La déportation des Acadiens est l'expropriation massive et la déportation des Acadiens, peuple francophone d'Amérique du Nord, entre 1755 et 1763. Elle prend place à la veille de la prise de possession par les Britanniques de la Nouvelle-France, durant le Grand Dérangement, et est souvent considérée comme synonyme de celui-ci. Les Acadiens sont déportés par les Britanniques, leurs maisons et leurs fermes sont incendiées, les familles séparées (pertes de vue entre proches, amis, conjoints, enfants…). Cette déportation constitue une opération de nettoyage ethnique de grande envergure.
L'Acadie englobe l'isthme de Chignectou et comprend approximativement la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l'île-du-Prince-Édouard (autrefois l'isle Saint-Jean).
Les Acadiens sont déportés plus de quarante ans après la conquête d'une partie de leur territoire (traités d'Utrecht de 1713). Une majorité d'entre eux est envoyée dans des territoires britanniques, car considérés comme des « sujets indésirables de sa Majesté », malgré l'usage qui était de reconduire les populations conquises dans leur patrie d'origine (colonies ou métropole) – en l’occurrence la France.
La déportation des Acadiens s'effectue principalement lors de l'année 1755, bien que des déplacements aient été organisés jusqu'à la fin de la guerre de Sept Ans en 1763. Des de l'Acadie, plus de sont déportés, et parmi ceux-ci environ meurent avant d'arriver à destination à cause des épidémies, du froid, de la malnutrition ou des naufrages. Parmi les survivants, beaucoup poursuivent leurs pérégrinations pendant plusieurs années ou décennies avant de retrouver une terre où s'installer. Cela explique que les Acadiens et leurs descendants vivent aujourd'hui dans des régions du globe très différentes : Canada (Acadie, Québec), Saint-Pierre-et-Miquelon, côte est des États-Unis, Louisiane (les Cadiens), Antilles, Royaume-Uni, France, et jusqu'aux îles Malouines.
Histoire Avant la déportation
Avant la guerre civile acadienne Les premiers colons installés sur Cap de Sable et Cap-Noir furent des Acadiens de Port-Royal, en 1620 M. A. MacDonald. Fortune and La Tour. Methuen Press. 1983.p.14. Charles de la Tour a colonisé Cap de Sable, lui donnant son nom actuelPlace Names of Nova Scotia Nova Scotia Archives and Records Management et y fit construire un poste fortifié en 1623, qu'il appela fort Lomeron, en honneur de David Lomeron, qui fut son agent en France. Le poste fut par la suite renommé fort Saint-Louis, selon les écrits de Samuel de Champlain, où on mit la terre en culture et noua d'importants liens commerciaux avec les Micmacs.
Après la prise de Québec par David Kirke en 1629, le Cap de Sable était le seul établissement resté aux mains des Français en Amérique du NordRoger Sarty and Doug Knight. Saint John Fortifications: 1630-1956. New Brunswick Military Heritage Series. 2003. p. 18. Soutenant les Écossais, Claude de la Tour essaye de convaincre son fils Charles de la Tour de changer d'allégeance et assiège sans succès fort Saint-Louis puis rentre humilié à Port RoyalNicholls, p. 139 tandis que Charles devient lieutenant-général de l'Acadie. Guerre civile acadienne
thumb|Françoise-Marie Jacquelin défendant le fort Saint-Jean contre D'Aulnay, par Charles William Jefferys. La mort de Razilly, survenue en 1636, provoque une dispute entre Charles de Menou d'Aulnay de Charnizay et Charles de Saint-Étienne de la Tour. D'Aulnay de Charnizay ramène la capitale à Port-Royal et déclenche une guerre civile contre La Tour.. Tous deux s'adressent au roi à plusieurs reprises pour faire trancher les limites de leur territoire respectif ; la décision rendue confond les deux territoires et ne règle pas leur querelle, p. 6.. D'Aulnay de Charnizay et La Tour concluent des ententes avec le Massachusetts mais les Anglais évitent d'être trop impliqués dans le conflit.
La mort accidentelle de D'Aulnay en 1650 engendre une guerre de succession entre Emmanuel Le Borgne, Charles de Saint-Étienne de la Tour et Nicolas Denys. Le Borgne était le principal créancier de la famille D'Aulnay mais n'arrive pas à s'entendre sur la succession. En 1652, il s'empare de Port-Royal, où se trouvent les intérêts de la famille D'Aulnay, et attaque les établissements de ses rivaux, dont La Hève, Pentagouët et Havre-Saint-Pierre. La Tour épouse la veuve de D'Aulnay de Charnizay à la fois pour tenter de réconcilier les deux familles, de rétablir la paix et pour reprendre ses possessions. En 1654, Denys obtient une concession comprenant le golfe du Saint-Laurent entre le Canceaux et Gaspé. Arrivée des protestants dans les années 1680 Plusieurs Français protestants, qui, après la déportation de 1755, s'assimileront aux catholiques, se sont installés dans les régions de Beaubassin et Grand-Pré, découvertes en 1681, où ils deviendront des « défricheurs d'eau » en utilisant des « aboiteaux », technique empruntée aux Néerlandais pour assécher une partie du marais poitevin, ce qui leur permit de gagner sur la mer ou les rivières des terres fertiles.
En 1701, la population acadienne atteignait 1300 habitants dont un peu moins de la moitié à Port-Royal. Il y en avait 189 à Beaubassin, 400 aux Mines, 150 à Richibouctou, les autres étant dispersés en petits groupes au Cap-Sable, à La Hève, à Canceau.
Après le Traité d'Utrecht de 1713 Le traité d'Utrecht, signé en 1713, concède à la Grande-Bretagne la partie la plus peuplée de l'Acadie. Plus de habitants deviennent des sujets britanniques. Quatre cents soldats britanniques restent sur place et un gouvernement militaire évite à la Grande-Bretagne de devoir créer une législature à majorité acadienne. La partie cédée à la Grande-Bretagne prend le nom de Nouvelle-Écosse. La France conserve l'Île Royale (aujourd'hui Île du Cap-Breton). Les Acadiens tentent de demeurer « neutres » dans les conflits entre les deux métropoles et refusent de prêter au roi de Grande-Bretagne le serment d'allégeance qu'exigent les autorités coloniales.
Cependant, la « paix » franco-britannique est toute relative dans cette région de l'Amérique. La guérilla amérindienne, alliée à la France, est constante, comme la capture de cent navires par les Micmacs et les Malécites entre 1713 et 1760 en témoigne. Le gouverneur Richard Phillips reconnaît néanmoins le droit naturel des Acadiens de ne pas avoir à combattre leurs alliés amérindiens.
Dès 1720, les premiers plans de la déportation massive sont dessinés. Le , à Londres, les Lords of boards ont écrit :
La population acadienne passe de en 1713 à plus de en 1755. Cependant, les colons britanniques qui affluent après la fondation d'Halifax en 1749 convoitent les terres des Acadiens et réclament une Chambre d'Assemblée, comme c'est la règle dans les colonies britanniques, ce que la Couronne n'est pas prête à accorder à une population majoritairement francophone et catholique.
Crise et déportation
thumb|right|400px|Acadie (1754)
En 1754, la crise éclate avec le début de la intercoloniale (French and Indian War en anglais). Le conflit commence avec des victoires françaises dans la vallée de l'OhioPar exemple, à la bataille de la Monongahela en 1755.. La panique gagne les colonies britanniques. Charles Lawrence devient gouverneur et commandant en chef de la Nouvelle-Écosse. Il discute avec William Shirley, gouverneur du Massachusetts, de la possibilité d'obtenir des renforts et de remplacer les Acadiens par des colons anglo-américains. Lawrence obtint ainsi environ recrutés en Nouvelle-Angleterre, dont beaucoup au Massachusetts.
De cette façon, il ne mettait pas à contribution les garnisons britanniques de l'Acadie, qui, plus professionnelles et connaissant bien les Acadiens, risquaient de prendre davantage parti pour la population. Les miliciens coloniaux britanniques avaient, au contraire, développé depuis longtemps des sentiments de haine à l'égard des Acadiens et de leurs alliés, les « Sauvages », c'est-à-dire les Amérindiens (Malécites, Micmacs, etc.). Ils étaient donc plus enclins à commettre toutes les exactions possibles à leur égard. Le terme anglais de vermin servait ainsi souvent à les désigner.
En 1755, de la Nouvelle-Angleterre arrivent en Nouvelle-Écosse. Ce débarquement est suivi de la prise des forts français par le général Robert Monckton. Lawrence confisque les armes et les embarcations des Acadiens. Il avait pris également soin de faire arrêter tous les prêtres ou missionnaires catholiques en exercice et les avait fait conduire sous bonne escorte jusqu'à Halifax pour être expédiés comme prisonniers de guerre en Angleterre. Les Acadiens n'avaient donc plus leurs prêtres pour les conseiller. En juin, il rencontre des délégués acadiens et exige d'eux un nouveau serment d'allégeance inconditionnel en échange du retour des armes. Les Acadiens refusentEdmond Dziembowski, La guerre de Sept ans, Perrin 2015 . De toute manière, le sort des « Français de la Nouvelle-Écosse » (French of Nova Scotia en anglais) était décidé, serment d'allégeance ou pas, car les Britanniques n'en avaient plus besoin pour nourrir la garnison, les colons anglophones étant désormais suffisamment nombreux pour accomplir la besogne.
Lawrence décrète la déportation des Acadiens le en commençant par ceux de l'isthme où est situé le fort Beauséjour, l'actuel isthme de Chignectou, puisqu'ils avaient pris les armes qui leur restaient. De plus, il suggéra de répartir les Acadiens dans différentes colonies britanniques où ils seraient en minorité et seraient soumis aux travaux forcés. Ainsi, les Britanniques pourraient prendre les fermes et les terres des Acadiens, qui étaient généralement les plus fertiles de la Nouvelle-Écosse ainsi que les , moutons, porcs et chevaux que les Acadiens possédaient. De plus, tous les Acadiens devaient être déportés sans exception, il ne leur était même plus permis de porter un serment absolu à la Couronne britannique.
Après la victoire dans la bataille de Fort Beauséjour et la prise de fort Gaspareaux, en , Lawrence ordonne aux commandants de Beaubassin, Pisiquid et Annapolis Royal d'attirer les hommes français de leurs districts respectifs au fort ou à l'église locale pour que les « instructions du roi » leur soient communiquées ; une fois sur place, ils sont encerclés, puis arrêtés et détenus dans des bateaux. Ils allaient être déportés à l'extérieur de la province et leurs possessions allaient être confisquées par Sa Majesté. Des navires, principalement en provenance du Massachusetts, viennent les chercher. En attendant les bateaux, les femmes et les enfants restés chez eux doivent fournir de la nourriture aux soldats et aux prisonniers, mais certains d'entre eux sont tués sans nécessitéGeorges Langlois, Histoire de la population canadienne-française, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1935, page 147. Les déportés sont divisés par groupes d'âge et de sexe, puis embarqués sur les navires où l'on prend soin de démembrer les familles, ce que la proclamation du interdisait en théorie. Le général Monckton est responsable de faire embarquer les Acadiens de la région du fort Beauséjour, John Winslow à Grand-Pré et Alexander Murray à Pisiguit et à Cobeguit.