vignette|Péninsule des Balkans (bleu) vignette|Détails des langues majoritaires des Balkans en 1908 vignette|Évolution des langues dans les Balkans, d'après Jiřeček et Kristian Sandfeld-Jensen vignette|Détails des langues dans les Balkans vignette|Langues slaves méridionales
Les langues dans les Balkans sont celles parlées dans la péninsule des Balkans, comprenant aujourd'hui douze États (de jure ou de facto) : pays intégralement inclus dans les Balkans : Albanie, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Grèce, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro ; pays partiellement inclus dans les Balkans : Croatie, Roumanie, Serbie, Slovénie et Turquie.
Ensembles linguistiques
Dans cette région, on dénombre (du point de vue linguistique, pas politique) sept ensembles de « locuteurs qui se comprennent entre eux » groupés en trois catégoriesKristian Sandfeld-Jensen : Linguistique balkanique : problèmes et résultats, Klincksieck et Champion, coll. linguistique de la Société linguistique de Paris, Paris, 1930 : les langues balkaniques aborigènes : albanais, grec, langues romanes orientales ;
les langues balkaniques slaves : bosnien-croate-monténégrin-serbe, bulgaro-macédonien, slovène ;
les langues balkaniques turques : turco-tatar.
Du point de vue politique, les dénominations et les définitions sont plus nombreuses et évoluent avec l'histoire.
Selon les linguistes Jernej Kopitar, et Kristian Sandfeld-JensenJernej Kopitar, Albanische, walachische und bulgarische Sprache, in : « Jahrbücher der Literatur » , , Vienne 1829, et Kristian Sandfeld-Jensen, Linguistique balkanique : problèmes et résultats, Klincksieck et Champion, Collection linguistique de la Société linguistique de Paris, Paris, 1930 l'existence d'une aire linguistique balkanique présentant des particularités syntaxiques, grammaticales et phonologiques communes à toutes ces langues et à elles seules, montre que les populations ne s'y sont pas remplacées les unes les autres, mais se sont mutuellement assimilées.. Ce n'est qu'à partir de la fin du , avec l'éveil des nationalités et au avec la scolarisation, que les langues ont cessé d'être étroitement imbriquées à travers toute la péninsule, pour se développer chacune dans un espace exclusif où, avec l'émergence des États modernes, les autres langues sont devenues de plus en plus minoritaires (sauf en Macédoine où ce processus a attendu la seconde moitié du )Ernest Gellner, Nations et nationalisme, Bibliothèque historique Payot, 1999 et Éric Hobsbawn, Nations et nationalisme depuis 1780: programme, mythe, réalité, Folio histoire 2002..
Langues éteintes
Langue Famille Région Disparition et descendance Illyre Langues illyriennes Illyrie Antiquité : Proto-Dalmate par romanisation Daco-thrace Langues thraces Dacie, Mésie, Thrace Antiquité : Albanais d'une part, et d'autre part Roman oriental par romanisationJernej Kopitar, Albanische, walachische u. bulgarische Sprache in : « Jahrbücher der Literatur » , , Vienne 1829. Koinè Langues helléniques Grèce, côtes de la péninsule Balkanique, Thrace méridionale Antiquité tardive : Grec médiéval Roman oriental Langue latine des Thraces romanisésIon Russu, "The Language of the Thraco-Dacians" (Limba Traco-Dacilor), Editura Ştiinţifică, Bucarest 1967. Dacie trajane, Dacie aurélienne, Mésie Antiquité tardive : Langues romanes orientales Dalmate dit Morlaque Langue latine des Illyres romanisés Dalmatie à Dubrovnik, à Krk, sans descendanceLe dalmate comprenait plusieurs dialectes. Le dialecte ragusain de la région de Dubrovnik (anciennement Raguse, qui après avoir été vassale de Byzance, de Venise et du Royaume de Hongrie, devint indépendante au ), a cessé d'être parlé au , la ville passant à l'italien vénitien, et la région au croate ; le dialecte végliote est celui qui a survécu le plus longtemps : il était encore parlé au dans l'île de Veglia, aujourd'hui Krk et a disparu le , à la mort de Tuone Udaina, dernier locuteur du dalmate : un berger auprès duquel le linguiste italien Matteo Bartoli avait relevé et étudié le végliote. Slavon (Vieux-slave) Slave Pays slaves des Balkans Devenu Langue liturgique de l'Église orthodoxe d'une part, et Langues slaves méridionales d'autre part BardarioteSelon François Pouqueville les Bardariotes étaient des iraniens chrétiens hétérodoxes, dont la légende affirmait qu'après avoir formé la garde rapprochée du basileus byzantin Jean Tzimiskès, ils avaient été établis au dans le bassin de l'Axios auquel ils auraient donné son nom de Vardar : Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie, et dans plusieurs autres parties de l'Empire Ottoman, Paris, 1805, 3 vol., à lire sur en ligne (Gallica). Langues iraniennes Macédoine sans descendance (passage au grec) Yévanique Langue gréco-hébraïque des Juifs helléniques Grèce, Bulgarie, Roumanie, Turquie sans descendance (Shoah en Grèce, émigration, passage au rite séfarade)
Langues vivantes
Groupe slave
Ce groupe issu du slavon méridional †Jernej Kopitar, Op. cit., Vienne 1829. compte environ 30 millions de locuteursAndreï N. Sobolev (dir.), Malyi dialektologiceskii atlas balkanskikh iazykov (« Petit atlas dialectologique des langues balkaniques »), Biblion Verlag, Munich 2003. :
Langue Variantes Région Locuteurs Diasystème slave du sud-estVasilka Radeva, Българскиият език през 20-ти век. (La langue bulgare au ) Pensoft Publ. 2001, . Bulgare (Occidental, Mésien, Balkanien, Rupien, NachtienEvangelia Adamou, Le nashta : description d'un parler slave de Grèce du nord en voie de disparition in : « Lincom Europa », VIII, Munich 2006), Macédonien Bulgarie, Macédoine, minorités en Grèce (nord), Roumanie (sud), Serbie (est) et Ukraine (Boudjak) Diasystème slave du centre-sud ou Serbo-croate (variantes linguistiques)Pavle Ivić, Dijalektologija srpskohrvatskog jezika (Dialectologie de la langue serbo-croate), 2001 sur Tchakavien, Kaïkavien, Chtokavien, Torlakien Bosnie, Croatie, Kosovo, Monténégro, Serbie, minorités en Autriche (croate du Burgenland) et Roumanie (serbe et carashovène du Banat) Idem (dénominations politiques) Bosnien (2,3 mill.), Croate (5 mill.), Monténégrin (), Serbe (10 mill.) À l'exception du Monténégro dont deux-tiers des citoyens se sont déclarés de langue Serbe en 2011Recensement sur ., chacune de ces nations revendique des locuteurs de sa langue officielle dans les pays voisins Les mêmes Slovène Prekmure, Résian Slovénie, minorités en Autriche (Carinthie) et Italie (Frioul-Vénétie Julienne)
Les linguistes décrivent les langues slaves méridionales comme un « continuum linguistique » du fait que chacune est en grande partie compréhensible par les locuteurs immédiatement voisinsZdravko Batzarov, article Balkan Linguistic Union sur in : Encyclopædia Orbis Latini, et Olga Mišeska Tomić, article The Balkan Sprachbund properties : an introduction to topics in Balkan syntax and semantics téléchargeable sur (2003).. En termes de linguistique et de sociolinguistique, le bulgare et le macédonien présentent assez de traits structurels communs objectivement établis pour constituer une langue unitaire, même si l'accent et certains éléments lexicaux distinguent le parler macédonien (également parlé en Bulgarie du Sud-Ouest, vallées de la Mesta et de la Struma) du bulgare standard. Une situation similaire existe entre le bosnien, le croate, le serbe et le monténégrin, langue unitaire jadis appelée « serbo-croate » et aujourd'hui nommée « BCMS » : il s'agit d'une langue abstand , c’est-à-dire une langue dont les dialectes passés ou actuels présentent des traits structurels communs objectivement établisRoman Jakobson, Über die phonologischen Sprachbünde, dans « Travaux du Cercle linguistique de Prague » , 1931, 234-240, et Donald Winford, An introduction to contact linguistics, Londres, Blackwell Publ. 2003..
Les locuteurs du bulgare-macédonien entre eux, comme ceux du « BCMS » entre eux, peuvent se comprendre parfaitement sans interprète ni dictionnaire : la distinction des dénominations est purement politique. Le BCMS est parlé par 18 millions de locuteurs dans les Balkans : c'est la langue la plus parlée dans la région. Les autres langues slaves méridionales, le slovène d'un côté et le bulgare-macédonien de l'autre, ne sont pas complètement transparentes sans apprentissage pour les locuteurs du BMCSJernej Kopitar, Op. cit., Vienne 1829 et Andreï N. Sobolev, Op. cit. (« Petit atlas dialectologique des langues balkaniques »), Munich 2003..
Groupe roman
Ce groupe issu du Roman oriental †André DuNay, article The Origins of the Rumanians sur , 1977. compte environ 23 millions de locuteurs dont environ 1,5 million dans les BalkansMarius Sala (dir.), Enciclopedia limbilor romanice [« Encyclopédie des langues romanes »], éd. Științifică și Enciclopedică, Bucarest 1989, . :
Langue Région Locuteurs Aroumain Grèce (Épire, Macédoine-Occidentale), Albanie (Voskopojë, Koritsa), Macédoine du Nord, Bulgarie (diffus), Serbie (sud-est), Roumanie (Dobrogée). à Istrien Croatie (Istrie). 500 à Méglénite Grèce (nord), Macédoine du Nord (sud). à Roumain Roumanie (Dobrogée), Bulgarie (nord), Serbie (nord-est). au Sud du Danube
En termes de linguistique et de sociolinguistique, il s'agit de quatre langues différentes qui ne sont pas transparentes sans apprentissage pour les locuteurs de chacune d'ellesBrian D. Joseph, article Romanian and the Balkans : some Comparative Perspectives sur (1999, PDF à télécharger) ; néanmoins, pour des raisons politiques, une partie des linguistes roumains considèrent le diasystème qu'elles forment comme une seule langue, dont chaque forme serait un dialecteAlexandru Rosetti, Istoria limbii române (Histoire de la langue roumaine), 2 vols., Editura Ştiinţifică, Bucarest 1969.. Ces linguistes (Gustave Weigand, Ovide Densușianu, Sextil Pușcariu, Alexandre Rosetti, Théodore Capidan) appellent « roumain » l'ensemble du diasystème, « istro-roumain » l'istrien, « mégléno-roumain » le méglénite et « daco-roumain » le roumain. En outre, ce dernier est appelé « moldave » par les mouvements pro-russes et communistes de la République de Moldavie, également pour des raisons politiques.
Autres groupes
Langue Aire de diffusion Nombre de locuteurs Albanais Albanie et Kosovo (minorité en Grèce, Macédoine du Nord et en Serbie). Grec moderne Grèce (minorité en Albanie). Tsakonien Tsakonie (dans le Péloponnèse, en Grèce). 300 (courant) à (occasionnel) Romani (parlers : arlisque - arliskó, ashkalisque - aškaliskó, djambasque - xhambaskó, tchanarsque - čanarskó, tcherbarsque - čerbarskó, thamarsque - thamarskó ou vlashisque - vlašiskó, vlah ou vlax) Diffus dans tous les Balkans. De 1 à 3 millions ? Judéo-espagnol Ruse, Varna, Plovdiv, Bérée, Salonique, Alexandroúpoli, Edirne, Istanbul, Tekirdağ. Jusqu'à cinq milliers ? Tatar de Dobrogée En Roumanie et Bulgarie (peut-être autant en Turquie) Turc Thrace (en Turquie ; minorité en Roumanie, Bulgarie, Macédoine du Nord et Grèce). (Balkans uniquement).
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Linguistique Liste de langues Langues par zone géographique Langues en Europe Langues dans les pays baltes Langues dans les pays caucasiens
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