appréciait d’ailleurs grandement les ouvrages de sa femme.

France (1802-1814) En France, Napoléon Bonaparte est au pouvoir depuis 1799 et « la loi du 6 floréal an X () amnistie les émigrés qui n’ont pas combattu contre la France. ». De ce fait, Frances Burney suit son mari en France, pays dans lequel elle résidera jusqu’en 1815. À Paris, Frances Burney est entourée des anciens habitants de Juniper Hall (à l’exception de Germaine de Staël) et fait aussi la connaissance du peintre Jacques-Louis David et de sa femme. Lors de ce séjour, qui la sépare de sa famille, Frances Burney va avoir une abondante correspondance, écrivant presque chaque jour à des personnes différentes. En parallèle, elle continue aussi de tenir son journal... Ces écrits privés représentent un témoignage important sur une période historique française complexe. Elle y raconte ses rencontres avec Napoléon Bonaparte, sa fuite à Bruxelles durant les Cent-Jours, la bataille de Waterloo mais aussi un épisode personnel douloureux : sa mastectomie. En effet, en 1812, Frances Burney écrit une lettre à sa sœur Esther pour lui raconter son opération du sein, faite sans anesthésie, qui eut lieu en 1811. L’extraction de la masse cancéreuse est effectuée par le baron Larrey, assisté par cinq autres médecins dont le professeur Dubois, chirurgien renommé. Le baron Larrey relate les diverses étapes de l’opération dans un rapport médical. L’opération réussie, Frances Burney se remet très vite.

Inquiète de la santé de son père et souhaitant soustraire son fils à la conscription impériale, Frances Burney regagne l’Angleterre en 1812 et ne retourne en France qu’en 1814. Durant cette période, elle communique par lettres avec son mari resté en France. En 1814, elle publie en Angleterre son quatrième roman, The Wanderer. La même année, son père décède. À son retour en France, les Bourbons sont de nouveau au pouvoir et Alexandre D'Arblay est devenu sous-lieutenant aux gardes du corps. (sous le consulat de Bonaparte, de 1802 à 1814, il avait obtenu le droit de ne pas combattre contre les Anglais et jouissait d’une pension de réforme). Lors des Cent-Jours, le roi l’envoie en mission à Trèves et Frances Burney ne revoit son mari qu’en 1815, blessé à la suite d’un accident de cheval.

De retour en Angleterre, Alexandre D'Arblay meurt quelques années plus tard, en 1818.

Memoirs of Doctor Burney En 1832, son fils, devenu clergyman, disparaît à l’âge de 38 ans. La même année, elle publie sa dernière production, un hommage à son père : Memoirs of Doctor Burney.

Alors que des biographies de Charles Burney sont en cours, Frances Burney décide de publier elle-même une biographie de son père, préférant le faire à la place d’un étranger. Les Memoirs of Doctor Burney sont publiés en 1832 par l’éditeur Edward Moxon. Ne pouvant publier les lettres qu’il a reçues et ayant détruit la plupart de ses notes, Frances Burney raconte donc à la troisième personne la vie de son père, tout en étant elle-même un personnage principal. En effet, dans cette biographie, en parallèle de la vie de Charles Burney, on retrouve les confessions de sa fille. Elle y aborde les étapes importantes de sa carrière littéraire, dans laquelle son père a joué un grand rôle. À la publication de Memoirs of Doctor Burney, Frances Burney est rémunérée £1000. Cette somme est également reversée à chaque enfant né du mariage entre Esther et Charles Burney..

Evelina, or, A Young Lady's Entrance into the World En plus de publier son premier roman Evelina de manière anonyme, Frances Burney use de stratagèmes afin que son identité ne soit pas démasquée. Adolescente, c’est elle qui retranscrit au propre les manuscrits de son père : de peur qu’un éditeur reconnaisse son écriture, elle écrit le manuscrit d’Evelina avec une écriture déguisée. Afin que personne ne la surprenne, elle le rédige la nuit. Elle envoie ensuite des lettres, écrites de la même écriture déguisée, aux éditeurs. Robert Dodsley, ne voulant pas publier un ouvrage sans en connaître l’auteur, refuse le manuscrit. Dans sa lettre à l’éditeur Thomas Lowndes, Frances Burney lui demande d’adresser sa réponse (qui fut positive) à Mr. King à l’Orange Coffee House. Mr. King est en réalité son frère James qui, mis dans la confidence, accepte de se déguiser pour transmettre le manuscrit et faire la transaction. Evelina or the History of a Young Lady's Entrance into the World est publié en 1778..

Thomas Lowndes paie le manuscrit d’Evelina à peine vingt guinées, malgré une tentative de négociation pour trente guinées. Lors de la réédition de l’ouvrage, il lui accorde dix pounds de plus. Comme l’ouvrage est un véritable succès, Thomas Lowndes le réédite quatre fois : il en vend , à cela s’ajoutent d’une édition illustrée..

Evelina est le seul ouvrage de Frances Burney à être publié anonymement.

The Witlings À la suite de la publication d’Evelina, la vie de Frances Burney est rythmée par ses nombreuses rencontres avec les personnes influentes du milieu littéraire londonien, dans la demeure d’Esther Thrale ou d’Elizabeth Montagu. Elle fait l’objet de nombreux compliments, son premier roman y est très apprécié et déjà des demandes apparaissent concernant une éventuelle deuxième publication. Les dialogues comiques d’Evelina amènent ses connaissances, notamment Hesther Thrale, Richard Brinsley Sheridan (alors propriétaire du théâtre de Drury Lane) et Joshua Reynolds, à lui conseiller l’écriture d’une pièce de théâtre, et d’une comédie plus particulièrement. Même son père, ainsi que Samuel Johnson et Samuel Crisp (dont elle est très proche), l’encouragent dans cette voie.. Ainsi, durant l’année 1779, Frances Burney commence la rédaction d’une comédie pour laquelle elle s’inspire du milieu qu’elle côtoie depuis presque un an : les cercles littéraires. Samuel Johnson approuve cette idée, il souhaite même que sa comédie se nomme « Stretham, a Farce. », en référence aux assemblées organisées par Hester Thrale à Streatham Park. The Witlings est achevée en , après quelques révisions.