vignette|326x326px|Siegfried et Hamo Sassoon avec leurs camarades de Cambridge (1906) Siegfried Loraine Sassoon ( – ) est un poète et écrivain britannique du cercle de Wilfred Owen et Robert Graves. D'abord connu pour ses poèmes de guerre au cours de la Première Guerre mondiale, il acquiert plus tard la célébrité avec ses Mémoires d'un chasseur de renards.

Jeunesse

Siegfried Sassoon naît dans une maison de campagne appelée Weirleigh, qui existe encore dans le village de Matfield (Kent), le .. Sa mère, Theresa Thornycroft est protestante anglicane et son père, Alfred Sassoon, appartient à une riche famille de commerçants juifs des Indes : les Sassoon, des Juifs Baghdadi. Cependant, Alfred Sassoon est déshérité lorsqu'il épouse une non-juive. Siegfried Sassoon est donc élevé à l'écart de la famille de son père. Theresa Thornycroft, peintre et sculptrice, est la sœur de Sir Hamo Thornycroft et appartient à une famille d'artistes et artisans.. Siegfried doit son prénom allemand au goût de sa mère pour les opéras de Richard Wagner.

En 1891, Alfred Sassoon quitte sa famille et vit en concubinage avec une amie de sa femme, puis meurt en 1895 de la tuberculose. Siegfried Sassoon grandit sans son père et fait ses études à la New Beacon Preparatory School dans le Kent, au Marlborough College dans le Wiltshire et au Clare College (Cambridge), où il étudie à la fois le droit et l'histoire de 1905 à 1907. Toutefois, il abandonne l'université sans diplôme et passe les années suivantes à chasser, jouer au cricket. Il publie à compte d'auteur quelques volumes de poésie qui passent inaperçu... Son premier succès véritable est The Daffodil Murderer, une parodie de The Everlasting Mercy de John Masefield, publié en 1913 sous le pseudonyme de « Saul Kain ».

Sassoon est attiré par les autres hommes assez jeune, mais ne comprend sa propre homosexualité qu'à l'université, notamment grâce à sa rencontre littéraire avec Edward Carpenter.

Son expérience de la guerre L'engagement précoce Poussé par son patriotisme, il rejoint l'armée alors que la Première Guerre mondiale est sur le point d'éclater. Il sert au Sussex Yeomanry le jour où le Royaume-Uni déclare la guerre, le . Il se casse le bras dans un accident de cheval, ce qui l'empêche de combattre et il passe en convalescence le . Son jeune frère Hamo est tué à Gallipoli.

En de cette même année, il rejoint les comme officier et, en novembre, est envoyé en France pour participer à la bataille de la Somme. Il se trouve alors en contact avec Robert Graves et tous deux deviennent grands amis.

Dans un premier temps, Sassoon réprouve la violence et le réalisme de la poésie de Graves, mais son expérience de la guerre impacte fortement sa propre pratique à partir de 1916. Dans « » il décrit ses poèmes comme étant passés d'une à un . Ses écrits sont caractérisés par des passages descriptifs saisissants qui reflètent la furie guerrière qui le saisit durant les combats. Au front, son état d'esprit est volatile et il exprime, dans sa correspondance, la sensation d'être un poète-prophète : la voix de la vérité pour sensibiliser les citoyens britanniques à la réalité de la guerre.

Le combattant valeureux Les périodes où Sassoon sert sur le front occidental sont marquées par des actions d'un courage exceptionnel, comme lorsqu'il s'empare seul d'une tranchée allemande de la ligne Hindenburg. Il devient un maniaque du courage, au point qu'il est surnommé « Mad Jack » par ses hommes pour ses exploits quasi suicidaires.

Il décide en 1917 de prendre position contre la façon dont la guerre est conduite. L'une des raisons de son opposition violente à la guerre est le décès sur le front de son amant David Thomas Cuthbert (appelé « Dick Tiltwood » dans la Sherston trilogy). Il met plusieurs années à surmonter son chagrin et écrit en l'honneur de David Thomas le poème « ».

De manière générale, la compassion que Susson développe pour les soldats sous son commandements apparaît parfois sous des traits homoérotiques dans ses poèmes. Cependant, s'il admet être amoureux d'autres hommes dans ses journaux et correspondances, ses poèmes évitent de s'étendre sur le sujet.

La rébellion À la fin d'un congé de convalescence en 1917 suite à une blessure à l'épaule, Sassoon refuse de reprendre son service. En signe de protestation, il prétend jeter le ruban de sa Military Cross dans la Mersey, mais, en , cette même médaille est retrouvée à Mull, dans un grenier de la maison où son fils a habité. La médaille est achetée par les Royal Welch Fusiliers pour être exposée dans leur musée de Caernarfon.

Encouragé par des amis pacifistes comme Bertrand Russell et Lady Ottoline Morrell, il envoie à son commandant une lettre intitulée « Déclaration d'un soldat ». Le texte est communiqué à la presse et un député qui lui est favorable en donne lecture au Parlement. Ses amis pacifistes et Edward Carpenter le soutiennent, mais la plupart de ses connaissances littéraires (Edward Marsh, Edmund Gosse et H.G. Wells) désapprouvent sa déclaration.Plutôt que de traduire Sassoon en cour martiale, les autorités militaires le déclarent inapte au service. Il est envoyé à l'hôpital militaire de Craiglockhart près d'Édimbourg, où il est soigné, officiellement pour . Il y rencontre le poète Wilfred Owen. Une copie manuscrite de l'hymne que Wilfred Owen dédie à la jeunesse sacrifiée (Anthem for doomed Youth) contenient des corrections de la main de Sassoon. Sassoon devient pour Owen « Keats, le Christ et Élie ». Sassoon se lit également d'amitié avec le psychologue W. H. R. Rivers, qui devient une figure paternelle.

Le retour au front En , Sassoon est de retour sur le front français mais son attitude est cette fois lasse et nerveuse. Le mois suivant il est victime d'un tir accidentel et passe le reste de la guerre en convalescence.

L'après-guerre Carrière d'écrivain

Poésie et journalisme Après la guerre, Sassoon déménage à Londres pour s'engager dans une carrière d'homme de lettres. En matière de poésie, il rejoint le mouvement , qui s'insère entre la période victorienne et le modernisme. Après la guerre, le mouvement privilégie les sujets pastoraux ce qui, par contraste avec les Modernistes, donne une impression de vacuité. Comme Sassoon se désintéresse des débats théoriques et littéraires, il reste une figure marginale au sein du mouvement et son succès littéraire atteint son paroxysme avec sa poésie de guerre. Par ailleurs, il est a beaucoup plus de sensibilités pour la poésie victorienne que pour celle de ses contemporains.

Sassoon écrit également des satires, genre en vogue durant les années 1920. La critique de la guerre éveille en lui des sympathies pour le socialisme, bien que ses connaissances politiques soient superficielles. Ses satires sociales ne sont ni réussies, ni populaires. En 1919, il prend un poste de rédacteur en chef au journal socialiste The Daily Herald. À ce poste, il a la charge de commander des textes à des auteurs connus comme E. M. Forster, Charlotte Mew, Arnold Bennett ou Osbert Sitwell. Dès le milieu des années 1920, il abandonne la politique et le monde intellectuel.

Persuadé qu'un auteur doit souffrir de son art, il se retire de la vie publique mais les textes qu'il produit n'ont plus aucun mérite artistique, selon Paul Moeyes. Frustré, il décide de poursuivre sa carrière hors de tout mouvement littéraire et en suivant ses propres instincts. Il s'inspire du poète , dont les textes permet à Sassoon de renouer avec sa foi et son identité d'avant guerre. Sassoon admire également le poète gallois Henry Vaughan. Lors d'une visite au pays de Galles en 1923 ou 1924, il va en pèlerinage sur sa tombe à Llansantffraid-ym-Mechain. Il écrit à ce propos , le premier poème de sa nouvelle ère poétique. Selon Paul Moeyes, sa poésie d'après guerre s'améliore mais n'atteint jamais la qualité de celle de Hodgson ou Vaughan.

Prose Parallèlement, Sassoon s'engage dans une nouvelle direction. Dans les années 1920, il veut écrire « un autre Madame Bovary à propos de l'inversion sexuelle ». Il s'attelle donc à travailler sur son écriture en prose à travers ses journaux.

Pendant son séjour en Amérique, il rédige , premier volume d'une autobiographie romancée qui est publié anonymement. Presque immédiatement, le livre est accueilli comme un classique et confère à son auteur une célébrité nouvelle. Le livre remporte à la fois le James Tait Black Memorial Prize pour la fiction et le Hawthornden Prize. Pour Paul Moeyes, la qualité de ses mémoires laissent penser que Sassoon est plus doué en prose qu'en poésie.

Sassoon publie ensuite (1930) et (1936), les suites de ses mémoires. Par la suite, il revisite sa jeunesse et le début de son âge adulte avec trois volumes d'une autobiographie qui sont eux aussi fort acclamés : , et .

Il s'attelle ensuite à l'écriture de la biographie d'un auteur qu'il admire beaucoup dans sa jeunesse : George Meredith. Meredith montre à quel point Sassoon s'identifie aux idéaux du .

Une vie amoureuse agitée gauche|vignette|310x310px|De gauche à droite : Edith Olivier, Siegfried Sassoon, Hester Sassoon (née Gatty) Dans sa jeunesse, Sassoon connaît une succession d'amours masculines, notamment l'acteur Ivor Novello ; l'ancien amant de Novello, l'acteur Glen Byam Shaw ; le prince Philippe de Hesse-Cassel ; l'écrivain Beverley Nichols; l'artiste Gabriel Atkin.Stephen Tennant, un aristocrate ouvertement homosexuel qu'il rencontre en 1927, est le seul à lui faire durablement impression. Cecil Beaton et E.M. Forster tombent également sous son charme.

En couple avec Tennant à la fin des années 1920, la vie de Sassoon est rythmée par les séjours de convalescence de Tennant qui souffre de la tuberculose. Il lui écrit le poème « », mais Tennant se désintéresse de Sassoon après quelques années. En , Sassoon épouse Hester Gatty, beaucoup plus jeune que lui, qui donne naissance à un enfant : George (1936-2006). En famille, il vit heureux et reclus.

Siegfried Sassoon n'accepte jamais pleinement son homosexualité. Bien qu'il hésite, dans les années 1920, à traiter du sujet dans un roman, le projet ne voit jamais le jour et son orientation sexuelle n'apparaît jamais ouvertement dans ses écrits publiés, même ses autobiographies.

Seconde Guerre mondiale et fin de vie

Renouveau patriotique En , il rédige et publie deux poèmes qui appellent aux armes et glorifie l'esprit guerrier des Anglais. Il ne semble pas voir l'ironie de ce retournement de situation, après des années passées à critiquer et s'opposer aux horreurs de la guerre. vignette|Tombe de Siegfried Sassoon à Mells

Les dernières années et la conversion au catholicisme Séparé de sa femme en 1945, Sassoon vit isolé à Heytesbury dans le Wiltshire. Néanmoins, il reste en contact avec un cercle d'amis et collègues qui comprend E. M. Forster et . Il compte parmi ses amis proches le jeune joueur de cricket Dennis Silk. Il se lie étroitement d'amitié avec Vivien Hancock, directrice de la Greenways School à Ashton Gifford, où son fils George suit des cours.

Vers la fin de sa vie, ses poèmes deviennent de plus en plus spirituels et axés sur des thèmes chrétiens. Il ne se voit plus comme un écrivain indépendant mais comme un instrument de Dieu. En 1957, il se convertit au catholicisme et est admis à l'abbaye bénédictine de Downside. Il écrit peu et publie encore moins après sa conversion, mais accepte la en 1957 et un doctorat honorifique en Littérature de la part de l'Université d'Oxford en 1965. Il rend régulièrement visite aux religieuses de l'abbaye de Stanbrook, dont la presse imprime des éditions commémoratives de quelques-uns de ses poèmes.

Sassoon meurt sept jours avant son , le . Il est inhumé à l'église St Andrew de Mells, dans le Somerset, près de Ronald Knox, qu'il admirait.

Reconnaissance

Distinctions Military Cross Commandeur de l'ordre de l'Empire britannique James Tait Black Memorial Prize Hawthornden Prize