thumb|upright=1.1|Texte :formulaire latin ;

Usage liturgique :introduction de la Préface ;

Origine :Livre des Lamentations 3, 41

Rite :rite romain, rite byzantin, rite ambrosien, rite gallican, rite mozarabe, rite de Sarum, rite anglican et le reste ;

Document le plus ancien :Tradition apostolique (215).

Image :inscription sur une tour de la Sagrada Família à Barcelone, en qualité de la prière eucharistique.

La locution (latin pour Élevons les cœurs) est une expression latine appartenant au rite romain de l'Église Catholique. Elle sert d'introduction dialogale dans la messe, juste avant la préface qui ouvre la prière eucharistique (ou anaphore) dans la plupart des célébrations liturgiques des églises chrétiennes. Il aurait été inspiré par le Livre des Lamentations 3, 41 : « levemus corda nostra ».

Origine thumb|upright=0.8|Sur le dos de cette statue du , actuellement à la Bibliothèque apostolique vaticane, se trouvent les œuvres d'Hippolyte de Rome y compris le titre de Traditio apostolica en grec. Cette statue était contemporaine de la Traditio apostolica et d'Hippolyte, car sur le trône, il y a un calendrier de Pâques à la base de la souveraineté de l'empereur romain Sévère Alexandre (208 - 222 - † 235), donc à partir de 222 et jusqu'à 333Université d'Oxford, Paweł Nowakowski, The Cult of Saints (E05385) ; voir aussi la rubrique Images en faveur de la liste d'œuvres en grec.. En bref, lorsque cette statue fut sculptée, vivait encore Hippolyte de Rome qui mentionnait le Sursum corda. L'origine exacte du formulaire Sursum corda reste inconnue. Dans les archives, le texte le plus ancien est celui de la Traditio apostolica (Tradition apostolique) écrit en 215. Selon une statue retrouvée en 1551, l'auteur en serait Hippolyte de RomeNotice Bnf ; cependant, plusieurs chercheurs contemporains contestent cette attributionp. 23 - 24. Le texte grec original a été perdu. Seule nous est parvenue la version latine, dont le texte a peu varié au fil des siècles, à l'exception de Gratias agamus domino auquel manque Deo nostro . Selon C. A. Bouman (1950), l'une des versions latines les plus proches de la version grecque originelle est le texte de l'ordination de nouvel évêque, copié sur un palimpseste de Véronep. 34 : manuscrit Verona LV (53), et sans doute utilisé à Rome vers 215 sous le pontificat de Zéphyrinp. 31, note n° 109 : Célébrant : Dominus vobiscum. Assemblée : Et omnes dicant Et cum spiritu tuo. Célébrant : Su[r]sum corda. Assemblée : Habemus ad Dominum. Célébrant : Gratias agimus Domino. Assemblée : Dignum et justum est.

La détermination de l'origine de la Traditio apostolica, qui n'est pas encore achevée, est d'une grande importance. Car, si Hippolyte était l'auteur exact, le formulaire Sursum corda peut être issu de l'héritage de l'ancienne église de Rome. Ce qui reste certain est cependant qu'Hippolyte était le premier témoin concret de son usage à Rome.

Un autre témoignage est la mention de saint Cyprien de Carthage, De dominica oratione (De la prière dominicale), chapitre XXXI, rédigée en 251Notice Bnf :

C'est pourquoi, avant oraison, le sacerdoce prépare dans la préface l'esprit des frères en disant : « Sursum corda », ce à quoi le peuple répond : « habemus ad dominum »Matthieu Smyth, La liturgie oubliée, p. 371, 2003 p. 113, note n° 366 : texte originel en latin de chapitre XXXI.

Il est à noter que, dans ce , l'évêque de l'église d'Occident était autorisé à composer sa propre prière de l'Eucharistie. Le formulaire de dialogue fut officiellement fixé un peu plus tard.

Désormais étaient nombreux les commentaires théologiques sur ce sujet, écrits par des pères spirituels, grâce auxquels le sens du formulaire dans la liturgie fut profondément et sans cesse approfondip. 33 - 34 : saint et Docteur de l'Église Cyrille de Jérusalem († 387)p. 128 - 153, saint Théodore de Mopsueste († 428)p. 154 - 174, saint et Docteur de l'Église Jean Chrysostome († 407)p. 175 - 186 et notamment saint et Docteur de l'Église Augustin d'Hippone († 430)p. 187 - 202, ce qui présente son importance dans la liturgie chrétienne.

Rite romain et son texte Auprès du rite romain, l'usage de Sursum corda était assez ancien, quelle que soit l'origine. Ainsi, la bibliothèque municipale de Cambrai possède un sacramentaire daté du 813Institut de recherche et d'histoire des textes . Ce manuscrit 164, qui est considéré comme une copie fidèle à un sacramentaire octroyé par le pape Adrien à Charlemagne, contient exactement le texte en usage jusqu'ici Titre de manuscrit : IN NOMINE DOMINI HIC SACRAMENTORUM DE CIRCULO ANNI EXPOSITO A SANCTO GREGORIO PAPA ROMANO EDITUM EX AUTHENTICO LIBRO BIBLIOTHECAE CUBICULI SCRIPTUM (voir p. 85). Il s'agit d'un manuscrit du Sacramentarium Gregorianum Hadrianum (sacramentaire romano-franc), qui devint en direct la base de la messe actuelle selon le rite romain y compris Sursum corda. Célébrant : Per omnia sæcula sæculorum. Assemblée : Amen. Célébrant : Dominus vobiscum. Assemblée : Et cum spiritu tuo. Célébrant : Sursum corda. Assemblée : Habemus ad Dominum. Célébrant : Gratias agimus Domino Deo nostro. Assemblée : Dignum et justum est.

La traduction utilisée en français est généralement la suivante : Célébrant : Pour les siècles des siècles. Assemblée : Amen. Célébrant : Le Seigneur soit avec vous. Assemblée : Et avec votre esprit. Célébrant : Élevons notre cœur. Assemblée : Nous le tournons vers le Seigneur. Célébrant : Rendons grâce au Seigneur notre Dieu. Assemblée : Cela est juste et bonVatican, Présentation générale du Missel romain, chapitre 148, le 17 mars 2003 .

Le manuscrit le plus ancien du rite romain date de l'année 750 environ, également copié en Gaule. Il s'agit du manuscrit Vaticanus Reginensis 316, conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane et d'un exemplaire de sacramentaire gélasien (manuscrit) / (transcription)Matthieu Smyth, L'antique prière eucharistique romaine et les autres témoin de cette tradition, 2014 :

INCIP[IT] CANO[N] ACCIONIS Sursu[m] corda. R/ Habemus ad d[omi]n[u]m. Gratias agimus d[omi]n[u]m d[e]o n[ostr]o. R/ Dignu[m] et iustu[m] est.

Par les études d'Antoine Chavasse (1958) et de Jean Deshusses (1971), l'origine de ces deux sacramentaires fut attribuée à un sacramentaire hypothétique et disparu, dit sacramentaire prégélasien et prégrégorien . C'est pourquoi les deux textes sont quasiment identiques.

Il est à noter que, dans l’Ordo romanus primus, rituel de la messe célébrée par le pape et qui avait été rédigé entre la fin du et le début du Anne Baud et Joëlle Tardieu, Organier l'espace sacré au Moyen Âge, 2005 , le Sursum corda était partiellement mentionné : « Per omnia sæcula, aut Sursum corda, aut Gratias ». Comme le mot latin aut signifie ou, il s'agissait d'une façon plus simple. L’Ordo précisait encore que le célébrant faisait son répons jusqu'à ce que le chœur commence l'hymne angelique Sanctus, sans spécifier le texte exactOrdo romanus primus, p. 136 - 139, 1905 .

Trois membres dans le formulaire Sursum corda Ce formulaire se construit de trois membres en dialogue, qui est certainement issu de la spiritualité chrétienne en présence du sacrifice eucharistique. En dépit d'un simple formulaire, sa composition est assez compliqué : mélange des textes inspirés par l'Ancien Testament et le Nouveau Testament ainsi que, selon un certain nombre de spécialistes, de la tradition de la liturgie juiveLes chercheurs se disputent au regard de l'influence de la liturgie juive, surtout sur la ressemblance entre la prière eucharistique et la prière juive devant le repas.. Dominus vobiscum. R/ Et cum spiritu tuo.Le premier terme est un passage du Livre de Ruth chapitre II, 4 : « et ecce ipse veniebat de Bethleem dixitque messoribus Dominus viscum » (le mot de Boaz aux moissonneurs). La réponse de l'assemblée demeure tout à fait une création dans le contexte du christianisme, avec le terme Esprit-Saint. Il semble que ce court répons fût inspiré par la deuxième épître aux Corinthiens chapitre XIII, 13 « et communicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis. » (que ... et la communication du Saint-Esprit, soient avec vous tous). Sursum corda. R/ Habemus ad Dominum.Ce deuxième membre aurait été inspiré par le Livre des Lamentations III, 41 : « levemus corda nostra cum manibus ad Dominum in cælos. »p. 28, note n° 92p. 32 ; voir aussi Épître aux Colossiens III, 1 : « quæ sursum sunt quærite, ubi Christus est in dextera Dei sedens : ». S'il n'est pas certain que ce membre soit issu du judaïsme (aucun formulaire juif), il existe une piété synagogale qui s'appelle kavanah : « diriger le cœur vers le Père qui est au ciel ». Néanmoins, ce point de vue est toujours disputé par les chercheurs qui considèrent qu'il s'agit tout à fait de la tradition chrétienne. Gratias agamus Domino Deo nostro. R/ Dignum et iustum est.Ce membre d'invitation par le célébrant est présumé, en fait, comme un rituel juif pratiqué en faveur de la bénédiction. Au contraire, le répons de l'assemblée n'est pas identique à celui du judaïsme. En dépit des recherches des spécialistes, on ignore son origine de texte.

Sursum corda dans la structure de la préface Dans ses catéchèses, Cyrille de Jérusalem († 387) expliquait le mystère de la préface qui est bien structurée. Le Sursum corda précédant celle-ci est, d'après lui, le commandement spirituel avant de chanter le Sanctus qui suit la préface. Lorsque l'assemblée écoute et accepte ce commandement de tout cœur, elle se prépare à participer au chœur céleste des anges chantant le Sanctus (Livre d'Isaïe VI, 3), qui fit comprendre la surnature dans la liturgie de l'Eucharistie, dont le sommet est la transsubstantiationp. 151 - 153.

Usages issus du rite romain Cette prière est en outre utilisée auprès de l'église anglicane qui adopta le Sursum corda en traduction anglaise. En effet, le premier livre de chant liturgique, The Book of Common Praier noted sorti en 1550 par le compositeur John Merbecke, contenait la version en anglais Diane McColley, Poetry and Music in Seventeenth Century England, p. 69, Cambridge University Press 1997 .

En traduction, l'utilisent l'église luthérienne et l'église méthodiste unie aussi, qui n'acceptent plus le dogme de la transsubstantiation.

D'autres rites de l'église d'Occident vignette|344x344px|Louis-Janmot sursum-corda Il existait, avant que le rite romain selon le sacramentarium Gregorianum Hadrianum ne remplace d'autres liturgies catholiques, plusieurs rites auprès de l'église d'Occident qui aussi employaient, avec une diversité, la formule Sursum corda.

Le rite irlandais, disparu après la promotion du pape Grégoire le Grand († 604) pour la règle de saint Benoît, n'employait pas, exceptionnellement, le formulaire Sursum corda. S'il reste peu de manuscrit, le missel de Bobbio est un exemplaire rare qui ne contient pas ce formulairep. 56, note n° 169Titzhak Hen, The Bobbio Missal : Liturgy and Religious Cultur in Merovingian Gaul, p. 151, note n° 75, Cambridge University Press 2004 . Le rite de Sarum, établi à la suite de l'arrivée de Guillaume le Conquérant en 1066, faisait pratiquer Sursum cordaWilliam Maskell, The Ancient Liturgy of the Church of England, p. 113, 1844 . Ce rite était issu d'un mélange entre le rite de Rouen et la liturgie locale britannique.

En ce qui concerne le rite gallican, on ignore ce qui était en usage dans les premiers siècles. Or, sa messe solennelle du , qui était célébrée avant que le Gregorianum Hadrianum ne la remplace officiellement, utilisait le Sursum corda comme prière eucharistique, sans doute sous influence du sacramentaire gélasienL'origine de ce texte reste floue. En effet, l'évangélisation de la Gaule fut effectuée par des prêtres grecs tel Irénée de Lyon. D'ailleurs, avant l'adoption du rite romain par le Pépin le Bref, le sacramentaire Gélasien, déjà très complet, y était installé par les moines..