est un film japonais de Teinosuke Kinugasa, sorti en 1953. Il remporta le Grand Prix au festival de Cannes 1954.

Synopsis En l'an 1159 au Japon, pendant la Rébellion de Heiji, les luttes entre clans font rage. Celui du Minamoto tente de renverser le Taira au pouvoir. Afin de protéger la fuite de la princesse, une de ses dames de compagnie, Kesa (Machiko Kyō), est envoyée comme leurre sous la protection du valeureux guerrier Moritō (Kazuo Hasegawa) qui lui sauve la vie et tombe fou amoureux d'elle. Après que la rébellion a été matée, le Seigneur Kiyomori promet à Moritō la récompense qu'il demandera et cela quelle que soit cette récompense. Moritō, ignorant qu'elle est mariée au noble garde Wataru (Isao Yamagata), réclame de son maître qu'il intervienne afin de favoriser son mariage avec Kesa. Sa découverte de l'état marital de la jeune femme ne freine en rien ses ardeurs, bien au contraire. Il sombre vite dans une passion de plus en plus folle et agressive tandis que Kesa entend rester fidèle à son mari.

Fiche technique Titre français : La Porte de l'enferLa Porte de l'enfer (1953) - MCJP Titre original : Réalisation : Teinosuke Kinugasa Assistant réalisateur : Kenji Misumi Scénario : Teinosuke Kinugasa d'après la pièce de Kan Kikuchi Musique : Yasushi Akutagawa Orchestre : Orchestre symphonique du Kansai (関西交響楽団) Koto : Biwa : Yasuda Bugaku : Atomi / Ōsaka Garyōkai Photographie : Montage : Shigeo Nishida Son : Décors : Direction des couleurs : Sanzō Wada Direction technique : Costumes : Matsuzakaya Laboratoire : Compagnie qui deviendra IMAGICA Lab. en 1986. Production : Masaichi Nagata Société de production : Daiei Pays de production : Langue originale : japonais Format : EastmancolorLa Porte de l'enfer est le premier long métrage japonais en (selon le carton-titre) et le premier film en couleurs de la Daiei. — 1,37:1 — système sonore Western Electric MirrophonicMention « The New Western Electric Mirrophonic Sound System » portée sur le carton-titre du générique d'ouverture du film. — 35 mm Genre : drame, film historique, jidai-geki Durée : 89 minutes (9 bobines - 2441 m) Dates de sortie : Japon : France : , (re-sortie), (reprise) Affiche française : Clément Hurel

Distribution

Kazuo Hasegawa : Endō Moritō () Machiko Kyō : Dame Kesa, la femme de Watanabe Isao Yamagata : Watanabe Wataru Yatarō Kurokawa : Shigemori : Rokurō Jun Tazaki (Shintōhō) : Kogenta (Troupe ) : Kiyomori Masao Shimizu (Troupe Mingei) : Nobuyori (Daiichi Kyōdan) : Yachūta (Daiichi Kyōdan) : Masanaka Gen Shimizu (Daiichi Kyōdan) : Saburōsuke (Troupe Bungakuza) : Mano (Troupe Bungakuza) : Tone Kikue Mōri : Sawa : Yasutada : Iesada () : Moritada : Munemori : Kanefusa Taiji Tonoyama : Kakisuke : Otsuami : Sadafusa : Tanenari : Masumi : Sadachika Eigorō Onoe : Kunitsune : un vendeur d’huile : Mitsusada : un vendeur de bocaux : Tomoyuki : le prêtre du sanctuaire : un vendeur ambulant : Heita

Casting Le personnage de Moritō (interprété par une très grande star du cinéma nippon d'alors, Kazuo Hasegawa) évolue fortement durant le film. Valeureux au début, il change très vite une fois tombé amoureux de Kesa. Sa passion l'aliène complètement et l'aveugle jusqu'au drame final.

Machiko Kyō qui joue la douce et fidèle Kesa était elle aussi une immense vedette, notamment chez Akira Kurosawa (Rashomon, 1950) ou Kenji Mizoguchi (Les Contes de la lune vague après la pluie, 1953 et La Rue de la honte, 1956) sans oublier Yasujirō Ozu (Herbes flottantes, 1959).

Le fil de l'adaptation La légende de Kesa et Moritō remonte au cycle épique médiéval du Heike monogatari (Dit des Heike) tradition des XIIIᵉ–XIVᵉ siècles ; l'épisode est plus précisément conservé dans le Genpei seisuiki, variante développée du Dit des Heike, où sont relatés l'amour interdit du guerrier Endō Moritō pour Kesa, déjà mariée à Watanabe Wataru, et le meurtre tragique qui s'ensuit. Ryūnosuke Akutagawa en tire une nouvelle, , publiée en avril 1918 dans la revue Chūō Kōron : il en fait une relecture psychologique en deux monologues croisés, exposant la lâcheté et le désir trouble de Moritō face à la résolution désespérée de Kesa. Kan Kikuchi reprend la même matière dans une pièce de théâtre en cinq actes, , parue en 1923 (créée ensuite sur scène au théâtre Yūrakuza en 1935), où l'accent se déplace vers la fidélité et le sacrifice de Kesa envers son époux. C'est cette pièce qui sert de base au film de Teinosuke Kinugasa, , sorti en 1953.

Réception du film Sous la forte influence de son président Jean Cocteau, le jury du Festival de Cannes décida à la surprise générale d'accorder son Grand Prix (équivalent alors de la Palme d'Or) à La Porte de l'enfer, du Japonais Teinosuke Kinugasa, déjà vieux routier de la profession et dont le plus grand succès, Une page folle, datait de 1926.

L'attribution du prix fut sujet à controverses, ses contempteurs lui reprochant la banalité de l'histoire, des faiblesses dans le scénario et une artificialité trop importante. Au Japon, le film fut considéré à sa sortie comme l'un des pires du cinéaste, et plusieurs critiques du pays se sentirent insultés par l'accueil cannois. Cocteau, lui, affirmait que ce film possédait « les plus belles couleurs du monde. ». Le caméraman Kōhei Sugiyama utilisait l'Eastmancolor pour accentuer les teintes bleues et vermillon des kimonos.

Dans son Dictionnaire des films, Sadoul porte un jugement réservé sur le scénario tout en saluant la plastique du film. Il insiste sur le caractère de commande du projet et sur l'étonnement de Kinugasa — « le probe artiste » — devant le Grand Prix de Cannes 1954, étonnement redoublé par les rapprochements de certains critiques français avec « Phèdre » ou « Tristan et Iseult ». Pour Sadoul, le véritable intérêt de l'œuvre réside dans ses « très remarquables recherches de couleurs » — « rouge et orange pour une révolte de palais, bleues avec taches de pourpre pour une course de chevaux, chaudes lumières roses perçant la nuit ». Il conclut que le cinéaste « aurait aimé que le succès aille à ces réussites plutôt qu'à un dépaysement exotique ». Georges Sadoul, Dictionnaire des films, Paris, Seuil, coll. « Microcosme », 1967 , p. 197.

Pour l'historien du cinéma Tadao Satō, La Porte de l'enfer est « un film manifestement conçu pour les festivals internationaux », et « le calcul se révèle juste ». Il relève qu'« un peintre célèbre, Sanzō Wada, participe en tant que conseiller artistique à la réalisation des costumes et des armures de l'ère Genpei », et que « Kinugasa excelle à la composition d'images dans le style traditionnel de la peinture japonaise et crée des scènes rappelant les rouleaux peints du Moyen Âge ». Satō souligne toutefois le contraste des accueils : « les Japonais n'aiment pas ce film qui leur apparaît comme une exhibition riche en couleurs et en costumes traditionnels mais dont l'histoire leur semble ennuyeuse et l'interprétation artificielle », tandis qu'« à Cannes » il est « très apprécié […] pour sa composition de l'image et ses couleurs » — le cinéaste « avou[ant] néanmoins dans une interview que son film a peu de substance ». Tadao Satō, Le Cinéma japonais, Tome II, 1997, p. 43

Postérité En 2011, le film bénéficie d'une restauration numérique réalisée à partir d'un master positif obtenu par séparation trichrome du négatif original, sous la supervision de Fujio Morita — ancien assistant-opérateur du film — et avec le concours d' ; fruit d'un partenariat entre le National Film Center du Musée national d'art moderne de Tokyo et la Kadokawa, en coopération avec la NHK, cette première version rendant ses couleurs d'origine est diffusée le 2 mai 2011 sur NHK BS Premium.

En 2013, The Criterion Collection publie La Porte de l'enfer (version restaurée) en DVD et Blu-ray.

Distinctions Grand Prix du Festival de Cannes 1954 Grand Prix du Festival international du film de Locarno 1954 (prix décerné par le jury international de la critique)La Porte de l'enfer (1953) - Festival de Cannes Oscar d'honneur du meilleur film en langue étrangère, 27ᵉ cérémonie des Oscars de 1955 Oscar de la meilleure création de costumes (couleur) attribué à Sanzō Wada en 1955

Notes et références

Liens externes

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