de Sicile, né le à Mileto, et mort le à Palerme, est comte de Sicile de 1105 à 1130, puis roi de Sicile de 1130 à sa mort.
Fils de Roger de Hauteville, premier comte normand de Sicile, il unifie toutes les conquêtes des Normands en Italie du Sud sous une seule couronne et fonde le royaume de Sicile en 1130. Avec les Assises d'Ariano, il jette les bases d'un royaume centralisé, investissant le roi et sa bureaucratie d'une autorité absolue. Il mène une politique extérieure énergique et lance plusieurs expéditions militaires en direction de l'Afrique du Nord et de l'Orient byzantin.
Sous son règne, la ville de Palerme s'enrichit d'œuvres architecturales d'une grande valeur, aujourd'hui reconnues au patrimoine mondial. Par sa fille, Constance, née posthume, il est le grand-père de l'empereur .
Biographie Régence de la comtesse Adélaïde vignette|L’Italie du Sud en 1112, à la majorité de . vignette|. Illustration du Liber ad honorem Augusti de Pierre d'Éboli, 1196.
de Sicile naît le .. Il est le second fils et troisième enfant du comte Roger de Hauteville et de sa troisième et dernière épouse Adélaïde de Montferrat. Lorsque le comte meurt en 1101, son successeur Simon est encore un enfant. Mais ce dernier meurt prématurément le et Adélaïde prend la régence du comté de Sicile au nom de .. Pendant sa régence, la capitale est transférée de Mileto à Messine. Roger est éduqué par l'amiral Christodoulos à partir de 1105, puis par Georges d'Antioche Francesco Paolo Tocco, « , re di Sicilia », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 89, 2017. .. En 1112, Roger est fait chevalier dans la ville de Palerme.. Dans un acte de la même année, il est nommé « comte de Sicile et de Calabre. ». L'année suivante, il donne son accord au remariage de sa mère avec le roi . Ce dernier trouve dans ce mariage le moyen d'accaparer les richesses immenses d'Adélaïde, avant de la répudier en 1117. n'oubliera jamais cet affront..
La même année, Roger épouse Elvire de Castille, fille du roi et de la reine mauresque Isabelle.
Comte de Sicile et de Calabre Dès le début de son règne, suivant les conseils de son amiral et principal conseiller Georges d'Antioche, entame une politique d'expansion en Afrique du Nord. En , une flotte normande de vingt-quatre vaisseaux débarque à Gabès en Tunisie afin de soutenir un sujet indocile de la dynastie ziride, mais l'expédition échoue. En 1118-1119, la flotte normande attaque les côtes tunisiennes et s'empare de plusieurs vaisseaux. En 1121, une flotte musulmane dirigée par un prince almoravide attaque les côtes de Calabre et pille la ville de Nicotera. Une expédition punitive, forte de trois cents vaisseaux, et commandée par Georges d'Antioche et Christodoulos, quitte Marsala en . Une partie des troupes débarque près de Mahdia et parvient à s'emparer du château de Ras Dimass. Les soldats musulmans font une sortie durant la nuit et isolent la garnison normande. Malgré plusieurs tentatives afin de libérer la garnison, le mauvais temps force la flotte normande à s'éloigner sans pouvoir porter secours à la garnison. Ce désastre de la Mahdia a un grand retentissement dans le monde musulman.
En Italie continentale, Roger entre en conflit dès 1121 avec son petit-cousin Guillaume, duc d'Apulie et de Calabre. Peu après son échec à Mahdia, il s'empare de Montescaglioso, près de Matera, pour récupérer l'héritage de sa demi-sœur Emma. Prenant l'ascendant sur son petit-cousin, Roger récupère la souveraineté de la moitié de Palerme qui appartenait encore aux héritiers de Robert Guiscard, et se fait désigner en 1125 comme héritier du duché d'Apulie et de Calabre. Le , Guillaume meurt sans héritier. en profite pour réclamer la succession du duché. Mais le pape s'oppose à l'union du comté de Sicile au duché d'Apulie. En , le pape prêche la croisade et monte contre Roger une ligue dirigée par et Rainolf d'Alife, le beau-frère de Roger. Le comte de Sicile débarque en Italie du Sud en et soumet successivement les villes de Tarente, Otrante, puis Brindes. Les coalisés abandonnent le pape Honorius, et celui-ci est contraint de conférer à le titre de duc d'Apulie, de Calabre et de Sicile à Bénévent en . tente ensuite de châtier la ville de Troia, qui résiste, mais parvient à soumettre Melfi avant de retourner en Sicile.
Au printemps 1129, il mène une nouvelle campagne de pacification en Italie du Sud. En septembre, Roger convoque l'ensemble de ses vassaux d'Apulie et de Calabre à Melfi ; l'assemblés des barons, évêques et abbés prête serment de fidélité au duc et à ses fils, Roger et Tancrède, et reconnaît la souveraineté du Normand sur l'ensemble de l'Italie du Sud. Le duc interdit les guerres privées, ordonne aux barons de soumettre les criminels à la justice ducale, et exige que l'on respecte les biens des marchands, des pèlerins et des voyageurs.
Roi de Sicile vignette|Roger couronné roi par le Christ (Église de la Martorana, Palerme).
La mort du pape en est suivie d'une double élection. Les deux papes sont consacrés le même jour, le premier, , à Santa Maria Nuova ; le deuxième, , à la basilique Saint-Pierre.. Innocent trouve refuge dans le nord de l'Italie et en France, où il est soutenu par Bernard de Clairvaux et l'ensemble des États européens.. De son côté, Roger prête hommage au pape et soumet le clergé de son royaume à ce dernier. Le , une bulle pontificale concède à le royaume de Sicile, d'Apulie et de Calabre. Le , est officiellement couronné roi de Sicile dans la cathédrale de Palerme.
Pendant dix années, entreprend une longue campagne contre les barons qui profitent du schisme de l'Église afin de tenter de retrouver leurs anciennes libertés. Entre 1127 et 1139, il se heurte sur le continent à une aristocratie souvent réticente à accepter la consolidation du nouveau royaume et l'autorité royale.. En 1131, le roi de Sicile annexe la ville d'Amalfi et y installe une garnison normande. Il soumet ensuite les barons Godefroy d'Andria, Grimoald de Bari et Tancrède de Converano. Le , est cependant vaincu à Nocera par une coalition dirigée par Rainolf d'Alife et Robert de Capoue. Réfugié dans un premier temps à Salerne, le roi reconquiert une grande partie de la péninsule l'année suivante. En , sa formidable énergie et la sauvagerie de ses contingents musulmans forcent Rainolf d'Alife et , duc de Naples, à la soumission. soumet définitivement la ville de Capoue ; il expulse , et place à la tête de la ville son fils cadet Alphonse.
En France, l'abbé Bernard de Clairvaux forme une coalition composée des rois , , des empereurs , , et des républiques de Gênes, Pise et de Venise, contre Edmund Curtis, s.v. « » in Encyclopædia Britannica, Eleventh edition, 1911 lire en ligne.. En , descend en Italie, se joint aux forces de Rainolf d'Alife, et s'empare de la totalité du Mezzogiorno. À San Severino, après une campagne victorieuse, l'empereur et le pape investissent Rainolf en tant que duc d'Apulie en . Lothaire meurt peu après, en décembre, lors de son retour en Allemagne. Débarrassé des forces impériales, reprend le terrain perdu, pille les villes de Nocera et de Capoue, ravage Alife et Telese, et force à reconnaître sa souveraineté sur Naples.
Le , Roger est à nouveau vaincu par Rainolf d'Alife à Rignano. Le roi de Sicile, avec une poignée de rescapés, est contraint de s'enfuir en Campanie. La mort du pape le détermine Roger à demander la confirmation de son titre à , qui refuse et prononce son excommunication. La mort de Rainolf d'Alife le et la défaite des forces pontificales le à Galluccio sur le Garigliano forcent la main du pape. Fait prisonnier, ce dernier signe le à Mignano un traité reconnaissant à le titre de roi de Sicile, duc d'Apulie, et prince de Capoue. Après l'écrasement de l'opposition continentale, Roger réorganise des seigneuries confisquées et recompose l'espace péninsulaire autour de la Terra di Lavoro, des Pouilles et de la Calabre, en supprimant, réduisant ou réattribuant certains comtés à des fidèles..
Consolidation du royaume vignette|Ducat d'argent de (1140).
Cette trêve donne l'occasion à Roger de doter son royaume d'institutions stables. Il est épaulé par son bras droit Georges d'Antioche, un Grec de Syrie, qui demeure pendant quarante ans son « amiral », une distinction d'origine sarrasine. En , convoque tous ses vassaux à Ariano afin de promulguer les « Assises », un ensemble de lois traitant du droit ecclésiastique, des finances, du commerce, de la monnaie, du droit privé, du droit pénal, et enfin du droit public et du pouvoir royal. Il fonde une administration strictement dépendante du souverain, faisant du royaume de Sicile un État bureaucratique et centralisé.. Sur le continent, l'autorité royale s'appuie aussi sur des officiers militaires locaux, notamment les comestabuli royaux, qui coordonnent les forces provinciales et les barons de moindre rang.. ordonne l'émission d'un standard de monnaie de basse qualité pour le royaume : le ducat d'argent..
À ce titre, peut être considéré comme le promoteur d’un nouveau modèle politique. Synthèse d’éléments féodaux normands, italo-lombards et arabes, le pouvoir de s’inspire de formes orientales et plus particulièrement de la monarchie et de l’administration byzantine. puise aussi dans les traditions fatimides qui prévalaient alors en Sicile. Ce royaume a un centre décentré, la Sicile qui est à la fois une île de refuge et de commandement, qualifiée dans les sources de « jardin secret des rois ».
Expéditions en Méditerranée et en Afrique vignette|Les conquêtes de en Ifriqiya et en Italie (1130-1154). mène une série de conquêtes en Ifriqiya, alors en pleine anarchie, conquêtes que facilite la politique de bon voisinage entretenue avec les Fatimides d’Égypte. Une relation épistolaire entre le souverain normand et le calife Al-Hafiz, en 1135, prouve cette entente de fait. s'empare de Djerba en 1134, avec le soutien du calife., puis de nombreux points d'appui sur la côte africaine : Tripoli en 1146, puis Gabès, Sfax, Sousse, et enfin Mahdia en 1147. Avec l'aide de Philippe de Mahdia, successeur de Georges d'Antioche à la tête de la flotte sicilienne, Roger s'empare également de Bône en 1153. À partir de là, son expansion s'arrête, et les conquêtes sont perdues progressivement sous la pression des Almohades.. Tenu un temps en échec, il est conduit à s’allier avec le comte de Barcelone contre les Almoravides, alliance qui inaugure une politique méditerranéenne, renforcée par des alliances matrimoniales, qui devait permettre au roi d’Aragon de prendre possession de la Sicile à la fin du .
En 1147, profite de la deuxième croisade pour mener plusieurs raids contre l'Empire byzantin. Une flotte, composée de soixante-dix galères et commandée par Georges d'Antioche, est envoyée en Grèce à l'automne 1147. Elle s'empare de Corfou puis ravage les côtes de la Grèce, saccageant entre autres Thèbes, Athènes, Chalcis et Corinthe. Les soldats normands capturent dans les villes byzantines des tisserands de soie qui sont déportés à Palerme. Ces artisans, pour la plupart de confession juive, font de la Sicile le second centre de production de soie en Méditerranée, après l'Empire byzantinErnst Kantorowicz, L'Empereur , Paris, Gallimard, 1987, p. 262.. La flotte regagne la Sicile au début de l'année 1148. L'empereur Manuel Comnène s'allie avec Venise et remporte une victoire navale contre les Siciliens près du cap Malée.
Au printemps 1149, tandis que les forces byzantines assiègent Corfou, Georges dirige une campagne de diversion contre Constantinople ; les soldats normands pillent la rive asiatique du Bosphore et parviennent à lancer plusieurs flèches à travers les fenêtres du palais des Blachernes. Cette campagne infructueuse ne permet pas de sauver Corfou, qui est prise par les Byzantins en automne 1149.
De la symbiose culturelle, une exception médiévale vignette|Manteau du couronnement de . vignette|Intérieur de la chapelle palatine, à Palerme.