La croix de guerre 1914-1918 est une décoration militaire française créée le pour matérialiser l'octroi d'une citation par le commandement militaire pour conduite exceptionnelle au cours de la Première Guerre mondiale.

Création Durant la Première Guerre mondiale, le besoin de créer une récompense pour les combattants s'est fait sentir très rapidement. Il existait bien la « citation à l'ordre du jour » mais ce n'était qu'un témoignage écrit, dans les communiqués, les états de service et le livret militaire. Cette décoration administrative devait laisser place à un signe distinctif clair et visible qui permettait au chef de décorer les plus vaillants de ses soldats sur les lieux mêmes des combats.

En , avant le début de la guerre, le député Henri Tournade avait déjà déposé une proposition de loi afin d'instituer, pour les combattants, une médaille dite de la « valeur militaire » mais ce projet avait alors été repoussé par la commission de la Guerre.

À la fin de l'année 1914, le général Boëlle, commandant alors le , tente de convaincre l'administration de la nécessité de la création d'une telle décoration. Il réussit à convaincre un député, l'écrivain Maurice Barrès, député de Paris et chantre du patriotisme, de proposer un projet de médaille pour décorer les soldats, après un exploit particulier.

Le , le député Georges Bonnefous dépose un projet de loi, signé par visant à créer une médaille dite de la « valeur militaire ». Le député Émile Driant, qui siège alors au Parlement entre deux séjours au front, se fait tout naturellement le porte-parole d'un projet qu'il avait déjà ébauché, alors qu'il était aide de camp du ministre de la Guerre, le général Boulanger.

Le , Émile Driant présente et soutient devant l'Assemblée nationale, le rapport de la commission de l'armée. .

Après la présentation de plusieurs projets (voir ci-dessous la section Insigne), c'est finalement un modèle proposé par la maison Arthus-Bertrand qui est retenu. Le Sénat adopte le ruban vert rompu par de fines rayures rouges, associant le symbole du sang versé à celui de l'espérance et rappelant celui de la médaille de Sainte-Hélène donnée aux vieux grognards du Premier Empire.

Après d'âpres discussions au sein des deux chambres, la loi est votée le et promulguée le 8 du même mois.

Ainsi on peut lire dans L'Illustration du l'article suivant : . Aux termes de ce décret, la croix de guerre est conférée de plein droit aux militaires des armées de terre et de mer, français ou étrangers, qui ont obtenu, pour fait de guerre pendant la durée des opérations contre l'Allemagne et ses alliés, une citation à l'ordre d'une armée, d'un corps d'armée, d'une division ou d'une brigade. Elle est également conférée en même temps que la Légion d'honneur ou la médaille militaire aux militaires ou civils non cités à l'ordre mais dont la décoration a été accompagnée, au journal officiel, de motifs équivalant à une citation à l'ordre de l'armée pour action d'éclat. Enfin, les villes martyres, les villages entièrement détruits ou les cités ayant résisté héroïquement se verront attribuer la croix de guerre, qui figurera à la place d'honneur dans leurs armoiriesSouvenirs de 1914-1918. Images d'autrefois, éditions Archives et culture, Paris, archivesetculture.fr.

Insigne Croix On a longtemps cru qu' Albert Bartholomé avait réalisé le modèle définitif. De récentes recherches montrent en réalité qu'il s'agit d'une création de la maison Arthus BertrandÉtienne Martin, « Projet et prototypes de la croix de guerre – 1915 », Ordres et distinctions, bulletin de la Société des amis du musée national de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie, 24 (2021), 49-70.Étienne Martin, « La croix de guerre, un choix esthétique inacceptable pour les artistes français en 1915 », Ordres et distinctions, bulletin de la Société des amis du musée national de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie, 24 (2021), 71-90..

Texte législatif (Art. du décret du ).

Cette inscription sera modifiée par la suite et la croix de guerre portera successivement les dates suivantes : 1914-1915, 1914-1916, 1914-1917 et 1914-1918.

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Ruban Le ruban est vert avec liseré rouge à chaque bord et compte cinq branches rouges verticales de . Origine du ruban Le ruban de la croix de guerre de 1914-1918 est celui de la médaille de Sainte-Hélène. Napoléon III récompensait, grâce à elle, les vétérans de l'armée du Premier Empire.

Il existait des variantes, par exemple la proposait le port d'une étoile rougeSur la fiche du général Joseph Émile Mangin. pour citation en cas de blessure dont le décret d'application du fixe les distinctions (étoiles ou palmes) entre les différents niveaux des citations :

Palme

L'attribution de la croix de guerre peut être accompagnée de palmes lorsque le récipiendaire s'est vu décerner une ou plusieurs citations à l'ordre de l'armée :

une citation à l'ordre de l'armée : une palme de bronze. On peut se voir attribuer jusqu'à quatre palmes de bronze ; cinq citations à l'ordre de l'armée : une palme d'argent.

Étoile

L'attribution de la croix de guerre peut être accompagnée d'une ou plusieurs étoiles lorsque le récipiendaire s'est vu décerner une ou plusieurs citations à l'ordre du corps d'armée, de la division, de la brigade ou du régiment : citation à l'ordre du corps d'armée : une étoile de vermeil ; Citation à l'ordre de la division : une étoile d'argent ; citation à l'ordre de la brigade : une étoile de bronze ; citation à l'ordre du régiment : une étoile de bronze.

Palme(s) et étoile(s) peuvent être cumulées.

Fourragère Les membres des unités militaires décorées au moins à deux reprises de la croix de guerre peuvent arborer une fourragère. Cette fourragère est portée à titre collectif pour tous les personnels qui appartiennent à l'unité. Elle peut être portée à titre individuel si le membre de l'unité a participé aux événements qui ont conféré la fourragère à l'unité. Les couleurs et la disposition de cette fourragère changent selon le nombre de citations obtenues. Cette disposition sera étendue aux drapeaux et étendards des unités ayant reçu cette récompense.

Les anciens combattants de la Première Guerre mondiale, titulaires d'une fourragère à titre personnel ont pris coutume d'adapter cette dernière en modèle réduit fixé à la barrette d'attache de la croix de guerre (textes officiels inexistants). Cette fourragère modèle réduit doit pouvoir répondre à une attestation délivrée par le chef de corps (voir la photo ci-dessous).

1. Croix de guerre 1914-1918 avec citations et la fourragère en modèle réduit sur le ruban.

2. Neuf soldats noirs du d'infanterie de l'armée américaine (« Les Harlem Hellfighters ») décorés nominativement de la croix de guerre 1914-1918 pour bravoure au combat.

3. Croix de guerre 1914-1918 avec six palmes.

Décorés Le nombre exact de titulaires de la croix de guerre 1914-1918 est inconnu. Au , le ministère de la Guerre estimait à le nombre de citations attribuées aux combattants des armées françaises et alliées mais ce chiffre ne tient pas compte des citations à titre posthume et des croix de guerre avec palme accompagnant d'office la Légion d'honneur et la médaille militaire. Émilienne Moreau-Évrard et Mireille Andrieu furent parmi les premières femmes à l'obtenir.

Le premier poilu à recevoir la croix de guerre fut le caporal Silvain Métivier le ; il était affecté au d'infanterie pendant les faits.

La croix de guerre 1914-1918 la plus « chargée » est celle de l'As français René Fonck, avec 27 citations, soit 26 palmes et 1 étoile. Toutefois, il s'est affiché après-guerre avec une Croix de guerre de 29 citations, soit 28 palmes et 1 étoile, s’étant attribué deux palmes supplémentaires pour sa nomination au grade de commandeur de la Légion d'honneur en 1921 et sa nomination au grade de Grand officier de la Légion d'honneur en 1936 : ces deux nominations, étant intervenues après la guerre, ne donnaient pourtant pas droit réglementairement à une palme supplémentaire.

Un autre As français, Charles Nungesser, arborait une Croix de guerre avec 30 citations, soit 28 palmes et 2 étoiles mais il avait en réalité reçu seulement 19 palmes et 2 étoiles : il s'était ajouté de lui-même 9 palmes non-réglementaires correspondant à 9 décorations étrangères.

Le sous-officier le plus décoré est l'adjudant-chef Henri Roger, avec 14 citations (5 palmes et 9 étoiles).

L'homme de troupe le plus décoré est le chasseur alpin Albert Roche, avec 12 citations (4 palmes et 8 étoiles).

Les décorés ne sont pas seulement des combattants. Des aumôniers, des ambulanciers ont également reçu cette décoration ainsi que des civils et même un pigeon voyageur nommé Cher Ami, en 1916.

La croix de guerre a été aussi décernée à titre collectif. Plus de 600 unités de l'armée de terre ont été décorées, ainsi qu'une quarantaine de navires (le Bouvet par exemple) de la marine de guerre, plus de 80 bâtiments auxiliaires et de commerce (Livre d'or de la marine) et plus de 70 escadrilles d'aviation. Il y eut aussi des organismes, comme les chemins de fer de la Banlieue de Reims ou d'institutions (préfecture de police de Paris, barreau de Paris, universités, grandes écoles).

Enfin, entre 1917 et 1931, Liste des communes décorées de la Croix de guerre 1914-1918. ont été décorées de la croix de guerre 1914-1918. Au total, ce sont qui se sont vu attribuer cet insigne, réparties en issues de la liste origine, 16 communes qui n'étaient pas dans la liste d'origine, 12 croix de guerre attribuées à la suite de la Légion d'honneur ainsi que 15 villes étrangères qui n'apparaissaient pas dans la liste d'origine.

Cérémonial de réception thumb|upright=0.8|Arrêté pour la nomination au grade de chevalier de la Légion d'honneur avec attribution de la croix de guerre 1914-1918 avec palme du capitaine Brébant en date du et signé par Georges Clemenceau. thumb|upright=0.8|Croix de guerre avec citation à l'ordre de l'armée attribuée à l'Institut industriel du Nord de la France.

L'attribution de la croix de guerre ne s'accompagne d'aucun cérémonial obligatoire. La remise à l'intéressé d'un extrait de l'ordre le citant suffit à établir ses droits au port de cette distinction.

La procédure officielle est la suivante : 1°) un acte officiel est écrit sur la demande du chef de corps du régiment auquel appartiennent l'officier, le sous-officier ou soldat concernant son acte de bravoure donnant droit à une citation puis à l'attribution d'une médaille (croix de la Légion d'honneur, Médaille Militaire, croix de guerre, croix de la valeur militaire) ; 2°) la demande doit passer devant une commission chargée de l'octroi des récompenses. Cette commission est présidée par un officier supérieur épaulé par d'autres officiers ; 3°) la demande sera envoyée sur rapport au ministre de la guerre (maintenant au ministre de la défense) qui donnera son avis ; 4°) un extrait de l'arrêté sera publié pour prendre rang à compter du … sur le journal officiel (seules les citations qui octroient la remise de la Légion d'honneur ou de la Médaille militaire sont publiées). Elles sont archivées au bureau des archives militaires de Pau ; 5°) l'intéressé peut porter sa décoration.

Les citations à l'ordre de l'armée sont exclusivement décernées par le ministre de la Défense. Celles concernant les autres degrés, allant du corps d'armée au régiment, relèvent de la compétence exclusive du général, chef d’État-major des Armées. Cela n'a pas toujours été le cas, par exemple pendant la Première Guerre mondiale, les citations à l'ordre de l'armée étaient décernées exclusivement par un général d'armée, les citations à l'ordre du corps d'armée exclusivement par un général de corps d'armée, ainsi de suite).