Les guerres entre les Arabes et les Byzantins sont une série de guerres entre les califats arabes et l'Empire byzantin entre le . Celles-ci débutent en même temps que les premières conquêtes musulmanes, puis sous les califes bien guidés et omeyyades, et se poursuivent sous la forme d'un bras de fer frontalier permanent jusqu'au début des croisades. À la suite de celles-ci, les Byzantins (les Romains ou Rûm dans les chroniques historiques musulmanes) perdent une importante partie de leur territoire.

Les conflits initiaux se déroulent de 629 à 718, finissant avec le second siège de Constantinople par les Arabes, qui arrête la progression rapide de l'empire arabe à travers l'Anatolie. Cependant, les batailles continuent entre les années 800 et 1169. L'occupation des territoires d'Italie du Sud par les armées aghlabides aux s ne rencontre pas le même succès qu'en Sicile. Mais sous la dynastie macédonienne, les Byzantins reprennent les territoires du Levant et progressent avec leur armée dans le sud, menaçant même Jérusalem. L'émirat d'Alep ainsi que ses voisins deviennent des vassaux des Byzantins en Orient, où émerge la menace encore plus grande du royaume de l'Égypte fatimide. Les Arabes restent la préoccupation majeure de l'Empire jusqu'à la montée en puissance des Seldjoukides qui prennent possession de la plupart des terres et refoulent les Abbassides à l'intérieur de l'Anatolie. Aussi, l'empereur byzantin Alexis Comnène se voit obligé de demander une aide militaire au pape Urbain II lors du concile de Plaisance ; ces événements sont souvent considérés comme des signes avant-coureurs de la première croisade.

Contexte

Les guerres intenses et prolongées entre les Sassanides et les Byzantins des s laissent les deux empires épuisés et vulnérables face à l'émergence soudaine et rapide de l'expansion arabe. La dernière de ces guerres est une victoire pour les Byzantins. L'année 622, où l'empereur Héraclius lance son offensive contre la Perse, est également marquée par le commencement de l'Hégire.

Néanmoins, aucun des empires n'a eu la possibilité de récupérer : quelques années plus tard seulement, ils sont touchés par l'assaut des Arabes nouvellement unis par l'islam qui, selon Howard-Johnston, Foss (1975), p. 746-747 ; Howard-Johnston (2006), xv.. D'après Georges Liska, le Liska (1998), p. 170..

En 628, le prophète Mahomet est déjà parvenu à unifier la plus grande partie de l'Arabie sous la domination musulmane. En octobre, il envoie selon la tradition islamique une liste de lettres aux chefs d'État, dont l'empereur Héraclius :

Héraclius aurait émis une réponse négative. Dans le même temps, il convient avec le général persan Schahr-Barâz du retrait des troupes perses des provinces orientales occupées de l'Empire byzantin, et restaure la Vraie Croix en 629Théophane, Chronographie, p. 317-327.Greatrex-Lieu (2002), II, p. 217-227 ; Haldon (1997), p. 46 ; Baynes (1912), passim ; Speck (1984), p. 178..

Premiers conflits En , les troupes arabes et byzantines s'affrontent pour la première fois lors de la bataille de Mu'tahKaegi (1995), p. 66..

D'après les biographies musulmanes, en 630, le prophète Mahomet dirige une force de plus de au nord de Tabouk (au nord-est de l'Arabie saoudite actuelle), avec l'intention d'y combattre l'armée byzantine. Cet événement historique, dit bataille de Tabouk, ne s'apparente toutefois pas à un véritable affrontement militaire« Muhammad », Late Antiquity ; Butler (2007), p. 145.. Il n'existe pas de récit byzantin contemporain de ces évènements, et la plupart des détails viennent d'écrits arabes postérieurs à ceux-ciKaegi (1995), p. 67..

Mahomet meurt en 632, peu après une expédition d'Usama bin Zayd en Palestine. Abou Bakr lui succède, devenant le premier calife bien guidé, ainsi que l'indiscutable dirigeant de la péninsule arabique tout entière grâce au succès des guerres de Ridda, qui conduisent à la création d'un État musulman puissantNicolle (1994), p. 14.. Les accrochages continuent sous la forme d'escarmouches contre les États arabes clients de l'Empire byzantin et sassanide : les Ghassanides et les Lakhmides d'Al-Hira. Ces escarmouches dégénèrent bientôt en une guerre à grande échelle menée simultanément contre les deux empires avec pour conséquence la conquête du Levant et de la Perse par les deux généraux du califat des Rachidoune, Khalid ibn al-Walid et 'Amr ibn al-'As.

Conquête arabe de la Syrie romaine : 634-638 300px|thumb|La région du Bilad el-Cham n'est que le point de départ de l'expansion arabe. Au Moyen-Orient, l'armée des califes rachidoune se confronte à l'armée byzantine, composée aussi bien de troupes impériales que de conscrits locaux. Du fait de leur mécontentement envers le pouvoir byzantin, les monophysistes et les Juifs de la Syrie accueillent à bras ouverts les conquérants arabesLes évènements politico-religieux (comme l'éclosion du monothélisme, qui déçoit à la fois les monophysites et les chalcédoniens) ont accentué les différences entre les Byzantins et les Syriens. Aussi les taxes élevées, le pouvoir des propriétaires terriens sur les paysans, et la participation aux longues et harassantes guerres contre les Perses sont autant de raisons qui justifient l'acceptation du changement apporté par les Arabes.. Les tribus arabes ont également d'importants liens économiques, culturels et familiaux avec les citoyens arabes prédominants du Croissant fertile.

left|thumb|Mouvements des troupes arabes et byzantines avant la bataille du Yarmouk.

L'empereur byzantin Héraclius tombe malade et est incapable de diriger ses armées pour résister à la poussée arabe en Syrie et en Palestine en 634. Dans une bataille disputée près d'Adjnadayn (en Syrie) au cours de l'été 634La conquête musulmane de l'Orient., l'armée du Califat des Rachidoune remporte une victoire décisiveNicolle (1994), p. 47-49.. Après leur victoire à Fahl, les forces musulmanes prennent Damas la même année sous le commandement de Khalid ibn al-Walid. La réaction byzantine se manifeste par le recrutement et l'envoi du maximum de soldats disponibles sous la direction de commandements compétents, à l'instar de Théodore Trithyrius et du général arménien Vahan, pour expulser les musulmans de leurs territoires nouvellement gagnésKaegi (1995), p. 112.. Mais à la bataille du Yarmouk, les musulmans, bien informés des détails du terrain, s'appuient sur les profonds ravins et falaises pour former un piège mortel, engageant alors les Byzantins dans une série de coûteux assautsNicolle (1994), p. 45.. L'exclamation d'adieu d'Héraclius (rapportée par l'historien du Al-Baladhuri Medieval Sourcebook: Al-Baladhuri: The Battle Of The Yarmuk (636) and After.), lors de son départ d'Antioche pour Constantinople, est représentative de sa déception : Les conséquences de la perte de la Syrie par les Byzantins sont illustrées par les mots de Jean Zonaras : Zonaras, Annales, CXXXIV, 1288 * Sahas (1972), p. 20..

Bientôt, en 637, les Arabes capturent et occupent Jérusalem, qui est cédée par le patriarche SophroneSteven Runciman décrit l'événement : . Au cours de l'été de la même année, les musulmans s'emparent de Gaza, et, au même moment, les autorités byzantines de l'Égypte réussissent à négocier une coûteuse trêve, qui prend fin trois années plus tard. En 638, les musulmans occupent le nord de la Syrie, à l'exception de la Mésopotamie supérieure, à laquelle on octroie une trêve d'une année. À l'expiration de celle-ci en 639-640, les Arabes envahissent la Mésopotamie byzantine, et achèvent la conquête de la Palestine en prenant d'assaut la ville de Césarée et en capturant finalement Ashkelon. En , les musulmans quittent la Palestine pour envahir l'Égypte au début de l'année 640.

Conquêtes arabes du nord de l'Afrique : 639-717

Conquête de l'Égypte et de la Cyrénaïque Malgré le fait qu'Antioche soit repassée temporairement sous contrôle byzantin, vers 637-638, peu avant la mort d'Héraclius, l'ensemble de la Syrie tombe aux mains des musulmansHugh N. Kennedy constate que .. Avec - sous son commandement, 'Amr ibn al-'As passe en Égypte depuis la Palestine entre la fin de l'année 639 et le début de 640. Il est progressivement rejoint par des renforts supplémentaires, en particulier commandés par Al-Zubayr. 'Amr ibn al-'As assiège et capture d'abord les forteresses du delta du Nil, avant d'attaquer Alexandrie. Les Byzantins, divisés et scandalisés par la perte d'une si grande portion de leur territoire, acceptent d'abandonner la cité en Kennedy (1998), p. 62.. Les Égyptiens accueillent les Arabes en libérateurs. La chute d'Alexandrie met fin à la domination byzantine en Égypte, et permet aux musulmans de poursuivre leurs activités militaires au nord de l'Afrique ; en 643-644, Amr parachève la conquête de la CyrénaïqueButler (2007), p. 427-428.. Durant la même période, les Arabes s'emparent de Chypre, et Uthman succède au calife Omar, décédéDavies (1996), p. 245-252..

La marine byzantine reprend brièvement Alexandrie en 645, mais la perd à nouveau peu de temps après à la bataille de Nikiou en 646Butler (2007), p. 465-483.. Les chrétiens coptes locaux font un accueil correct aux Arabes comme les monophysites l'ont auparavant fait à JérusalemRead (2001), p. 51. ; toutefois, ils continuent à se référer à Constantinople pendant plusieurs décennies pour ce qui est des documents juridiques, le précédent de la reconquête d'Héraclius et de celle d'Alexandrie de 645 pouvant leur laisser imaginer un possible retour des Grecs. La perte de cette riche province prive les villes byzantines d'un précieux approvisionnement en blé, causant ainsi des pénuries de pain à travers tout l'Empire byzantin, jusque dans les rations des soldats, au cours des décennies suivantesHaldon (1999), p. 167 ; Tathakopoulos (2004), p. 318..

Conquête des territoires byzantins restants en Afrique du Nord En 647, une armée arabe dirigée par Abd Allâh ibn Saad ibn Sarh marche sur l'exarchat de Carthage. La Tripolitaine est prise, suivie par la cité de Sbeïtla, à au sud de Carthage, et le gouverneur et empereur autoproclamé Grégoire est tué. Les forces d'Abd Allâh chargées de butin rentrent en Égypte en 648 après que le successeur de Grégoire, Gennadius, leur ait promis un tribut annuel d'environ solidiTreadgold (1997), p. 312..

À la suite d'une guerre civile dans l'empire arabe, les Omeyyades arrivent au pouvoir sous Muawiya . Sous les Omeyyades, la conquête des territoires byzantins du Nord de l'Afrique est complète et les Arabes peuvent se déplacer librement dans une grande partie du Maghreb, pénétrant dans l'Espagne wisigothique à travers le détroit de Gibraltar, sous le commandement du général berbère Tariq ibn Ziyad. Mais cet assaut n'a pu être lancé qu'après qu'ils ont développé leur propre force navaleLes dirigeants arabes ont vite découvert la nécessité de posséder une flotte pour étendre leurs conquêtes. La première défaite importante de la marine byzantine face aux Arabes arrive à la bataille des Mâts au large des côtes de la Lycie en 655, alors qu'elle demeure encore la marine la plus puissante de la Méditerranée. Théophane le Confesseur décrit la perte de Rhodes, en racontant la vente de restes vieux de plusieurs siècles du Colosse pour en faire de la ferraille en 655., et qu'ils ont conquis et démantelé la forteresse byzantine de Carthage entre 695 et 698Fage–Tordoff, p. 153–154.. La perte de l'Afrique signifie que l'hégémonie byzantine sur la Méditerranée occidentale est désormais remise en cause par la nouvelle flotte arabe opérant depuis la TunisieNorwich (1990), p. 334..

thumb|230px|Grande mosquée de Kairouan initialement construite en 670 par Oqba Ibn Nafi, Tunisie.