Air Alpes était une société de transport aérien (1961-1981) créée par Michel Ziegler et dont l'activité démarra dans le massif des Alpes.

Cette compagnie aérienne de troisième niveau a joué un rôle important dans le développement des sports d'hiver, notamment à Courchevel, en déposant des clients aisés au pied des pistes grâce à des altiports.

La création de la société C'est en 1961 que Michel Ziegler, passionné d'aviation et de montagne, créa la Société Air Alpes en s'inspirant de l'expérience du suisse Hermann Geiger. Il fut soutenu par Henri Ziegler et Sylvain Floirat, les deux premiers actionnaires, rejoints quelques mois plus tard par Joseph Szydlowski, lui aussi grand industriel aéronautique.

Dès l'origine, Michel Ziegler appela à ses côtés Robert Merloz, ami d'école et savoyard, qui le seconda pendant les premières années puis poursuivit une brillante carrière de pilote à Air France. Le siège social est établi à Chambéry, il sera déplacé lors de la construction du chalet aérogare sur l'altiport de Courchevel et deviendra ainsi le plus haut siège social d'Europe (). Air Alpes n'est pas la première compagnie aérienne de montagne, mais celle qui va en faire sa spécialité.

L’aviation de montagne avait réellement débuté le avec l’atterrissage de François Durafour au dôme du Goûter à d’altitude à bord d’un Caudron G.3. Au milieu des années 1950, le pilote suisse Hermann Geiger, le pilote des glaciers, allait améliorer les techniques de vol. Il effectuera à bord de son Piper au départ de Sion des milliers de ravitaillements et de missions de sauvetage principalement dans les Alpes valaisannes. C'est avec lui que Michel Ziegler et Robert Merloz apprendront les subtilités du vol et des atterrissages en montagne.

Un autre pilote français, Henri Giraud, lui aussi élève de Geiger avait commencé à ouvrir le chemin de cette aviation de montagne, il se rendra célèbre par ses atterrissages au mont Aiguille, mais surtout le en posant son Piper PA-18 Super Cub (F-BAYP) au sommet du mont Blanc à d'altitude.

Création de l'altiport de Courchevel (piste d'atterrissage à pente très courte située en haute montagne, enneigée en hiver, les avions y atterrissaient sur skis) grâce à l'appui de la municipalité et de son directeur de station, Gilles de la Rocque. La piste est longue de et large de 30, la pente moyenne de . Construction d'un chalet servant à la fois de bureaux et mini aérogare, et d'un hangar. Une ancienne chenillette des expéditions Paul-Émile Victor est achetée pour assurer les navettes entre la station et l'altiport. vignette|Le moteur du PC-6 HB-FAZ L'activité d'Air Alpes débute avec un Piper PA-18 Super Cub immatriculé F-BKBP (s/n 18-5094), cette activité est essentiellement le travail aérien, le ravitaillement des refuges de haute montagne et l'école de pilotage. Une étude comparative entre le Dornier Do 27 et le Pilatus PC-6 Porter se traduira par la location d'un Pilatus PC-6, appareil équipé d'un moteur à pistons Lycoming de immatriculé HB-FAZ, il sera malheureusement détruit le lors d'un entraînement au col du Dôme dans le massif du Mont Blanc (l'équipage fut sain et sauf). Courant 2001 le gérant d'un chalet restaurant situé au pied du glacier des Bossons retrouvera des éléments de cet avion, il aura fallu quarante ans au Pilatus pour parvenir au pied du glacier…

Durant cette période passagers sont transportés et 300 heures de vol sont effectuées. Le personnel comprend deux pilotes, une secrétaire et un mécanicien.

Les années Pilatus En 1962, la société fait l'acquisition auprès de Pilatus Aircraft du premier Pilatus PC-6/A.H2 Turbo Porter [F-BJSZ] (s/n 525) équipé d'une turbine Turbomeca Astazou IIE de 523 ch. Cet appareil pouvait accueillir 7 passagers en plus du pilote. Cet achat a pu être réalisé grâce à Monsieur Joseph Szydlowski, fondateur de la société Turbomeca (constructeur de moteurs pour avions et hélicoptères), qui fournit gracieusement la turbine de cet avion. Il devint ainsi actionnaire d'Air Alpes.

Quelques années plus tard, le , l'unique PC-6 motorisé avec une turbine Turbomeca Astazou XIV de 573 ch allait battre le record international d'altitude pour un avion de sa catégorie de poids, il atteindra (pilote Bernard Ziegler, qui deviendra par la suite directeur du service des essais en vol d'Airbus), il faudra attendre quatre ans pour que ce record soit de nouveau battu.

Les travaux entrepris l'été précédent à la station de Méribel pour la création d'un altiport se terminent. En janvier sur une piste sommairement aménagée ( x avec une pente moyenne de 6 %) le Piper F-BKBP et le Pilatus F-BJSZ se poseront pour la première fois à Méribel. C'est au cours de cette année que seront construits le chalet aérogare et le hangar.

C'est lors de l'inauguration que Joseph Szydlowski, président de Turboméca, et l'un des premiers actionnaires d'Air Alpes, invente, le mot « altiport », qui entrera dans le dictionnaire dix ans plus tard.

Cette année les pilotes du SFA (Service de la formation aéronautique) Marcel Collot et Jean Delparte formés également par Hermann Geiger vont entreprendre de jeter les bases d'une première réglementation. Il s'agit d'établir les conditions dans lesquelles les avions peuvent décoller sur des surfaces autres que des aérodromes de plaine, et de classifier les différents types : altiports, avi-surfaces et glaciers. Air Alpes sera étroitement associée à l'élaboration de cette réglementation

Location du Piper PA-18 Super Cub F-BNAO (s/n 188236) pour remplacer le F-BKBP légèrement endommagé.

Ouverture des premières lignes saisonnières hivernales : Lyon/Courchevel, Lyon/Méribel et Genève/Courchevel, Genève/Méribel (vols ALP 121 et 122).

Des vols inter-stations sont proposés à la clientèle, mais également des déposes de skieurs sur glaciers. Cette activité prendra une place importante pendant les premières années d'exploitation. Ces déposes ne pouvaient être réalisées qu'avec la présence dans le groupe d'un guide de haute montagne, une collaboration étroite s'instaura avec les moniteurs de ski et guides des différentes stations de sports d'hiver.

Au départ des altiports de Haute-Savoie, Savoie et Isère, les principaux glaciers du massif du Mont Blanc, de la Tarentaise, de la Vanoise ou d'Oisans étaient accessibles. Pour chaque vol il ne pouvait être embarqué qu'un maximum de 6 passagers plus le guide.

Cette activité sera définitivement interdite par la « loi montagne 85-30 du » relative au développement et à la protection de la montagne.

Un contrat est signé avec l'ORTF. Il prévoit la fourniture d'une plate forme relais pour la diffusion des images en direct du Tour de France cycliste, de Paris-Roubaix ainsi que d'autres courses cyclistes prestigieuses. Les premières années ces vols seront effectués par un Pilatus PC-6 puis par la suite avec le DHC-6 [F-BOOH]. Ce contrat prendra fin en 1973. Pour la retransmission un équipement particulier est installé à bord de ces appareils.

Des vols panoramiques dans les Alpes et en particulier le tour du Mont Blanc attireront pendant des années une clientèle ravie par les paysages découverts.

Ainsi en 1962 passagers ont été transportés et 500 heures de vol effectuées. Le personnel est alors composé de cinq personnes dont un mécanicien.

L'année 1963 voit un deuxième Pilatus PC-6/A-H2 [F-BKQY] (s/n 549) renforcer la flotte, la création de l'altiport de La Plagne ( x pente moyenne 14 %) et des premières lignes saisonnières intérieures en Corse.

Cette même année un accord commercial est signé avec Gyrafrance (compagnie exploitant des hélicoptères). La compagnie développe son activité travail aérien (remorquage de banderoles publicitaires, largages de parachutistes ou baptêmes de l'air en campagne).

Le bilan de l'année s'établit à passagers transportés et 810 heures de vol effectuées. Le personnel est composé de sept personnes.

En , Air Alpes loue le Beechcraft-SFERMA Marquis [F-BLLR] bimoteur de 6 places équipé de 2 turbines Turboméca Astazou pour assurer des vols vers l'aéroport de Lyon-Bron.

Le , l'altiport de Megève est inauguré.

Cette année, c'est passagers qui ont été transportés et 821 heures de vol effectuées. Le personnel se compose de six personnes.

En 1965, la ligne hivernale Genève/Courchevel offre des correspondances sur les altiports de Val d'Isère ( x pente moyenne 18 %) et de La Plagne. La compagnie transporte passagers et effectue 797 heures de vol. Le personnel se compose de cinq personnes.

Cette année verra l'arrivée à Air Alpes de la première femme Commandant de bord dans une compagnie aérienne, Anne Marie Peltier pilote professionnel et instructeur rejoint la compagnie.

À partir de 1966, Air Alpes est intéressé par un appareil de plus grande capacité, avec des performances STOL. Entre le Short Skyvan et le de Havilland Canada DHC-6 Twin Otter c'est ce dernier qui lui semble le plus approprié pour son activité dans une région montagneuse. C'est un bimoteur de 19 places, piloté par deux membres d'équipage, équipé de deux turbines Pratt & Whitney Canada PT6A-20. Au mois de juillet cet appareil [CF-UCD] est présenté au personnel de la compagnie sur les altiports de Megève et Courchevel.

Cette même année, Air Alpes propose des stages de formation « pilote montagne ». Un nouveau chalet aérogare est construit à Courchevel (un bar restaurant y est aménagé).

1966 voit aussi apparaître Air Alpes dans la bande dessinée avec Les Aventures de Tanguy et Laverdure publiées dans le magazine Pilote avec l'album Mission spéciale dessinée par Albert Uderzo et Jijé sur des scénarios de Jean-Michel Charlier, parue dans les numéros 363 à 393, puis en album en 1968, mais également dans un épisode de la série Les Chevaliers du ciel (Troisième série épisode 8).

Le bilan de l'année s'établit à passagers transportés en heures de vol. Le personnel est alors composé de neuf personnes.

En 1967 Air Alpes est chargé par la municipalité de L'Alpe d'Huez de la définition et du suivi de la construction de l'altiport. L'aérogare qui y sera installée est le chalet aérogare de Courchevel. Il sera déplacé et installé sur une base en dur par un hélicoptère prêté par l'Aérospatiale. La piste mesure x 25 avec une pente moyenne de 11 %. Un nouvel altiport dans les Alpes s'ouvre également aux Arcs ( x 25 pente moyenne 14 %).

Les stations de sports d'hiver de L'Alpe d'Huez, Avoriaz, Tignes seront également desservies cette année pendant la saison d'hiver. Pour la saison d'été une ligne intérieure en Corse est ouverte : Ajaccio/Propriano/Calvi.

Un troisième Pilatus PC-6 rejoint la flotte : immatriculé F-BOJJ (s/n 513), il est équipé d'un moteur à pistons, il sera modifié quelques années plus tard en modèle PC-6/A.H2 grâce à l'installation d'une turbine Turboméca Astazou. Air Alpes passe aussi commande d'un DHC-6 Twin Otter série 100 qui est livré en octobre.

En juin, une expérimentation du système TALAR (Tactical Approach Landing And Radar) est lancée à Chambéry, un Pilatus est équipé spécialement pour l'occasion.

En 1967, passagers ont été transportés et heures de vol ont été effectuées. Le personnel compte maintenant 17 personnes.

Transport de Troisième Niveau

En 1968, de nombreuses villes de province de moyenne importance souhaitaient être reliées directement à Paris par voie aérienne. Les collectivités locales joueront un rôle important dans le financement de ces nouvelles liaisons. Air Alpes sera l’un des précurseurs tout comme Rousseau Aviation, TAT, Air Paris ou Europe Aero Service. Au plus fort de la période « Troisième Niveau », ce seront près de 50 compagnies aériennes, qui exploiteront environ 100 lignes régulières ou saisonnières, directes ou transversales et transporterons plus de passagers.

La livraison du DHC-6 Série 100 Twin Otter, le immatriculé F-BOOH (s/n 72) permet l'ouverture de la ligne Chambéry/Grenoble/Nice/Ajaccio. En hiver cet appareil équipé de skis sera exploité à partir de l'altiport de Courchevel.