Le temple protestant de l’Oratoire du Louvre est un lieu de culte situé 145 rue Saint-Honoré dans le de Paris. C'est une ancienne église catholique, siège de la Congrégation de l'Oratoire de France, élevée par Louis XIII au titre de chapelle royale du palais du Louvre en 1624. Désaffectée à la Révolution française, elle devient en 1811 sous le siège du consistoire réformé de Paris. La paroisse est membre de l'Église protestante unie de France, engagée dans le christianisme social et la théologie libérale.
Histoire Église catholique du couvent des Pères de l'Oratoire (1616-1792) Installation des Oratoriens à Paris en 1612 vignette|Clef de voûte de l'abside avec la devise de la Société de l'Oratoire de Jésus et de Marie, IESVS MARIA. vignette|Buste de Pierre de Bérulle par Michel Anguier (1612–1686). Anciennement dans son tombeau à l'Oratoire du Louvre, aujourd'hui exposé à l'église Saint-Eustache voisine. Au , l’Église catholique cherche à réagir à la Réforme protestante en se réformant elle-même — c'est la Contre-Réforme. La Société de l'Oratoire de Jésus et Marie, fondée par le père de Bérulle en 1611, exprime cette mouvance d’une foi et d’une morale plus proches de l’Évangile. Elle s'inspire de la congrégation de l'Oratoire fondée par saint Philippe Néri à Rome. Marie de Médicis, alors régente de France, déclare la congrégation de l'Oratoire fondation royale le . Le , Pierre de Bérulle obtient du pape Paul V la reconnaissance pontificale.
Fondation du couvent de l'Oratoire du Louvre en 1616 La congrégation de l'Oratoire de France s'installe d'abord au faubourg Saint-Jacques, à l'emplacement du futur Val-de-Grâce. Le , Bérulle et ses cinq premiers compagnons (MM. Jean Bence et Jacques Gastaud, docteurs de Sorbonne, Paul Métezeau, licencié de la société de Navarre, François Bourgoing, curé de Clichy, et Pierre Caron curé de Beaumont, au diocèse de Beauvais) achètent l'ancien hôtel du Bouchage à la duchesse de Guise, situé rue du Coq (rue de Marengo), près du palais du LouvreNicolas Le Roux: La Faveur du Roi: Mignons et courtisans au temps des derniers valois (vers 1547 - vers 1589), Ed. Champ Vallon, Seyssel, 2000. Lire en ligne.. C'est l'ancien hôtel particulier de Gabrielle d'Estrées, amante du roi Henri IV. Les Oratoriens y installent une chapelle qui est prête en . Le succès de l'ordre va rapidement nécessiter la construction d'une nouvelle église. Bérulle entreprend d'acheter des maisons autour de la maison des pères de l'Oratoire. Il acquiert deux autres maisons, rue du Coq, en 1619 et 1621, et le une grande parcelle s'étendant le long de la rue d'Autriche, actuelle rue de l'Oratoire jusqu'à la rue Saint-Honoré. Il peut désormais envisager la construction de la nouvelle église, le long de la rue d'Autriche et à cheval sur les anciens remparts de Philippe Auguste..
Le plan de l'église est donné par l'architecte Clément Métezeau à la fin de 1620. Celui-ci avait succédé à son frère Louis Métezeau comme architecte du palais du Louvre et frère de Paul Métezeau, un des premiers prêtres de l'Oratoire de Jésus-Christ. L'architecte avait déjà travaillé pour l'Oratoire à Marines, près de Pontoise, avec l'entrepreneur Nicolas Lemercier, père de Jacques Lemercier. Le plan de l'église est compris dans un plan rectangulaire avec un chœur en abside en hémicycle et une chapelle de plan carré. La façade est prévue rue Saint-Honoré. Les recommandations du concile de Trente n'imposaient plus d'orientation pour les églises. Le terrain est nivelé au printemps 1621. Les fondations sont jetées au moment de la pose de la première pierre, le , par le duc de Montbazon, gouverneur de Paris. Les travaux sont confiés au maître maçon Frémin de Cotte, grand-père de Robert de Cotte. En 1622, alors que les murs commencent à monter, Clément Métezeau est remplacé par Jacques Lemercier.
Jacques Lemercier conserve le plan de l'église mais modifie la chapelle du chevet pour lui donner un plan elliptique. Le chantier se poursuit normalement jusqu'à l'été 1623. Le surintendant des bâtiments, le marquis de La Vieuville, s'oppose au projet en raison de son incompatibilité avec les plans du grand dessein prévu sous Henri IV pour le palais du Louvre, avec un quadruplement de la cour Carrée avec des jardins et des bâtiments annexes à l'emplacement de l'église de l'Oratoire.
Chapelle royale du Louvre en 1624 Le chancelier de Sillery et la reine mère obtiennent de Louis XIII qu'il fasse des prêtres de l'Oratoire des chapelains du Louvre, le . Un arrêt du Conseil du roi élève l'église au rang de chapelle royale le et en confie la réalisation à Clément Métezeau. L'arrêt prévoit que l'église réponde à l'axe du Louvre prévu dans le grand dessein. À cette date, la construction de la partie sud de l'église, y compris le transept, est pratiquement terminée.
En 1625, Bérulle achète une maison sur la rue Saint-Honoré. Mais les travaux s'arrêtent car les maisons des sieurs Morel et de Montreuil ne peuvent être achetées. La seconde est achetée en quand le roi fait un don de pour relancer le chantier. On monte les murs de la première travée de la nef à côté du transept et on réalise une entrée rue Saint-Honoré. Le chantier est fermé en 1630. Le plan de Turgot montre l'église inachevée en 1734-1739.
vignette|Fragment du plan de Turgot, 1739, avec le couvent de l'Oratoire et son église, dont le portail est inachevé.
Les chapelles perpendiculaires à la nef sont attribuées à des familles proches des Oratoriens. Ces familles les font décorer par des artistes prestigieux tels que Philippe de Champaigne, Charles Le Brun et Simon Vouet. Elles abritaient des tombeaux. Le père de Bérulle meurt le . Un caveau, à gauche du chœur, lui est dédié.
vignette|Vue de l’Église des Pères de l'Oratoire bâti d'après les dessins de M. Mercier, eau-forte de Jean Marot (1619-1679), musée Carnavalet.
Le cardinal de Bérulle est soutenu par le parti dévot. Ce dernier, avec la reine mère, le garde des sceaux de France Michel de Marillac et Gaston d'Orléans, s'opposent à la politique du cardinal de Richelieu. Richelieu cherche à éviter l'encerclement du royaume par les Habsbourg d'Espagne et d'Autriche en se rapprochant des protestants à l'extérieur du royaume, tout en les combattant à l'intérieur, tandis que le parti dévot soutient l'alliance des rois catholiques contre tous les protestants.
Oratoire royal, c’est dans cette église qu’ont lieu les services funèbres de Richelieu en 1642, puis de Louis XIII et des reines Anne d’Autriche et Marie-Thérèse. La pompe funèbre du chancelier Séguier, le , est celle qui est la mieux documentée. Parmi les grandes personnalités oratoriennes figurent Nicolas Malebranche (1638-1715), Jean-Baptiste Massillon, (1663-1742), Louis Thomassin (1619-1695), Richard Simon (1638-1712), Bernard Lamy (1640-1715). La congrégation est accusée à plusieurs reprises d'être proche des jansénistes de l'abbaye de Port-Royal.
Élévation du portail et consécration en 1750 vignette|Élévation du portail de l'Église de l'Oratoire, eau-forte de Jacques-François Blondel, après 1745. Le père Jean-Baptiste Sauge, supérieur de l'Oratoire, décide de terminer la construction de l'église, vers 1730. Le , les trésoriers de France imposent aux Oratoriens de détruire leurs maisons rue Saint-Honoré et rue du Coq frappées de vétusté. On découvre à cette occasion les anciennes fondations de l'église et on constate qu'il ne manque que pour arriver jusqu'à la façade. Un appel d'offres a dû être lancé auprès d'architectes car on possède des propositions des architectes Jacques V Gabriel et Gilles-Marie Oppenord. Finalement, les Oratoriens confient les travaux à leur architecte, Pierre Caqué (mort en 1767).
Les travaux des fondations commencent en 1740 et un mémoire avec quittance est daté de . En 1742, il construit une maison de rapport, rue Saint-Honoré. La façade rue Saint-Honoré est élevée entre 1744 et 1746 avec des sculptures de Claude-Clair Francin (1702-1773) et Nicolas-Sébastien Adam, dit le JeuneM. Thiéry, Guide des amateurs et des étrangers visiteurs à Paris ou description raisonnée de cette ville, de sa banlieue & de tout ce qu'elles contiennent de remarquable, Tome 1, 322, Paris, 1787 Texte.. Entre 1746 et 1748, l'architecte entreprend le ragrément de l'intérieur de l'édifice pour harmoniser les pierres des parties ancienne et nouvelle. L'architecte en profite pour supprimer les serliennes des tribunes réalisées par Lemercier. En 1747 il entreprend la réalisation d'un maître-autel à baldaquin. Les travaux sont terminés en 1748 pour un coût de . L'église est consacrée le par l'archevêque de Sens, Jean-Joseph Languet de Gergy.
Salle désacralisée pendant la Révolution (1792-1811) Au sein des prêtres de l'Oratoire, la Révolution française est plutôt bien accueillie, en raison de l’esprit de liberté qui imprègne cette congrégation intellectuelle, marquée par les Lumières. Le député Joseph Fouché est un ancien élève puis enseignant à l'Oratoire de Nantes.
vignette|Drapeau du bataillon de l'Oratoire de la garde nationale de Paris en 1789.
Pour la convocation des États généraux en 1789, le ministre protestant Jacques Necker divise Paris en 60 districts - le district est appelé . Le , le renvoi de Necker par Louis XVI est une des causes déterminantes du soulèvement populaire. Le , les révolutionnaires rançonnent le couvent de l'Oratoire. Le a lieu la prise de la Bastille. La milice citoyenne est organisée alors en Garde nationale et prend le nom du district. Le bataillon de l'Oratoire a un drapeau gironné de rouge et bleu, les couleurs de Paris, avec au centre un octogone blanc comportant un bonnet phrygien sur un pique, un faisceau de licteur avec une couronne de laurier et une branche de chêne, le tout surmonté d'une couronne. En bas, est représentée la nef de Paris. En haut, sa devise, . De 1790 à 1795, l'église est le siège de la Section de l'Oratoire, une section révolutionnaire parisienne qui surveille le quartier Saint-Honoré. En , elle change de nom pour prendre celui de « section des Gardes-Françaises ».
Le , l’évêque d'Autun Talleyrand, assisté de l’archevêque de Paris Gobel et de Miroudot du Bourg, consacre à l'Oratoire les deux premiers évêques constitutionnels, Louis-Alexandre Expilly et Claude Marolles, qui ont prêté serment à la Constitution civile du clergé. Le , l'abbé Grégoire y reçoit à son tour la consécration épiscopale.
Le , la Convention abolit les ordres religieux, dont la Congrégation de l'Oratoire. Le couvent est nationalisé et accueille diverses administrations. Le couvent héberge plusieurs sociétés savantes, dont l'Académie nationale de médecine. L'église est désacralisée et affectée à un magasin pour décor de théâtre, pour l'Opéra de Paris et la Comédie-Française..
En 1793, l'église est saccagée, en particulier la façade, qui est mutilée de ses statues et décorations. À l'intérieur, les chapelles sont vidées, les quatre fleurs de lys de la voûte du transept grattées. Vingt-neuf tableaux de l'Oratoire sont envoyés au musée des Monuments français d'Alexandre Lenoir.
En 1800 est créée la Banque de France, qui s'installe dans les bâtiments de l'ancien couvent. Après sa fusion avec la Caisse des comptes courants, elle s'installe définitivement à l'hôtel de Massiac, à côté de la place des Victoires.. La Caisse d'amortissement, future Caisse des dépôts et consignations, s'installe alors dans le couvent de l'Oratoire, jusqu'en 1854..
Temple-cathédrale du protestantisme à Paris (depuis 1811) De Saint-Louis-du-Louvre en 1790 à l'Oratoire en 1811 vignette|Le pasteur Paul-Henri Marron, (1754 -1832). Tableau conservé à l'Oratoire du Louvre.