L'entrevue de Montoire est la rencontre qui eut lieu le entre Philippe Pétain et Adolf Hitler dans la gare de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher, France). Elle avait été longuement préparée par la rencontre du ministre français des Affaires étrangères, Pierre Laval, avec l'ambassadeur d'Allemagne, Otto Abetz. La rencontre avec Hitler et Ribbentrop, deux jours auparavant au même endroit, devait poser les bases d'un dialogue entre la puissance occupante et le régime de Vichy.

La veille, le , à Hendaye près de la frontière franco-espagnole, Hitler avait eu une entrevue avec le général Franco dans le but d'entraîner l'Espagne dans la guerre.

Les débats se déroulèrent dans la voiture personnelle du Führer, après une poignée de main échangée sur un quai de la gare entre Pétain et lui. Aucun compte rendu officiel de ces débats ne fut publié mais on sait que seul le principe de la collaboration fut établi, sans qu'aucun engagement fût pris d'aucune part. Il est d'ailleurs important de souligner que cette entrevue intervint en même temps que les débats de la commission d'armistice entre la France et l'Allemagne, tout en étant totalement distincte.

Cette entrevue fit les gros titres de la presse française et fut le sujet d'un discours radiodiffusé du chef de l'État français le sur la Radio nationale., où Pétain s'efforça de montrer qu'une nouvelle ère s'ouvrait pour la France : de nation vaincue, elle devait selon lui accéder à un statut respectable en devenant le partenaire du vainqueur, dans le cadre du nouvel ordre européen dicté par l'Allemagne nazie.

Par ce discours radiodiffusé, Pétain engage personnellement et officiellement le régime de Vichy dans la collaborationIl déclare notamment : .

vignette|De Gaulle au micro de Radio Londres. Montoire a par la suite pris une dimension symbolique comparable à l'appel du 18 Juin du général de Gaulle. Dans la mémoire collective française, la photographie de De Gaulle lisant son injonction à poursuivre le combat au micro de Radio Londres s'oppose à celle de la poignée de main entre Pétain et Hitler. Ces deux documents ont atteint le statut de symboles en fixant des moments-clés de l'Occupation, soulignant la dimension fondatrice des événements en cause : respectivement, la poursuite de la lutte aux côtés du Royaume-Uni et l'organisation de la collaboration avec l'Allemagne.

Choix de Montoire

Trois gares avaient été sélectionnées dans le Loir-et-Cher : la gare de Montrichard et la gare de Saint-Aignan, toutes deux sur la ligne de Vierzon à Saint-Pierre-des-Corps, et la gare de Montoire-sur-Loir, sur la ligne de Pont-de-Braye à Blois. Mais finalement Montoire fut retenue pour sa proximité avec la ligne Paris-Bordeaux-Hendaye et pour une autre raison stratégique : à l'époque la gare était éloignée du centre ville et sans maisons proches, et était donc facilement sécurisable. De plus, à moins de quatre kilomètres de là se trouve le tunnel ferroviaire de Saint-Rimay, long de , et dont les de rochers pouvaient abriter le train allemand en cas de menace aérienne.

Ce tunnel sera d'ailleurs fortifié dès par l'organisation Todt. et des bunkers construits à proximité pour abriter le W3, un , un des vingt quartiers généraux du Führer., disséminés en Allemagne et en Europe occupée mais qui n'y sera jamais installé.

Montoire, le grand malentendu Pétain a clairement accepté le principe de la collaboration dans l'esprit d'un dialogue , Hitler et lui étant des vétérans de la Première Guerre mondiale. Ce dialogue de devait selon lui préparer les conditions définitives de la paix entre l'Allemagne et la France.

Selon François Delpla, qui cite l'historien Philippe Burrin : ainsi que le procès-verbal allemand de la conversation, signé par Paul Schmidt (l'interprète de Hitler) paru en , une des intentions principales de Pétain lors de l'entrevue de Montoire était la collaboration militaire avec les forces de l'Axe en faisant participer l'armée de Vichy à une action militaire anti-britannique en Afrique. Uniquement en Afrique pour défendre l'empire, pas à titre général. Il se heurte à de l'indifférence de la part de Hitler : .. Cet élément est également pris en compte par Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Poche, 62 : et : . Il existe une autre thèse selon laquelle Hitler souhaitait que la France entrât en guerre à ses côtés dans une grande alliance contre la Grande-Bretagne, mais que Pétain a montré peu d'empressement, différant la réponse. Le PV allemand de l'entretien précise ainsi : C'est à cette demande que Pétain ne répondit pas, différant sa réponse selon le PV de la réunion. Selon cette thèse, Pétain, qui voulait obtenir d'Hitler un traité de paix redonnant sa souveraineté à la France, aurait par ailleurs demandé la permission d'utiliser des moyens militaires, malgré l'armistice, afin de défendre les possessions françaises d'Afrique contre les Anglais. La demande fut acceptée par un Hitler satisfait que la France défende ses colonies contre la Grande-Bretagne mais peu désireux de quitter sa position de vainqueur exploitant l'économie de la France, en lui rendant sa souveraineté. Il tirait en effet le maximum du pays pour continuer la guerre. Mais Pétain n'accepte pas plus que Franco d'entrer en guerre contre la Grande-Bretagne, sous une forme ou une autre (communauté européenne contre la Grande-Bretagne).

Pétain, dans son discours du (annonçant son engagement sur la voie de la collaboration) parle d'ailleurs de des colonies françaises. Jamais Pétain ne fera état de la demande d'Hitler que la France entre en guerre contre la Grande-Bretagne et à laquelle il ne donnera pas suite.

Cependant, bien qu'à Montoire Hitler n'ait rien répondu à la proposition de Pétain, il a fait quelques concessions afin d'encourager la collaboration militaire de Vichy. Quelques officiers français furent libérés dans le but de monter une opération de reconquête du Tchad.

Pierre Laval, alors ministre des Affaires étrangères, propose quant à lui des ouvertures concrètes aux Allemands. Il dénonce l'alliance de la France avec la Grande-Bretagne, dont il souhaite publiquement la défaite. Par exemple, il fait livrer à l'Allemagne une partie de l'encaisse-or de la Banque nationale de Belgique, celle qui fut confiée à la France lors de la débâcle de .

Pour Pétain comme pour Laval, néanmoins, Montoire doit inaugurer une collaboration suivie avec l'Allemagne, seule politique permettant (à leurs yeux) de redonner à la France sa dignité et sa place dans une Europe , définitivement dominée par les nazis. Les concessions à l'occupant étaient censées entraîner sa mansuétude : devant les gages de bonne volonté de Vichy, l'Allemagne aurait accordé des contreparties, comme le retour des prisonniers de guerre français, l'aménagement de la ligne de démarcation ou le retour du gouvernement français à Versailles.

Pour Hitler, l'enjeu de la rencontre de Montoire était tout autre. Il considérait la collaboration comme un atout tactique et stratégique : aide purement ponctuelle et purement militaire, elle devait aider l'Allemagne dans la perspective du conflit en cours avec la Grande-Bretagne et du projet d'invasion de l'URSS. Il s'agissait simplement pour les nazis de se garantir des intentions françaises, c'est-à-dire de en maintenant et en s'assurant . En raison de ces objectifs tactiques, et aussi de sa francophobie, Hitler n'était nullement disposé à faire des concessions au vaincu de , même s'il acceptait le principe de la collaboration franco-allemande.

Arrières-pensées de Pétain et Hitler Ces divergences insurmontables expliquent pourquoi l'entrevue ne déboucha sur aucun accord concret, sur aucun programme d'action. Pensant être revenu bredouille, Pétain déclara par la suite avoir rencontré en Hitler un , ou un , et il affirma que Montoire était dès le départ conçu comme un simple informel. Hitler de son côté se contente du statu quo avec la France, qui lui évite de fâcher Mussolini et Franco, qui voulaient tous les deux se partager l'Afrique du Nord aux dépens de la France.

Hitler cherche avant tout à garantir la présence française en Afrique du Nord par les seules forces françaises, sans avoir à s'en charger, parce qu'il veut consacrer l'essentiel de la puissance allemande pour la future guerre à l'est, contre l'Union soviétique ; pour cela, il veut obtenir la (sic) du régime de Vichy.

Pétain, de son côté, est informé des préparatifs de l'opération Barbarossa contre l'Union soviétique. il a nommé Weygand proconsul en Afrique du Nord, pour reconstituer l'Armée Française afin de remettre, quand l'occasion s'en présentera, la France dans la guerre : ainsi, des régiments entraînés deviennent de simples forces de polices et le service militaire est rétabli clandestinement par de biais des Chantiers de jeunesse..

Connaissant l'histoire, il devine que la Wehrmacht va s'engluer en Russie ; c'est pourquoi, la veille de l'entretien, Pétain rencontre Henri du Moulin de Labarthète et lui dit, à propos de cette rencontre : .. Par cette phrase, Pétain rappelle l'entrevue de Tilsitt en entre Napoléon et le tsar , par lequel Napoléon propose à Alexandre le partage de l'Europe, que le tsar fit semblant d'accepter et qui conduira Napoléon à commettre le faute majeure d'envahir la Russie en .

Le délégué de Hitler en France, Cecil von Renthe-Fink, dans un interview à La Libre Belgique, le et déclara :

Après Montoire : le durcissement allemand

Ce malentendu, qui fut compris et exploité par les dirigeants nazis, fait que Montoire n'a nullement amélioré la situation française, que ce soit sur le plan diplomatique, militaire ou intérieur. Pétain, qui éprouvait une forte antipathie envers Laval, eut beau jeu de lui reprocher que sa politique ne générait aucune contrepartie. Il ne parvint pas davantage à en obtenir. En dépit des gages de bonne volonté donnés par les deux dirigeants de Vichy, l'occupant poursuivit son oppression, et même la durcit. Montoire ne pouvait pas favoriser le retour des prisonniers français souhaité par Pétain, Hitler estimant que cette question devait être débattue dans le cadre de la commission d'armistice, où l'intransigeance allemande était affirmée. Par exemple : l'expulsion de considérés comme trop francophiles, en vue de l'intégration de leurs provinces au Reich eut lieu dès .

Le seul geste que la puissance occupante consentit à faire fut purement symbolique : le retour en France des cendres du duc de Reichstadt, le fils de Napoléon, le . La preuve que la mainmise allemande sur Vichy était à peu près totale est que le renvoi de Laval par Pétain, qui eut lieu également début , fut refusé par les Allemands et donna lieu à des négociations politiques où ils influencèrent largement le choix du nouveau chef du gouvernement de Vichy.

Impact de l'entrevue de Montoire sur l'opinion publique

Dans le discours radiodiffusé qui suivit l'entrevue du , Pétain affirma entrer de son plein gré, , . Ceci eut pour résultat immédiat de plonger les Français dans une profonde perplexité. Par la suite, l'événement fut compris à juste titre comme . La population, qui venait de subir le choc psychologique et matériel de la défaite de , était attentiste dans son immense majorité. Elle était donc loin de partager les visées collaborationnistes de Pétain et de Laval. Les exactions allemandes après Montoire eurent ensuite tendance à discréditer le régime de Vichy. La popularité de Pétain vacilla pour se rétablir provisoirement avec le renvoi de l'impopulaire Laval le .