La réserve naturelle régionale du Ried de Sélestat, l'Ill*Wald (RNR267) est une réserve naturelle régionale (RNR) d’Alsace en région Grand Est. Créée en 1995, elle a été classée en 2013 pour une superficie de . Elle protège la forêt de l'Illwald, une des plus grandes forêts alluviales de France. Cette forêt est parcourue par l'Ill, qui y forme un réseau hydrographique complexe avec de nombreuses ramifications. L'ensemble est inondable, ce qui est caractéristique du Grand Ried, cette étendue plate qui s'étend en Alsace entre le Rhin et l'Ill, auxquels il sert de déversoir naturel pendant les crues hivernales. La réserve est localisée sur la commune de Sélestat et elle occupe presque la moitié de son ban communal.

La forêt de l'Illwald, composée de feuillus comme le chêne, le frêne ou l'aulne, est le refuge d'une importante harde de daims sauvages, introduits au . Les multiples ramifications de l'Ill, en grande partie alimentées par la nappe souterraine, sont le domaine de nombreux oiseaux ainsi que de castors. La réserve protège aussi des roselières, des mégaphorbiaies et des prairies de fauche, qui sont eux aussi des écosystèmes emblématiques du Grand Ried.

La commune de Sélestat possède la majeure partie de la réserve, mais des parcelles appartiennent aussi au conseil régional, au département, à des particuliers ou encore à des communes voisines. La gestion de la réserve revient à la commune de Sélestat.

Nom Le nom de la réserve fait à la fois référence à la forêt de l'Illwald, qui occupe la majeure partie du périmètre protégé, et à la portion du Grand Ried qui se trouve sur le territoire de Sélestat. Illwald signifie en alsacien « forêt de l'Ill », et ried vient du vieil alémanique rieth qui désigne les roseaux. Un astérisque a été ajouté à Ill*Wald afin de symboliser les interactions sur le site entre les milieux naturels (eau, marais, prairies et forêt) ainsi que l'empreinte humaine qui y est très forte.

Géographie Localisation vignette|gauche|upright=1.2|Périmètre de la réserve naturelle. La réserve est située au centre de l'Alsace, à la limite entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Elle se trouve sur la plaine d'Alsace à mi-chemin entre le massif des Vosges et le Rhin. L'espace géographique dans lequel se trouve la réserve est particulier puisqu'il marque une frontière naturelle entre les deux départements alsaciens. En effet, la plaine d'Alsace à cet endroit est particulièrement étroite, tandis que le Grand Ried est très large. Cet espace, appelé « Landgraben », est donc une zone en grande partie inondable et peu propice aux établissements humains.. La réserve fait partie du Ried gris le plus occidental des quatre Rieds situés entre l'Ill et le RhinEn parcourant les 15 km entre Sélestat et le Rhin, on traverse successivement les rieds gris, noir, brun et blond et une étroite bande de forêt rhénane..

La réserve est à une altitude comprise entre 166 et d'altitude. Elle est traversée par la route départementale 424, qui relie Sélestat au Rhin à Marckolsheim. Elle forme un triangle irrégulier et elle occupe approximativement la moitié sud-est du ban communal de Sélestat. Elle est bordée immédiatement au nord-ouest par la ville.

La réserve fait , soit 41% du ban communal de Sélestat. De par sa superficie, elle compte parmi les 5 plus grandes réserves naturelles régionales de France.

Géologie vignette|Un banc de galets dans l'Oberriedgraben. La réserve fait partie de la plaine d'Alsace et du fossé rhénan, dont elle partage les caractéristiques géologiques. Le fossé, formé d'anciens dépôts marins, lacustres et fluviatiles, s'est effondré lors de l'Éocène et a laissé apparaître les massifs des Vosges d'un côté et de la Forêt-Noire de l'autre, composés de terrains plus durs (gneiss). Au niveau de Sélestat, le fossé rhénan a été rempli au cours de l'Oligocène et du Quaternaire..

Le sous-sol de l'Illwald est principalement constitué d'alluvions, comme l'ensemble du Grand Ried. Ces alluvions ont été apportées par l'Ill et ses affluents. Il s'agit de dépôts holocènes non calcaires, comprenant surtout du sable et du limon, mais parfois aussi des cailloutis..

Hydrologie vignette|gauche|L'Ill au nord de la réserve. La réserve dispose d'un réseau hydrographique très dense et elle comprend plus de de rivières et de fossés. Elle est traversée du nord au sud par l'Ill, qui y a de nombreux affluents et diffluents, auxquels il faut ajouter des résurgences phréatiques.. Ce réseau est caractéristique du Grand Ried, un ensemble de terres inondables qui joue un rôle de déversoir naturel en période de crue hivernale et qui permet l'épuration des eaux de surface.

Les crues annuelles de l'Ill entraînent chaque année l'inondation du Ried et de la réserve. Ces inondations sont augmentées par la remontée des eaux des nappes phréatiques. Dans la réserve, ce phénomène est d'autant plus important que la nappe n'est qu'à quelques dizaines de centimètres du niveau du sol.. Les cours d'eau situés dans la moitié ouest de la réserve sont essentiellement des diffluents de l'Ill, dont la température et la charge en sédiments changent au cours de l'année, tandis que ceux situés dans la moitié est sont des rivières phréatiques, caractérisées par des eaux limpides et une température stable, comprise entre 9 et 14 degrés.

De nombreux petits cours d'eau ont été artificialisés, notamment au , ce qui menace le réseau phréatique. L'Ill en elle-même a aussi été artificialisée, surtout entre 1880 et 1910. Elle a ainsi été endiguée entre Illhaeusern dans le Haut-Rhin et Maison Rouge au nord de la ville de Sélestat..

Climat La réserve, comme l'ensemble de la plaine d'Alsace, connaît un climat semi-continental. Les hivers sont froids et souvent enneigés, et les étés sont chauds et orageux. Le fossé rhénan étant un espace étroit, fermé à l'est et à l'ouest par la Forêt-Noire et les Vosges, il est à l'abri des vents. Les brouillards et les nuages bas sont donc fréquents. Les Vosges freinent les vents et les intempéries venues de l'ouest et les précipitations sont peu abondantes. Ainsi, la majeure partie de la plaine d'Alsace reçoit moins de d'eau par an.. Sélestat reçoit environ ., et Colmar, à une vingtaine de kilomètres au sud, est l'une des villes les plus sèches de France, avec . La plaine d'Alsace connaît aussi une faible durée moyenne d'insolation, Colmar ne connaît par exemple que de soleil par an.

La faible profondeur de la nappe phréatique ainsi que sa température constante, fixée autour de 10 degrés tout au long de l'année, permettent au sol de ne pas geler profondément en hiver. En outre, la présence de cette nappe, qui est constamment renouvelée en eau, permet aux arbres de résister aux chaleurs estivales.

Histoire du site et de la réserve vignette|Une prairie du Ried et les clochers de Sélestat. Au Moyen Âge, le territoire de la réserve actuelle comme l'ensemble du Grand Ried alsacien étaient occupés par de vastes marécages. L'exploitation agricole devient permanente à l'époque médiévale, et le milieu naturel adopte peu à peu le paysage semi-bocager qui le caractérise aujourd'hui, avec des prairies, des canaux, des massifs forestiers et des bosquets. L'Illwald et le Ried de Sélestat ont entretenu pendant très longtemps des liens importants, les inondations participant à la défense de la cité et les prés et la forêt lui fournissant du foin et du bois.

Après la Seconde Guerre mondiale, la généralisation de la culture du maïs a grandement perturbé l'équilibre naturel du Ried puisqu'elle a entraîné la disparition de nombreux milieux, notamment des roselières, des herbages et des haies.

À Sélestat, des mesures de conservation du Ried sont entreprises en 1989, avec la reconversion de champs de maïs en herbages. Le , à l'initiative de la municipalité et avec le concours de 93 propriétaires fonciers, la réserve naturelle volontaire de l'Illwald est créée. Elle regroupe alors de terrains, dont de forêt en continu et de prairies de milieux humides. C'est la richesse naturelle du site qui a motivé la création de la réserve, mais aussi sa situation à proximité de la ville de Sélestat, puisque cela lui donne un rôle récréatif et pédagogique.

En , la réserve naturelle volontaire est devenue une réserve naturelle régionale pour une durée de renouvelable. Le classement a été effectué après une demande de la ville de Sélestat et avec l'adhésion de plus de privés.

Écologie (biodiversité, intérêt écopaysager…) La réserve comprend plus de différents, qu'ils soient forestiers, prairiaux, palustres et aquatiques. Elle compte animales et végétales d'intérêt patrimonial.

Flore Forêt vignette|Rive de l'Oberriedgraben. vignette|Forêt de l'Illwald La flore la plus représentée dans la réserve est la flore forestière, puisque la forêt de l'Illwald en occupe la majeure partie. L'Illwald comprend plus de 35 espèces d'arbres et d'arbustes, une variété supérieure à celle des forêts vosgiennes, qui n'ont qu'environ , mais toutefois inférieure à celle de la forêt rhénane, qui cumule une cinquantaine d'espèces, notamment sur l'île de Rhinau.

Les espèces forestières sont sélectionnées naturellement, puisque les inondations hivernales et la profondeur de la nappe phréatique entraînent l'engorgement des sols. Ainsi, dans les zones les plus humides de la forêt, seuls l'aulne glutineux, le merisier à grappes, le groseillier et le cassis peuvent pousser. Ailleurs, on trouve surtout le chêne pédonculé et le frêne commun, parfois l'orme. L'aulne et le frêne forment ensemble l'aulneraie-frênaie, un habitat d’intérêt prioritaire au niveau européen.

D'autres arbres sont aussi visibles, comme l'érable sycomore et l'érable champêtre, ainsi que des arbustes : le noisetier, le cornouiller sanguin, l'aubépine épineuse, le viorne obier, le prunellier ou encore le fusain d'Europe. Le sous-bois est occupé par le grand carex, l'ortie, la reine-des-prés, l'ail des ours et l'anémone fausse renoncule, ainsi que par une espèce invasive, la balsamine de l'Himalaya. Plus de 80 espèces de champignons supérieurs forestiers ont aussi été répertoriées.

Prairie vignette|Prairie à l'orée de la forêt. La réserve comprend quatre types de prairies. Les prairies sèches, très rares sur le Ried de Sélestat, sont caractérisées par le brome dressé et parfois par des orchidées. Les prairies assez fraîches à assez sèches sont le domaine du colchique d'automne et de l'avoine élevée, les prairies assez humides à très fraîches sont couvertes de brome rameux, d'houlque laineuse et de reine-des-prés, et enfin, dans les prairies humides à très humides, on peut voir le vulpin genouillé, l'œnanthe fistuleuse ou le séneçon aquatique. Les prairies de la réserve comptent aussi des espèces protégées, comme le pulicaire vulgaire, la gratiole officinale, l'œnanthe à feuille de peucédan, l'orge faux-seigle et la gesse des marais.

Milieux palustres Les milieux palustres regroupent trois formations végétales, les cariçaies, qui comprennent surtout du carex, les mégaphorbiaies, avec des herbes hautes comme la valériane officinale, le pigamon jaune, l'ortie, la consoude officinale et le cirse des marais, et les roselières, avec le phragmite, et la baldingère. Parmi les espèces protégées observables dans ces milieux, il y a la scorsonère des prés, la calamagrostide blanchâtre, la fougère des marais ou le séneçon des marais.

Milieux aquatiques