Iyad Ag Ghali, né en 1958 à Boghassa (région de Kidal, nord du Mali), est un chef de guerre touareg et djihadiste malien.
Comme de nombreux Touaregs, il fuit le Mali pendant les années 1970 et gagne la Libye où il intègre les troupes du colonel Mouammar Kadhafi. Il combat au Liban et au Tchad avant de regagner le Mali où il déclenche la rébellion touarègue de 1990-1996. Il fonde et dirige le Mouvement populaire pour la libération de l'Azawad (MPLA), puis le Mouvement populaire de l'Azawad (MPA) avant de signer la paix en 1992 et de rallier l'État malien.
À la fin des années 1990, il se tourne vers l'islamisme et se radicalise au contact de la Jamaat al-Tabligh. S'il rejette initialement le djihadisme, il se lie de plus en plus au cours des années 2000 avec les djihadistes du GSPC, qui fait allégeance à Al Qaïda en 2007 et devient Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
En 2012, au début de la guerre du Mali, il fonde le groupe salafiste djihadiste Ansar Dine pour se joindre au combat d'AQMI. En 2017, il crée et prend la tête du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), né de la fusion de la plupart des groupes djihadistes maliens, qui fait allégeance à AQMI et Al Qaïda.
Biographie Période libyenne Iyad Ag Ghali naît en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, au Mali. Ses parents sont des Touaregs de la fraction des Erayakane, de la tribu des Ifoghas. Son père, Ghaly Ag Babakar, est tué pendant la rébellion touarègue de 1962-1964 après avoir été accusé par d'autres rebelles d'être un collaborateur de l'État malien. Iyad Ag Ghali passe son enfance à Abeïbara et suit son cursus scolaire à Tin-Essako.
En 1969, le Mali est victime de plusieurs sécheresses qui se poursuivent les années suivantes. Comme de nombreux autres Touaregs, Iyad Ag Ghali quitte le pays en 1973 et gagne la Libye en passant par l'Algérie. En 1975, il intègre la Légion islamique de Mouammar Kadhafi et suit une formation militaire et idéologiqueCyril Bensimon, Charlotte Bozonnet, Nathalie Guibert, Joan Tilouine et Madjid Zerrouky, Iyad Ag-Ghali, l’ennemi numéro un de la France au Mali, Le Monde, 27 juillet 2018..
En 1982, il prend part à la guerre du Liban où il combat les Phalanges libanaises et l'armée israélienne au côté de l'OLP. Il participe à la bataille de Beyrouth en 1982 et fait partie des forces évacuées de la ville le avec Yasser Arafat. En 1983, lors du conflit tchado-libyen, il part combattre au Tchad. Il regagne la Libye en 1984. De 1985 à 1990, soutenu par le gouvernement libyen, il prépare une nouvelle rébellion touarègue au Mali et forme en 1988 le Mouvement populaire de libération de l'Azawad (MPLA)Laurent Touchard, B. Ahmed et Ch. Ouazani, Mali : Iyad Ag Ghali, rebelle dans l'âme, Jeune Afrique, 2 octobre 2012.. Il s'équipe en Libye et organise la logistique en Algérie Pendant cette période, il est arrêté à plusieurs reprises par les autorités algériennes. Il passe également par la France et organise des réunions discrètes dans des cafés du arrondissement de Paris.
A partir de la fin des années 1990 il se rapproche de courants islamistes rigoristes, marquant un rupture progressive avec son mode de vie antérieure. Alors très proche du groupe de blues-rock Touareg Tinawiren Iyad ag Ghali contribue à l'essor du groupe en tant que parolier sur la musique Bismillah, mais également comme batteur, ainsi qu'en allant en boîte de nuit. Le leader de l'époque Manny Ansar considère alors Iyad comme un ami qui deviendra, par la suite, leader islamiste.
Selon l'historien Pierre Boilley : .
Rébellion de 1990
La nuit du 28 au , à la tête d'une cinquantaine d'hommes, Iyad Ag Ghali surprend le poste de gendarmerie de la ville de Ménaka. Plusieurs gendarmes sont tués, contre un blessé chez les assaillants, et de nombreuses armes sont récupérées. Cette action déclenche la Rébellion touarègue de 1990-1996L'Arabie saoudite expulse un conseiller culturel soupçonné d'amitié avec Al Qaeda. De juillet 1990 à janvier 1991, Iyad Ag Ghali lance quatre autres attaques contre Tarkint, Abeïbara, Boghassa et Toksimen. De son côté l'armée malienne fait une offensive en août sur l'Adrar Tigharghar, le sanctuaire des rebelles, mais elle est mise en échec.
Des négociations s'ouvrent avec le gouvernement malien en et une rencontre est organisée avec des émissaires de Bamako à Tamanrasset, en présence des services de renseignement algériens. Le , Iyad Ag Ghali signe les Accords de Tamanrasset. Le MPLA change de nom pour devenir le Mouvement populaire de l'Azawad (MPA)MPA. Cependant l'accord ne prévoit pas de fédéralisme pour l'Azawad et plusieurs rebelles font scission du MPA, jugé trop dominé par la tribu des Ifoghas. Les Chamanamas fondent le Front populaire de libération de l'Azawad (FPLA) dirigé par Rhissa Ag Sidi Mohamed et Zeidan Ag Sidalamine, et les Imghads l'Armée révolutionnaire de libération de l'Azawad (ARLA) commandée par Abderamane Ghala. Le , quatre groupes rebelles, dont le MPA, regroupés au sein des Mouvements et Fronts unifiés de l'Azawad (MFUA) signent le Pacte national avec Bamako.
Iyad Ag Ghali demeure à la tête du MPA, le groupe rebelle le plus modéré mais aussi le plus important et respecte la paix avec l'état malien. En 1993 cependant, un conflit éclate entre les Ifoghas du MPA et les Imghads de l'ARLA, ces derniers enlèvent même Intalla Ag Attaher, l'amenokal des Ifoghas. Iyad Ag Ghali rassemble alors ses forces et chasse l'ARLA de l'Adrar Tigharghar et de la région de Kidal.
La même année, il organise à Gossi une réunion afin d'esquisser l'état des lieux et de répondre aux urgences. Pendant deux ans il organise la réinsertion et l'intégration des membres de son mouvement dans les structures de l'état malien et dans la vie socio-économique. Il devient brièvement journaliste et dirige l'hebdomadaire Amawal. Il est également nommé conseiller du nouveau président malien, Alpha Oumar Konaré.
Le , le MPA est dissous à l'occasion de la cérémonie de la « Flamme de la paix » à Tombouctou, où sont brûlées Soutenir les droits de l'homme au Mali 1998-1999, rapport de la fédération internationale des ligues des droits de l'homme, juin 1999..
Vers l'islamisme Dans sa jeunesse, Iyad Ag Ghali est décrit comme un homme peu religieux, , un selon Maurice FreundAfrik : Maurice Freund : « Il est trop tard pour le Mali, il fallait agir il y a 20 ans ! »Le Figaro : Iyad Ag Ghali, le djihadiste touareg, par Jean-Marc Gonin..
À partir de 1996, il commence à fréquenter avec assiduité les mosquées et se consacre à l'apprentissage du Coran et des hadîths. La même année, il divorce de sa première épouse — dont il a eu deux enfants — et se remarie avec Anna walet Bicha, une ancienne combattante rebelle, elle-même divorcée d'El Hadj Ag Gamou, un chef de l'ARLA. Le couple s'établit à Kidal, fréquente des prédicateurs pakistanais de la Jamaat al-Tabligh et en 1998, intègre la Dawa, une secte islamiqueMondafrique : Quand la femme du leader jihadiste d'Ansar Dine vivait sans voile. De 1998 à 2000, Iyad Ag Ghali effectue plusieurs voyages au sein de la Dawa ; au Mali, en Afrique et jusqu'au Pakistan.
Au début des années 2000, Iyad Ag Ghali est acquis au fondamentalisme, mais demeure hostile au djihadisme, au terrorisme et aux attentats. En 2003, les djihadistes du GSPC enlèvent pour la première fois des touristes occidentaux. Pris en Algérie, certains sont livrés à Mokhtar Belmokhtar, alors actifs au nord du Mali. Le gouvernement malien dépêche alors Iyad Ag Ghali et Baba Ould Cheikh afin de négocier la libération des otages avec Abou Zeid. À l'issue des discussions, les touristes occidentaux sont relâchés le en échange d'une rançon de cinq millions d'euros.
Rébellions touarègues de 2006 et 2007 Cependant de nombreux Touaregs estiment que les promesses du Pacte national n'ont pas été tenues et le , une nouvelle et brève révolte éclate. Iyad Ag Ghali fonde avec Ibrahim Ag Bahanga, Hassan Ag Fagaga et Ahmada Ag Bibi, l'Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC). Il en devient le secrétaire général. Le soulèvement s'achève avec les Accords d'Alger, conclus le .
Alors que le Mali voit surgir une troisième rébellion touarègue de 2007 à 2009, le , Iyad Ag Ghali est nommé conseiller consulaire du Mali, à Djeddah en Arabie saoudite, un poste qu'il choisit pour pouvoir se rendre tous les vendredis à la grande prière de La Mecque. Toutefois, suspecté par les Saoudiens d'être en contact avec Al-Qaïda, il est expulsé en 2010Afribone : Communiqué du Conseil des Ministres du 21 novembre 2007. Il débarque en France avec son épouse et fréquente assidûment une mosquée du avant de regagner le Mali.
Peu après son retour, le gouvernement malien aurait de nouveau fait appel à lui pour négocier avec AQMI la libération de quatre otages français, des employés d'Areva enlevés à Arlit, ainsi que de Pierre Camatte.
Rébellion de 2012
En 2011, Mouammar Kadhafi est renversé et tué lors de la guerre civile libyenne, de nombreux combattants touaregs de son armée regagnent le Mali où une nouvelle rébellion se prépare.
Fin 2011, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) est fondé. Iyad Ag Ghali se présente à Zakak et en revendique le commandement, mais les cadres de la future rébellion le soupçonnent d'être lié à l'Algérie et sont hostiles à l'islamisme. Ils lui préfèrent son neveu, Bilal Ag Acherif, comme secrétaire-général, et Mohamed Ag Najem, ex-colonel de l'armée libyenne, comme chef militaire. Quelques jours plus tard, à Abeïbara, Ag Ghali postule à la succession d'Intalla Ag Attaher, l'amenokal des Ifoghas, mais ce dernier et les notables de la tribu lui préfèrent alors un des fils de l'amenokal, Alghabass Ag Intalla.
Iyad Ag Ghali se tourne alors vers son neveu, Abdelkrim al-Targui, le chef d'une katiba d'AQMI, et propose ses services avec sa cinquantaine de partisans. Informé, Abdelmalek Droukdel, le chef d'AQMI, préfère employer la tactique du « cheval de Troie » et est favorable à ce que Iyad Ag Ghali forme son propre mouvement qui pourrait servir de vitrine plus présentableFrance 24 : La stratégie d'Aqmi au Mali dévoilée dans un document retrouvé à TombouctouRFI : Mali : un document inédit sur la stratégie d'Aqmi dans le Sahel retrouvé à Tombouctou. Début 2012, Ag Ghali fonde donc son propre groupe, Ansar Dine, les « Défenseurs de la religion ». Initialement, le mouvement ne revendique que 300 hommes, mais rapidement de nombreux combattants rejoignent Iyad Ag Ghali, attirés par le charisme du chef rebelle, et en quelques mois Ansar Dine supplante le MNLA et devient le plus important groupe rebelle du nord du MaliJeune Afrique : Le groupe salafiste Ansar dineSerge Daniel, Slate : Mali: Iyad Ag Ghaly, le nouveau maître islamiste du nord, Slate, 29 octobre 2012.L'Express : Mali: Iyad ag Ghali, le rebelle touareg devenu djihadiste, par Boris Thiolay..
Ansar Dine adopte une ligne ouvertement salafiste, il est étroitement lié à Al-Qaida au Maghreb islamique, et contrairement au MNLA qui revendique l'indépendance de l'Azawad, Iyad Ag Ghali s'oppose à toute partition du Mali et affirme que l'objectif de son groupe est d'établir une République islamique au Mali et d'instaurer la charia dans tout le paysAFP : Mali: un mouvement islamiste appelle à appliquer la charia par les armes. Iyad Ag Ghali manipule cependant le gouvernement malien et les groupes rebelles pour leur faire croire qu'il n'a pas totalement basculé dans le djihadisme.