Felipe Varela (Huaycama, département de Valle Viejo, province de Catamarca, Argentine, 1821 – Nantoco (dans l'ancienne province d'Atacama), Chili, 1870) était un grand fermier et militaire argentin. Il fut l’animateur du dernier des pronunciamientos proclamés par des caudillos de l’interieur contre l’hégémonie politique nationale conquise par la province de Buenos Aires à l’issue de la bataille de Pavón de 1861. Opposé à la guerre de la Triple Alliance, il reçut le sobriquet de « Quichote des Andes » en raison du défi qu’il lança au gouvernement central avec une petite armée de moins de 5000 hommes, faisant face en effet, à la tête de ses troupes, aux forces armées nationales dans la région des Andes et de Cuyo pendant plusieurs années. Finalement vaincu, il mourut exilé au Chili.

La figure de Varela, comme celle de tant d’autres de cette époque, reste fortement controversée. Si les partisans de la faction libérale le considéraient comme un rustre sanguinaire, les historiens révisionnistes en revanche mirent en relief son opposition à Bartolomé Mitre et à la guerre de la Triple Alliance ; d’autres auteurs ont dit leur estime pour la lucidité de son Manifeste de par lequel il exprima son opposition à Mitre, texte qui demeure l’une des énonciations les plus achevées et les plus poignantes de l’idéologie fédéraliste.

Débuts comme combattant fédéraliste

Felipe Varela naquit en 1821, peut-être le , comme fils du caudillo fédéraliste Javier Varela et de María Isabel Ruarte ou Rubiano (sic), et reçut le baptême le , à l’âge de 1 an, sous le prénom de Juan Felipe, du prêtre Francisco Jacobo de Acuña, dans la chapelle de la ville de San Isidro, actuel chef-lieu du département de Valle Viejo, dans la province de CatamarcaIl a été affirmé erronément qu’il naquit en 1819, et c’est cette date qui figure comme sa date de naissance dans le mausolée qui lui est consacré à San Ferdinando del Valle. Le 9 juin 1822, date de son baptême, Varela était âgé d’un an, c’est-à-dire qu’il devait être né en mai 1821 ou dans les premiers jours de juin 1821. Dans le martyrologe chrétien, l’on peut lire que le prénom Philippe (Felipe) est célébré le 11 mai en souvenir de l’un des douze apôtres, ce qui porte à supposer, eu égard aux coutumes religieuses de l’époque, que c’est là sa date de naissance. La controverse à propos de l’année de sa naissance a été définitivement tranchée par la publication de deux articles, l’un paru dans le bulletin nº 238 de l’Institut argentin des Sciences généalogiques (2005), l’autre dans le journal La Unión de Catamarca du 28 février 2009 (voir bibliographie)..

Dans la décennie 1840, Varela, possédant des domaines à Guandacol, dans l'ouest de la province de La Rioja, combattit le gouvernement de Juan Manuel de Rosas. La persécution exercée par le gouverneur de Buenos Aires le conduisit à l’exil au Chili, où il se joignit à l’armée de ce pays ; à la suite de la chute de Rosas en 1852, il revint en Argentine et s’engagea dans les rangs de l’armée de la Confédération, où il occupa le poste de commandant en second de la frontière à Río Cuarto, dans le sud de la province de Córdoba.

En 1861, il se battit sous les ordres de Justo José de Urquiza à la bataille de Pavón, laquelle marqua le triomphe militaire et politique de la faction portègne et inaugura l’hégémonie mitriste sur le pays tout entier. Après la défaite, il rejoignit les rangs du « Chacho » Peñaloza lors du soulèvement dirigé par celui-ci contre les nouvelles autorités nationales.

En tant que protégé du « Chacho », il fut nommé chef de la police à La Rioja. En 1863, il envahit la province de Catamarca, puis lutta contre les forces de Wenceslao Paunero à la bataille de Las Playas, en , et à celle de Lomas Blancas. À la suite de l’assassinat de Peñaloza, Varela se réfugia en Entre Ríos, où il devint aide de camp du gouverneur Urquiza.

Un an plus tard, il s’en retourna au Chili, où il entretint des contacts avec la dénommée Unión Americana, réseau de correspondants appartenant aux milieux intellectuels de cette époque, qui avait été mis sur pied pour dénoncer les attaques européennes dirigées contre le Pérou et avait protesté avec énergie contre l’appui apporté par l’Argentine et le Brésil à la révolution de Venancio Flores en UruguaySi l’invasion de l’Uruguay par Flores était certes placée sous le commandement de ce général, tous les autres décideurs, hormis quelques officiers uruguayens, et la plupart des décisions prises ainsi que la majeure partie du financement, dépendaient de Buenos Aires et de Rio de Janeiro.. D’autre part, le réseau accusait le Brésil et le gouvernement argentin d’être à l’origine de la guerre du Paraguay.

Révolution des Colorados

vignette|Felipe Varela, assis à gauche. Virulent opposant au gouvernement de Buenos Aires, Varela perçut l’impopularité de la guerre du Paraguay et décida d’intervenir une nouvelle fois. Ayant pu, grâce à ses contacts avec l’Unión Americana, saisir en profondeur le processus politique dans lequel son pays était entraîné, et bien instruit des décisions diplomatiques entourant la mise sur pied de la Triple Alliance et des motivations de Mitre, Varela entreprit d’organiser une campagne militaire pour rentrer dans son pays. Tout d’abord cependant, manquant d’argent, quoiqu’ayant liquidé ses possessions, il ne fut en mesure de rien faire pendant de longs mois. Mais quelque officier chilien s’étant mis en tête qu’attaquer l’Argentine serait à ce moment-là une bonne idée, il mit à la disposition de Varela, sans permission de ses supérieurs, un groupe de soldats. Il désigna chef de ce corps un certain commandant Estanislao Medina, qui fut ainsi placé à la tête de quelque 150 soldats chiliens favorables à sa cause, dotés d’armes automatiques, peu nombreuses mais d’une grande efficacitéPlusieurs auteurs ont reproché à Varela d’envahir son pays avec une troupe chilienne, alors que d’autres au contraire soutiennent qu’il amena au moment de l’invasion moins de quarante soldats originaires de ce pays (le reste étant des Argentins réfugiés au Chili), qu’après il rassembla plusieurs milliers de gauchos argentins, et que la participation chilienne ne fut guère utile dans les premiers jours, avant d’être contre-productive par la suite..

Fin 1866, Varela avait donc décidé d’ores et déjà de pénétrer dans son pays, ce qui eût été une folie en l’absence d’appui à l’intérieur ; cependant la révolution dite des Colorados, qui éclata en novembre, vint opportunément à son secours.

Le en effet eut lieu à Mendoza une mutinerie des troupes destinées à partir à la guerre du Paraguay, menée par le colonel Juan de Dios Videla. Les mutins élargirent les prisonniers de la maison d’arrêt, parmi lesquels se trouvait le docteur Carlos Juan Rodríguez, fédéraliste originaire de San Luis, que Videla fit nommer gouverneur de Mendoza. En seulement deux jours, les rebelles eurent la province tout entière sous leur domination. Peu de jours plus tard, ils battirent le colonel uruguayen Pablo Irrazábal, l’assassin de Peñaloza. Ensuite, Videla se rendit dans la province de San Juan, dont il vainquit et expulsa début le gouverneur pour prendre lui-même sa place, puis dans la foulée défit les troupes du colonel Julio Campos, gouverneur unitaire de la province de La Rioja, lors de la bataille de Rinconada del Pocito.

Le commandement militaire de la révolution resta aux mains du colonel Felipe Saá, qui de son côté récupéra la province de San Luis. Ainsi les rebelles s’étaient-ils en très peu de temps saisi du pouvoir dans toute la région de Cuyo. Ils pouvaient en outre compter sur le soutien du gouverneur de Córdoba, Mateo LuqueMateo Luque, le gouverneur de Córdoba, sympathisait avec le mouvement des colorados et avec celui de Varela, mais n’alla jamais jusqu’à l’appuyer réellement. Après plusieurs mois d’indécision, le colonel Simón Luengo voulut l’y obliger en s’emparant du gouvernement en son absence, mais Luque laissa l’armée nationale écraser la rébellion de Luengo. Pour salaire de sa loyauté, le gouvernement national décréta l’intervention fédérale contre la province et le remplaça par un libéral, liquidant du coup le parti fédéraliste de Córdoba. Luengo devait, des années plus tard, se rendre responsable de la mort du général Urquiza..

Après avoir mobilisé, à travers tout le pays, les montoneras (troupes irrégulières locales) résiduelles d’autres caudillos décédés, et leur avoir adjoint des combattants chiliens, Varela fit mouvement vers le territoire argentin arborant un drapeau avec la devise « ¡Federación o Muerte ! » (La Fédération ou la Mort). À San José de Jáchal, dans la province de San Juan, il lança le sa proclamation révolutionnaire intitulée Manifeste du général Felipe Varela à l’attention des peuples américains :

La Rioja tomba aux mains des fédéralistes à la faveur d’une rébellion militaire contre le commandant Irrazábal, auteur de l’assassinat du Chacho Peñaloza. Peu de temps après se joignirent à Varela plusieurs autres caudillos, d’envergure moindre, comme Santos Guayama, Sebastián Elizondo et Aurelio Zalazar, en conjonction avec lesquels ils parvint à former une armée de plus de hommesTradición Gaucha - 4 de Junio de 1870 – Fallecimiento de Felipe Varela.

Varela se rendit maître de l’ouest des provinces de La Rioja, s’empara de la ville de La Rioja, puis, retournant dans l’ouest après la victoire du montonero chilien Estanislao Medina sur l’ancien gouverneur de Catamarca Melitón Córdoba, qui périt dans la bataille, le près de TinogastaCatamarca Guía - Historia - Personalidades - Gobernadores - Cordoba Meliton, s’empara également des départements occidentaux de Catamarca à l’aide d’une force de hommes. Dans toute cette zone, ainsi que dans la majeure partie de l’intérieur du pays prédominait un franc sentiment fédéraliste. Les deux bataillons avec lesquels il s’était lancé depuis le Chili, et dans lesquels figuraient quelques soldats et officiers chiliens, s’étaient entre-temps transformés en une armée de plusieurs milliers d’hommes, et allèrent jusqu’à totaliser près de montoneros, c'est-à-dire la force la plus importante que le parti fédéraliste eût jamais mis en armes depuis la bataille de Pavón.

Devant le tiède accueil que leur réserva Urquiza, sur qui ils avaient d’abord compté pour prendre la tête du soulèvement, ils planifièrent leurs actions depuis leur quartier-général de Jáchal. Varela serait chargé de soulever les provinces occidentales, tandis que Saá et Videla avanceraient sur le Litoral, où ils espéraient amener à se joindre à eux quelque dirigeant fédéralistePeut-être Ricardo López Jordán, général d’Entre Ríos sceptique sur l’engagement d’Urquiza aux côtés du parti fédéraliste, dont pourtant il restait supposément le chef.. Dans l’hypothèse la plus hardie, ils pourraient s’assurer le soutien de Timoteo Aparicio en Uruguay, en même temps que celui du parti Blanco de ce pays.

Écrasement de la rébellion

La situation était devenue réellement périlleuse pour le gouvernement de Bartolomé Mitre, qui se trouvait alors personnellement au commandement des armées alliées au Paraguay. Il dut rentrer à Rosario pour y organiser les troupes destinées à affronter la sédition, à la tête desquelles il plaça José Miguel Arredondo, Wenceslao Paunero — revenus du Paraguay — et Antonino Taboada, frère du gouverneur de Santiago del Estero.