Pierre de Bonzi, ou Pierre de Bonsi, Pierre de BonsySaint-Simon, Mémoires, tome 11, 136., Pierre de BonzyC. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 363 ou encore en italien Piero Bonsi, né à Florence le , mort à Montpellier le C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 259C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 272R. Cazals, D. Fabre, Les Audois ..., 72., est un prélat français d'origine italienne.

Dernier membre d'une lignée florentine qui occupa le siège épiscopal de Béziers près de cent ans, il fut remarqué par un autre italien, Mazarin, lors des conférences qui précédèrent la paix des Pyrénées. D'abord au service du Grand-duc de Toscane Ferdinand II de Médicis, il négocia le mariage de son fils Cosme III et de la cousine germaine de Louis XIV : Marguerite-Louise d'Orléans. Celui-ci le nomma son ambassadeur à Florence, puis à Venise. Envoyé deux fois en Pologne pour des tractations autour de l'élection du roi, sa dernière mission fut à Madrid auprès du roi d'Espagne.

Il fut récompensé de ses efforts diplomatiques par le chapeau de cardinal. Courtisan, ambitieux, peu scrupuleux, d'abord proche du surintendant Fouquet, il fut ensuite l'affidé de Colbert. Sa nomination à l'archevêché de Toulouse le rendit de facto maître des États de Languedoc, puis de droit lorsqu'il devint archevêque de Narbonne. Tout puissant dans la province grâce à ses fonctions et à ses alliances familiales, il fut plus soucieux de mener la vie d'un grand seigneur que de poursuivre l'action pastorale de ses prédécesseurs. Il eut finalement l'imprudence d'afficher publiquement sa liaison avec de Ganges, ce dont profita l'intendant Bâville pour ruiner son crédit auprès de Louis XIV. Malade, de plus en plus diminué, il ne put empêcher l'exil de sa maîtresse, ni la mainmise sur le pouvoir provincial de son rival.

Saint-Simon a laissé de lui un portrait émouvant.

Biographie

Origines et jeunesse

Fils de Francesco, comte de Bonzi, sénateur de Florence, ministre du roi à Mantoue, et de Cristina, comtesse Riario, Pierre de Bonzi descendait par ses ancêtres maternels, Catherine Sforza et son aïeule Blanche Marie Visconti, des ducs de Milan, les Sforza et les Visconti ; en outre, les Riario étaient alliés aux Della Rovere de SavoneVoir la généalogie des Riario : . Cristina était l'aînée du comte Giulio Riario, patricien de Bologne et de Venise : celui-ci, si l'on excepte un fils naturel, n'eut que des filles. Est-ce l'origine des prétentions que le jeune Piero Bonsi essaya de faire valoir, comme le rapporte l'Histoire générale de Languedoc ? Notons aussi qu'issu de Blanche Marie Visconti, nièce de Valentine Visconti, il pouvait se dire cousin de Louis XIV (avant que le chapeau de cardinal ne lui donnât ce titre).. Probablement pour souligner cette origine prestigieuse, son blason maria à la fois les armes des Bonzi, celles des Riario et des Visconti. Ce blason se décrit ainsi : « écartelé, aux 1 et 4 d'or au chef d'azur chargé d'une quintefeuille du premier (Riario) ; aux 2 et 3 d'argent à la guivre d'azur, couronnée d'or, issante de gueules (Visconti) ; sur le tout d'azur à une roue sans jante à huit rayons d'or (Bonzi) ».

Quant à sa famille paternelle, elle accaparait l'évêché de Béziers depuis 1575. Thomas I de Bonzi, venu à la suite de Catherine de Médicis (dont le mariage avait été négocié pour son oncle le pape Clément VII par , évêque de Terracine) et de Laurent Strozzi, fut d'abord le vicaire général de celui-ci, puis de Julien de Médicis à Béziers ; il leur succéda en 1575. Vinrent à sa suite Jean de Bonzi (cardinal en 1611), Thomas II de Bonzi, puis Clément de BonziC. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 271-272 ; XIII, 494.Saint-Simon, Mémoires, tome 11, 135..

Naturalisé français en avril 1637, Pierre de Bonzi fut envoyé avec sa sœur Élisabeth, auprès de son oncle Clément de Bonzi, qui se chargea de leur éducationC. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, 494-495..

Carrière ecclésiastique

L'ascension de Pierre de Bonzi dans les emplois ecclésiastiques est concentrée sur un temps très court, une quinzaine d'années courant entre sa consécration comme évêque de Béziers (1659) et son accession au siège de Narbonne (1673), en passant par sa nomination comme archevêque de Toulouse (1669), grand-aumônier de la reine (1670) puis au cardinalat (1672). Cette période correspond à son activité diplomatique : ces dignités viennent récompenser les efforts qu'il a déployés au service de la politique étrangère de Louis XIV.

Destiné à l'Église, il fut cependant un temps tenté par les armes : il revint en Italie pour revendiquer des biens qui avaient appartenu à sa famille, portant dans le monde le nom de baron de Castelnau. Il n'entra qu'à l'âge de vingt-quatre ans dans les ordres, sur la foi d'une prédictionSur la requête de son oncle, des lettres de dispense spéciale avaient suspendu en sa faveur l'ordonnance qui défendait aux évêques étrangers de prendre des grands vicaires qui ne fussent pas « Français naturels » (C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, 495). ; l'année suivante il fut député à l'assemblée du clergé, où il eut la fonction de promoteur (1656)É. Spanheim, Relation de la cour de France en 1690, 429, note 3, d'après Dunoyer, Lettres, XI..

Louis XIV, alors à Saint-Jean-de-Luz à l'occasion de son mariage avec l'infante Marie-Thérèse, le nomma évêque de Béziers, le siège ayant été rendu vacant par la mort de son oncle () : Pierre devint ainsi le cinquième et dernier membre de la famille de Bonzi à l'occuper. Le souverain lui donna aussi les abbayes que possédait son oncle, celles d'AnianeC. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 452. et de Saint-Sauveur de Lodève. Il ne fut sacré que le Saint-Simon, Mémoires, tome 11, 136, d'après la Gazette, 1660, 1249.C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 259. Mais 272 on lit qu'il prêta serment au roi le 2 septembre 1659 dans la chapelle de Marly, ayant été sacré le dimanche précédent par François Dubosquet, évêque de Montpellier, ce qui est doublement étonnant, pour les dates, et le fait que le château de Marly ne fut commencé qu'en 1679 ....

thumb|left|250px|Pierre de Bonzi fut archevêque de Narbonne de 1673 à sa mort, en 1703

Le , il fut transféré sur le siège archiépiscopal de Toulouse (il ne fit son entrée dans sa métropole que le ou le C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 364 donne le 9 avril ; le tome XIII, 498 le 9 août.), puis sur celui de Narbonne en octobre 1673 (il prêta serment de fidélité au roi le ), assumant, en conséquence, la charge de président-né des États de LanguedocC. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, 509..

Pierre de Bonzi devint grand aumônier de la reine Marie-Thérèse le après la mort de l'évêque de Langres. Deux ans plus tard (), il fut créé cardinal-diacre par Clément X sur présentation du roi de PologneMadame de Sévigné écrit à de Grignan le mars 1672, de Livry : L'archevêque de Toulouse a été fait cardinal à Rome ; et la nouvelle en est venue ici dans le temps qu'on attendoit celle de Monsieur de Laon. C'est une grande douleur pour tous ses amis. On tient que Monsieur de Laon s'est sacrifié pour le service du Roi, et qu'afin de ne pas trahir les intérêts de la France, il n'a point ménagé le cardinal Altieri, qui lui a fait ce tour. On espère que son rang pourra revenir, mais cela est long, et c'est toujours ici un dégoût. Monsieur de Laon, ou plutôt César d'Estrées, reçut le chapeau deux ans plus tard. Madame de Sévigné, Lettres, t.I, Coll. de La Pléiade, Gallimard, Paris, 1953., mais il ne reçut le chapeau que le , après l'exaltation d'Innocent XI, au titre de Saint-Onuphre-du-JaniculeIl le resta au moins jusqu'en 1686. Il y a ensuite une incertitude sur le titre porté par Pierre de Bonzi durant la période 1686-1689 (G. Caterbi, La chiesa di S. Onofrio e le sue tradizioni religiose, storiche, artistiche e letterarie, Tipografia Forense, Rome, 1858, 17), qui a pu provenir de ce que son successeur au titre de Saint-Onuphre, Guillaume-Egon de Furstenberg, a été créé cardinal en 1686, mais n'a très probablement reçu le chapeau qu'en 1689., puis devint en 1689 un court moment cardinal-prêtre de Saint-Pierre-aux-Liens et la même année de Saint-Eusèbe. Il participa aux conclaves qui élurent Innocent XI, Alexandre VIII et Innocent XII mais, malade, il ne se rendit pas à celui de 1700 (Clément XI)Saint-Simon, Mémoires, tome 11, 138.G. Caterbi, La chiesa di S. Onofrio e le sue tradizioni religiose, storiche, artistiche e letterarie, Tipografia Forense, Rome, 1858, 17. ..

Lors de son entrée au Sacré Collège, il se démit de l'abbaye de Saint-Sauveur de Lodève en faveur de Valentin de Bigorre. Plus tard, il obtint en commende plusieurs abbayes : Valmagne (1680) et Saint-Chaffre, qu'il céda par la suite toutes deux à son neveu, Armand Pierre de La Croix de Castries, en en conservant cependant les revenus (retentis fructibus), en 1698 pour la première, durant l'hiver 1702 - 1703 pour la seconde ; Mortemer en NormandieC. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, IV, 363, 573 et 618. La liste consignée p. 573 comporte une bizarrerie dont ne semblent pas avoir eu conscience les auteurs : le neveu de Pierre de Bonzi, Armand Pierre de La Croix de Castries est à la fois le prédécesseur et le successeur de son oncle comme abbé de Saint-Chaffre, comme s'il y avait deux personnages distincts. Il est plus vraisemblable qu'il y ait eu un mélange de dates, et qu'Armand Pierre n'ait jamais été abbé avant le cardinal de Bonzi..

En 1674, il acheva l'installation de deux prêtres de la doctrine chrétienne à Notre-Dame de Marceille, qui leur avait été donnée par son prédécesseur François Fouquet, pour y diriger le pèlerinage local et recevoir les ecclésiastiques en retraite spirituelle, 124.. Comme premier ecclésiastique de la province, il présida une grande cérémonie, entouré de plusieurs évêques, en , à Castelnaudary, à l'occasion de la mise en eau du canal royal de Languedoc (canal du Midi)C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, 515..

Il fut nommé par Louis XIV commandeur de l'ordre du Saint-Esprit lors de la promotion du . Il fut chargé par le pape Innocent XII en tant que commissaire du Saint-Siège, avec l'approbation du roi, de diriger l'enquête qui aboutit au démembrement du diocèse de Nîmes et à l'érection de celui d'Alès (1693 - 1694)C. Devic, J. Vaissète, Histoire générale de Languedoc, XIII, 645-651..

Prélat bâtisseur

thumb|250px|Aile ouest de l'abbaye de Valmagne, partie reconstruite par le cardinal de Bonzi

Pierre de Bonzi eut le goût des bâtiments. On lui doit notamment l'édification du palais épiscopal de Béziers, confié aux maîtres maçons et architectes Guillaume Prudhomme et Massé SébronJ.-M. Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, 1996, 169. ; de l'hôpital général (1678) et du grand séminaire de Narbonne ; de la nouvelle abbatiale de l'abbaye d'Aniane, dont il posa la première pierre le , fit la bénédiction et consacra le grand autel le . Il fit aussi réaménager l'abbaye de Valmagne, la dotant d'un bel escalier, rehaussant d'un étage le cloître, créant un jardin à la française, 30-31..

Il offrit, puis consacra le le maître-autel de la cathédrale Saint-Just-et-Saint-Pasteur, dessiné par Hardouin-Mansart et exécuté par un sculpteur narbonnais, Lauzel ou LancelJ. Michaud, A. Cabanis, Histoire de Narbonne, 216.J.-M. Pérouse de Montclos, Languedoc-Roussillon, 1996, 362..