vignette|redresse|1520 : les Espagnols se rendent maîtres de Montezuma dans Mexico.

Moctezuma II (ou Moteuczoma, Motecuhzoma), de son nom complet en nahuatl Motecuhzoma Xocoyotzin[ʃoːkoˈjoːtsin], né vers 1466 et mort le à Mexico-Tenochtitlan, neuvième tlatoani de la cité de Mexico-Tenochtitlan, est à la tête de l'Empire aztèque de 1502 à 1520.

L'Empire aztèque atteint son apogée pendant le règne de Moctezuma. Il s'efforce de le consolider en soumettant des territoires enclavés jusqu'alors restés indépendants, notamment en pays mixtèque.. Il transforme aussi l'ancien système de hiérarchie sociale méritocratique en creusant le fossé entre les nobles (pipiltin) et les roturiers (macehualtin) désormais exclus des fonctions supérieures de l'administration.

En 1519, l'arrivée en Amérique du Nord des conquistadors espagnols, qui ont déjà colonisé Hispaniola et Cuba dans les Caraïbes, et sont dotés d'armes bien plus meurtrières que les Aztèques, aboutira rapidement à la mort de Moctezuma (1520) puis à l'effondrement de l'empire (1521). Parti de Cuba en , Hernán Cortés accoste en avril à la plage de la future Veracruz (fondée peu après) et atteint Mexico en novembre. Les Espagnols, ainsi que leurs alliés indiens, sont accueillis comme des hôtes par Moctezuma II. Mais les relations se tendent rapidement : en , les habitants de Mexico se soulèvent et les Espagnols se retrouvent assiégés. Moctezuma meurt le dans des conditions mal connues et Cortés décide d'évacuer la ville le 30 : c'est l'épisode célèbre de la Noche Triste. Mais cette défaite espagnole est une retraite stratégique : l'année suivante, l'armée de Cortés est de retour et s'empare de Mexico après deux mois de siège (). L'Empire aztèque, privé de son centre, s'effondre rapidement, laissant place à la colonie de Nouvelle-Espagne.

La représentation de Moctezuma dans l'Histoire est celle du chef d'un État vaincu par un petit nombre d'ennemis et de nombreuses sources le décrivent donc comme faible et indécis. Cette vision des choses ne correspond pas à sa conduite réelle face aux Espagnols.

Le nom de « Moctezuma » vignette|redresse|Glyphe aztèque de Moctezuma (Codex Mendoza, folio 15v).

La prononciation de son nom en langue nahuatl est [motekʷˈsoːma]. C’est un mot composé qui associe un terme signifiant seigneur et puissant à tout jamais et un verbe signifiant froncer les sourcils de colère. Son interprétation est donc celui qui fronce les sourcils comme un seigneur ou celui qui est en colère avec noblesse.

Le glyphe de son nom, dans l'illustration tirée du coin supérieur gauche du codex Mendoza présentée ci-après, est composé d'un diadème (xiuhuitzolli) posé sur des cheveux raides avec un ornement d’oreille associé à une pièce nasale séparée et une «bulle» contenant la transcription de ses parolesBritish Museum Exhibition Guide for Moctezuma: Aztec Ruler (2009).

L'attribution d'un numéro de règne est apparue à l’époque moderne uniquement pour le distinguer de , de fait l'arrière-grand-père du second Moctezuma. En effet, il n'existe pas de succession dynastique chez les Aztèques. Les chroniques aztèques l’appelaient Motecuhzoma Xocoyotzin ([ʃokoˈjotsin] signifie jeune honoré), tandis que le premier était appelé Motecuhzoma Ilhuicamina ou Huehuemotecuhzoma (Moctezuma l’ancien).

Sources Les textes relatifs à la vie de Moctezuma sont lacunaires et contradictoires, de sorte qu'on ne dispose d’aucune certitude sur sa personnalité et sur le déroulement de son règne. Ces textes datent de la période de la conquête (lettres de Cortés à Charles Quint), ou sont postérieurs à sa mort (mémoires de l'un des conquistadors, Bernal Díaz del Castillo, ouvrages historiques auxquels ont pris part des indigènes, notamment un petit-fils de Moctezuma).

Hernán Cortés : les Cartas de Relacion adressées à Charles Quint Les écrits de Cortés sont contemporains des événements, étant écrits au fur et à mesure des vicissitudes de son expédition. Il s'agit des Cartas de relación (littéralement « Lettres de compte-rendu ») adressées à Charles Quint, roi de Castille et roi d'Aragon depuis 1516Charles I de Castille est élu empereur en 1520 sous le nom de Charles V (Charles Quint, nom retenu par l'historiographie française), mais en Amérique, il intervient en tant que roi de Castille., dans le but de justifier son actionEn effet, depuis le départ de son expédition depuis Trinidad de Cuba (février 1519), Cortés est en butte à l'hostilité du gouverneur de Cuba, Diego Velázquez de Cuéllar, qui le considère comme un rebelle. Cortés, en principe subordonné à Velasquez, s'adresse donc directement au roi pour essayer (avec succès dans l'ensemble) d'obtenir sa protection..

Dans ce que Cortés dit de Moctezuma, une idée devenue un lieu commun est que Moctezuma interprétait la légende aztèque de Quetzalcóatl comme faisant de lui un messie vengeur revenu pour régner sur les Mexicas (ethnie dominante de l'Empire aztèque). Mais cette assertion a été mise en cause par de nombreux historiens, notamment Anthony Pagdenet Eulalia Guzman.

Pagden écrit qu'en réalité, « il n'y avait pas de tradition antérieure à la conquête qui attribuât ce rôle à Quetzalcóatl et il semble donc possible que cette légende ait été recueillie par Sahagún et Motolinia auprès d'informateurs qui avaient partiellement perdu le contact avec les histoires tribales traditionnelles ».

Bernal Díaz del Castillo : L'Histoire véridique Le récit de Bernal Díaz del Castillo (1496-1584), Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, est celui d'un témoin direct, qui a participé à la conquête dans l'armée de Cortés (1519-1521), mais il est rédigé longtemps après, à partir de 1553.

Il brosse le portrait d'un noble roi luttant pour maintenir l'ordre dans son royaume après avoir été fait prisonnier par Cortés.

Travaux historiques des débuts de la Nouvelle-Espagne Bernardino de Sahagún (1500-1590) Bernardino de Sahagún est un membre de l'ordre des Franciscains, qui, envoyé en Nouvelle-Espagne, s'est intéressé à la langue nahuatl et à la culture mexica. Il est l'auteur de l'ouvrage appelé Codex de Florence, rédigé avec des collaborateurs indigènes originaires de Mexico-Tenochtitlan ou de Tlatelolco, une ville vassale.

Le texte présente les dirigeants de Tlatelolco sous un jour plus favorable que ceux de Tenochtitlan. Moctezuma en particulier y est présenté comme un souverain velléitaire, superstitieux et laxiste.

L'historien James Lockhart interprète cela en supposant que le peuple mexica avait besoin d'un bouc émissaire pour expliquer la chute de l'Empire aztèque et que ce rôle a été assez naturellement attribué à MoctezumaLockhart 1993, pp. 17–19.

Fernando Alvarado Tezozómoc Fernando Alvarado Tezozómoc (1530-1609), auteur de la Crónica Mexicayotl (« Chronique mexica ») rédigée en nahuatl, est un petit-fils de Moctezuma II.

Sa chronique concerne essentiellement la généalogie des souverains aztèques. Il décrit la descendance de Moctezuma et indique que Moctezuma avait dix-neuf enfants - onze fils et huit fillesFernando Alvarado Tezozomoc (traduction d'Adrián León), Crónica Mexicayotl, Mexico, UNAM, 1992 (première édition : 1949)..

Biographie Origines familiales

Il est le fils d'Axayacatl et le neveu de ses deux prédécesseurs, Tizoc et Ahuitzotl.

Il semble qu'il soit devenu souverain contre sa volonté, contraint par la mort accidentelle d'Ahuitzol lors d'une inondation de Tenochtitlan.

À la tête de l'Empire vignette|redresse=0.8|Le folio 15 du Codex Mendoza décrit le règne et les conquêtes de Moctezuma II (lui-même représenté à gauche du glyphe central).

Il gouverne de façon autoritaire en réorganisant totalement l'administration par la nomination d'administrateurs plus jeunes. Moctezuma réduit par ailleurs les prétentions de la noblesse. L'économie et le commerce sont florissants dans tout l'empire, lequel atteint son extension maximum et s'étend jusqu'au Guatemala et à la péninsule du Yucatán.

Le célèbre cuauhxicalli (pierre sacrificielle) dit pierre de Tizoc, décoré de sculptures représentant Tizoc, le prédécesseur de Moctezuma en tant que tlatoani, aurait également été réalisé au cours de son règneManuel Aguilar-Moreno, Handbook to Life in the Aztec World, ..

Réformes Selon les sources indigènes, dès son accession au pouvoir, Moctezuma ordonne à son cihuacoatl Tlilpotonqui de remplacer les dignitaires et les fonctionnaires nommés par son prédécesseur, Ahuitzotl, afin de se constituer une cour favorable à ses réformes, instruite et issue de l'élite plutôt que d'origine roturièreSelon les témoignages concordants de la , Fernando Alvarado Tezozómoc et Fernando de Alva Cortés Ixtlilxochitl (, chapitre IV, Les purges initiales, )..

La reconstruction de Mexico-Tenochtitlan Après une dernière inondation de trop de la capitale Mexico, il en ordonne la reconstruction totale. En 1519, c'est cette ville extraordinaire, construite sur une lagune, que les conquistadors découvrent.

Conquêtes

vignette|redresse=1.0|Carte montrant l'expansion de l'empire aztèque à travers ses conquêtes. Les conquêtes de Moctezuma II sont indiquées par la couleur verte (sur la base des cartes de Ross Hassig dans Guerres aztèques).

Début des relations avec les Espagnols

Présages concernant l'arrivée des Espagnols vignette|gauche|Le passage d'une comète aurait été interprété par Moctezuma II comme un présage funeste, selon Diego Durán (Codex Durán, t.I, chap. LXIII)Miguel León-Portilla, « El ocaso de los dioses. Moctezuma II », Arqueología Mexicana, , juillet-août 2009..

Bernardino de Sahagún (1499-1590) mentionne huit événements, survenus dix ans avant l'arrivée des Espagnols, qui auraient été interprétés comme des signes néfastes : l'apparition d'une flamme dans le ciel pendant près d'une année, l'incendie de la charpente du temple d'Huitzilopochtli, un autre temple mystérieusement frappé par la foudre, la chute d'une comète, l'eau du lac Texcoco qui se mit à bouillonner, l'apparition d'une femme qui pleurait en gémissant , un oiseau pris par des pêcheurs sur le lac Texcoco et qui porte sur la tête un miroir, l'apparition d'hommes à deux têtes qui disparaissent dès qu'on les a montrés à Moctezuma.. pensent que les Aztèques sont particulièrement sensibles à ces signes parce que l'année précise de l'arrivée des Espagnols coïncide avec la cérémonie du feu nouveau célébrée à la fin d'un cycle de 52 ans du calendrier aztèque. Dans le cadre du mythe de la légende des soleils, cette année est associée aux changements, à la renaissance et à un risque de catastrophes. Selon Matthew Restall, c'est un simple mythe du fatalisme des indigènes qui est à l'origine du lieu commun selon lequel les Aztèques se sont montrés passifs à cause de leur propre superstition. Ces légendes font probablement partie du processus de rationalisation post-conquête des aztèques pour expliquer leur défaite, en cherchant à décrire un Moctezuma indécis, vain et superstitieux, étant finalement lui-même la cause de la chute de l'empire aztèque.

L’ethnohistorienne Susan Gillespie fait valoir que la conception qu’ont les Nahuas de l'histoire qu’ils interprètent comme une suite de cycles les conduit également à une rationalisation ultérieure des événements de la conquête. Dans cette interprétation, la personnalité de Moctezuma, le dernier roi de l'empire aztèque, est réécrite pour correspondre à celle des premiers rois des dynasties précédentes - par exemple Quetzalcóatl, le dernier souverain mythique des ToltèquesGillespie, 1989, Chapter 5.. En tout cas, il est plus que probable que la description de Moctezuma dans les sources postérieures à la conquête est largement influencée par son rôle de figure majeure de la fin de l'histoire aztèque.

Premiers contacts (1517)