René Monory, né le à Loudun (Vienne) et mort le dans la même ville, est un homme d'État français, président du Sénat de 1992 à 1998.

D'origine modeste, il est mécanicien automobile de formation et transforme le garage familial en une florissante concession.

Longtemps membre de l'UDF, il exerce notamment les mandats de maire de Loudun, de président du conseil général de la Vienne et de président du conseil régional de Poitou-Charentes. À ce titre, il est considéré comme le fondateur du Futuroscope à Poitiers.

Il est nommé ministre de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat en 1977, puis ministre de l'Économie en 1978. Ministre de l'Éducation nationale lors de la cohabitation de 1986-1988, il est confronté aux manifestations contre la loi Devaquet.

Sénateur de la Vienne à partir de 1968, il accède à la présidence du Sénat en 1992, ayant devancé Charles Pasqua. Il est réélu en 1995, mais se retire trois ans plus tard, après avoir été mis en difficulté par Christian Poncelet, puis quitte la vie politique en 2004.

Débuts

Origines René Claude Aristide Monory naît le à Loudun. dans la Vienne.

Formation et carrière Titulaire d'un brevet élémentaire (certificat d'études) et d'un brevet industriel, René Monory commence à travailler à l’âge de comme apprenti garagiste dans l'atelier de son père, à Loudun, dans le nord du département de la Vienne.

En 1943, pendant l'Occupation, refusant le Service du travail obligatoire (STO), il se cache pour échapper à la déportation et, dès la Libération, reprend le garage paternel pour en faire une des concessions les plus prospères de la région poitevine. Très vite, il y ajoute d’autres activités (vente et réparation de machines agricoles, vente de carburants et combustibles…).

Tout au long de sa carrière politique, il est surnommé « le garagiste de Loudun ». Dès son engagement en politique dans les années 1950, René Monory est aussi surnommé le « shérif », sans que l'origine de ce surnom soit clairement établiePour Jean-Pierre Raffarin, tel qu'il le raconte rétrospectivement dans un livre de souvenirs, c'est parce qu'« il a la force du chef de clan, l'omnipotence malicieuse, le sens des rapports de force, le goût pour les jeux d'allégeance, le sens de l'anticipation » (cf. Jean-Pierre Raffarin, Je marcherai toujours à l'affectif : souvenirs, Flammarion, 2012, chapitre 16, « Le bonheur régional »). Pour d'autres, ce surnom est associé à « sa haute taille et son tempérament bourru » (cf. 3 "René Monory, ancien président du Sénat français est décédé sur rtbf.be )."René Monory, ancien président du Sénat est mort", La Dépêche, 12 avril 2009..

Vie privée et familiale Le à Loudun., René Monory épouse Suzanne Jeanne Odette Cottet (1921-2016).. De ce mariage, naît une fille, prénommée Michèle (1951-2023), devenue créatrice de bijoux"Michèle:Monory: Mon père était un rebelle", Centre-Presse, 11 avril 2019.. Mère d'une fille et d'une garçon, celle-ci meurt dans un accident d'avion aux côtés du journaliste Gérard Leclerc en à 72 ans : ses obsèques ont lieu le suivant au cimetière communal de Loudun..

Grand sportif, il est un adepte de sport automobile, de tennis de table, de chasse et de pêche au gros. Il crée en 1990 le circuit du Val de Vienne, un circuit automobile situé sur la commune du Vigeant. Il est en 1984 champion du monde de pêche au gros pour avoir pêché un espadon., un marlin voilier de , avec un fil de 12 lbs (environ de résistance à la traction).

Parcours politique

Implantation locale La réussite des affaires de René Monory à Loudun favorise sa candidature aux élections municipales de 1955 ; il est élu maire de la commune en 1959, mandat qu'il conserve jusqu'à sa démission, quarante ans plus tard, en 1999Vidéo de l'"Interview de René Monory après sa démission de la mairie de Loudun" sur le site de l'INA.

En 1961, il est élu conseiller général de la Vienne dans le canton de Loudun. En 1973, il crée et devient président d'une des premières communautés de communes de France (le syndicat intercommunal de solidarité pour l'expansion du Loudunais, devenu ensuite communauté de communes du Pays loudunais).

Alors qu'il est ministre et président du conseil général de la Vienne, il favorise, en 1980, la création de la centrale nucléaire de Civaux situé dans le sud de la Vienne, à une trentaine de kilomètres au sud-est de Poitiers"Il y a 20 ans, Civaux entrait dans l'ère nucléaire", La Nouvelle République, 19 décembre 2017. (la centrale rentrera en service en 1997).

Il est élu à la tête du conseil régional de Poitou-Charentes le , au premier tour de scrutin, avec contre pour le président sortant de gauche, Raoul Cartraud.. Il occupe cette fonction jusqu'aux élections régionales de l'année suivante, à l'issue desquelles Louis Fruchard, qu'il soutenait, lui succède..

Convaincu par les politiques de décentralisation du début des années 1980, il favorise l’implantation des fonderies du Poitou avec Renault. En 1984, il lance le projet du Futuroscope de Poitiers, parc européen de l'image, s'auto-qualifiant « vulgarisateur d'idées nouvelles ». Il s'appuie alors sur l'université et le tissu industriel local. Consacré aux technologies nouvelles, le site du Futuroscope comporte un vaste parc d'attractions et une technopole. Depuis son ouverture, le parc a accueilli plusieurs dizaines de millions de visiteurs et employé de nombreux salariés« Décès de Monory : le Futuroscope rend hommage à son « illustre fondateur » », dépêche AFP, 11 avril 2009..

En 1996, il lance le premier plan Internet départemental permettant d’équiper toutes les écoles primaires et maternelles ainsi que les collèges de la Vienne d’un accès à Internet avec un poste informatique pour 10 élèves.

Responsabilités ministérielles

Gouvernements Raymond Barre Élu sénateur en 1968, René Monory est remarqué par Raymond Barre, alors Premier ministre, et devient ministre de l'Industrie dans son deuxième gouvernement en 1977. Dans le même temps, à la mort du centriste Pierre Abelin, il lui succède à la tête du conseil général de la Vienne.

En , alors qu'il clame n'avoir jamais lu un livre d'économie et prône le « bon sens » comme règle de vie, il est nommé ministre de l’Économie dans le troisième gouvernement Barre, cumulant cette fonction avec celle de président du comité intérimaire du Fonds monétaire international (FMI) de à . Durant sa présence au gouvernement, jusqu'à la défaite de Valéry Giscard d'Estaing à l'élection présidentielle, il suit le dossier de l’énergie nucléaire en France et celui de la libération des prix (libération des prix industriels, loi « Monory » favorisant l’actionnariat…).

Gouvernement Jacques Chirac II Lors de la cohabitation de 1986-1988, il est ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement Chirac. Attaché à la formation des jeunes, son mandat est marqué par de nombreuses contestations étudiantes à la suite du projet de réforme universitaire de son ministre délégué Alain Devaquet et où un étudiant, Malik Oussekine, trouve la mort le , à la suite de brutalités policières.

Président du Sénat

Première tentative en 1989

En 1989, prônant un « rajeunissement du Sénat », René Monory se présente au deuxième tour de l'élection du président du Sénat, affrontant les centristes Alain Poher, qui exerce la fonction depuis 21 ans, et Pierre-Christian Taittinger. Le sénateur de la Vienne obtient 18 % des voix et retire sa candidature pour le troisième tour, remporté à la majorité relative par Alain Poher, notamment grâce à l'appui de Charles Pasqua, le président du groupe RPR.« René Monory perd la présidence du Sénat ».

Victoires en 1992 et 1995

Après le renouvellement de 1992, René Monory est désigné candidat du groupe Union centriste (UC) pour la présidence du Sénat, au détriment de Pierre-Christian Taittinger. Le , il est élu au second tour de scrutin, après avoir devancé au premier tour Charles Pasqua, desservi par son côté clivant et son opposition au traité de Maastricht.

Seul candidat de la droite et du centre 1995, René Monory est aisément réélu à la présidence du Sénat dès le premier tour face au président du groupe socialiste, Claude Estier.

Exercice de la présidence La présidence de René Monory est notamment marquée par sa volonté de moderniser le Sénat, en particulier avec une mise à niveau informatique de l'institution (un site internet est lancé dès 1995), la mise en place d'une division des relations internationales ou le lancement d'expositions interactives.

Sa rencontre médiatisée avec Bill Gates le , ainsi que ses fréquents voyages en Chine, au Japon et en Corée du Sud renforcent sa position d'homme politique soucieux des nouvelles technologies de l'information et de la communication« René Monory », Le Monde, 15 avril 2009, 22. Chaque année, il visite la Silicon Valley californienne, dont il vante constamment les mérites.

vignette|René Monory avec Mintimer Chaïmiev, président du Tatarstan (1994). Sur le plan international, il rencontre également de nombreux dirigeants politiques, dont le chancelier fédéral d'Allemagne, Helmut Kohl, en 1993. Il assoit ainsi sa légitimité sénatoriale et renforce sa notoriété médiatique.

En 1996, lors de la publication d'un rapport de l'Assemblée nationale préconisant de restreindre les droits des clandestins, il déclare que ceux-ci doivent être traités de , mais considère qu'il faut , et se félicite du débat provoqué par ce texte"La droite s'affronte sur les clandestins, d'autres élus dénoncent les excès du rapport parlementaire" Libération, 19 avril 1996..

Défaite surprise en 1998

Le , René Monory brigue un troisième mandat à la tête de la chambre haute. À l'issue du renouvellement sénatorial, ses soutiens habituels (groupes UC, RI et RDSE) sont alors suffisamment nombreux pour lui assurer d'arriver en tête du premier tour.

Contrairement à 1995, il fait face à une candidature à droite, en la personne de Christian Poncelet, sénateur RPR des Vosges et président sortant de la commission des Finances. À la surprise générale, au premier tour, ce dernier arrive 16 voix devant René Monory, qui retire aussitôt sa candidatureClaude Lévy, La Bulle de la République, Calmann-Lévy, 2006 .Résultats publiés au Journal officiel, sur le site du Sénat.. Par la suite, Christian Poncelet devance également Daniel Hoeffel, désigné pour remplacer René Monory, puis l'emporte au troisième tour face au candidat socialiste.

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer la défaite de René Monory, survenue malgré la modernisation technologique du Sénat et sa stature internationale. Un point déterminant est sa diminution physique, qu'il reprochait pourtant à Alain Poher et qui s'est particulièrement manifestée quelques mois plus tôt lors de l'éloge funèbre de Maurice Schumann. Il lui a également été reproché un manque de réactivité face au Premier ministre Lionel Jospin, qui voyait dans le Sénat une « anomalie ». Enfin, sa gouvernance jugée trop solitaire et les divisions de l'UDF lui ont coûté des voix déterminantes« Séance du 21 avril 1998 »..

Dernières années Après avoir longtemps porté les couleurs de l'UDF, dont il était vice-président, René Monory rejoint l'Union pour un mouvement populaire (UMP) lors de sa fondation. Il met un terme à sa carrière politique en 2004 en ne se représentant pas aux élections cantonales et sénatoriales.

Il vit ensuite dans son domaine de Beaurepaire, à quelques kilomètres du centre de Loudun. En , René Monory, dont l'état de santé s'est fortement dégradé à partir de 2007, est hospitalisé pour des problèmes respiratoires au CHU de Poitiers« René Monory a regagné son domicile », Le Figaro, 8 août 2008.. vignette|Tombe de René Monory au cimetière de Loudun (2025).