thumb|200px|La Forêt de Nieppe

La forêt de Nieppe est une forêt domaniale de France d'une surface de située principalement sur les territoires des communes de Morbecque et de Vieux-Berquin dans le département du Nord.

Bien que de taille modeste comparée aux moyennes nationales, c'est le massif forestier le plus étendu de Flandre française.

Caractéristiques La forêt domaniale de Nieppe couvre une surface de hectares.

La forêt de Nieppe proprement dite constitue l'essentiel de cet ensemble domanial, avec plus de 2500 hectares. Entièrement située dans la plaine de la Lys, son relief est particulièrement plat, avec une altitude variant seulement entre 16 et . Les sols sont argilo-limoneux. Elle est la quatrième plus grande forêt du Nord-Pas-de-Calais (après Mormal, Raismes-Saint-Amand-Wallers et Trélon). Elle est localement marquée par des polémosylvofacies, notamment de nombreux cratères de bombes dus aux bombardements qu'elle a subi durant la Seconde Guerre mondiale. Elle constitue un massif forestier continue mais dont on peut distinguer plusieurs sous-parties. Les plus importantes sont, d'Ouest en Est, le bois d'Amont, le bois Moyen et le bois d'Aval. Autour de la clairière de La Motte-aux-Bois au Nord, se trouve aussi le bois Bramsart, le bois Flamingue, le bois d'Hazebrouck, le bois Clébert et le bois des Vaches.

Le nom de la forêt, « nieppe », pourrait venir de « iepe » qui désignait l'orme en ancien flamand (et qui le désigne encore actuellement pour les néerlandais). Le nom pourrait également venir de la Nieppe, ruisseau se jetant dans la Lys entre Merville et HazebrouckLouis de Backer, Château de la Motte-au-Bois, Douai,1843, in-4° ,71 pp. avec 2 lith., p. 17, lire en ligne.

Dans l'ensemble domanial il faut aussi compter une seconde partie constituée par le bois des Huit-Rues (le « canton des Huit-Rues »). Beaucoup plus petit il couvre une surface d'à peine 65 hectares. Il se situe quant à lui dans les collines du Houtland, distant et isolé de la forêt de Nieppe à plusieurs kilomètres au Nord. Bien différent de la forêt de Nieppe, son relief est plus marqué avec une altitude variant de 35 à . Il abrite de nombreux vestiges de la Seconde Guerre mondiale, notamment une base de lancement de V1.

Hydrologie Les sols de la plaine de la Lys où se trouve la forêt de Nieppe sont de manière homogène constitués d'une couche de limon (loess) du Quaternaire, plus ou moins argileux et modérément perméable, qui recouvre les argiles imperméables de l'Yprésien, typique des Flandres. À ces éléments s'ajoute le terrain rigoureusement plat sur toute la surface de la forêt, qui est située à peine au-dessus (presque au même niveau, à un ou deux mètres près) de la vallée alluviale naturellement inondable de la Lys qui coule au sud de la forêt (hors de la forêt). L'eau de pluie tend à s'accumuler sur place en remplissant une nappe superficielle, très proche de la surface, durant les périodes humides, particulièrement en hiver et au printemps lorsque la végétation ne pompe pas l'eau. Les moindres dépressions en surface se remplissent alors d'eau, pouvant transformer de nombreuses parties de la forêt en marécage temporaire. Les sols sont partout hydromorphes. La forêt constitue donc dans sa totalité une vaste zone humide. Elle est d'ailleurs réputée depuis longtemps comme l'une des forêts les plus fréquentées par les moustiques dans la région. Cependant durant les périodes sèches, la nappe superficielle se vide et l'eau peut quasiment disparaitre du massif, pompée par les arbres, sauf dans les trous les plus profonds.

La forêt a subi de nombreux travaux de drainage depuis le Moyen ÂgeA. Pruvost, Sylvofaciès et paysages en Forêt Domaniale de Nieppe, 1984, consulté sur persee.fr en 2020, .. Il y a donc aujourd'hui souvent sur une même parcelle plusieurs réseaux de fossés de drainage qui sont orientés différemment, indiquant des périodes différentes dans la gestion du parcellaire de la forêt et de son drainage au cours des siècles. Les réseaux de fossés anciens, à l'abandon et érodés depuis longtemps, sont encore les plus denses dans certaines parcelles et constituent aujourd'hui des plans d'eau temporaires intéressants pour la faune et la flore. Le drainage actuel est assuré par un réseau de petits fossés situés entre les parcelles d'exploitation actuelles, ainsi que le long des drèves, drainés par de larges fossés et ruisseaux localement dénommés Berquigneuls, dont l'origine est plus ancienne (Berquigneul noir au bois Berquin, Bras de la Bourre à la Motte au Bois et Berquigneuls dits « rivière navigable » aux Bois Moyen et d’Amont).

Le bois d'Amont est bordé au nord par le canal de la Nieppe, qui est un bras artificiel de la Lys. Il devient le canal du « Près à Vin » ou « Préavin » après son passage par les douves du château de La Motte-aux-Bois où il reçoit le canal d'Hazebrouck, puis se jette dans la Bourre, au niveau de l'écluse du Grand Dam dans le bois d'Aval. La Bourre est une rivière, affluent de la Lys, qui traverse la forêt au niveau du bois Flamingue puis entre le bois Bramsart et le bois d'Aval.

Une ZEC (zone d'expansion de crue) a été aménagée récemment dans le bois d'Amont (terminée en 2018). Elle est constituée d'un casier de forêt entouré de digues, d'une surface de 28 hectares, alimenté par le canal de la Nieppe en période de crue.

Gestion sylvicole Le massif est divisé en séries comptant chacune 30 parcelles de coupes très allongées, d'environ de largeur, chacune de ces parcelles étant séparées par des fossés et traversées en leur milieu par des chemins nommés « carrières » (nom en rapport avec la signification originale du mot : lieu de passage d'un char, chariot, charrois). Toutes les 8 à 10 coupes, une « drève » (route forestière) facilite l’extraction du bois débardé dans les parcelles. Le plan actuel des drèves et du parcellaire a été mis en place aux s, complété dans les siècles suivants, jusqu'à l'ajout de drèves supplémentaires au début du .

L'ONF y récolte m de bois par an en moyenne. La régénération naturelle a été peu pratiquée après la Seconde Guerre mondiale, car elle est parfois difficile sur les sols humides de ce massif, à cause des herbacées et des essences pionnières moins intéressantes qui dominent un moment après une coupe, avant que les essences plus pérennes et plus intéressantes pour la sylviculture ne s'installent et prennent le dessus. Les parcelles qui ont été exploitées ont donc majoritairement été replantées, à partir d'arbres cultivés en pépinières. De la sorte, une partie des anciens taillis sous futaie ont été convertis en futaies régulières. La régénération naturelle est cependant de nouveaux pratiquée sur certaines parcelles (elle reste pratiquée dans la majorité des forêts françaises), formant également des futaies régulières, en laissant en place les plus beaux arbres quelques années de plus après une première coupe afin qu'ils ensemencent la parcelle, la mise en lumière facilitant le processus. Les parcelles étaient coupées puis mises en régénération (naturelle ou plantation) au rythme de /an.

Le nouveau document d’aménagement forestier de l'ONF pour la période 2026-2045 a été établi en concertation avec plusieurs parties prenantes. Ce nouveau plan de gestion vise l’équilibre entre production de bois, accueil du public et préservation de la biodiversité. Il doit préparer l’évolution progressive de 60% de la surface de la forêt vers un traitement irrégulier, avec régénération naturelle, ce qui représente 1600 hectares. Les parcelles concernées verront la mise en place de coupes partielles échelonnées dans le temps et dispersées dans l'espace, afin de faire peu à peu cohabiter des arbres de différentes classes d'âges sur une même parcelle. Les 40 % restant, soit 980 hectares, continueront d'être traités en futaie régulière, assurant une mixité des traitements forestiers pour le long terme. D'importantes coupes et replantations devront être effectuées durant cette période. D'une part l'exploitation se concentrera sur certains peuplements qui arrivent à maturité, notamment les 8 % de peupliers plantés dans les décennies d'après guerre (environ 200 hectares), arbres à croissance rapide qui sont désormais vieillissants et qui doivent être prélevés en priorité. Les parcelles concernées devront passer par des coupes rases suivis de replantations avec d'autres essences d'arbres (chênes en majorité, accompagnés d'essences diverses). D'autre part, des parties de la forêt, notamment celles qui ont été ravagées par la chalarose du frêne, doivent aussi être régénérées. Pour favoriser la biodiversité, entre 500 et 700 arbres d'intérêt biologique seront mis en protection, de même que des abords de cours d'eau et des maresarticle de La Voie du Nord du 6 octobre 2025 : Essences, coupes « étagées », chasse… Quel visage aura la forêt de Nieppe en 2045 ?, Marc Le Tellier, .

Essences Dans la forêt de Nieppe, le gestionnaire cherche depuis longtemps à favoriser et à valoriser le chêne pédonculé (essence principale), le frêne commun et le merisierVoir le tableau Principales forêts du Nord-Pas-de-Calais (Année de référence : 1991) Avec le nouveau document d’aménagement forestier 2026-2045, le chêne, qui constitue 60 % de la forêt en 2025, restera l'essence privilégiée pour les nouvelles plantations. Le chêne sessile est initialement presque absent, mais il commence à être introduit. Les chênes seront à chaque fois accompagnés par plusieurs autres essences, au minimum trois essences d'accompagnement par parcelle (par exemple aulnes, peupliers, ormes, etc), afin d'assurer la diversité et la résilience des peuplements.

Le frêne constituait 20 % des tiges en moyenne vers 2010, par endroits jusqu'à 40 %. Cet arbre très adapté aux sols fertiles et humides faisait la principale singularité de cette forêt. Mais sur les parcelles suivies en 2011, un grand pourcentage des frênes portaient les symptômes d'une maladie émergente du frêne, la chalarose, due à un champignon pathogène qui a envahi l'Europe. La plus grande partie des frênes ont ensuite dû être rapidement exploités avant qu'ils ne meurent. Les arbres qui montrent des signes de résistance sont conservés. En 2025 le frêne ne constituait plus que 4 % de la forêt, cependant cette essence ne va probablement pas disparaitre.

Les ormes autrefois communs ont aujourd'hui pratiquement disparues à cause de la graphiose.

Le charme est encore abondant dans les vieux taillis sous futaies et donne du bois de feu et de papeterie essentiellement. Le noisetier est aussi présent.

On trouve aussi divers peupliers. Certaines parcelles sont des peupleraies pures ou plus souvent mélangées, plantées de peupliers hybrides euraméricains. Mais le peuplier tremble et le peuplier grisard sont aussi présents à l'état spontané et dispersé. Les bouleaux (bouleau verruqueux et bouleau pubescent), l'aulne glutineux et le saule blanc peuvent être abondants. L'érable sycomore et l'érable champêtre sont plus sporadiques. Dans quelques parcelles récemment replantées avec des essences diverses on trouve aussi quelques érables planes, platanes, etc.

Le hêtre est naturellement rare dans ce massif qui lui est peu favorable, d'une part à cause des sols lourds et fréquemment engorgés auxquels le hêtre est peu adapté, et d'autre part, dans une moindre mesure, à cause du climat plutôt moins humide que dans d'autres parties de la région. Il semble ainsi localement ou certaines années souffrir des séquelles de sécheresse (mortalités après 1976 par exemple).

Les résineux y sont maintenant presque exclus, la plupart étant peu adaptés à cette forêt.