vignette|La prison d'Amiens après le bombardement. L’opération Jéricho est le nom donné à un raid aérien effectué pendant la Seconde Guerre mondiale, le par la Royal Air Force (la RAF) qui bombarde la prison d'Amiens, afin officiellement de libérer des agents secrets alliés et des résistants français. Cette opération fait près de parmi les prisonniers.

Organisation de l'opération

Officiellement, l'opération est menée pour permettre l'évasion d'agents secrets alliés et de résistants français prisonniers de la prison ; il est même précisé que l'exécution de certains d'entre eux est prévue le .

L'opération était connue sous le nom de , parfois surnommée « opération Renovate », du nom du mot-code devant éventuellement en marquer l'abandon en cours d'action. Le nom Jéricho n'apparait qu'après le conflit, en 1946, lorsque la RAF diffuse sous ce nom un film retraçant ces évènements.

Attaque L'attaque est organisée pour être menée par trente deux avions de la RAF : dix-huit du ; couverts par quatorze Hawker Typhoons des , conduits par le pilote belge Raymond Lallemant, dont le sobriquet était « Cheval ». Les Mosquitos sont répartis en trois vagues, la troisième étant chargée de combler toute déficience potentielle des deux premières, qui ont des objectifs plus précis. Toutefois, les conditions météorologiques sont mauvaises, et sept Typhoons et six Mosquitos, après avoir perdu de vue leur convoi, repartent à leur point de départ. Il ne reste plus que dix-neuf appareils pour la suite de l'opération. La Luftwaffe réagit avec les du qui abattent à Saint-Gratien le Mosquito du commandant de l'attaque et un Typhoon de l'escorte.

Sur les lancées, 23 tombent dans l'enceinte de la prison, tandis que ne ratent l'objectif que de peu. Le bâtiment principal est gravement touché, une énorme plaque de béton s'effondre et une centaine de prisonniers sont tués sur un total de 700 prisonniers, détenus de droit commun et politiques. Les quatre dernières bombes ne font des dégâts qu'à une distance de de la prison. Un autre Mosquito de la filme la prison après le raid.

. Il est indiqué que 250 prisonniers profitent de la destruction de l'enceinte pour prendre la fuite.

Un second Mosquito est touché au retour de l'opération, le navigateur étant tué, et son pilote fait prisonnier ; enfin, un second Typhoon disparaît au-dessus de la Manche.

Participation de la résistance française Deux combattants français, plus tard compagnons de la Libération, sont impliqués dans l'opération : Dominique Ponchardier, un des chefs du réseau de renseignements « Sosie » , et Philippe Livry-Level, navigateur à bord de l'un des MosquitosColonel Rémy, L’opération Jéricho, Paris, France Empire, 1954, Presse Pocket, 1963 et Éditions de Crémille, 1972..

Analyses après guerre

Justification En 1969, l'émission de télévision Les Dossiers de l'écran, commentant le film de Henri Calef Jéricho, ouvre un débat sur la moralité de l'opération : sauver une trentaine de résistants était-il une justification suffisante pour monter une opération qui se solda par une centaine de morts, presque uniquement des prisonniers français ?

Le colonel Rémy, qui rapporte dans son ouvrage L'opération Jéricho le témoignage de Philippe Livry-Level, et René Chapelle, alors adjoint de Dominique Ponchardier au réseau Sosie, défendent la justesse de l'opération face aux rescapés du bombardement, dont les opinions sont plus partagées.

Une opération liée à Fortitude ? En 1997, l'écrivain picard Michel Talon lie une première fois l'opération Jéricho et l'opération Fortitude, cette dernière étant destinée à induire en erreur les services de renseignement allemands sur le lieu réel du débarquement allié, prévu pour la fin du printemps.

En 2005, Jean-Paul Ducellier, auteur d'ouvrages sur les opérations aériennes de 1939 à 1944, publie à son tour une analyse remettant en cause les buts officiels de l'opération JérichoJean-Paul Ducellier, « La manipulation d'Amiens : pourquoi bombarder une prison en 1944 ? », Le Fana de l'aviation, , .. En l'absence de condamnés à mort dans la prison au moment de l'attaque, et d'autres éléments nébuleux, Ducellier pense lui aussi que cette opération s'est inscrite dans le cadre de l'opération Fortitude. Cette attaque sur la prison d'Amiens aurait servi à faire croire au contre-espionnage allemand que, parmi les personnes emprisonnées à Amiens, se trouvaient des résistants dont les Allemands n'avaient pas soupçonné l'importance, et que ces personnes étaient dans la connaissance d'un débarquement à venir sur les plages du Pas-de-Calais, département dont la limite sud est située à une trentaine de kilomètres au nord d’Amiens.

En 2017, l'ancien résistant François Raveau - et ami de Dominique Ponchardier - indique dans son livre autobiographique d'entretiens avec Michel Mollard Je suis le chat qui va tout seul... qu'un ancien officier britannique a avoué plus de cinquante ans après le raid - à l'occasion de l'ouverture imminente d'archives britanniques - à l'un des survivants que . Il remet ainsi en cause le récit fait par le colonel Rémy, soulignant que ce sont les Britanniques qui ont commandité l'attaque de la prison , et non l'inverse.

Filmographie et jeux vidéo Jéricho, film d'Henri Calef, 1946. Heroes over Europe, jeu vidéo de 2009 sur PC, Xbox 360 et PS3. Une mission lui est consacrée.

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie Alain Decaux, « Opération Jéricho », dans Histoires extraordinaires, Paris, Perrin, 1993 Raymond Lallemant, Rendez-vous avec la chance, Editions j'ai lu, 1964. Colonel Rémy, L’Opération Jéricho, Paris, France Empire, 1954, Presse Pocket, 1963 et Éditions de Crémille, 1972. Robert Laman: The Jail Busters – The Secret Story of MI6, the French Resistance and Operation Jericho, 1944. Quercus editions, 2014, . J. P. Ducellier: The Amiens Raid Secrets revealed. Red Kite, 2011, .

Articles connexes

Histoire d'Amiens Liste des opérations lors de la Seconde Guerre mondiale Chronologie de la France pendant la Seconde Guerre mondiale

Liens externes Ordre de la Libération, Dominique Ponchardier

Jericho Jéricho Catégorie:Mémoire de la Seconde Guerre mondiale dans la Somme Catégorie:Picardie (1939-1945) Catégorie:1944 en France Catégorie:Février 1944 Catégorie:Amiens pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Nom de code