vignette|Carte de la Martinique (2023). vignette|Région des Caraïbes.
Lhistoire de la Martinique commence dans sa protohistoire, de quelques millénaires, avec l'habitat intermittent de différents peuples amérindiens. Elle se poursuit avec la colonisation européenne, qui crée une rupture et entraîne la quasi-extermination des autochtones à la suite de l'installation des Français en 1635. À partir des années 1670, la déportation massive d'esclaves noirs africains bouleverse une nouvelle fois la composition de la population de l'île.
L'histoire de la Martinique est ensuite marquée par les guerres d’influence entre empires coloniaux européens, l’évolution des activités agricoles, les catastrophes naturelles, et une décolonisation par assimilation à la République française en tant que nouveau département.
Depuis 2015, la collectivité territoriale de Martinique est une collectivité territoriale unique, de , avec une population en 2021 de , parlant principalement français standard et/ou français martiniquais et/ou créole martiniquais. Elle est également une région ultrapériphérique de l'Union européenne.
Histoire précolombienne (avant 1500) Éruption précolombienne de la montagne Pelée Le peuplement de la Martinique est marquée par une rupture liée à l'éruption de la montagne Pelée en qui aurait décimé, ou tout du moins forcé à l'exil, les populations de l'île.
Les populations Arawaks reviennent aux alentours de l’, et ce serait vers 600 que les populations dites « caraïbes » seraient arrivées à leur tour dans l'île.
Ces populations plus récentes semblent s'installer, en revanche, préférentiellement dans la zone sud de la Martinique. Elles se rattachent à la culture suazoïde, du nom du site éponyme de Savane Suazey à la Grenade, et ont été pendant longtemps désignées sous l'appellation de « caraïbe ». Le site archéologique de la plage de l'Anse Trabaud, sur le littoral atlantique de la commune de Sainte-Anne, qui a été en partie fouillé par Louis Allaire, archéologue canadien, est un site de cette période finale, peut-être pratiquement contemporain de l'arrivée des premiers Européens aux Antilles. Le site de la plage de Dizac au Diamant est, quant à lui, daté du .
Ces populations ne sont pas des populations radicalement différentes des populations saladoïdes, comme on a souvent voulu le faire croire en suivant de trop près le témoignage de « chroniqueurs », premiers auteurs d'écrits sur les nouveaux territoires de l'Amérique. Ces chroniqueurs, souvent religieux, sont notre seule source écrite sur les premiers temps de la colonisation, les populations amérindiennes des Antilles ne possédant pas d'écriture.
Pour l'instant, on ne possède que peu de données sur les populations ayant occupé l'île entre le site de Vivé (vers 300) et l'occupation du Diamant (vers 800). La connaissance du néolithique antillais est encore très lacunaire, les études et les fouilles répondant aux critères modernes étant encore rares. Cependant, une thèse de doctoratBenoît Bérard, Les premières occupations agricoles de l'Arc Antillais, migration et insularité : le cas de l'occupation saladoïde ancienne de la Martinique, Source: Theses.fr. a été soutenue en 2003 sur les premières occupations amérindiennes de la Martinique. Les tombes en conque de lambis dans les cimetières sont des témoignages amérindiens qui utilisaient la conque pour annoncer la mort..
Peuplements précolombiens Les petites Antilles auraient connu la présence de l'homme entre , mais il n'en existe aucune trace.. Les plus anciennes traces d'êtres humains des petites Antilles se trouvent sur le site de Norman Estate à Saint-Martin et sont datées d'entre Les premières traces de peuples autochtones d'Amérique (Amérindiens des Antilles) à la Martinique ont été archéologiquement attestées du .
Ces premiers habitants viennent d'Amazonie et sont de culture saladoïde, du nom du site éponyme vénézuélien de Saladero. Ils sont généralement qualifiés d'arawaks bien que ce terme imprécis désigne plus largement une famille linguistique à laquelle se rattachent de nombreuses populations amérindiennes d'Amazonie dont les populations Kali'na/Kalinago (Caraïbes : Karib).
Cette population produisant des céramiques extrêmement décorées a occupé surtout les contreforts de la Montagne Pelée. Ils pratiquaient l'agriculture, la pêche et la cueillette. Le site archéologique de Vivé, sur la commune du Lorrain, est caractéristique de cette première occupation de l'île. Ce site d'habitat sur le bord de mer a fait l'objet de fouilles entre 1996 et 2001. Il est également au cœur d'un projet de découverte et de recherche porté par la communauté des communes du Nord de MartiniqueVivé : centre d'animation et d'interprétation de la culture amérindienne par Cynthia Régis et Christian Verneuil..
Le niveau d'occupation saladoïde est scellé par une couche éruptive de la Montagne Pelée datée du de l'ère chrétienne. La campagne de 1999 a fait apparaître une couche d'abandon en place recouverte par la cendre d'une éruption du volcan.
Premiers contacts avec les Européens (1500-1625) On prête généralement la découverte de la Martinique par les Européens à Christophe Colomb lorsqu'il accoste sur le site de l'actuelle commune du Carbet le au cours de son quatrième voyage vers les « Indes ». Néanmoins, c'est Alonso de Ojeda qui a découvert l'île en premier, sans y poser le pied, lors de son expédition de 1499-1500Alonso de Ojeda découvre en 1499-1500 le nouveau continent avec le florentin Amerigo Vespucci (dont le nom sera donné au continent américain) et le cartographe Ruan de la Cosa. Lors de leur périple, ils passent près de la Martinique.D'où vient le nom de ce département ? Martinique - LeParisien - 30 juillet 2016. Elle figure sur la carte établie par Juan de la Cosa en 1500La proyección de Juan de la Cosa - consulté le 30 avril 2019. et on la retrouve ensuite sur la carte d'Alberto Cantino (1502) sous le nom de Ioüanacéra ou Joanacaerahttps://web.archive.org/web/20080115112227/http://crdp.ac-martinique.fr/ressources/caraibe/histoiregeo/ressources/caraibes_arawaks.htm CRDP Martinique. (formé du préfixe ioüana = iguane et du suffixe caéra = île) c'est-à-dire l'île aux iguanes...
Christophe Colomb avait entendu les Arawaks (Taïnos) parler de l'île lors de son passage à Hispaniola au cours de son deuxième voyage (ces propos sont rapportés par Pierre Martyr d’Anghiera). Pour les Amérindiens, l'île était peuplée exclusivement de femmesD'après la tradition orale, lors de leur conquête des Antilles, les indiens Caraïbes exterminèrent tous les Arawaks mâles de Martinique mais préservèrent les femmes afin de faire des enfants. Ils revenaient régulièrement sur l’île, en repartaient avec leurs fils en âge de devenir guerriers et laissaient leurs filles avec leurs mères.. Ils l'appelaient Matinino, nom que Colomb traduisit par isla de las mujeres , « l’île aux femmes » et non l'île aux fleurs ainsi que l'affirment l’Encyclopædia Universalis ou la Britannica. Comme Colomb avait, par décret, le monopole des découvertes des nouvelles Indes, il privilégia Matinino à Joanacaera.
Sur le planisphère de Johann Ruysch (vers 1507-1508) figure pour la première fois le nom de Matininia, que l’on retrouve sous la forme Matenino sur la carte anonyme (de 1519) de la bibliothèque de Wolfenbüttel. En France, la carte de Nicolas Desliens de 1541 porte Matinina. Outre ces noms adoptés par les cartographes, on trouve mentionnée, dans la cédule royale de 1511 « Real provision que los Indios Caribes se pueden tomar por esclavos », l’île de Matinino alors décrite comme habitée par les Kalinago.
Dans la cartographie italienne du milieu du apparaît le surnom actuel de Madinina (avec un –d- à la place du -t-).
Le passage au cours du au nom actuel de Martinique est dû au fait que Saint Martin jouissait alors d'une grande renommée en France. Par analogie avec la Dominique voisine (Dominica en latin et anglais), le nom de l'île a été déformé en Martinique (Martinica).
Les Espagnols sont les premiers colons européens à s’installer au Nouveau Monde dans les Grandes Antilles puis sur le continent mais ils délaissent les Petites Antilles qu'ils jugent trop petites et peuplées d'Indiens dangereux. En revanche, les Hollandais, les Français et les Anglais y font souvent relâche pour faire aiguade (ravitaillement en eau), s'approvisionner en vivres, et commercer avec les Amérindiens des AntillesL'ouvrage de Jean-Pierre Moreau Les Petites Antilles de Christophe Colomb à Richelieu fait le point de cette activité européenne non coloniale pendant tout le . durant tout le et le début du .
L'anonyme de Carpentras est l'auteur du plus ancien document connu sur la Martinique. Il rapporte son séjour dans l'île avec les équipages du capitaine Fleury du au . Ils cohabitent avec les Caraïbes/Kalinago qui les accueillent et commercent avec les Français, les Anglais et les Hollandais, mais sont en guerre avec les Espagnols. Ce récit mentionne les chefs Salomon et Pilote. Ce dernier est encore cité en 1640 par (1592-1658) dans Relation de l'établissement des français depuis l'an 1635.
L'île reçoit le nom de « Martinique », évolution de « Madinina », « Madiana » ou « Mantinino » employés originellement par les indiens CaraïbesLes Kalinago (Caraïbes / Karib) d'Hispaniola, appelaient l'île : Madiana ou Mantinino ce qui signifie « île mythique ». Le nom a évolué selon les prononciations en Madinina, Mada et enfin, par influence de l'île voisine de la Dominique, il est devenu « Martinique ». Colomb parle d' Isla de las mujeres (l'île aux femmes), car on lui avait dit qu'elle n'était peuplée que de femmes - voir aussi article Martinique..
Débuts de la colonisation à partir de 1635 thumb|Pierre Belain d'Esnambuc débarquant à la Martinique en 1635. Une décennie avant sa colonisation en 1635 de l'île, le flibustier Pierre Belain d'Esnambuc avait déjà le soutien total de Paris au plus haut niveau. Le cardinal Richelieu est le premier actionnaire de sa Compagnie des seigneurs de Saint Christophe, fondée en 1626, que le premier ministre français juge trop peu active : en 1635, il la recapitalise et la renomme Compagnie des îles d'Amérique. Les esclaves étaient mentionnés dès une lettre secrète d', où les actionnaires parisiens acceptaient de racheter à Pierre Belain d'Esnambuc ses biens cachés depuis 1625 sur la petite île de Saint-Christophe (colonie française) : fortin, munitions, marchandises et « aussi des esclaves jusqu'au nombre de 40 ou environ », volés sur des navires ibériques. S'appuyant sur la bulle « Inter caetera » du Pape Alexandre VI leur réservant l'Atlantique lointain, les Espagnols et Portugais pendaient les flibustiers en cas d'incursion et confisquaient leurs cargaisons, sans plus risquer de rétorsions, en vertu d'une «ligne des amitiés», qui dès les tentait de préserver la paix au milieu de l'Atlantique., les coutumes parlant déjà des « marches » du royaume en la matière dès 1607. Une charte rédigée le à l'occasion du départ de la première expédition, mentionne ensuite que s'il : « se faict traite de quelque naigre, sauvages ou esclaves qui soient employés au travail et manufacture des dictes marchandises » les membres de cette expédition recevront la moitié de leur production « seulement la première année ».
Le La Martinique devient française Source : Hérodote.Revue historique de l'Ouest, Volume 15 Régis Marie, 1889. débarque dans la rade de Saint-Pierre avec français de l'île Saint-Christophe
D’Esnambuc, qui a des intérêts bien affirmés dans les Antilles, décide d’agir en Martinique à la suite de la conquête de la Guadeloupe par deux capitaines français, l’Olive et du Plessis. Ces derniers ont préalablement débarqué en Martinique mais l’ont assez rapidement quittée, car ne trouvant pas le territoire propice à l’établissement d’une colonie.