La poésie française constitue une partie importante de la littérature française depuis les origines de la langue à l’époque carolingienne jusqu’à aujourd’hui. L’histoire littéraire, toujours en évolution, suit par commodité la succession des siècles et retient plus particulièrement certains courants artistiques et certains créateurs aux œuvres marquantes, mais les poètes ont été nombreux à toutes les époques.

La poésie française montre une grande variété formelle et thématique en privilégiant traditionnellement une versification qui s’est établie peu à peu, avant d’être contestée à partir du dernier quart du .

La poésie médiévale

Les chansons de geste La geste ou chanson de geste désigne un récit versifié (un long poème) en décasyllabes ou, plus tardivement, en alexandrins, assonancés regroupés en laisses (longues strophes de taille variable) relatant des épopées légendaires héroïques mettant en scène les exploits guerriers de rois ou de chevaliers, remontant aux siècles antérieurs. La geste, du latin gesta, est ici à comprendre comme « action d’éclat accomplie ».

Ce type de récit apparaît à l’aube de la littérature française, vers la fin du (elles sont chantées entre 1050 et 1150). Les dernières ont été produites au cours du . Les chansons de geste sont caractéristiques de la littérature médiévale et prennent la suite des grandes épopées de l’Antiquité. Elles sont rédigées en ancien français. Elles diffèrent d’un autre grand genre littéraire médiéval : la poésie lyrique, dont la langue cette fois-ci est l’occitan.

Souvent anonyme, son auteur est un trouvère, qui la destinait à être chantée et accompagnée musicalement, devant un public large, populaire ou noble. Quelques exemples : La Chanson de Roland, Le Couronnement de Louis, 1137 environ, le Charroi de Nîmes, Raoul de Cambrai, « Derrière les évènements passés transparaissent les idéaux contemporains. Ainsi, quand les héros de la Chanson de Roland et du cycle de Garin combattent vaillamment les Sarrasins, c'est la vision manichéenne d'un monde coupé en deux et bouleversé par les croisades qui transparaît. » Yvonne Bellenger La poésie: Premier et second cycles universitaires, éd. Bréal, 1999 - .

La poésie courtoise Les poésies lyriques au Moyen Âge sont de véritables chansons : leurs strophes correspondent à une phrase musicale et un refrain est toujours présent. Leur rythme chantant est défini par l’accompagnement obligatoire d’une mélodie. Les origines de la poésie lyrique peuvent être recherchées dans les chants populaires et les danses. L'influence de la culture arabe se fait sentir également.

La poésie médiévale représentative de la littérature courtoise atteint son sommet dans l’art des troubadours. Le Midi, où l’économie est plus développée que dans les provinces du Nord et où la vie quotidienne est moins belliqueuse, se rend plus propice à l’art qui chante l’amour et le printemps« L'invention de la fine amor. Au dans le sud de la France naissent les premières chansons en langue romane. Leurs auteurs, les troubadours, sont de grands seigneurs occitans. » Yvonne Bellenger La poésie: Premier et second cycles universitaires, éd. Bréal, 1999 - . L’influence de cette poésie se traduit dans la langue d'oïl pendant la deuxième moitié du .

Les genres poétiques sont : la chanson de toile que les dames chantent quand elles tissent et brodent, la chanson de croisade, la pastourelle où l’on voit des seigneurs courtiser des bergères, le jeu parti représentant un débat sur l’amour. Deux thèmes s’y succèdent : l’amour et la nature.

Plus spontanées et naturelles au début, en général, les poésies évoluent vers des formes fixes: la ballade, le chant royal, le rondeau, le virelai. L’idée commence à se dissimuler sous les symboles, l’allégorie, l’érudition, qui viennent souvent à la place du sentiment. Dès la fin du le souci de perfection technique prend le dessus et la poésie devient un exercice de rhétorique ou un divertissement de société. Cherchant à répondre à l’idéal aristocratique, la poésie courtoise aboutit finalement au maniérisme.

Liste des principaux troubadours Guillaume IX (1071-1126), comte de Poitiers et duc d’Aquitaine Jaufré Rudel (1110-1148) Bernard de Ventadour (1125-1200) Bertran de Born (1140-1215)

Liste des principaux trouvères Conon de Béthune (1150-1220) Gautier de Coinci (1177-1236) Gui II, châtelain de Coucy (1140/1150-1203) Blondel de Nesle (1155-1210) Gace Brulé (1160/1170-1213/1220) Jean Bodel (1165-1210) Thibaut IV de Champagne (1201-1253) Adam de la Halle (1240-1288), dit Adam li Boçus Jean Renart (?1170-1220 ?) Rutebeuf (1245-1285) Colin Muset (1210-1270 ?)

La poésie aux Apparition de genres lyriques nouveaux (renaissance): rondeaux, lais, virelais, ballades, chants royaux.

Liste des principaux poètes Rutebeuf (précurseur ) Guillaume de Machaut (1300-1377) Jean Froissart (1337-1410) Eustache Deschamps (1340-1405) Christine de Pizan (1364-1430) Alain Chartier (1385-1430) Charles d'Orléans François Villon (1431-1463)

La poésie du

La poésie lyrique La poésie lyrique occupe de loin la première place avec le rôle majeur joué par La Pléiade, un groupe de poètes humanistes qui veulent égaler les auteurs latins en versifiant en français. Il réunit sept personnes : Ronsard, Du Bellay, Jean Dorat (leur professeur de grec), Rémy Belleau (lequel remplaça, en 1554, Jean de La Péruse, décédé), Étienne Jodelle, Pontus de Tyard et Jean-Antoine de BaïfLa Pléiade Les thèmes les formes - Yvonne Bellenger La Pléiade: la poésie en France autour de Ronsard PUF – Que sais-je ?(1978).

En 1549 le manifeste La Défense et illustration de la langue française est publié. Il proclame avec enthousiasme les principes esthétiques d’un groupe d’humanistes, la Pléiade. Ils sont nouveaux par rapport au Moyen Âge : enrichissement de la langue poétique nationale par des emprunts aux dialectes ou aux langues antiques et étrangères ou bien par la création de mots nouveaux ; imitation des Anciens et des Italiens ; conception du poète comme un démiurge et de la poésie comme un art sacré. Les humanistes de la Pléiade défendent la poésie du latin et veulent l’illustrer par des genres imités ou empruntés. L’imitation et les emprunts sont conçus à l’époque comme un moyen de dérober les secrets des étrangers pour créer une poésie française infiniment plus belle.

Le chef incontestable de ce groupe est Pierre de Ronsard (1524-1586). Poète de cour, il connaît la gloire de son vivant. Il pratique quatre grandes formes : l’ode, le sonnet, l’hymne, le discours. Ses premières œuvres sont marquées par l’imitation des poètes antiques et italiens, mais son imagination et sa sensibilité prennent le dessus pour les imprégner d’un lyrisme personnel. Il fait l’éloge de la beauté physique et de la perfection morale de quelques personnages féminins, devenus célèbres grâce à la puissance évocatrice de ses images : Cassandre, Marie, Hélène. Recueils lyriques principaux : Odes (1550-1552), les Amours de Cassandre (1552), Les Amours de Marie (1555), Sonnets pour Hélène (1578).

Le poète Joachim du Bellay (1522-1560), auteur du manifeste Défense et Illustration de la langue française, fait preuve d’un lyrisme profond et vrai. Il se traduit à travers quelques thèmes : la force destructrice du temps, la beauté et la gloire du passé, la nostalgie pour son pays et l’admiration de la nature. La sincérité est le trait caractéristique de sa poésie qu’illustrent les Antiquités de Rome et les Regrets (1558).

La poésie engagée La poésie engagée et philosophique tient cependant une place notable. Les prises de position religieuse au milieu des conflits de la seconde moitié du siècle se retrouvent dans des poèmes aux accents graves, à la fois tragiques et épiques comme dans les Hymnes (1555-1556), Discours sur les misères de ce temps (1562), ou La Franciade inachevé (1572), œuvres de Ronsard le partisan catholique ou Les Tragiques du poète protestant Théodore Agrippa d'Aubigné (1552-1630).

Autres personnalités Des poètes de moindre importance ont également participé à ce renouveau de l’expression poétique au , à commencer par Clément Marot (1496-1544) qui s’inspire de la tradition du Moyen Âge avant de développer un art plus personnel, fait de lyrisme et de religiosité. Les poèmes de Maurice Scève (1510-1564) et Louise Labé (1524-1566) chantent quant à eux les sentiments amoureux avec beaucoup de sensibilité et de maîtrise de l’art poétique.

La poésie du La poésie baroque Elle affirme quelques principes communs : goût de la sensualité, des extrêmes, de l’ornementation, du langage à effets. Les poètes notables de l'âge du baroque sont Théophile de Viau, Pierre de Marbeuf, Tristan L'Hermite et Saint-AmantPoésie baroque : L'inconstance et la fuite Le spectacle de la mort , Jean Rousset, La littérature de l’âge baroque en France, éditions José Corti 1954.

La poésie classique François de Malherbe codifie au début du siècle les règles de la versification et est salué par Boileau qui brille dans la poésie d’idées avec son Art poétique ou ses Satires. Une œuvre singulière : les Fables de La Fontaine.

À travers un genre à part mineur et non codifié, La Fontaine (1621-1695) s’inspire, comme les autres classiques, dans ses fables, des Anciens mais aussi du folklore français et étranger. Il imite ses maîtres avec une grande liberté. Tout comme les personnages de Molière, ses personnages représentent toutes les couches sociales. En moraliste La Fontaine dépeint toute la société française de la seconde moitié du siècle. La recherche du bonheur, l’homme et le pouvoir sont les trois thèmes chers à La Fontaine qu’on retrouve dans ses «Fables» (1668-1694). La fable qui était avant La Fontaine, un genre bref où l’anecdote se hâtait vers la morale, devient chez lui une ample comédie où tout est mis à sa place: le décor, les personnages, le dialogue« Car il est à la fois philosophe et peintre, et il ne nous montre jamais les causes générales sans les petits faits sensibles qui les manifestent, ni les petits faits sensibles sans les causes générales qui les ont produits. Son œuvre nous tient lieu des expériences personnelles et sensibles qui seules peuvent imprimer en notre esprit le trait précis et la nuance exacte; mais en même temps elle nous donne les larges idées d'ensemble qui ont fourni aux événements leur unité, leur sens et leur support. » Hippolyte Taine, La Fontaine et ses fables (1924) .

La poésie du

Si la forme versifiée est utilisée avec habileté par Voltaire dans son Poème sur le désastre de Lisbonne ou dans le Mondain, la poésie, au sens commun du terme, ne se libère pas des influences du classicisme et l’histoire littéraire ne retient que quelques noms comme ceux de Jacques Delille (1738-1813) (les Jardins, 1780) ou Évariste de Parny (1753-1814) (Élégies, 1784) qui préparent modestement le romantisme en cultivant une certaine sensibilité à la nature et au temps qui passeRobert Sabatier, Histoire de la poésie française: La poésie du éd. Albin Michel, 1975, . Gilbert et Clinchamp ont laissé une image de poètes maudits, mais c’est essentiellement André Chénier (1762-1794) qui réussit une poésie expressive comme dans le poème célèbre de la Jeune Tarentine ou celui de la Jeune Captive (son œuvre ne sera publiée qu’en 1819, bien après sa mort tragique lors de la Terreur).

On mentionnera aussi Fabre d'Églantine pour ses chansons (Il pleut bergère) et sa participation « poétique » au calendrier révolutionnaire .

La poésie du

Le romantisme