Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte, prince impérial, dit Louis-NapoléonCertains ouvrages lui attribuent le prénom Napoléon-Eugène, comme les Histoires héroïques des Français racontés à Napoléon-Eugène, Prince impérial parues en 1863., né le à Paris et mort le au pays zoulou (actuelle Afrique du Sud), est le fils unique de , empereur des Français et de son épouse, l'impératrice Eugénie.

Appelé Louis par ses parents, il signe Napoléon après la mort de son père, le , au lieu de Louis-Napoléon précédemmentJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 2004, .. Il est parfois désigné sous le nom de « »Alain Frerejean, , un destin brisé (1856-1879), éd. Albin Michel, 1997. et surnommé « Loulou ».

En exil, il use parfois du titre de courtoisie de comte de Pierrefonds, déjà utilisé par son père, du nom du château médiéval que celui-ci fit restaurer par Viollet-le-Duc. S'étant engagé dans les troupes britanniques d'Afrique australe, il est tué durant la guerre anglo-zouloue lors d'un combat contre les guerriers zoulous.

Sous le Second Empire Naissance et baptême thumb|left|redresse|Le prince impérial et sa mère par Franz Xaver Winterhalter, 1857. thumb|redresse|Les quatre Napoléon (collage, vers 1858). La naissance du prince est très pénible pour l’impératrice Eugénie : on doit recourir aux forceps, qui lui fracturent le bassin. Sa vie durant, l’enfant portera au front la trace des fers. La ville de Paris offre au prince un berceau orné des armes de l’EmpireToujours visible au musée Carnavalet..

Le , il est baptisé en grande pompe à Notre-Dame de Paris par le cardinal-légat Patrizi, représentant le pape. Paraphrasant la phrase célèbre d' « Paris vaut bien une messe », dit de la cérémonie : « Un tel baptême vaut bien un sacre ». Le parrain est le pape , la marraine la reine Victoria d’Angleterre, amie de l'impératrice. Mais Victoria étant de religion anglicane, c'est la reine de Suède Joséphine, fille d’Eugène de Beauharnais et cousine de l’empereur, qui la représente.

L’acte de baptême est rédigé sur le registre de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, dont dépend la chapelle des Tuileries. L'enfant est dit « fils de France », titre repris de l’Ancien régimeJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 1997, ., que avait utilisé pour le roi de Rome. Brièvement envisagée, l'idée de donner au prince le titre de roi d’AlgerCe titre est inspiré de celui de roi de Rome. est abandonnéeJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 1997, ..

Éducation thumb|redresse|Le général Frossard pendant la guerre de Crimée (Imperial War Museum).

L’éducation du prince impérial doit être irréprochable. Miss Shaw, venue d'Angleterre, s'occupe de l'enfantJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 1997, ., lui apprenant l'anglais dès son plus jeune âge. refuse de le réprimander. L'impératrice compense cette faiblesse et impose des règles d'éducation strictes.

L'empereur veut immédiatement placer son héritier sous la protection de l'armée. Dès le , le prince est immatriculé au registre des enfants de troupe, au des grenadiers de Garde impériale. À deux ans, le couturier Staub lui confectionne un uniforme. Le , un ancien cuirassier, Xavier Ulhmann, est attaché au prince comme valet de piedChristian Fileaux, Revue du Souvenir napoléonien, , --, à 59., il ne le quittera plus.

Le petit prince peut entrer à toute heure dans le cabinet de l'empereur, sans aucun protocole. On doit le vouvoyer et les cent-gardes le saluent.

Très jeune, il est associé aux manifestations du régime. Il assiste aux cérémonies officielles, telles l'ouverture de la session législative ou la réception d'ambassadeurs (comme, en 1861, ceux du Siam). Le , au retour de la campagne d'Italie, il assiste au défilé triomphal des troupes sur la place Vendôme, assis sur le devant de la selle de . En 1860, pour célébrer la victoire, il accompagne l'impératrice à un Te Deum à Notre-Dame de Paris. La foule l'acclame à chaque cérémonie publique. Il est aimé du peuple et sa popularité sert le régimeLa chanson L'empereur, sa femme et le petit prince témoigne de la popularité de la famille impériale à cette époque.. Régulièrement, en août, l'empereur l'amène au camp de Châlons pour le faire connaître de l'armée. Il s'y rend pour la première fois à l'âge de quatre ans. Il suit les manœuvres dans une petite voiture puis sur un poney.

Madame Bruat, née Caroline-Félicie Peytavin et veuve de l'Amiral Burat, ainsi que Madame Bizot, née Sophie de Lochner et veuve du général Michel Bizot, sont nommées gouvernantes du Prince impérial par décrets de Napoléon III datés du 4 et .

vignette|redresse|gauche|Le chemin de fer du prince impérial, construit au château de Saint-Cloud, est un des divertissements du prince (photographie de Charles-Louis Michelez de 1859). À l'âge de sept ans, on lui attribue comme précepteur Francis Monnier, professeur au collège Rollin. Mais sa méthode pédagogique n'a pour effet que de lui faire prendre du retard. Le , Monnier est remplacé par le général Frossard, un officier du Génie froid et sévère. À partir d', un jeune universitaire de qualité, Augustin Filon (1841-1916), est nommé précepteur principal. Il fait rattraper son retard au prince en quelques années. Un autre professeur, Ernest Lavisse (qui deviendra plus tard l'un des responsables de l'université républicaine), est nommé précepteur adjoint.

S'il n'y est pas élève, le prince prend part aux devoirs et aux compositions du lycée Bonaparte (actuel lycée Condorcet). En 1868, il effectue l'une de ses premières apparitions publiques en présidant le banquet organisé par le lycée à l'occasion de la Saint-Charlemagne.

Le prince manifeste une grande sensibilité artistique. Il s'avère doué pour le dessin et la musique. Mais on n'encourage pas ces dispositions.

Bien qu'il ne fréquente pas l'école publique, le prince impérial joue avec des enfants de son âge. Dans une pièce située au premier étage du pavillon de Flore, il se divertit en compagnie de Louis Conneau, né la même année que lui, fils du médecin et ami de Henri Conneau.

Pour son treizième anniversaire, le prince impérial est promu sous-lieutenant. Il peut désormais revêtir l'uniforme d'officier lors des cérémonies officielles.

Le , il fait sa première communion. Le service du protocole se penche sur les Mémoires de Saint-Simon et ressuscite le cérémonial jadis utilisé, en pareille circonstance, pour le duc de Bourgogne, petit-fils de Jean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 1997, ..

En 1869, le prince et l'impératrice se rendent en Corse pour célébrer le centenaire de la naissance de . Le , quand le prince débarque à Ajaccio, des dizaines de milliers de voix entonnent L'AjaccienneJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 1997, .. Quand il visite la maison natale de son grand-oncle, l'enthousiasme du peuple est à son comble. Mal contenue par une police débordée, la foule se presse autour de lui et manque de l'étouffer. Mais le prince déclare calmement : « Laissez-les entrer, ils sont de la famille. »

Guerre de 1870 thumb|redresse|Le prince impérial en , vêtu de son uniforme de sous-lieutenant d'infanterie (CDV, cliché Le Jeune).

La guerre franco-prussienne éclate en 1870. Le , annonce dans une proclamation au peuple français : .

Le , l'empereur et le prince partent pour Metz. La suite du prince comprend deux aides de camp : le commandant Lamey et le commandant Clary, petit-neveu des reines d'Espagne et de Suède, auquel l'Empereur tenait à manifester sa confianceJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 2004, .. L'impératrice assure la régence.

Le , le prince assiste à la bataille de Sarrebruck, où il reçoit le baptême du feu. envoie un télégramme à l'impératrice : « Deux août. Louis vient de recevoir le baptême du feu : il a été admirable de sang-froid, il n'a été nullement impressionné. Il semblait se promener au bois de Boulogne. Il a conservé une balle tombée auprès de lui. Il y a des hommes qui pleuraient en le voyant si calme ». Croyant bien faire, le chef du gouvernement Émile Ollivier rend public ce message qui devait rester privé. Cette maladresse a des résultats catastrophiques et tout Paris se gausse de « l'enfant de la balle »Une chanson fait le tour de Paris : Et le petit prince ramassait les balles… Qu'on avait mises là tout exprès. Alain Gouttman, La grande défaite, 1870-1871, éd. Perrin, 2015, .. Le prince suit ensuite son père à Metz, Rethel, puis Tourteron.

Après la chute du Second Empire Exil thumb|redresse|Le prince impérial au début des . thumb|gauche|La famille impériale en exil en Angleterre, 1872. Après la défaite de Sedan et la proclamation de la le , le prince se réfugie en Belgique. Il débarque à Douvres avec trois aides de camp puis gagne Hastings, où sa mère le rejoint le . Ils logent dans un hôtel de second ordre, le Marine Hotel, où avait résidé trente ans auparavant. Le prince de Galles leur offre l'hospitalité de Chiswick House, sa maison de campagne.

Le , l'impératrice et le prince emménagent à Camden Place, une petite propriété située près de Londres. Le , la reine Victoria et sa fille, la princesse Béatrice, rendent visite aux exilés.

vignette|redresse| et son fils en exil à Londres en 1872. Photographie du studio William et Daniel Downey à Londres. Le , l'armistice est signé avec l'Allemagne. Le , l’empereur déchu arrive à Douvres.

Le prince est profondément affecté par les événements de la Commune de Paris, en . L'abbé Deguerry, avec qui il avait fait sa première communion, a été fusillé après avoir été pris en otage.

Formation militaire Le prince est admis le à l'Académie militaire royale de Woolwich, après avoir passé l'examen d'entrée ( sur 30) avec son ami Louis Conneau. Il se destine à l'artillerie, arme où débuta son grand-oncle.

Beaucoup de ses partisans souhaitent qu'à sa prochaine majorité, le nouveau Napoléon quitte l'uniforme anglais pour se consacrer à ses devoirs de prétendant officiel. Mais le prince préfère achever ses études. Il obtient le grade d'officier artilleur. À l'examen final de 1875, il est classé sur 34. Le , au soir de la proclamation des résultats, il est porté en triomphe par ses camarades. Il occupe la première place en équitation et en escrimeLa pourpre et l'exil, L'aiglon et le Prince impérial, éditions de la Réunion des musées nationaux, 2004, ..

Représentant de la cause impériale Héritier de la quatrième dynastie Bonaparte

Après la mort de en 1873 et la majorité du prince en 1874, les bonapartistes reconnaissent en lui l'héritier dynastique de la famille Bonaparte. Le prince assume ce rôle et signe désormais Napoléon. Certains bonapartistes désignent déjà le prince du nom de « ».

Pendant les , on envisage de marier le prince à la princesse Thyra de Danemark, fille cadette du roi et sœur de la princesse de Galles et de la grande-duchesse héritière de Russie. L'impératrice Eugénie et la reine Victoria songent à une union avec la fille de cette dernière, la princesse BéatriceJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 2004, .. Mais le prince confie à ses proches qu'il désire une épouse qui lui plaise vraiment et à qui il restera fidèleJean-Claude Lachnitt, Le Prince impérial, , éd. Perrin, 2004, ..

Idées politiques et sociales Très tôt, le prince couche par écrit certaines de ses idées politiques et sociales. Il a pleine conscience de la gravité des problèmes. Ses cahiers foisonnent d'ébauches et de projets. Ainsi : il s'exprime pour l'égalité des citoyens face au service militaire et souhaite la fin du remplacement ; il désire faire émerger une aristocratie du mérite ; il souhaite une réelle décentralisation, que traduirait la création de votant chacune leur budget ;