L’horlogerie regroupe la science, la technique, l'art, l'industrie, le commerce des instruments propres à mesurer le temps..

Il existe trois catégories d'horlogerie : l'horlogerie ancienne, l'horlogerie traditionnelle, et l'horlogerie contemporaine. L'horlogerie ancienne décrit différents types d'instruments, dits horologia pouvant indiquer les heures anciennes, tels les cadrans solaires, horloges hydrauliques, sablier. L'horlogerie traditionnelle est à l'origine entièrement mécanique, invention de la fin du dite simplement horlogerie ; elle concerne les horloges mécaniques, montres et pendules. Enfin, l'horlogerie contemporaine où les mécanismes d'horlogerie mécanique sont remplacés par des fonctions non mécaniques : systèmes électroniques, informatiques Il se peut que des instruments soient à la croisée de catégories différentes comme les horloges électriques ayant des composants mécaniques et une motorisation électrique par exemple.

Histoire On attribue aux Babyloniens, vers 2000 , l'invention des gnomon, polos et clepsydre, ainsi que la division du temps en douze heures. Plus tard, le Grec Ctésibios conçoit une clepsydre à mécanismes intégrant, entre autres, des engrenages épicycloïdaux. La machine d'Anticythère demeure, à ce jour, le plus ancien mécanisme à engrenages connu.

Bien que les mécanismes à petits engrenages se fassent plus rares après l'Antiquité, l'usage d'engrenages de grande taille perdure dans les moulins durant tout le Moyen âge. A cette époque, on fait appel à des experts italiens pour équiper le Val de Loire ou le Beauvaisis de moulins à blé, à huile, à foulon, à papier, ainsi que de moulins destinés aux tanneurs ou aux armuriers. Le traité de Francesco di Giorgio Martini, intitulé Opusculum de architectura, illustre d'ailleurs la diversité de ces installations de meunerie.

Des mécanismes horlogers de grande dimension sont installés dans les clochers des villes du Saint-Empire romain germanique depuis le Moyen Âge (dès à Milan et à Padoue, à Paris en , à Strasbourg et Gênes en 1354, à Stralsund en 1394, à Berne en 1405 et à Prague en 1410).

La fabrication des premiers mécanismes horlogers mus par des ressorts s'établit au . Ces petits mécanismes comportaient souvent des indications astronomiques et se posaient sur une table. Les villes de Nuremberg, Augsbourg et Prague ont été les premiers foyers de création et de fabrication de ces mécanismes. Assez rapidement d'autres centres horlogers ont fait leur apparition dans toute l'Europe.

L'industrie horlogère a commencé très tôt en Suisse puis en Angleterre, avec de multiples inventions et astuces d'organisation du travail et de massification de la production, permettant un progrès très avancé pour l'époque, dans la technologie comme dans le raffinement des produits, sur fond d'intervention du pouvoir politique. Précision, automatisme, travail en finesse des métaux, ont permis de poser des jalons pour d'autres activités stratégiques, en particulier la marine, et d'autres futures industries mécanisées. Cette histoire s'est progressivement accélérée à partir du avec l'apparition d'une proto-industrie massive dans les montagnes suisses, qui a précédé la révolution industrielle et lui a résisté pendant longtemps.

Joaillier et horloger Plusieurs régions qui font partie de la Suisse romande ont vu débuter l'industrie horlogère : Genève, le Pays de Vaud, le village de La Sagne dans les montagnes de Neuchâtel, la vallée de Joux et ses villages, Le Chenit, Le Brassus, berceau de fameuses manufactures horlogères, comme Audemars Piguet, Jaeger-LeCoultre, Breguet, Blancpain. Ces régions ont connu un afflux de réfugiés huguenots français, après l'édit de Fontainebleau, postérieur à une première vague d'immigration arrivée un siècle plus tôt, après les massacre de la Saint-Barthélemy en France. Pendant les guerres de religion, Jean Calvin, le réformateur protestant installé à Genève en 1536, accueillait favorablement les réfugiés huguenots, dont les arrivées augmentaient le nombre de ses partisansHistoire de la Suisse : L'industrie horlogère..

Dès 1541, le réformateur Jean Calvin bannit à Genève les signes de richesse, obligeant les orfèvres et autres joailliers, qui jouissent d'une grande réputation à l'étranger, à se tourner vers l’horlogerie. Le règlement des orfèvres de 1566 interdit la fabrication des croix, calices et autres objets utilisés dans le culte catholique, obligeant les artisans à se tourner vers « la boîte de montre » : les montres sont incrustées dans des boîtes, véritables bijoux à l'intérieur, que l'on cache dans ses vêtements. Ces montres échappant à la notion de bijou de Calvin, dès lors, put se développer l'horlogerie de luxe... Jean Petitot (1607-1691) et Jean-Étienne Liotard (1702-1789) deviendront ainsi plus tard de remarquables ambassadeurs du savoir-faire genevois dans les miniatures sur émail qui ornent boîtes à musique, miroirs et montres.

Le premier horloger français, Thomas Bayard, natif de Vézelize en Lorraine, est qualifié par le registre des habitants le d'orfèvre et d'« orologeur ». Il est suivi, au cours des années suivantes, des horlogers d'Autun, de Dijon, d'Avignon, en tout plus d'une quinzaineGenève, essai de géographie industrielle, par Claude Raffestin (1968). L'arrivée en 1587 de Charles Cusin, venu d'Autun, précède la naissance d'une corporation en 1601 sous le nom de « Maîtrise des horlogers de Genève », sur le modèle de la jurande des orfèvres de 1566. L'accès au métier est restreint (un seul apprenti par maître), mais ouvert aux étrangers qui ont fondé cette . Les monteurs de boîtes en 1698 et les graveurs en 1716 constituent à leur tour leur propre maîtrise, échappant à la juridiction des horlogers et orfèvres.

L'horlogerie suisse s'est ensuite développée dans l'arc jurassien de Genève à Schaffhouse au , par l'émigration d'un grand nombre d'artisans huguenots, à la suite de la révocation de l'édit de Nantes par .

La production de montres se fait chez des horlogers indépendants qui doivent ajuster à la main chaque pièce particulière constitutive du mouvement, généralement produite auprès d'une multitude de tout petits ateliers spécialisés.

Inventeurs hollandais et anglais Les navigateurs hollandais et anglais, qui ont commencé à dominer les océans à partir du milieu du , grâce à des navires plus gros, ont besoin de chronomètres de marine pour mieux calculer les distances. Jusqu'au milieu du , les horloges étaient peu précises et ne comportaient bien souvent qu'une seule aiguille. En 1657, la technique progresse par l'utilisation du balancier, grâce au mathématicien physicien et astronome hollandais Christian Huygens, qui poursuit les travaux de Galilée.

Nouveau progrès entre et , avec l'échappement à ancre par le scientifique anglais Robert Hooke (1653–1703). En 1675, Christian Huygens confie à Isaac Thuret la première montre à ressort spiral, munie d'un balancier, une invention que lui conteste Robert Hooke. Ces progrès trouvent un écho en Europe. Daniel Jeanrichard (1665–1741), installé à La Sagne, dans le Jura suisse., a ainsi créé sa première montre en 1681, copiée sur un modèle anglais découvert en 1679. Plus tard, il formera des dizaines d'artisans. L'horlogerie anglaise se développera ensuite avec Daniel Quare (1649 – 1724), qui adapte en 1686 l'aiguille des minutes au centre du cadran. Jusque-là, seule l'aiguille des heures était utilisée. Vers 1700, toujours en Angleterre, l'utilisation de pierres percées, comme coussinet de pivotement pour les balanciers, fait faire un bond en avant à la technique.

vignette|Copie vers 1795 d'un chronomètre de marine originellement créé par Thomas Mudge. En 1714, le parlement anglais vote le , offrant une récompense de à qui inventerait un bon chronomètre de marine, capable de mesurer la longitude avec un résultat n'excédant pas un degré d'erreur. L'Angleterre était alors atterrée par les désastres dus à des erreurs de longitude, comme la perte en 1707 de l'escadre de sir Cloudesley Shovel (1650–1707) qui se jeta sur les îles Scilly alors qu'il croyait entrer dans la Manche. L'innovation technologique qui accompagne alors la révolution financière britannique se manifeste dès le tournant des années 1700 chez Thomas Tompion (1639–1713), le premier à répartir le travail entre les ouvriers spécialisés, pour fabriquer en série, et à numéroter ses montres. Il assemble dans sa carrière et transmet l'entreprise en 1713 à son neveu, le quaker Georges Graham. Ce dernier améliore l'échappement en « auge de cochon » (échappement à cylindre), inventé par son oncle, et refuse de breveter son invention, afin d'en faire profiter le plus grand nombre. Il aide l'astronome Edmond Halley (1656–1742) pour le développement d’instruments scientifiques, ainsi que des horlogers comme Thomas Mudge (1715–1794), qui met au point l'échappement libre à ancre et la sonnerie à répétition minutes.

Georges Graham aide aussi John Harrison (1693–1776), qui conçoit sa première montre complexe en 1713, puis invente en 1725 la « compensation à gril » pour les pendules, utilisant 2 métaux complémentaires, par leur capacité différente à se dilater en fonction de la chaleur. Ensuite, il innove en utilisant cette compensation aussi pour des montres, toujours via une lame bimétallique, avec un dispositif permettant de maintenir sous tension l'échappement, pendant le remontage. En 1765, âgé de et après de travaux et de nombreuses procédures judiciaires contre le parlement anglais, John Harrison finit par gagner le prix offert par ce dernier pour la mesure de la longitude : la quatrième version de sa montre a effectué l'aller-retour entre Londres et la Jamaïque avec une erreur de et en de traversée avec le capitaine Cook.

Entre temps, en France, après la mort de , le régent Philippe d'Orléans prit goût pour les arts mécaniques"Histoire de l'horlogerie depuis son origine jusqu'à nos jours: précédée de recherches sur la mesure du temps dans l'antiquité et suivie de la biographie des horlogers les plus célèbres de l'Europe", par Pierre Dubois, 1849, et particulièrement l'horlogerie. Il voulut créer une pépinière d'artistes d'élite., venus de Londres, dont Henry de Sully, qui vécut longtemps en Angleterre et fonda en 1718 une manufacture d'horlogerie à Versailles. Il construisit une horloge marine pour laquelle il inventa un échappement à repos flottants. Sully eut pour émules et pour amis Lebon et Gaudron, tandis que Julien Le Roy imagina une pendule à équation, saluée par l'Académie des sciences. S'inspirant d'Isaac Newton, il utilisa de l'huile aux pivots des roues et du balancier des montres, pour diminuer l'usure et les frottements.

Prémices de l'industrialisation vignette|gauche|Outils d'horloger.