L'archidiocèse de Poitiers (en latin : ) est un archidiocèse métropolitain de l'Église catholique en France. Le siège épiscopal est à Poitiers.

Érigé au , le diocèse de Poitiers est le diocèse historique du Poitou. Depuis le concordat de 1801, il s'étend sur deux départements, les Deux-Sèvres et la Vienne.

Il a été élevé au rang d’archidiocèse en , avec comme diocèses suffragants ceux d'Angoulême, La Rochelle et Saintes, Limoges et Tulle.

Depuis le , l'archevêque est Jérôme Beau.

Histoire

Les débuts mouvementés du diocèse de Poitiers gauche|vignette|Hilaire de Poitiers. À l'époque gallo-romaine, les territoires diocésains sont fondés en s'appuyant sur les cités organisées par les Romains. Celle des Pictons, dénommés ensuite Pictaves a été évangélisée très tôt. L'histoire du christianisme en Poitou est très obscure jusqu'à l'épiscopat d'Hilaire de Poitiers, premier évêque réellement attesté de la cité au . Celui-ci mène une action énergique en faveur de l'orthodoxie chrétienne. Protecteur de saint Martin, il l'aide à fonder l'abbaye de Ligugé, une des premières de France. Il est enseveli dans l'église qui porte son nom.

À la chute de l'Empire romain, plusieurs peuples s'installent en Poitou dont les Wisigoths qui réunissent le territoire au royaume d'Aquitaine au . En , la bataille de Vouillé marque le début de la domination franque sur la région, avec Clovis à sa tête. Les Francs s'installent en Poitou dès l'époque des Mérovingiens et jusqu'au début de l'époque carolingienne.

Sous les Mérovingiens, le Poitou connaît une forte instabilité, dépendant successivement des différents royaumes du nord de la France, disputé dans des guerres au cours desquelles le pays est ravagé. Poitiers est alors une ville importante, sainte Radegonde, l'épouse de Clotaire, s'y retire et y fonde l'abbaye Sainte-Croix vers . Un proche de celle-ci, Venance Fortunat, poète de l'époque, est consacré évêque de Poitiers vers l'an .

Le Poitou est administré sous au même titre que l'ensemble du royaume franc. L'Aquitaine est ensuite cédée à son frère Caribert, puis à ses descendants. Rattaché à l'Austrasie, puis à la Neustrie, il est cependant surtout gouverné par ses évêques, qui appartiennent à la famille de Léodegaire. Ceux-ci prennent part aux troubles du nord du royaume, tel Dido et Ansoald.

En , les Omeyyades organisent l' invasion du territoire au nord des Pyrénées, menés par le général Abd al-Rahman, général et chef des armées musulmanes, leur chevauchée n'est interrompue que par les armées de Charles Martel à la bataille de Poitiers.

Le diocèse dans le Poitou des comtes-ducs Sous les Carolingiens, le Poitou devient un comté dont le premier comte fut Abbon. Cependant, cela n'épargne pas à la région de subir des troubles en raison du partage de l'Empire par entre ses fils.

Les Vikings menés par leur chef Hasting attaquent, puis occupent à la fin du les îles du Bas-Poitou, Yeu et Noirmoutier. Ils s'en servent ensuite de bases arrière pour leurs actions, en remontant les cours des fleuves et réseaux hydrographiques de l'Ouest de la France, détruisant les monastères de Luçon et de Saint-Michel-en-l'Herm, et jusqu'à piller Melle et Poitiers de à . En effet, les Vikings dévastèrent Poitiers en , incendièrent l'église Saint-Hilaire en , et forcèrent la ville à payer rançon. Poitiers fut encore brûlée en .

Le territoire poitevin a souffert de diverses amputations au cours des siècles. Au milieu du , ce sont les Bretons qui s'emparent du pays de Retz, rattaché alors au Pays nantais. Avec les invasions normandes et les attaques des comtes d’Anjou au , les pays d’Herbauges et une grande partie de ceux de Tiffauges et des Mauges sont séparés du diocèse de Poitiers et du Poitou.

De 975 à 1086, la famille des Isembert, ainsi nommée par les historiens, forme une dynastie d'évêques qui monopolise le siège épiscopal de Poitiers, avec l'accord des comtes de Poitiers.

Au , et surtout au , le Poitou a connu un élan de construction de monuments religieux dans un contexte d'épanouissement de l'art roman dont il reste de nombreux témoignages aujourd'hui.

Au début du , un incendie détruit une partie de la ville de Poitiers. Le comte , dit aussi duc , fait reconstruire la cathédrale en . Des conciles se tiennent à Poitiers en et . Comme leurs deux prédécesseurs et , les comtes-ducs se retirent dans des monastères tels que Saint-Maixent ou Maillezais pour finir leurs jours. Guy-Geoffroy, connu sous le nom est un comte-duc guerrier. Cependant, il connait des démêlés avec l'Église, d'où un concile à Poitiers le concernant. Ayant de bons rapports avec l'évêque de Poitiers et le roi de France, il se tire d'affaire. Il est à l'origine de la construction pour des moines clunisiens de Saint-Eutrope de Saintes et de l'abbaye Saint-Jean de Montierneuf à Poitiers.

Son fils, est en conflit presque constant avec la papauté. Excommunié une première fois pour avoir soutenu contre le pape, il l'est de nouveau pour avoir enlevé la vicomtesse de Châtellerault et avoir eu une scène violente avec l'évêque. subit l'influence de Gérard, évêque d'Angoulême qui l'entraîne du côté d'Anaclet contre dans le schisme qui déchire alors la chrétienté. L'évêque de Poitiers, partisan d'Innocent, est chassé. La fille de Guillaume, Aliénor ou Éléonore épouse le fils du roi de France . En , cette dernière divorce de pour épouser Henri Plantagenêt, comte d'Anjou puis roi d'Angleterre. Ensemble, ils sont à l'origine de la construction de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers à partir de . Après la domination d'Aliénor et de ses fils sur le Poitou, celui-ci passe sous l'autorité des rois de France avec Philippe-Auguste. Il est l'objet de conflits entre l'Angleterre et la France jusqu'en . C'est Alphonse de Poitiers qui gouverne le Poitou à partir de cette date.

Lors de la guerre de Guyenne, Philippe le Bel signe la paix par l'intervention du pape à Poitiers, deux entrevues entre le roi et le pape s'y déroulent au sujet de l'affaire des templiers en -. En , le pape demeure à Poitiers pendant plusieurs mois.

Une réduction au Haut-Poitou

Par la bulle du de , le diocèse est démembré avec la création de ceux de Luçon et de Maillezais en raison principalement de l'extension territoriale de celui-ci et de l'augmentation considérable du nombre de ses habitants, atteignant presque un million de personnes. En effet, l'évêque ne pouvait alors fournir tous les services spirituels nécessaires pour son diocèse. Les abbayes de Luçon et de Maillezais deviennent ainsi deux évêchés. Luçon reçoit la partie occidentale du diocèse de Poitiers, et Maillezais la partie médiane. Il se retrouve ainsi réduit au Haut-Poitou. Les choix des nouveaux évêchés s’appuient notamment sur la forte implantation monastique qui a insufflé au sud du Bas-Poitou un remarquable dynamisme. Ces créations ne sont pas des faits isolés : elles font partie d'un mouvement plus important de réorganisation de l'administration pontificale menée par le pape, qui aboutit à un total de seize nouveaux évêchés dans le sud de la France entre le et le .

Un territoire de conflits La guerre de Cent Ans est une période d'épreuves pour le territoire diocésain car s'il est l'objet de peu de batailles, il n'en est pas moins la cible des pillages.

En , le traité de Brétigny cède le Poitou à l'Angleterre. L'évêque de Poitiers, Aymeri de Mons, refuse le serment de fidélité. Le Prince Noir fait son entrée dans Poitiers en . Mais les Anglais en sont chassés en par Du Guesclin. En , Poitiers devint pour quatorze ans l'une des villes où s'est établie la cour du roi de France, et pour cela est définitivement rattachée au domaine royal. Après qu'elle s'est présentée à à Chinon en , c'est dans cette ville que Jeanne d'Arc est soumise à un interrogatoire par les autorités ecclésiastiques. Le roi y fait installer une université, instituée par une bulle du pape le , et les lettres patentes du . Elle comprend quatre facultés en théologie, droit, médecine et arts. À l'issue de la guerre, et Paris reprise aux Anglais, la vie de cour se retire de la ville.

À la fin du , le diocèse de Poitiers s'illustre avec , nommé évêque par en . Celui-ci est conseiller du roi . Souvent en désaccord avec le chapitre, il se consacre à la réparation des églises et monastères de son diocèse (comme l'abbaye Saint-Jouin de Marnes où il fait reconstruire le monastère et le cloître du ), ainsi qu'à la reconstruction du château de Dissay sur les bords du Clain. Il devint par la suite une résidence pour l'évêque de Poitiers jusqu'à la Révolution. En ce lieu, il y fonda une collégiale.

Au début du , le diocèse est traversé par les idées religieuses nouvelles de la Réforme, et les querelles qui en découlent. En effet, Calvin en se lie avec plusieurs personnes appartenant à l'université, au palais ou au clergé. Des répressions ont lieu contre les huguenots dans les années qui suivent. Ceux-ci le pillent le couvent des Jacobins. En , ils se rendent maîtres de Poitiers. Les églises y sont pillées et ravagées comme à Châtellerault. L'armée royale s'empare de la capitale poitevine le , et les habitants sont désarmés, comme dans d'autres villes de la région. En , les troubles recommencent. Condé et Coligny occupent La Rochelle et le Bas-Poitou, base arrière afin de prendre le contrôle du Poitou et notamment de Poitiers. La région connaît beaucoup de sièges et de massacres. En , les huguenots s'emparent de petites villes autour de Poitiers, et tentent le siège de la capitale en vain le . Les protestants sont obligés d'abandonner le Poitou, puis s'implantent en Bas-Poitou à partir de La Rochelle. À l'issue de la Saint-Barthélemy, la peur amène beaucoup de conversions. Les guerres de Religion prennent un caractère de plus en plus politique, et les années à sont rythmées par les avancées des catholiques et des protestants dans la région incarnés par des chefs comme Henri de Navarre et Condé. En , l'édit de Poitiers accorde le droit au culte réformé dans les faubourgs, et dans les lieux occupés par les huguenots. Le , un autre édit rétablit le culte catholique seul à Poitiers et dans les autres villes. L'édit de Nantes permet la mise en place de villes de sûreté pour le culte réformé en Poitou.

Sous le règne d', la paix revient en Poitou. En , les Jésuites s'installent à Poitiers sur l'ordre du roi. La compagnie entre en possession du collège fondé en . Cependant, sous le règne de , en , les huguenots pillent les régions de Châtellerault et Chauvigny. Les conflits religieux amènent de nouveaux troubles, le parti protestant étant fort dans le Poitou. En , vient dans la province afin de lutter contre l'influence de Benjamin de Rohan. Celui-ci s'enfuit, et le traité de Montpellier met fin aux hostilités en . Avec Richelieu, Poitiers est le siège du gouvernement pendant le siège de La Rochelle du au . En même temps, en , une assemblée du clergé de France se réunit à Poitiers et accorde au roi un subside de pour le siège de La Rochelle. Pendant cette période, Henri-Louis Chasteigner de la Roche-Posay est évêque de Poitiers. Sous son épiscopat, de nombreux calvinistes professent la foi catholique. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de théologie, d'éthique, de commentaires de l'Écriture Sainte, ainsi que d'un livret des litanies des saints du Poitou. vignette|150px|Marie-Louise Trichet et Louis-Marie Grignion de Montfort. La période des conflits religieux en Poitou est aussi l'occasion de l'exil d'un nombre assez important de Poitevins, souvent au départ du port de La Rochelle, pour chercher fortune vers les Antilles et La Réunion, le Québec, l'Acadie et la Louisiane.