Otto Abetz, né le à Schwetzingen (grand-duché de Bade) et mort le , est un diplomate allemand, ambassadeur du Troisième Reich à Paris durant l'occupation de la France, et un criminel de guerre nazi au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie Otto Abetz est né à Schwetzingen (grand-duché de Bade). Jusqu'en 1924, son seul engagement est dans le mouvement de jeunesse, proche du scoutisme, des Wandervogel. Il étudie la gravure sur bois et éprouve un vif intérêt pour la littérature et la culture française. En 1927, il est nommé professeur de dessin au lycée de KarlsruheAbetz, Otto (26/03/1903 - 05/05/1958), sur AGORHA..

Démocrate, pacifiste et francophile En 1927, Abetz réussit à créer et à présider un organisme, l’Arbeitsgemeinschaft Karlsruher Jugendbünde (AKJ), qui coordonne une quarantaine de groupes et mouvements de jeunesse de la ville de Karlsruhe, y compris les jeunesses hitlériennes. L’objectif du groupe est d’intensifier les contacts entre jeunes Allemands et jeunes Français au bénéfice des intérêts allemands.. Un voyage à Paris, à Pâques 1930, permet à Abetz d’entrer en contact avec le groupe d'intellectuels et journalistes gravitant autour de Jean Luchaire et de sa revue Notre temps, proche d'Aristide Briand et des « Jeunes Turcs » radicaux-socialistes. Longuement préparée du côté allemand par Abetz, la première rencontre de jeunes Allemands et Français eut lieu du au dans l’auberge de jeunesse du Sohlberg dans la Forêt-Noire avec une centaine de participants de différents horizons politiques, dont une moitié de Français. Ceux-ci venaient principalement du Groupement universitaire franco-allemand (GUFA) de Cecil Mardrus et de la revue Notre temps de Luchaire. Dans son rapport aux ministères, Abetz ne manqua pas de se féliciter du succès de ses efforts .

De cette rencontre naît le Cercle de Sohlberg, qui publie un magazine dont le président est Otto Abetz. Les participants du côté français étaient des hommes aussi différents que Jean Luchaire, dont Abetz épouse la secrétaire française Suzanne de Bruyker en 1932, Guy Crouzet, Bertrand de Jouvenel, André Weil-Curiel, ou le socialiste Pierre Brossolette. À cette époque, Abetz est apprécié de ses invités français, qui avaient tendance à le considérer comme un pacifiste et un démocrate sincère..

La rencontre du Sohlberg est suivie, un an plus tard, de celle, plus tendue, de Rethel dans les Ardennes () et de Mayence (). À Rethel, Luchaire est obligé de convenir que l’opposition est presque complète entre les deux délégations. De Friedrich Bran à Otto Abetz, les orateurs allemands sont à l’unisson pour défendre les revendications de l’Allemagne. C’est à Walter Reusch, militant national-socialiste, que revient la charge de présenter, au dernier jour des conférences, les : modification des frontières en faveur de l’Allemagne, révision du traité de Versailles, Anschluss. Brossolette, qui défend le projet Briand d'union européenne, lui répond que . Abetz conclut, avec Luchaire, le congrès de Rethel. Selon lui, les Allemands seraient à condition que la justice équitable soit effective au sein d’.

Adhésion au Parti national-socialiste En 1932, alors qu'Hitler est aux portes du pouvoir, et après l'échec de la rencontre de Rethel, Abetz prend contact avec le NSDAP, le parti nazi dont il partage les positions en politique étrangère.

En raison d'un gel des adhésions imposé en 1933, il ne peut rejoindre le NSDAP qu'en 1937 mais il était membre de la SS (Schutzstaffel) depuis le (matricule 253314Archives fédérales R 9361-III/565745), proche de Rudolf Hess et, protégé du ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, fut promu SS-Brigadeführer en 1942.

En 1934, Abetz entre d'abord comme conseiller pour la France auprès de Baldur von Schirach, attaché à l'état-major national de la Direction de la jeunesse du Reich à Berlin. En 1935, il est transféré au , service diplomatique du NSDAP et devient l'adjoint de Ribbentrop pour les problèmes français. À partir de 1938 il est en poste à l'ambassade d'Allemagne à Paris, représentant personnel de Ribbentrop promu ministre des Affaires Étrangères en février 1938. Il fait partie de la délégation allemande à la conférence de Munich. En 1939, et est initié à la franc-maçonnerie (il est membre de la loge Goethe de la GLFJean-André Faucher, Histoire de la Grande Loge de France, Éditions Albatros, 1981.).

De 1934 à 1939, il œuvre à la constitution, le , et au renforcement en France du Comité France-Allemagne, qui publie une revue, les Cahiers franco-allemands. Homme de confiance de Joachim von Ribbentrop, il œuvre au rapprochement franco-allemand dans le sens voulu par les nazis en essayant de convaincre les Français de la volonté de paix de Hitler tout en exaltant l'œuvre du régime hitlérienCahiers de l'Union fédérale, 20.1.1938, conférence d'Abetz à Paris, Cahiers de l'Union fédérale, 10/6/1936..

Abetz parvint à rallier à cette vision les associations d'anciens combattants français et leurs dirigeants, Jean Goy et Henri Pichot, ainsi que des intellectuels conservateurs et fascistes, notamment Jacques Benoist-Méchin, Fernand de Brinon et Pierre Drieu la Rochelle, dont il est proche, promouvant la confiance dans la prétendue politique de paix et de réconciliation de l'Allemagne. Lorsque cela devient totalement invraisemblable, après l'entrée des troupes allemandes dans Prague le , Abetz est prié de quitter la France malgré les interventions véhémentes en sa faveur de Pierre-Étienne Flandin, Pierre Laval et Gaston Henry-Haye. Cette expulsion, le , fait suite à une campagne de presse d'Henri de Kérillis dans le journal L'Époque (Bernard Morlino, Emmanuel Berl. Les tribulations d'un pacifiste, La Manufacture, 1990, p. 302-303).. Avec la déclaration de guerre entre la France et l’Allemagne, quelques semaines après son expulsion Abetz trouve rapidement une nouvelle activité depuis Berlin. Son travail passe par la diffusion de tracts avec le concours de la Luftwaffe et d'émissions radiophoniques, par Radio Stuttgart, en direction de la France.

Ambassadeur d'Allemagne en France Entouré de ses collaborateurs, Carltheo Zeitschel, Ernst Achenbach, Karl Epting et Friedrich Grimm, Abetz rentre à Paris 24 heures après les premières troupes allemandes le . Il partage alors le pouvoir avec le commandant militaire de la Wehrmacht qui doit le consulter sur toutes les questions politiques. Nommé ambassadeur de l'Allemagne le , il conserve ce poste jusqu'en Général Giraud, Mes évasions, Hachette, 1946, p. 152.., entrecoupé par sa suspension fin 1942.

Sa mission dépassait largement celle d'un agent diplomatique. Il coordonne les services civils dans la zone occupée : sécurité, SIPO SD, presse, propagande, , c'est-à-dire pillage systématique des ressources de la France. D'autre part il est chargé de faire pression sur le gouvernement de Vichy pour que celui-ci accepte les demandes de Berlin.

Le , quelques semaines après son arrivée à Paris, Abetz expose dans un mémoire des idées précises sur le à opérer en France. Il signale déjà la possibilité de se servir des autorités françaises pour l'application des mesures allemandes, notamment celles qui pourraient nuire à l'image de l'armée allemande sur le plan international. Il préconise aussi d'intervenir de façon radicale dans la vie culturelle française en prenant des participations financières dans les sociétés d'édition et de spectacles, en créant un institut allemand, en détruisant les instruments de la propagande culturelle française à l'étranger. À l'été 1940, il accole son prénom à la liste Otto des ouvrages interdits par la censure allemande.

En étroite coopération avec Pierre Laval, puis les services de François Darlan, Abetz est très actif dans la mise en œuvre en France des premières mesures antisémites, en veillant à ce qu'elles soient endossées par les autorités françaises.. Dès le , Abetz, après consultation de Werner Best, propose à Ribbentrop des mesures immédiates: interdiction aux juifs réfugiés en zone sud de rentrer en zone nord, recensement obligatoire, marquage des commerces avec une pancarte , interdictions professionnelles, etc. Le Heydrich écrit au sous-secrétaire d'État Martin Luther, qu'il n'a . Le , le Commandement militaire allemand en France promulgue une première ordonnance prescrivant en zone occupée le recensement des juifs, dont l’identité est alors définie précisément. Vichy lui emboîte le pas en publiant à son tour le statut des juifs du . A son procès, Abetz admettra avoir fait pression sur Vichy pour obtenir un alignement de la législation antijuive française sur la législation allemande.

Abetz est le déclencheur et un acteur de premier plan du pillage d'œuvres d'art en France occupée dès son arrivée en 1940, avec l'aide du Commando spécial Künsberg. Dès le mois de , les premiers camions chargés d’œuvres d’art se mettent en route pour Berlin malgré l’opposition au sein de l’administration militaire, contre une entreprise perçue comme un vol organisé. L'ambassade et une annexe louée furent remplies d'œuvres volées. Il organise l'expropriation des biens privés appartenant à des familles juives et fait main basse sur les prestigieuses collections de Seligmann, de Wildenstein, d'Alphonse Kahn, de Rosenberg, de Bernheim, de Maurice et Robert de Rothschild, de James Armand, de Maurice Dreyfus ou encore de Raymond LazardJérôme Gautheret et Thomas Wieder, « De la haine dans l'air », Le Monde, 27 juillet 2010.. Vingt-deux mille pièces artistiques provenant de deux cent trois collections de familles juives furent ainsi acheminées vers le Reich. Abetz obtient aussi de Laval que les mobiliers des logements juifs vides de la zone sud soient saisis.

Son principal levier d'influence sur la politique de Vichy est Pierre Laval, qu'il rencontre à Paris dès le et dont il devient l'ami. Fernand de Brinon, l’ancien président du Comité France-Allemagne, devient leur homme de liaison. Abetz proteste donc vivement contre l'éviction de Laval par Pétain en décembre 1940, puis intrigue pour son retour aux affaires, se mettant en porte-à-faux vis-à-vis de son ministre Ribbentrop.. Pour faire contrepoids à Vichy, Abetz suscite la fondation d'organes de presse, puis, à partir de 1941, de formations politiques en zone occupée. Il construit un véritable réseau politique, culturel et de presse autour de l’ambassade, composé principalement d’hommes attirés par le national-socialisme et opposés à l’esprit réactionnaire et à l'ordre moral qu’incarne Vichy.

Hitler a écrit à Abetz le pour lui demander de faire en sorte que la et que , affirmant qu'il n'y a Dominique Venner, Histoire de la collaboration, éd. Pygmalion Gérard Watelet, 2004, p. 378.. Suivant les directives de Berlin, Abetz travaille donc à maintenir la division des partis collaborationnistes pour empêcher que l'un constitue un mouvement national et autoritaire de type fasciste susceptible de rendre à la France sa force ; il suscite des concurrents au PPF de Jacques Doriot, dont il écrit en 1942 qu'il faut contrer ses initiatives car Philippe Burrin, La Dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery 1933-1944, Paris, éd. Le Seuil, p. 437..