Gisors () est une commune française située dans le département de l'Eure, en région Normandie.
Située à la lisière du Vexin français, elle témoigne par son patrimoine architectural de la lutte acharnée entre souverains Capétiens et Plantagenêt durant une partie du Moyen Âge. Élément important du paysage urbain, son château fort se dresse depuis lors sur une éminence motte castrale (butte) dominant la ville. Principal lieu touristique de l'agglomération, il est également au centre de diverses légendes ayant trait à l'ordre du Temple.
Géographie Situation La commune de Gisors se situe dans la partie orientale du département de l'Eure, limitrophe du département de l'Oise. Formant un ensemble de s'inscrivant dans les limites du Vexin normand, elle s'étend sur un plateau calcaire entaillé par la rivière Epte.
Une zone boisée, connue sous le nom de bois de Gisors, s'étend dans la partie septentrionale du territoire communal. Une forêt de moindre importance, dite forêt de Boisgeloup, s'étend également au sud de l'agglomération, à proximité du hameau éponyme.
Communes limitrophes Gisors est située (à vol d'oiseau) à de Beauvais, de Rouen, d'Évreux et de Paris.. Gisors est le centre d'une unité urbaine (ou agglomération au sens de l'Insee) s'étendant sur l'Eure et l'Oise et regroupant les communes de Trie-Château et Trie-la-Ville..
Hydrographie La commune est située dans le bassin Seine-Normandie. Elle est drainée par l'Epte, la Troesne, le Reveillon, le cours d'eau 01 de la commune de Gisors., l'Epte. et divers autres petits cours d'eau..
L'Epte, d'une longueur de , prend sa source dans la commune de Compainville et se jette dans la Seine à Notre-Dame-de-la-Mer, après avoir traversé ..
La Troesne, d'une longueur de , prend sa source dans la commune de Hénonville et se jette dans l'Epte sur la commune, après avoir traversé ..
Le Réveillon, d'une longueur de , prend sa source dans la commune de Boubiers et se jette dans l'Epte sur la commune, après avoir traversé ..
vignette|centre|redresse=1.2|alt=Carte en couleur présentant le réseau hydrographique de la commune|Réseau hydrographique de GisorsLes ruisseaux intermittents sont représentés en traits pointillés.. Trois plans d'eau complètent le réseau hydrographique : le plan d'eau 1 des ballastières (), le plan d'eau 3 des ballastières () et les ballastières ()..
Climat La ville bénéficie d'un climat océanique.
La moyenne des températures les plus basses de l'ensemble de l'année est de . La moyenne des températures les plus élevées de l'année est de (sur la période 1945-2007). Les quatre mois de juin, juillet, août et septembre connaissent en moyenne des températures supérieures à . Météo-France a relevé la température la plus élevée de le et la température la plus basse de le .
Urbanisme Typologie Au , Gisors est catégorisée centre urbain intermédiaire, selon la nouvelle grille communale de densité à définie par l'Insee en 2022.. Elle appartient à l'unité urbaine de Gisors, une agglomération inter-régionale dont elle est ville-centre.. Par ailleurs la commune fait partie de l'aire d'attraction de Paris, dont elle est une commune de la couronneLa notion d'aire d'attraction des villes a remplacé en octobre 2020 l'ancienne notion d'aire urbaine, pour permettre des comparaisons cohérentes avec les autres pays de l'Union européenne..
Occupation des sols L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (38 % en 2018), en diminution par rapport à 1990 (43,3 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : forêts (32,1 %), terres arables (27,5 %), zones urbanisées (21,4 %), prairies (10,3 %), zones industrielles ou commerciales et réseaux de communication (6,2 %), eaux continentalesLes eaux continentales désignent toutes les eaux de surface, en général des eaux douces issues d'eau de pluie, qui se trouvent à l'intérieur des terres. (1,9 %), mines, décharges et chantiers (0,4 %), zones agricoles hétérogènes (0,2 %).. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui).. vignette|redresse=1.4|centre|alt=Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.|Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).
Voies de communication et transports La gare de Gisors est située sur la ligne de Paris-Saint-Lazare à Dieppe, aujourd'hui limitée à Serqueux. Gisors est le terminus des trains de banlieue du Transilien J, et de nombreux habitants des communes environnantes viennent prendre le train à Gisors pour effectuer leurs migrations pendulaires.
La commune est desservie, en 2023, par les lignes 604, 605, 607, 609, 6123, 6136 et 6145 du réseau interurbain de l'Oise., par les lignes 206, 208, 210 et 219 du réseau Nomad Car 27.... et par la ligne 527 du réseau Nomad Car 76..
Toponymie Le nom de la localité est attesté sous la forme Gisortis en 968 (charte de Richard Ier)., Castrum Gisortis en 1097 (Orderic Vital), Gisort en 1157 (bulle d’Adrien IV), Gisorz en 1160 (Robert du Mont), Gisorzcium en 1246 (cartulaire de Saint-Évroult), Gizortium au (cartulaire du prieuré des Deux-Amants), Gysorcium et Gysorz en 1308 (charte de Philippe le Bel), Gysors au chron. norm. de P. Cochon), Gesors en 1461 (archives de la Seine-Inférieure).
À l'époque gallo-romaine, la ville porte vraisemblablement le nom de *Gisoritum ou *Gesoritum. On y reconnaît deux éléments gaulois : le premier Giso- dans lequel Albert Dauzat identifie l'anthroponyme gaulois Gisus. ou Geso- que François de Beaurepaire explique par un appellatif gaulois geso signifiant « pointe »François de Beaurepaire, op. cit.(à noter que dès le stade du gaulois le passage de [e] à [i] est régulier devant [s] cf. Alesia > Alisia ou Teutates > Toutatis).
Si cet élément est bien geso-, Xavier Delamarre considère qu'il reflète l'évolution régulière de *gaiso- « lance » en gēso- (cf. latin gaesum « javelot », donné comme d'origine gauloise par les auteurs romains)Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance. ..
Le second élément est rito- « gué »Albert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit. (cf. gallois rhyd, anciennement rit même sens), que l'on retrouve fréquemment en toponymie et qui a subi différentes évolutions phonétiques suivant les cas et les régions. En Normandie (et ailleurs), il explique certaines terminaisons en -or- de noms de lieux d'origine gauloise (cf. Jort < *Divoritum « gué sur la Dives » et Lisors < *Lesoritum « gué en pente, oblique » [?]) et qui se perpétue jusqu'à une époque plus récente dans des formations médiévales du nord de la France, sous forme de terminaisons -ray, -roi, -roy (aujourd'hui dans des toponymes : Gerberoy, Longroy, le Gué-de-Longroi, etc.). Dans ce cas, la signification de *Gisoritum serait « le gué (matérialisé par) des lances ». Gisors occupe en effet un site au bord de l'Epte au passage probable d'un gué.
À noter que l'on retrouve l'élément giso-, dans les trois Gisacum du département de l'Eure, composé avec le suffixe -acum, et l'élément geso- dans Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer) et Gesocribate (Le Conquet).
Formation homonyme Gisors (Manche), à l'endroit probable d'un gué de la baie du Mont-Saint-Michel.
Histoire Antiquité Gisors a été fondée probablement à l'époque gallo-romaine. La voie romaine Beauvais - Chartres passait non loin de Gisors, à Moiscourt.
Moyen Âge De nombreux accords y sont signés entre les ducs de Normandie et les rois de France, notamment en 965 où la paix de Gisors.Le lieu où ce traité a été conclu fait discussion. reconnaît l'autorité de sur la Normandie et préconise l'abandon de sa suzeraineté par Lothaire, roi des Francs.
vignette|Vue générale du château.
La ville commence à se développer vers cette période, car elle est alors située à la frontière du duché de Normandie et du Domaine royal français (partie du royaume directement sous l'autorité du roi de France). Elle se développe autour d'une église, aujourd'hui disparue.En 1119, la ville voit le passage du pape qui revient du concile de Reims. Le roi d'Angleterre invite ses hôtes à examiner les connaissances de ses protégés, les jumeaux de Beaumont, qui sortiront vainqueurs d'une discussion philosophique avec les cardinaux.. Gisors devient, au cours des siècles suivants, un lieu de rencontre entre les rois d'Angleterre et de France.
En 1169, Thomas Becket de Cantorbéry se rend à Gisors un an avant son martyre.Une chapelle lui sera dédiée près de la grande tour où une messe sera dite jusqu'à la destruction de la chapelle en 1793.
Le est signé le traité de Gisors entre Philippe Auguste et , qui marque la fin de la série de guerres continuelles entre le roi de France et le duc de Normandie.
Le : au départ de la troisième croisade à Gisors, Philippe Auguste, d'Angleterre et Philippe d'Alsace comte de Flandre conviennent de distinguer leurs hommes par couleurs. La croix de gueules (rouge) est attribuée aux Français, d'argent (blanc) aux Anglo-Normands et de sinople (vert) aux Flamands. Malgré leur promesse lors de l’entrevue, les souverains français et anglais ne partent pas immédiatement et se font même la guerre durant une année.
Le , Philippe Auguste, d'Angleterre et Frédéric Barberousse, se réunissent de nouveau à Gisors, prennent la croix et rassemblent les troupes pour la troisième croisade. meurt le , et Richard Cœur de Lion lui succédant, reprend la promesse de croisade de son père.
Finalement, les deux souverains ne remplissent leur vœu qu’un an plus tard, et le , les deux rois partent de Vézelay. À la suite du traité d'Issoudun conclue entre les deux souverains, Gisors échoit à Philippe Auguste. Après avoir construit Château-Gaillard Richard parvient à déloger Philippe de la ville. Le pont enjambant l'Epte, encombré par les fuyards se rompt lors du passage du roi de France qui échappe de peu à la noyade..
Gisors devient un centre économique et commercial aux . Philippe Auguste conquiert la ville au début du et installe un château, avec tribunal et prison. À cette époque, Gisors se dote d'infrastructures : lavoir, hôpital, nouvelle église.
Le , la ville est prise par l'armée anglaise menée par John Cornwall, lors de la conquête de la Normandie par le roi d'Angleterre . Le capitaine de la ville, Lyonnet de Bournonville, capitule et donne la ville aux Anglais. Le traité de capitulation est signé, alors même que le château de Gisors résiste encore à l'invasion anglaiseDocument d'archive, conservé à Paris, Bibliothèque Nationale de France, Manuscrit français 26 043, ..
Époque moderne vignette|150px|Charles-Louis-Auguste Fouquet, duc de Gisors. De 1619 à 1624, la peste sévit à nouveau à Gisors..
Des couvents religieux s'installèrent à Gisors au . Selon P. F. D. HersanHistoire de la ville de Gisors sur Gallica., la ville est divisée entre partisans du curé et jansénistes qui soutiennent le lieutenant général du bailliage . La discorde à coup de libelles, qui donna lieu à des rixes, ne prit fin qu'en 1747 avec la désignation d'un nouveau curé.
Le , Gisors devient un duché, élevé en duché-pairie le , en faveur de Charles Louis Auguste Fouquet de Belle-Isle, maréchal de France.
Celui-ci a cédé Belle-Île-en-Mer à en , en échange du comté de Gisors et des vicomtés de Vernon, d'Andeli et de Lions et du marquisat de Bissi près de VernonArticle « Gisors » du Dictionnaire généalogique, héraldique, chronologique et Historique, t. II, , par M.D.L.C.D.B., 1757... À sa mort en 1761, les domaines du maréchal reviennent à la Couronne.