La virée de GalerneElle tire son nom d'un vent de nord-ouest (noroît), froid et humide, qui souffle en rafale sur l'ouest de la France, le vent de Galerne ou gwalarn, en breton. est une campagne militaire de la guerre de Vendée pendant la Révolution française qui s'est déroulée dans le Maine, en Bretagne, en Normandie et en Anjou.
L'expédition est lancée par l'armée catholique et royale après sa défaite à la bataille de Cholet le . Acculés sur les bords de la Loire par les forces républicaines, les Vendéens franchissent le fleuve avec des milliers de blessés, de femmes et d'enfants. Ne rencontrant que de faibles résistances, ils s'emparent de Laval le . Après plusieurs victoires, les Vendéens se rendent à Granville, sur les côtes de la Normandie, dans l'espoir de voir débarquer des renforts de la part des Britanniques et des émigrés. Mais le siège est un échec et l'armée vendéenne subit une lourde défaite au Mans le , avant d'être anéantie à Savenay le . Les combats, les maladies et les massacres causent la mort de dizaines de milliers de Vendéens, hommes, femmes et enfants.
La virée de Galerne est également à l'origine de la Chouannerie. Plusieurs insurgés locaux ayant rallié les Vendéens pendant l'expédition poursuivent ensuite la guérilla au nord de la Loire.
La déroute des Vendéens à Cholet
vignette|gauche|La Déroute de Cholet par Jules Girardet, 1883, Musée d'art et d'histoire, Cholet. À la fin du mois d', après une campagne planifiée par le général Kléber, les forces républicaines de l'armée de l'Ouest et de l'armée de Mayence sont parvenues à coordonner correctement leurs attaques et à prendre les forces vendéennes en étau. Encerclée, l'armée catholique et royale d'Anjou et du Haut-Poitou tente une résistance presque désespérée et livre une bataille décisive à Cholet le . Mais, battue à la fin de la journée, elle n'a d'autre choix que de se replier sur Beaupréau au nord, seule route encore libre, puis Saint-Florent-le-Vieil où elle se trouve acculée sur les bords de la Loire.
La traversée du fleuve est cependant possible. En effet, pendant la bataille, le général vendéen Antoine-Philippe de La Trémoïlle, prince de Talmont, traverse la Loire avec et occupe Varades pour garder l'accès à la Bretagne et au Maine en cas de défaite. Sans en recevoir l'ordre, guidés uniquement par la panique, les Vendéens s'emparent de toutes les barques disponibles. Pendant les journées du 17 et du , l'armée tout entière traverse le fleuve ; seule une femme se noie. Lorsque, pendant la nuit du , l'avant-garde républicaine entre dans Saint-Florent, tous les Vendéens ont disparu.
Cependant, ces derniers ont perdu plusieurs de leurs meilleurs généraux pendant les affrontements à Cholet. Ainsi, le général Louis de Salgues de Lescure est grièvement blessé par une balle reçue à la tête lors de la bataille de La Tremblaye le . Charles Artus de Bonchamps meurt des suites de ses blessures le soir du après avoir empêché le massacre de républicains à Saint-Florent-le-Vieil, prisonniers qui ont ensuite été relâchés. Quant au général en chef Maurice Gigost d'Elbée, il est lui aussi grièvement blessé à Cholet, presque au même moment et au même endroit que Bonchamps. N'étant plus en mesure d'exercer son commandement et désapprouvant la marche au nord de la Loire, il ne suit pas l'armée. Il est conduit par quelques fidèles dans l'armée du Marais, commandée par Charette, et trouve finalement refuge sur l'Île de Noirmoutier le . vignette|gauche|Le Général Lescure blessé passe la Loire à Saint-FlorentJules Girardet, 1882, musée de Birkenhead (Royaume-Uni). Dès lors, à Varades, l'armée catholique et royale se retrouve sans chef et doit donc élire un nouveau généralissime. Unanimement, les officiers vendéens choisissent Lescure pour les commander. Mais ce dernier doit décliner l'offre à cause de sa blessure. À la place, il propose aux officiers de choisir Henri de La Rochejacquelein. Celui-ci hésite d'abord, puis finit par accepter ; il est élu général en chef à l'âge de seulement 21 ans.
Pendant la traversée, un messager venu de Jersey se présente aux Vendéens. Louis de La Haye-Saint-Hilaire, ancien conjuré de l'Association bretonne apporte un message des princes émigrés en Angleterre. Les Anglais promettent de débarquer des troupes de l'armée des émigrés, mais, pour cela, il faut que les Vendéens s'emparent d'un port. Les généraux répondent favorablement à cette proposition. Un autre message, écrit par le pape Pie VI, est une réponse à un courrier envoyé par l'abbé Bernier ; il annonce que Gabriel Guyot de Folleville, membre du Conseil vendéen, qui se dit évêque d'Agra, est en réalité un imposteur. Embarrassés, les généraux décident finalement de l'écarter discrètement afin de ne pas démoraliser l'armée.
Le , l'armée quitte Varades et prend la direction de Laval. La troupe est forte d'environ dont , sans compter les renforts futurs, accompagnée de , blessés, vieillards, femmes et enfants. Il est généralement estimé que au total, vendéens et chouans, ont pris part à la virée, le nombre de étant le plus souvent cité. Toute cette troupe forme une colonne longue de 18 kilomètres. Les principaux officiers vendéens sont alors de La Rochejacquelein, général en chef, Jean-Nicolas Stofflet, commandant en second, Antoine-Philippe de La Trémoïlle, prince de Talmont, commandant de la cavalerie, secondé par Henri Forestier, Gaspard de Bernard de Marigny, commandant de l'artillerie ; Guy Joseph de Donnissan, président du conseil vendéen ; les autres chefs sont Charles de Royrand, François de Lyrot de La Patouillère, Jacques Nicolas Fleuriot de La Fleuriais, Charles de Beaumont d'Autichamp, Piron de La Varenne, Louis-Marie de La Roche Saint-André, des Essarts, Charles Sapinaud de La Rairie et Rostaing. L'armée est toujours accompagnée du général Lescure, qui ne pouvant plus prendre part aux combats, continue néanmoins d'offrir ses conseils à l'état-major.
Situation des Républicains upright|vignette|gauche|Jean-Baptiste KléberJean-Urbain Guérin, 1798, Nationalmuseum, Stockholm. Les forces républicaines de l'armée de l'Ouest sont enfin parvenues à coordonner correctement leurs attaques et à vaincre les forces vendéennes. Après la bataille de Cholet, cependant, ils font l'erreur de croire la guerre définitivement gagnée et tardent à attaquer Saint-Florent-le-Vieil. Lorsqu'enfin ils pénètrent dans le bourg, celui-ci est désert. Jusqu'au mois d'octobre, la principale faiblesse des troupes républicaines était leur manque de coordination, due à sa division en plusieurs armées, et à la rivalité de ses chefs. Le Comité de salut public met fin à cette division lorsque, le , il ordonne la mise une place d'une seule armée sous un commandement unique : l'armée de l'Ouest. Cette armée, créée par la fusion de l'armée des côtes de La Rochelle, l'armée de Mayence et de l'état-major de Nantes, jusque-là sous la direction de l'armée des côtes de Brest, est placée sous le commandement du général sans-culotte Jean Léchelle. Cependant, l'incompétence de ce général ne tarde pas à devenir notoire. Aussi plusieurs représentants en mission accordent-ils officieusement le commandement à Jean-Baptiste Kléber. Les principaux officiers de cette armée sont Michel Armand de Bacharetie de Beaupuy, Nicolas Haxo, François-Séverin Marceau-Desgraviers, François-Joseph Westermann, Alexis Chalbos, Vimeux, Scherb, Bard et Muller. Ces généraux sont accompagnés et surveillés par plusieurs représentants en mission, parmi lesquels : Antoine Merlin de Thionville, Louis Turreau, Pierre Bourbotte, René-Pierre Choudieu, Prieur de la Marne et Jean-Baptiste Carrier. Cette armée, lorsqu'elle se lance à la poursuite des Vendéens, est alors forte de .
Au nord de la Loire, les forces républicaines de l'armée des côtes de Brest, commandées par le général Jean Antoine Rossignol, sont dispersées. Cette armée, chargée de protéger les côtes contre une attaque ou un débarquement des Anglais, contrôle la Bretagne et le Maine, mais ses effectifs sont surtout concentrés sur les villes maritimes. Aussi, dans les terres, les troupes républicaines, prises par surprise et sous-estimant les Vendéens, sont systématiquement balayées. Bientôt, elles doivent demander des renforts à l'armée des côtes de Cherbourg, basée en Normandie. C'est ainsi que les Vendéens parviennent à atteindre Laval sans rencontrer de résistance sérieuse, ces quelques victoires faciles ayant même l'avantage de remonter leur moral. Les patriotes réagissent : du département de la Manche sont mobilisés et bretons, venus essentiellement du Trégor et de la Basse-Cornouaille, rejoignent l'armée républicaine avec enthousiasmeRoger Dupuy, La Bretagne sous la Révolution et l’Empire, 1789-1815, éditions Ouest-France université, Rennes, 2004, ..
Les victoires vendéennes
gauche|upright|vignette|Henri de La Rochejaquelein,Pierre-Narcisse Guérin, 1817, musée d'art et d'histoire, Cholet. vignette|upright|La Bataille d'Entrammes, Mort du général BeaupuyIl ne fut en réalité que blessé lors de cette bataille.,Alexandre Bloch, 1888, musée des beaux-arts de Rennes. Après avoir occupé Varades, l'état-major vendéen a décidé de marcher sur Laval, dans les anciennes terres du prince de Talmont. Ce dernier est persuadé que son influence provoquera l'insurrection du pays. Le les Vendéens atteignent Candé, puis Château-Gontier le 21, ne rencontrant que peu de résistance. Le , ils s'emparent de Laval au terme d'un court combat. Les généraux décident alors de donner quelques jours de repos à leurs hommes. Cependant, la même journée, les forces républicaines de l'armée de l'Ouest traversent la Loire à Angers et Nantes, bien décidées à se lancer à la poursuite des « Brigands ». Seul Nicolas Haxo reste en Vendée avec sa division, afin de combattre les troupes de Charette. Le , l'avant-garde républicaine, forte de commandés par Westermann et Beaupuy, entre dans Château-Gontier. Les républicains sont exténués, mais Westermann refuse d'attendre le gros de l'armée et, dès le lendemain, il se lance à l'attaque de Laval. C'est une déroute pour les forces républicaines qui perdent à Croix-Bataille.
Le lendemain, Westermann est rejoint à Villiers-Charlemagne par le reste de l'armée, commandée par Jean Léchelle. Celui-ci décide aussitôt de lancer une nouvelle attaque. Malgré l'opposition de Kléber, qui veut faire reposer la troupe, les républicains attaquent de nouveau Laval le . La stupidité du plan de Léchelle provoque une nouvelle déroute dans les environs d'Entrammes, et les républicains doivent fuir jusqu'au Lion-d'Angers. Dans la poursuite, les Vendéens reprennent même Château-Gontier où le général Beaupuy est grièvement blessé. Les Républicains comptent et blessés sur ; les Vendéens n'ont que 400 morts et sur .
Quelques jours plus tard, Léchelle est mis aux arrêts sur ordre de Merlin de Thionville et envoyé à Nantes, où il se suicide le . Le lendemain de la bataille, alors que les Vendéens retournent à Laval, Kléber décide de regagner Angers avec l'armée afin de réorganiser ses forces. Les représentants nomment Alexis Chalbos général en chef par intérim.
Les Chouans
vignette|upright|gauche|Jean ChouanL. de Labarre, 1840, musée de la Chouannerie, Plouharnel. En Bretagne et dans le Maine, l'armée catholique et royale reçoit assez rapidement des renforts venus de Laval, Fougères et des pays environnants. Au commencement de la virée de Galerne, Georges Cadoudal, qui combat depuis plusieurs mois avec les Vendéens, part recruter des troupes dans son Morbihan natal. Au début du mois de novembre, il rejoint les Vendéens à Fougères avec 150 hommes. Les populations du nord de la Loire sont majoritairement royalistes et l'arrivée des Vendéens provoque de nombreux troubles dans ces pays.