César Bourayne, puis baron de Bourayne, né le à Brest, mort le à Brest, fut un officier de marine français, célèbre pour ses combats contre les navires anglais dans l'océan Indien et en mer de Chine. Il a été nommé major général en 1814, après avoir été fait baron en 1811.

Une rue de Brest porte son nom (rue du Commandant-Bourayne). Une baie et un port de l'île de Huahine en Polynésie française portent également le nom de Bourayne, trace, probablement, d'une escale de César Bourayne lors de son périple de Manille à Acapulco en 1806-1807César Bourayne est cité dans une liste d'explorateurs du Pacifique à bord de la Canonnière en 1806-1807 dans Historical Dictionary of discovery and exploration of the Pacific Islands de Max Quanchi et John Robson, page 33.L'historien Pierre Chaunu mentionne aussi ce voyage comme étant la seule traversée du Pacifique par un navire français dans toute la période du premier empire..

Origines et jeunesse

La famille Bourayne est originaire de Chartres depuis la première moitié du , et, semble-t-il, de Dreux antérieurement. L'arrière-grand-père de César, Michel Bourayne (1652-1723), était maître d'œuvre de bâtiments et travaux publics à Chartres et premier échevin de la ville. Son fils Michel-Philippe (1678-1734) part s'installer à Brest où il est directeur des domaines du Roi pour l'évêché de Léon. Louis (1718-1792), dernier fils de Michel-Philippe, est écrivain principal de la Marine à Brest. Il est le père de César Bourayne, dont l'une des cousines germaines a épousé Jacques-Noël Sané, le fameux architecte naval qui fut le maître d'ouvrage de la reconstitution de la flotte française sous Louis XVI, la Révolution et l'Empire, celui que Napoléon appelait « le Vauban de la Marine ».

César Bourayne est le cinquième d'une famille de treize enfants dont deux seront officiers de marine et deux commissaires de la marine, Il s'embarque, avec son frère aîné Charles qui fera souche à l'Ile de la Réunion, comme volontaire dès 13 ans en 1781 sur L'Auguste, gros vaisseau de ligne de 80 canons commandé par l'illustre Bougainville, dans l'escadre de comte de Grasse qui est appelée par Rochambeau et Lafayette en renfort pour supporter les insurgés américains de Washington dans leur lutte d'indépendance contre les Anglais. Il participe ainsi tout jeune à la victoire décisive de la Baie de Chesapeake face à Yorktown (Virginie). Dans les dix années qui suivent, il poursuit sa formation dans de nombreux engagements dans les Antilles, en Afrique, en mer Rouge, dans l'océan Indien et l'Asie du Sud-Est.

Les premières années de sa carrière d'officier

Il est nommé officier en 1792 et participe en mer d'Irlande à plusieurs combats, dont l'un au cours duquel il est blessé et fait prisonnier, le 18 floréal an II (). Il a 25 ans. Sa captivité dans la région de Bantry au sud-ouest de l'Irlande dure 19 mois. Il y fait la connaissance d'une jeune Irlandaise de deux ans plus jeune que lui, Mary Morgan, et l'épouse en (les frères de Mary Morgan étaient officiers dans l'armée britannique !). Libéré en , il rentre à Brest où s'établit sa femme, tandis qu'il repart immédiatement. Mary Bourayne ne vivra que cinq ans en France, à Brest, auprès de sa belle-mère récemment veuve. Elle y met au monde trois enfants.

César Bourayne (1768-1817) Gravure par A. Maurin, 1835. Portrait le représentant sans doute en 1804, lors de sa nomination comme Officier de la Légion d'Honneur|thumb|250px Les deux aînés meurent lors d'une épidémie de choléra. La dernière, Marie-Françoise Bourayne (dite Marie-Fanny) naît le et n’est sauvée de l’épidémie de choléra que grâce au fait qu’elle a pu être mise à temps à la campagne, loin de Brest, chez des cousins. Très isolée, perdue loin de son pays et de sa famille d'origine, parlant mal le français, Mary Bourayne meurt de choléra à Brest à 31 ans, en 1801, ayant très peu connu son mari. Sa fille n'avait qu'un an.

Pendant ce temps, le lieutenant de vaisseau César Bourayne se bat en mer d'Irlande sur le Redoutable. Il est nommé capitaine de frégate en 1796, commandant la frégate la Fidèle de 1800 à 1802, capitaine de vaisseau en 1803 lorsqu'on lui confie le commandement de la Canonnière, une frégate de 48 canons d'origine française mais qui avait été capturée et mise au service de la marine anglaise en 1795 sous le nom de la Minerve, puis reprise aux Anglais après son échouage à Cherbourg. Il est encore à Cherbourg lors de son second mariage le avec Marie-Louise Le Bescond du Chef du Bois, qui a alors 25 ans, qu'il ne reverra que 6 ans plus tard, et avec qui il ne vivra à Brest que les trois dernières années de sa vie. Entretemps, la petite Marie-Fanny est élevée par sa grand-mère, puis par sa belle-mère à partir de l'âge de 4 ans.

Les combats dans l'océan Indien

thumb|320px|Pierre-Julien Gilbert : Combat de la frégate la Canonnière, sous les ordres du capitaine de vaisseau César Bourayne, contre le Tremendous de 74 canons (capitaine John Osborn) et l'Hindostan de 60 canons (capitaine Alexander Fraser) au large du Cap Natal, 21 avril 1806. Château de Versailles.

Trois semaines après son mariage, César Bourayne se rend à l'Isle de France (aujourd'hui île Maurice) dans l'océan Indien d'où il est envoyé en à proximité du cap de Bonne-EspéranceInstructions capitaine Decaen 5 avril 1806. C'est là qu'il doit affronter le deux gros vaisseaux, dont le de 74 canons, qui convoient 11 bâtiments de la Compagnie des Indes (Voir description du combat ci-dessous en annexe). Malgré la grande différence de forces, et précisément grâce à l'agilité de manœuvres que lui permettait la petite taille de sa frégate, César Bourayne sort vainqueur de ce combat resté fameux dans les annales de la Marine au point de mériter deux tableaux : l'un de Louis-Philippe Crépin au Musée de la Marine à Paris, l'autre de son élève Pierre-Julien Gilbert au château de Versailles. Ce fut en effet l'une des rares victoires navales de la France contre l'Angleterre pendant le premier empire. En 1849, Adolphe Thiers décrit ce combat exemplaire dans l’ Histoire du Consulat et de l'EmpireCompte rendu de ce combat par César Bourayne au Ministre de la Marine - 1807

À la suite de ce combat, La Canonnière se présente sans méfiance à l'entrée du port de Simon's Town, dans la False Bay, qui borde à l'est le Cap de Bonne-Espérance, théoriquement sous contrôle ami hollandais. Mais les Anglais se sont approprié récemment la régionBataille de Blaauwberg (ce dont Bourayne n'a pas encore reçu notification) et attendent La Canonnière camouflés sous pavillon hollandais. Une chaloupe de La Canonnière partie en reconnaissance découvre la supercherie, et ses occupants sont faits prisonniers, tandis que La Canonnière, coupant ses amarres, parvient à s'enfuir sous une pluie de boulets tirés par deux forts qui protègent le port, les pavillons hollandais étant subitement remplacés par des pavillons anglaisRapport de César Bourayne au Général Decaen concernant cette alerte dans la colonie du Cap - 1806.

Mais il faut effectuer des réparations importantes sur la Canonnière ; Bourayne se rend donc à Manille, seul port de la région suffisamment équipé pour ce type de réparations. Il y est très bien accueilli puis est sollicité par le Gouverneur des Philippines pour aller chercher à Acapulco une très forte somme que le vice-royaume de Nouvelle-Espagne lui doit mais tarde à régler. En reconnaissance de l'accueil qu'il a reçu, il accepte cette mission et part pour un aller-retour de plus de 6 mois à travers le PacifiqueMission de la Canonnière à Acapulco pour le compte du Capitaine Général des Philippines. Le succès de cette mission lui vaut une proposition de forte indemnité financière du Gouverneur des Philippines, accompagnée d'un sabre richement orné, mais il décline ces offres à titre personnel, estimant n'avoir fait que son devoir d'officier français.

Rentré à l'Ile-de-France en , il capture la frégate britannique HMS Laurel qui participait au blocus de l'île. Cet exploit lui vaut de recevoir une lettre de félicitations des négociants de l'Île, assortie de deux pistolets d'honneur, tandis que le Gouverneur Decaen, en général avare de compliments, le cite élogieusement dans un courrier au Ministre de la Marine.

Dans les mois qui suivent, Bourayne se distingue encore à Madagascar, sur les côtes de Java (où il capture la frégate anglaise Discovery) et en mer de Chine puis rentre à l'Île-de-France où la Canonnière est désarmée en .

Seconde captivité, titre et fin de carrière

Il a alors sous ses ordres le lieutenant de vaisseau Joseph Duburquois. Ils rentrent en France tous les deux en fin 1809 en tant que passagers sur La Canonnière qui a été désarmée et vendue à un armateur civil qui l'a rebaptisée La Confiance. Mais au large de Belle-Ile en , la Confiance est attaquée par un vaisseau anglais de 74 canons, le HMS Valiant. César Bourayne et Joseph Duburquois sont capturés et emmenés en Angleterre, sur les sinistres « pontons » de Portsmouth, véritables prisons flottantes, puis dans la région de Birmingham.

Sa seconde épouse peut l'y rejoindre peu de temps en 1811, au moment où il est fait baron d'Empire ()Lettre patente nommant César Bourayne baron. Ce titre de baron lui est confirmé par le roi Louis XVIII le 21 juillet 1815., et devient César de Bourayne. Leur fils Alexandre naît en 1812.

Pendant ce temps, la frégate la Confiance, anciennement Canonnière, capturée par la marine britannique en , est réarmée sous pavillon anglais, conservant son nom HMS Confiance, mais ne reprendra plus de service actif jusqu'à son désarmement final en 1814.

César de Bourayne ne peut rentrer en France qu'au printemps 1814, neuf ans après son départ de Cherbourg qui suivait immédiatement son mariage. Il a alors 46 ans. Il termine sa carrière à Brest, major général puis commandant de la Marine, chevalier de Saint-Louis, tout en gardant son grade de capitaine de vaisseau. Il avait été fait commandeur de la Légion d'honneur en 1807. Il a encore deux enfants, Louis né en 1815 et Amélie en 1816.

Il meurt l'année suivante à 49 ans, encore en exercice, laissant une veuve de 37 ans, une fille de son premier mariage (Marie-Fanny) qui a alors 17 ans et va se marier l'année suivante avec Joseph Duburquois qui en a 28 de plus, et trois jeunes enfants de 5 ans, 2 ans et 1 an. L'aîné sera officier de marine, le second avocat. La baronne César de Bourayne meurt elle-même relativement jeune, en 1834 à Lesneven. Elle a alors 54 ans.

Annexe : Le combat de la frégate la Canonnière contre le vaisseau le Tremendous et l'Hindoustan

Extrait de la notice biographique César de Bourayne dans le livre de Joseph François Gabriel Hennequin publié en 1835 (Regnault éditeur) : Biographie Maritime ou notices historiques sur la vie et les campagnes des marins célèbres français et étrangers, pages 264 à 278