L’Église catholique en France pendant la Seconde Guerre mondiale a joué un rôle de première importance dans l'histoire du régime de Vichy, tant en zone libre qu'en zone occupée. Avec l'avènement au pouvoir du maréchal Pétain, elle se retrouve dans une grande proximité avec le nouveau chef de l'État et le nouveau gouvernement.

Elle doit prendre position sur les problèmes de l'époque, notamment la persécution des Juifs, le Service du travail obligatoire (STO) et la Résistance.

État des lieux : L'Église catholique dans la France de 1940 Puissance et faiblesses de l'Église dans la France de 1939 En 1939, malgré le phénomène de déchristianisation et l'absence de toute connivence avec le pouvoir politique depuis le début du siècle, le catholicisme reste la religion de la majorité des Français qui, même lorsqu'ils ne pratiquent pas régulièrement, manifestent une certaine adhésion à l'occasion des baptêmes, des mariages et des obsèques. La population catholique est encadrée par presque prêtres diocésains et religieuses. qui restent présents même dans les régions les plus déchristianisées. La France catholique doit en effet faire face à une longue tendance à la déchristianisation, inégale selon les régions. Des indicateurs comme le taux d'ordination montrent des disparités considérables entre des diocèses comme Angers, Annecy, Besançon, Chambéry, Le Puy, Mende, Rodez, Saint-Flour, et Vannes, dont le taux est au moins quatre fois supérieur à celui des diocèses de Bordeaux, Bourges, La Rochelle, Marseille, Paris, Périgueux et Perpignan..

La déchristianisation est un phénomène de défection que subit l'Église catholique de France depuis le dix-huitième siècle. Ce n'est qu'à l'occasion de la Première Guerre mondiale que le clergé français, qui a partagé la vie du peuple dans les tranchées, découvre l'étendue et la profondeur de la déchristianisation. Selon Jacques Duquesne, les cardinaux et les évêques de 1940, d'anciens poilus de 1914, seraient fortement péoccupés par la déchristianisation.

Une Église pas très républicaine, mais pas monarchiste Depuis le fameux discours du cardinal Lavigerie prononcé à Alger en 1890 avec le soutien du pape Léon XIII, il n'est plus interdit d'être catholique et républicain. Pour autant, l'Église ne se sent pas vraiment partie prenante de cette République dont elle a reconnu la légitimité mais avec qui elle est en froid depuis le début du siècle. Les différents gouvernements de la Troisième République qui se succèdent depuis la fin du dix-neuvième siècle ne comprennent généralement que des représentants de partis anticléricaux. Puis, la situation consécutive à la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, qui comprend l'interdiction des congrégations, est une grande blessure pour l'Église qui a vu partir à l'étranger des milliers de religieux et de religieuses.

C'est parmi les séminaristes de 1905 que sont choisis les évêques en place en 1940. « Ils ont cru dans leur jeunesse à la fin d'un monde juste, détruit par la franc-maçonnerie et l'incroyance. Leur première vision est celle d'une Église de France persécutée par la République. La conjuration des loges, des radicaux et des socialistes vise à détruire le socialisme de la fille ainée de l'Église ». Que le centre de gravité de l'électorat catholique soit décalé à droite, c'est une réalité qui se lit en 1936 dans le résultat des élections qui donneront une majorité au Front populaire : le vote de droite et la pratique religieuse ont presque la même carteHervé Le Bras, Les Trois France, Odile Jacob, 1986..

En froid avec la République, beaucoup de catholiques ont adhéré ou sympathisé avec les idées de l'Action française de Charles Maurras, mais la condamnation du mouvement par le pape Pie XI en 1926 a détourné les catholiques de l'engagement politique anti-républicain au bénéfice d'un engagement dans les différentes formes de l'action catholique promue par le même Pie XI. Des membres du clergé ouvertement partisans de l'Action française seront souvent bloqués dans leur carrière. Au niveau de l'épiscopat, entre 1926 et 1939, les partisans de Maurras se trouvent progressivement remplacés par de jeunes prélats ambitieux et moins marqués politiquement.

Dans les années 1930, les relations entre l'Église et le pouvoir se détendent un peu. Les dirigeants français sont désireux de s'assurer l'appui de l'Église catholique face au danger extérieur. Le , la cathédrale de Reims est reconsacrée par le cardinal Suhard, en présence du président de la République Albert LebrunLa reconstruction d'un monument martyr, la cathédrale de Reims..

Après la déclaration de guerre, lorsqu'au nom de l'épiscopat, le cardinal Liénart demande au gouvernement Daladier une aide financière pour l'enseignement libre, le ministre Jean Zay répond favorablement dans le principe..

La stratégie de reconquête et l'anticommunisme En butte aux brimades des autorités laïques, consciente du phénomène de déchristianisation de masse, le développement de l'action catholique est la forme que l'Église donne à sa stratégie de reconquête : différents mouvements spécifiques sont créés pour quadriller l'ensemble de la population : par exemple, pour les jeunes, la JEC cible les étudiants, la JAC les jeunes agriculteurs, la JOC les jeunes ouvriers. En marge de l'action catholique proprement dite, le scoutisme s'est largement développé dans les milieux chrétiens.

La concurrence avec le communisme, ouvertement anti-religieux et condamné en 1937 par l'encyclique Divini Redemptoris, pousse la papauté à privilégier le développement de l'action catholique ouvrière et le développement de syndicats chrétiens. Il peut en résulter une propension de certains à se ranger du côté de la classe ouvrière comme l'évêque de Lille, Achille Liénart, n'hésitant pas à irriter le patronat.

Pour beaucoup d'intellectuels catholiques tels que Jacques Chevalier (futur ministre de l'instruction publique de Pétain), la condamnation du communisme a légitimé le soutien à l'Espagne franquiste. Une minorité fait défection : Georges Bernanos, Emmanuel Mounier, François Mauriac.

Indépendant de la stratégie de reconquête de l'Église, le courant personnaliste, créé au début des années 1930 autour d'Emmanuel Mounier et de la revue Esprit, exerce un certain attrait sur les milieux intellectuels par son triple refus des idées libérales, du marxisme et du fascisme.

Les évêques de 1940 Pour Michèle Cointet, ce sont des hommes prudents, écrasés par la méchanceté du monde et dociles devant l'autorité. Rescapés du tremblement de terre que constitua la séparation de l'Église et de l'État. Elle ajoute que le corps épiscopal de 1940 est relativement jeune, car renouvelé après 1926, année de la condamnation de l'Action française. Entre 1926 et 1936, quarante sièges épiscopaux changent de titulaires. Pour le nonce apostolique envoyé de Pie XI, les bons candidats à l'épiscopat sont ceux qui font preuve de simplicité et d'intérêt pour les questions sociales, et d’une saine indifférence à la politique.

En France, les quatre cardinaux sont : Alfred Baudrillart, recteur de l'Institut catholique de Paris et membre de l'académie française, Pierre Gerlier, ancien avocat, archevêque de Lyon, Emmanuel Suhard qui est un enfant de petit métayer, ancien professeur de séminaire en 1935 et archevêque de Paris, Achille Liénart, archevêque de Lille, issu de la moyenne bourgeoisie de Lille, qui s'oppose au patronat du Nord en soutenant un syndicalisme chrétien (CFTC). Le cardinal Eugène Tisserant a un rôle fort important à la curie romaine ; fortement antinazi, il est le seul des cardinaux qui aurait préféré, au moment du conclave de 1939, l'ancien nonce en France, Luigi Maglione, qu'il supposait moins germanophile, à Eugenio Pacelli.

L'entrée en guerre et la défaite L'entrée en guerre provoque un regain de patriotisme chez les catholiques et le retour d'une tendance à l'union sacrée. Par exemple, le , Gabriel Piguet, évêque de Clermont-Ferrand, écrit aux séminaristes de son diocèse qui sont mobilisés : . Un peu plus tard, il désigne les Allemands comme des John Sweets, Clermont-Ferrand à l'heure allemande, Plon, 1996., et puis, pour les fêtes de Noël 1939, devant les choristes de la cathédrale .

Le , en présence du gouvernement au complet, une messe est célébrée à Notre-Dame de Paris avec Roger Beaussart, évêque auxiliaire de Paris, le cardinal Alfred Baudrillart et , vicaire aux armées polonaises. Dans son homélie, Roger Beaussart n'hésite pas à ranger la France du côté de Dieu : . Juste retour de cette contribution à l'élan patriotique, le ministre de l'intérieur Georges Mandel autorise officieusement les congrégations à revenir sur le sol national.

Lors de la débâcle, deux institutions ne cèdent pas à la panique et restent sur place : Les municipalités et l'Église. Georges Mandel nomme le cardinal Liénard grand officier de la Légion d'honneur pour être resté à son poste, à Lille.

Si la débâcle de déclenche un vaste mouvement de ferveur religieuse., la défaite de 1940 dans son ensemble provoque chez les catholiques, entraînés à ce genre d'exercice, un immense sentiment de culpabilité.. Certes, il s'agit souvent de battre sa coulpe, comme on dit, sur la poitrine des autres, c'est-à-dire, pour certains catholiques, de rejeter la responsabilité de la défaite sur les instituteurs officiers de réserve qui auraient lâché pied les premiersJournal de Paul Claudel, après une conversation avec Saint-Exupéry et Corniglion-Molinier, rapporté par ..

Dans La Croix du , Jules Saliège, évêque de Toulouse écrit :

Beaucoup de catholiques parleront de Rédemption. Dans un camp de la JEC, au cours de l'été 1940, on organise un long chemin de croix à travers les ronces.

La proximité des catholiques avec le régime de Vichy Le cléricalisme des gouvernements de Vichy La proximité de l'Église catholique et de l'État français de Pétain ne saurait être mieux illustrée que par la célèbre formule prononcée dans son homélie par le cardinal Gerlier, le à Lyon : .

Beaucoup d'historiens ont noté que dans l'entourage de Pétain on trouvait toutes les droitesPar exemple : . et parmi celles-ci des catholiques de toutes tendances comme Xavier Vallat, proche de l'Action française et membre de la Fédération nationale catholique, qui fut le premier secrétaire général aux questions juives, ou Jacques Chevalier, universitaire et catholique traditionaliste, disciple de Bergson, qui fut secrétaire d'État puis ministre de l'instruction publique dès 1940. Pour Robert Aron, lui-même personnaliste, la Révolution nationale prônée par Pétain s'inspire de deux tendances, l'une nationaliste, maurassienne, et l'autre, personnalisteRobert Aron, Histoire de Vichy, Fayard, 1954, 197..

Indépendamment de ces personnalités, marquées politiquement, l'État français de Pétain va rechercher avec un succès certain le soutien de l'Église catholique. Les soutanes se pressent autour du maréchal qui, en retour leur témoigne beaucoup de respect au point qu'on a pu parler d'un régime clérical à la française. De nombreux prêtres participent aux diverses manifestations de la Légion française des combattants devenue l'organisation de masse du régime. François Valentin, l'un des principaux dirigeants de la Légion est un catholique reconnu, ancien dirigeant régional de l'Association catholique de la jeunesse française..

Si les divers courants catholiques sont bien représentés dans les sphères du pouvoir, ils ne seront jamais hégémoniques. On trouve aussi dans les gouvernements qui se succèdent à Vichy des radicaux-socialistes, voire d'anciens francs-maçons tels Marcel Peyrouton, ministre de l'intérieur à partir de . Les deux premiers ministres, Pierre Laval et François Darlan, sont tous deux complètement étrangers aux milieux catholiques. Par contre, il y a communauté de vues entre la hiérarchie catholique et Pétain qui déclare le :

Les premières demandes concerneront les congrégations et l'école.