Mohammad Reza Shajarian (en persan : ), né le à Mashhad (État impérial d'Iran) et mort le à Téhéran (Iran), est un chanteur iranien de musique persane classique, parmi les plus acclamés.
Il est considéré comme le maître de lavaz, le chant traditionnel persan, auquel il donne une nouvelle vie en ancrant le sens des poèmes classiques qu'il interprète dans la situation contemporaine. Il devient ainsi la voix de l'Iran, spécialement lors du soulèvement de 2009.
Biographie thumb|gauche|De gauche à droite : Keyhan Kalhor (kamancheh), Mohammad Rezâ Shajariân (chant), Homayoun Shadjarian (tombak et chant), Hossein Alizadeh (târ). Il naît le (1 mehr 1319) à Mashhad.
Enfance et formation au chant religieux Ostad (« maître ») Mohammad Reza Shajarian apprend le chant spirituel dès cinq ans avec son père. Il se révèle doué pour la récitation psalmodiée du Coran, si bien qu'il est diffusé par radio Mashhad à douze ans. Mais son père n'approuve pas l'idée que son fils devienne chanteur. C'est pourquoi Shadjarian commence sa carrière sous le pseudonyme de Siavash Bidkani. À douze ans il étudie le répertoire classique persan (radif) en écoutant à la radio ou sur des disques Iqbal Sultan (aka Eqbal Azar), Hossein Taherzadeh, Qamar ol-Moluk Vaziri, Reza Gholi Mirza Zelli, Gholam Hossein Banan, et Djalal Taj Esfahan. Le joueur de târ Djalil Shahnaz a une importance particulière pour lui, si bien qu'il donnera son nom à son orchestre. Comme la musique et la radio sont interdites chez lui, il les écoute chez son oncle. Il donne son premier concert à la radio à dix-neuf ans. Il entre à l'école normale en 1957 pour obtenir son diplôme de professeur des écoles en 1960. Il enseigne alors dans des écoles à Mashhad. Il étudie le radif et l'avaz en autodidacte, en écoutant la radio et des disques. Il s'initie également au santûr sous la férule de Djalal Akhbari, plus tard de Faramarz Payvar. Il fabrique son propre instrument.
Be yad-e pedar La récitation coranique selon les règles du tajwid présente des similitudes avec l'avaz et peut donc constituer une préparation à ce dernier. En effet, le tajwid laisse une part de liberté au récitant et comporte une part d'improvisation. L'''avaz repose sur la maîtrise du radif, un répertoire constitué de quelques centaines de courtes pièces, dont la mémorisation sert de base à l'improvisation. La maîtrise par Shadjarian du chant religieux est illustrée par l'album Be yad-e pedar, sorti en 1979, bien connu des Iraniens. Il contient en particulier une interprétation de la Rabbana, une prière constituée de versets du Coran, issus de différentes sourates, et qui commencent par le mot Rabbana (« Notre Seigneur »). Celle-ci est diffusée à la radio nationale, tous les ans pendant plusieurs décennies, pour signaler la rupture du jeûne au cours du mois de Ramadan. Il est à noter cependant que cet album de chant religieux est le seul publié par le maître, et qu'il correspond à un contexte particulier puisque, le titre l'indique, il est écrit à l'occasion de la mort de son père.
Son milieu familial très religieux, s'il lui a permis d'apprendre à psalmodier le Coran et l'a habitué à se produire en public, l'empêche cependant de laisser libre cours à sa passion pour le chant classique.
À Téhéran
Radio et télévision alt=Mohammad Reza shadjarian en 2007|vignette|Mohammad Reza shadjarian en 2007 Une audition en 1965 auprès de radio Téhéran se solde par un échec : le jury lui reproche de ne pas maîtriser le radif. Il se tourne vers Davud Pirnia, producteur de l'émission Golha pour lui faire écouter un échantillon de ses talents. Celui-ci est séduit. Il diffuse l'enregistrement, où Shadjarian chante un ghazal de Hafez, accompagné au santour, sur les ondes de radio Téhéran dans l'émission Barg-e Sabz, en .
Il est muté de Mashhad pour Téhéran en 1967. Mais Davud Pirnia ne dirige plus l'émission Golha, Shadjarian devra encore faire preuve de patience. Auparavant instituteur, il travaille désormais à l'université de Téhéran, puis au ministère des ressources naturelles. La capitale est alors le centre de la pratique musicale en Iran. Jusqu'à présent autodidacte, il a l'occasion de se former auprès de maîtres comme Esmail Mehrtash, , Nur Ali Khan Boroumand, Abdallah Davami et Farmarz Payvar. Ce dernier complète sa formation au santour et lui enseigne le radif tel qu'il lui a été transmis par . Boroumand lui transmet le radif de . La rencontre, en 1979, de Gholamreza Dadbeh aura une influence décisive sur son style mais aussi sa vision du monde.
C'est la rencontre d'Ahmad Ebadi, qui l'introduit à la radio et télévision nationale, qui lance sa carrière. Il se produit une centaine de fois dans l'émission Golha, consacrée à la poésie et la musique, où il chante avec les meilleurs instrumentistes persans : Faramarz Payvar, Parviz Meshkatian, Mohammad Reza Lotfi et Hossein Alizadeh. Les poètes qu'il choisit de chanter sont les poètes classiques médiévaux. Son choix se porte le plus souvent sur Hafez et Saadi. Ensuite viennent Attar et Baba Taher. Il lui arrive parfois d'interpréter des poètes contemporains. C'est alors à Hushang Ebtehaj, Mehdi Akhavan-Sales et Fereydoun Moshiri qu'il emprunte leurs vers.
À partir de 1971, il peut abandonner son pseudonyme et se produire sous son propre nom. Il apparaît aussi à la télévision entre 1971 et 1976. Il prête également sa voix à des acteurs aussi célèbres que Mohammad Ali Fardin pour des films. Du ministère des ressources naturelles, il est muté à la radio-télévision nationale iranienne. Mais il n'est pas satisfait de la place qui est accordée à l'avaz dans les programmes radio. C'est pourquoi, à partir de 1977, il prend ses distances avec l'institution, à plus forte raison après la répression du vendredi noir de septembre 1978.
Diversification : enseignement, concerts et production Mais la notoriété qu'il a acquise lui ouvre d'autres portes. Il est dans les années 1970 le chanteur classique le plus en vue. Il est chargé de cours à la faculté des Beaux-arts de l'université de Téhéran. Il devient à son tour un ostad, qui transmet son art à des élèves comme Shahram Nazeri, Ali Reza Ghorbani, et son fils Homayoun. Il forme aussi de nombreuses chanteuses, qui demeurent moins connues en raison des restrictions qui leur interdisent de se produire devant un public masculin, comme . Il peut quitter son poste à la radio-télévision nationale. Il est l'un des rares chanteurs iraniens à pouvoir vivre de son art.
Il participe au Festival des arts de Shiraz, dans les années 1970, où il enregistre deux de ses albums.
Il participe à la création, à l'initiative de Lotfi, de Kanune Chavosh, destinée à produire des disques et des concerts. La société héberge les orchestres 'Aref et Sheyda'Aref Qazvini est connu pour ses tasnifs à l'époque de la révolution constitutionnelle. Sheyda (Ali Akbar Shirazi) est aussi un compositeur de tasnifs, mort en 1908.. Elle produit douze albums, dont cinq avec Shajarian. Il lance sa propre compagnie de production, Delawaz (« Del Avaz »). Sa première réalisation est son double album sur cassettes Golbang, sorti en 1978. Shajarian a bâti sa notoriété grâce à la radio. Mais c'est le support cassette qui fait de lui la star qu'il est devenu. En effet, les cassettes sont très populaires en Iran : elles s'écoutent en voiture, s'enregistrent et se copient facilement, et sont un support d'apprentissage pratique grâce à la possibilité de rembobiner et répéter. Elles permettent aussi, au début des années 1980, d'écouter la musique interdite de radio. Les albums de Shadjarian sont toujours publiés en cassettes, pas forcément sur CD.
La musique dans l'Iran post-révolutionnaire Dans les premiers mois après la chute du Shah, en 1979, Shajarian compose quelques soruds révolutionnaires (le sorud est un style de chant inspiré des marches militaires, souvent utilisé à des fins de propagande). Ils seront publiés sur l'album Chavosh 7. Il donne à la fin de l'année un concert dans une université de Téhéran. Le concert est enregistré et publié sous le titre Sepideh (« Aube »), il exprime l'espoir de renouveau du peuple iranien à ce moment.
Peu de temps après, la musique est interdite de diffusion à la radio et les concerts bannis. Les auteurs doivent obtenir l'autorisation de publier. Certains sont arrêtés et exécutés, comme Javad Zahibi. Shadjarian vit alors en retrait pendant trois ans. Il ne joue qu'en petit comité et enregistre ses œuvres dans son studio personnel, à domicile. C'est le cas des albums Nava (Morakab khani), enregistré lors d'une représentation privée en 1982, et publié seulement en 2009, et de Bidad (Homayoun), dont la première partie (Bidad, face A) est enregistrée en 1982 et la seconde (Homayoun, face B) en 1984. L'album Khalvat gozide, qui interprète un ghazal de Hafez, enregistré en privé avec Payvar, porte un titre significatif (« Réclusion volontaire »). Les ambassades offrent un asile qui échappe à l'interdiction. Shajarian et Lotfi jouent au Centre culturel allemand en mars 1981. Leur prestation est publiée, bien plus tard, dans les années 1990, sous le titre Eshq Danad. Astan-e Janan est enregistré à l'abri offert par l'ambassade d'Italie à Téhéran en 1982. Lorsque les concerts sont à nouveau autorisés en 1988, Shadjarian joue à guichets fermés à la salle Rudaki (rebaptisée Vahdat). Le public réclame Bidad (« Injustice » ou « sans voix »). L'album Bidad est en effet un tournant dans sa carrière : grâce à une stratégie de critique voilée, exprimée sous le couvert de l'autorité des poètes classiques, il parvient à exprimer le sentiment du peuple iranien. Sa démarche sera désormais, à mots prudents, de se faire la voix des Iraniens, jusqu'en 2009, où il adopte une posture de critique ouverte. L'album, dont la pochette représente un oiseau posé au sol, acculé, dans un paysage d'hiver, chante un ghazal de Hafez qui répète : Che shod ? (« Que nous est-il arrivé ? »).
Dans les années 1980, il se produit lors de tournées internationales et publie chez des maisons de disques occidentales. Le fait de se produire à l'étranger lui permet d'échapper à la situation étouffante qui est imposée aux musiciens en Iran. Sa tournée de 1989 fait l'objet d'un enregistrement à Paris, au théâtre de la ville, où il joue en Afshari avec le groupe 'Aref. Le disque, sorti chez Ocora Radio France, est sa première publication à diffusion internationale, et probablement sa première sur CD. Il devient, en Iran comme dans la diaspora et au-delà, le maître de lavaz, le chant traditionnel qui met en musique la poésie persane. De l'Europe, il élargit ses tournées aux États-Unis puis au Canada. D'abord limitées à l'audience iranienne de la diaspora, elles touchent peu à peu un public qui ne connaît pas le persan. De sa tournée en 1990 résultant trois albums live : Payam-e Nasim, Del-e Majnoun et Sarv-e Chaman. Il organise un concert de charité au profit des victimes du . Asman-e Eshgh est enregistré en 1991, avec son fils Homayoun au tonbak. Yad-e Ayam est enregistré pendant sa tournée de 1992. Lorsqu'il parcourt l'Europe en 1995, il enregistre Cheshme-ye Nush à Paris. En revanche, il n'obtient pas l'autorisation du ministère iranien de la culture de publier son album Ghasedak, très mélancolique. L'album Night silence desert présente la particularité d'introduire des influences folk, de sa région natale du Khorasan. Il chante en dialecte local et se fait accompagner au ghoshmeh. À partir de 1999, il se produit avec une nouvelle formation, Masters of persian music. En 2003, il donne un concert humanitaire à la suite du séisme de Bam. En 2010, il se produit en tournée mondiale avec l'orchestre Shahnaz, fondé en 2007 et nommé en hommage à Jalil Shahnaz.
Autres activités artistiques C'est aussi un calligraphe instruit par les maîtres Ebrahim Buzari et Hossein Mirkhani. Il commence à pratiquer à Mashhad, suit les cours de Mirkhani à Téhéran. S'il abandonne les cours après 1971, il continue cependant à pratiquer.