Snéfrou, connu également sous son nom hellénisé Soris (grec : Σῶρις par Manéthon), est le roi fondateur de la de l'Égypte sous l'Ancien Empire. Il aurait régné quelques décennies entre la première moitié du et la première moitié du , succédant à Houni et précédant Khoufou (Khéops). Il a fait construire au moins trois pyramides monumentales, qui existent encore aujourd'hui, et a introduit des innovations majeures dans la conception et la construction de ces monuments.

Généalogie

Ascendance

Rien n'indique que le prédécesseur de Snéfrou, Houni, soit son père, bien que cela ne soit pas non plus totalement exclu. La mère de Snéfrou est connue grâce à plusieurs documents, notamment la pierre de Palerme, et est nommée .

Épouses

Aucune épouse n'est formellement connue pour Snéfrou, bien que le fait qu'il ait trois « fils aînés du roi » suggère qu'il ait eu au moins trois épouses. La seule hypothèse concerne la reine , connue pour être la reine du roi Khoufou (Khéops), le successeur de Snéfrou. L'incertitude est due au fait que la reine est connue par plusieurs documents, dont une bonne partie de son mobilier funéraire, et qu'aucun document n'atteste qu'elle portait les titres classiques des reines-épouses de la période, comme celui d'« épouse du roi » (ḥm.t nsw.t) ou celui de « Celle qui voit Horus et Seth » (mȝȝ.t Ḥr Stẖ).

L'hypothèse généralement admise est que Khéops est le fils de Snéfrou et qu' est donc l'épouse de ce dernier. Par exemple, Michel Baud avance qu'elle porte certains titres typiques des reines-épouses, comme « Suivant d'Horus » (ḫt-Ḥrw) et « Directeur des bouchers de la maison de l'acacia » (ẖrp sšmtj.w jmȝ.t/šntḏ.t), et que la présence du nom de Snéfrou sur le mobilier funéraire de la reine atteste de sa relation avec ce roi ; il justifie l'absence des titres emblématiques des reines-épouses par le fait que son mobilier funéraire est plus en rapport avec son statut de mère royale.

Vivienne Gae Callender n'est pas de cet avis majoritaire, à l'appui de plusieurs arguments. Elle indique par exemple que le long règne de Snéfrou suivi du long règne de Khéops pourrait en fait signifier que Khéops était plutôt de la génération des petits-enfants de Snéfrou. Elle ajoute que l'absence systématique des titres principaux des reines-épouses ainsi que celui de « fille du roi » (sȝ.t nsw.t), mais la présence de celui de « Fille du Dieu de sa chair » (sȝ.t nṯr n.(t) ẖ.t=f) pourraient en fait se comprendre par son statut de descendante de roi. Callender suppose qu'elle pourrait être une collatérale et/ou une belle-fille de Snéfrou.

Descendance

Snéfrou est, comme dit précédemment, souvent considéré comme le père de Khéops, bien que cela ne soit pas partagé par l'ensemble des chercheurs, qui concèdent cependant un lien généalogique entre les deux rois.

Plusieurs princes sont attribués à Snéfrou, bien que certaines filiations soient incertaines ; les premiers fils semblent avoir été enterrés dans la nécropole de Meïdoum, non loin de la première pyramide que le roi s'est faite construire, tandis que les suivants semblent avoir été enterrés dans la nécropole de Dahchour, où se trouvent les deux autres pyramides du roi : Néfermaât, « fils aîné du roi » (sȝ nsw.t smsw) ; enterré à Meïdoum avec son épouse Itet, il porte de nombreux titres dont celui de vizir (ṯȝty) et de « Chef de tous les travaux du roi » (jmy-r(ȝ) kȝ.t nb.t (n.t) nsw.t) ; il est très probablement le père du vizir et « Chef de tous les travaux du roi » Hémiounou ayant exercé sous le règne de Khéops ; le premier a donc probablement dirigé, au moins pendant un certain temps, les chantiers des pyramides de son père, tandis que son fils a dirigé pendant un certain temps celui de Khéops, Râhotep, « fils du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ny ẖ.t=f) ; enterré à Meïdoum avec son épouse Néfret, il porte de nombreux titres, dont celui de « Grand des voyants » (wr mȝ), Rânéfer, « fils du roi » (sȝ nsw.t) ; enterré à Meïdoum, il est mal connu et son seul autre titre est celui de « Grand des Dix de Haute-Égypte » (wr mḏ s̆mˁw), Nyhep, « fils du roi » (sȝ nsw.t) ; enterré à Meïdoum, il est très mal connu et la datation de sa tombe est très incertaine, Kanefer, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ny ẖ.t=f smsw) ; enterré à Dahchour, il possède de nombreux titres, dont celui de vizir, charge qu'il a exercée pendant le règne de Snéfrou ou de Khéops, Netjeraperef, « fils du roi » (sȝ nsw.t) ; enterré à Dahchour, il possède de nombreux titres, dont celui de « Prêtre du débarcadère de Khâ-Snéfrou » (ḥm-nṯr ḫnt Ḫˁ-Snfrw), c'est-à-dire une prêtrise liée à l'une des pyramides de Snéfrou à Dahchour, Iynefer, « fils du roi » (sȝ nsw.t) ; enterré à Dahchour, il possède quelques titres, dont ceux de « Gouverneur de Nekheb » (ḥry-tp Nḫb) et « Administrateur de Dep » (ˁḏ-mr Dp), Âhaouka, « fils du roi de sa chair, le bien-aimé de son père » (sȝ nsw.t ny ẖ.t=f mrr jt=f) ; il n'est attesté que par une statue découverte dans le temple bas du complexe funéraire de la pyramide rhomboïdale de son père et ne possède comme autre titre connu que « Prêtre-lecteur de son père » (ẖry-ḥb n jt=f), Ânkhkhâf, « fils aîné du roi de sa chair » (sȝ nsw.t ny ẖ.t=f smsw) ; Michel Baud n'exclut pas qu'il puisse s'agir d'un fils de Khéops ; enterré à Gizeh, il est vizir, « Chef de tous les travaux du roi » et « Surveillant de Ra-Shé-Khoufou » (jmj-r Rȝ-š-H̱wfw), montrant ainsi que, tout comme Hémiounou, il a dirigé, au moins pendant un certain temps, le chantier de la pyramide de Khéops.

Un certain nombre de filles sont connues : Néfertkaou, explicitement décrite comme « fille aînée du roi Snéfrou de sa chair » (nsw.t-bjty Snfrw sȝ.t=f-nsw.t n.t ẖ.t=f) ; elle n'est connue que par les tombes à Gizeh de son fils Néfermaât, vizir de Khéops, et de son petit-fils Snéfroukhaf, « Porteur du sceau du roi de Basse-Égypte » (ẖtmw bjty), auprès desquels elle est peut-être enterrée, Hétep-Hérès, « fille aînée du roi de sa chair sa bien-aimée » (sȝ.t nsw.t n.t ẖ.t=f sms.t mry.t=f) ; épouse d'Ânkhkhâf, elle est également « Prêtresse de Snéfrou » (hm.t-nṯr Snfrw) ; de par son homonymie avec la reine , elle est souvent considérée comme sa fille, contrairement à son époux ; tout comme Ânkhkhâf, elle pourrait être une fille de Khéops, nommée comme sa grand-mère, Oumtetka, « fille du roi de sa chair sa bien-aimée » (sȝ.t-nsw.t n.t ẖ.t=f mry.t=f) ; elle n'est attestée que par une statue découverte dans le temple bas du complexe funéraire de la pyramide rhomboïdale de son père, Néferetnésou, « fille du roi » (sȝ.t-nsw.t) et « connue du roi » (rḫ.t nsw.t) ; également « prêtresse de Snéfrou » (hm.t-nṯr Snfrw), elle n'est connue que par la stèle fausse porte de son fils Kaemqed, lui aussi « prêtre de Snéfrou » (hm-nṯr Snfrw) et enterré non loin de la pyramide rhomboïdale de Snéfrou ; son titre de « connue du roi » pourrait faire d'elle plutôt une petite-fille de Snéfrou, attachée au culte de son grand-père, à moins qu'il ne s'agisse que d'un titre honorifique, Bounéfer, « fille du roi de sa chair » (sȝ(.t) nsw.t (n.t) ẖ.t=f) et « connue du roi » (rḫ.t nsw.t) ; elle n'est connue que par deux montants de porte, probablement de sa tombe, retrouvés près des tombes des fils de Snéfrou enterrés à Meïdoum ; son titre de « connue du roi » pourrait faire d'elle plutôt une petite-fille de Snéfrou (elle pourrait alors être une fille de l'un des fils de Snéfrou enterrés à Meïdoum, notamment Rânéfer et Nyhep, dont les enfants, s'ils en ont eu, ne sont pas connus).

Les reines de Khéops, et Hénoutsen, ont parfois été considérées comme des filles de Snéfrou : possède, en plus des titres caractéristiques des épouses royales, ceux de « fille du Dieu » (sȝ.t nṯr), « grande du sceptre-hétès de Snéfrou » (wr.t ḥts n.t Snfrw) et « grande du sceptre-hétès de Khoufou » (wr.t ḥts n.t Ḫwfw) ; ces titres ont été diversement interprétés (fille de Snéfrou et épouse de Khéops ; concubine de Snéfrou reversée dans la harem de Khéops), mais, comme le souligne Michel Baud et Vivienne Gae Callender, aucun élément ne permet de faire de la fille de Snéfrou ; Callender ajoute cependant que l'état très fragmentaire des documents mentionnant la titulature de la reine n'interdit pas le titre de « fille (aînée) du roi (de sa chair) », Hénoutsen n'est attestée que par une stèle d'époque saïte (soit près de deux millénaires après l'époque de Khéops) découverte près de la pyramide G1C, sur laquelle elle est décrite comme la « fille du roi » Khéops ; bien que décrite comme fille de ce roi, elle a parfois été considérée comme la fille de Snéfrou car les pyramides G1A à G1C sont celles des épouses de Khéops et non de ses filles ; en réalité, si rien n'interdit que cette documentation tardive soit le reflet d'une documentation d'Ancien Empire aujourd'hui disparue, rien ne le montre non plus ; par ailleurs, une reine, dont le nom est perdu, est attestée sur un relief du mastaba du prince et à laquelle a souvent été identifiée Henoutsen ; or, cette reine non plus ne porte aucun titre de filiation royale, bien que la titulature de la reine soit très lacunaire.

Règne Durée

La durée exacte du règne de Snéfrou est inconnue. Le Canon royal de Turin, liste royale datant du Nouvel Empire, lui attribue un règne de 24 ans. La liste royale dressée par Africanus, copie fautive de l'œuvre Ægyptiaca du prêtre égyptien Manéthon qui vécut au avant l'ère commune, lui attribue 29 ans de règne. Ces durées, issues des listes royales écrites des siècles, voire millénaires, après la , sont à prendre avec précaution.

Les années de règne de la à la étaient comptés en numérotant les recensements de bétail depuis le début de chaque règne ; ces recensements avaient lieu plus ou moins tous les deux ans, avec semble-t-il des exceptions, notamment les et du règne de Snéfrou qui ont été consécutifs selon le sixième registre des annales inscrites sur la pierre de Palerme.

Il y a des débats parmi la communauté égyptologique sur l'évaluation des attestations des dates du règne de Snéfrou. En effet, à l'exception des , et qui sont attestés sur la pierre de Palerme, ainsi que de deux marques de construction sur deux mastabas de Dahchour-Centre, toutes les autres dates attestées du règne de Snéfrou sont des marques de construction sur des blocs des complexes funéraires de Snéfrou. Cependant, la lecture de ces dates fait débat : ainsi, la plus haute date proposée pour la pyramide de Meïdoum a été le , ce que Aurore Ciavatti conteste, donnant comme date la plus haute clairement attestée l'« année après le », date déjà donnée par Paule Posener-Kriéger ; la plus haute date proposée pour la pyramide de rouge a été le , mais cette date est réfutée par Aurore Ciavatti qui considère que la lecture de cette date est trop incertaine, laissant l'« année du/après le , de Akhet » comme étant la date la plus haute absolument certaine sur ce monument. Suite à la réévaluation d'Aurore Ciavatti de l'ensemble des dates du règne de Snéfrou, seules les années suivantes sont attestées : Année du (pierre de Palerme, fragment Caire ), Année du , (pierre de Palerme, fragment Palerme, recto, registre 6), Année du , (pierre de Palerme, fragment Palerme, recto, registre 6), Année du , (une marque de construction, pyramide rouge), Année après le , (une marque de construction, pyramide de Meïdoum), Année du , (deux marques de construction, deux mastabas de Dahchour-Centre), Année du , (six marques de construction, pyramide de Meïdoum), Année après le , (une marque de construction, pyramide de Meïdoum).

En conséquence, la date la plus basse, en prenant en compte un rythme bisannuel à l'exception de l'« Année après le » qui est inexistante selon la pierre de Palerme, donne une règne d'au minimum 36 ans ; en considérant comme correcte la lecture d'un , alors le règne serait d'au minimum 47 ans.

Années conservées sur la pierre de Palerme