La littérature yiddish comprend tous les écrits littéraires en yiddish, la langue des Juifs ashkénazes, dérivé du moyen haut allemand. La langue yiddish prend ses racines en Europe centrale, et a migré au cours des siècles vers l'Europe de l'Est : Yiddishland.
La littérature yiddish est généralement divisée en trois phases : la littérature yiddish ancienne que l'on peut dater entre 1300 et 1780 ; la littérature de la Haskala et la littérature hassidique de 1780 aux environs de 1890 ; et la littérature yiddish moderne de 1864 jusqu'à nos jours.
Littérature yiddish ancienne vignette|droite|200px|Première édition du Bovo-Bukh de 1507–1508, imprimé en 1541, le premier livre yiddish non religieux.
La littérature yiddish commence avec des traductions et des commentaires de textes religieux (voir article sur la langue yiddish pour une description complète de ces textes).
L'écrivain le plus important de cette littérature est Élie Lévita (1469-1549, connu aussi sous le nom de Elye Bokher) qui a traduit et adapté le roman chevaleresque Beuve de Hanstone, via sa version italienne, Buovo d’Antona. La version de Levita appelée Bovo d'Antona, et plus tard connue sous le titre de Bovo-Bukh, a circulé en version manuscrite depuis 1507, avant d'être publiée à Isny im Allgäu en Allemagne en 1541. Cette œuvre illustre l'influence des formes littéraires européennes sur la littérature yiddish émergente, non seulement sur le choix du sujet, mais aussi dans la forme de ses strophes et de ses vers, adaptés des huitains italiens. Néanmoins, Levita a modifié de nombreux aspects de l'histoire, pour refléter des éléments juifs, bien que ceux-ci soient difficilement compatibles avec la nature essentiellement chrétienne de la chevalerie. (Michael Wex dans son livre Born to Kvetch, en 2005, analyse les tensions entre les éléments chrétiens et juifs dans le livre de Levita).
Une autre œuvre importante de la littérature yiddish ancienne est le Maysse bukh (Livre d'histoires). Ce livre rassemble les contes éthiques basés sur les sources hébraïques et rabbiniques, ainsi que les contes folkloriques et les légendes. En se basant sur quelques histoires non juives qui y ont été incorporées, les chercheurs en ont déduit que le compilateur devait vivre dans la région qui correspond à l'ouest de l'Allemagne durant le dernier tiers du . Il a initialement été publié en 1602. Ses histoires édifiantes sont toujours lues de nos jours dans les communautés très religieuses, et plus particulièrement parmi les Hassidim.
Les femmes écrivaient rarement de la littérature yiddish, mais plusieurs recueils de tkhines (prières personnelles ne faisant pas partie de la liturgie juive) ont été écrits par des femmes telles que Sara Bas-Toyvim et Sarah Rebekah Rachel Leah Horowitz, toutes les deux au . Le texte le plus étendu écrit par une femme est le journal de Glückel von Hameln, un document familial du , publié seulement en 1896.
Littérature de la Haskala et littérature Hassidique (à partir de 1750)
L'essor du judaïsme hassidique à la fin du a donné naissance à un genre spécifique d'ouvrage littéraire. Parmi les écrits publiés, on trouve ceux exaltant le Baal Shem Tov (1698-1760) et décrivant sa vie. Les contes étaient des éléments cruciaux pour propager le Hassidisme, et le Baal Shem Tov lui-même ainsi que son arrière-petit-fils le rabbi Nachman de Breslov (1772-1810) utilisaient des histoires basées sur des contes folkloriques pour véhiculer des messages spirituels. Leurs contes étaient transcrits et regroupés par leurs disciples. Les contes du rabbi Nachman ont eu un effet notable dans le développement de la littérature yiddish. Le recueil le plus connu de ses œuvres est le Sipure mayses (Conte) de 1815. Parmi les caractéristiques importantes de ces contes, on trouve l'utilisation d'allégorie pour simplifier l'abstraction, et la fusion de motifs folkloriques juifs et non-juifs.
Pendant les mêmes années qui voient l'émergence du Hassidisme, le mouvement séculaire juif le plus important apparaît sous la forme de la Haskala. Ce mouvement est influencé par les Lumières et opposé aux superstitions dans la vie religieuse et à l'éducation vieillotte donnée à la plupart des Juifs. Il propose une meilleure intégration dans la culture européenne et dans la société et s'oppose irréductiblement au Hassidisme.
Les principaux écrivains qui ont utilisé leur talent pour répandre cette vision sont Israel Aksenfeld (1785-1866), (1802-1856) et (1807-1893). Aksenfeld a tout d'abord été un partisan du rabbi Nachman de Breslov, mais a abandonné ensuite le Hassidisme pour devenir un de ses adversaires les plus acharnés. Son roman Dos shterntikhl (Le foulard), publié en 1861, dépeint le monde hassidique comme intolérant et borné. Seuls cinq de ses ouvrages ont été publiés en raison de l'opposition des responsables hassidiques. Ses œuvres sont réalistes et sont influencées par la littérature russe du . Ettinger était un médecin et a écrit des pièces de théâtre, dont celle considérée comme la plus importante de la Haskala, Serkele. Son style satirique montre l'influence des pièces dramatiques européennes: un historien suppose qu'il a lu et s'est inspiré des pièces de Molière. Dik (1808-1893) a écrit de courtes histoires qui se sont vendues à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires sous forme de livre. Son rôle dans le développement de la littérature est important tant par le fait qu'il ait réussi à créer un lectorat yiddish que par le contenu de ses œuvres qui tendent vers le didactique. Il a aussi écrit en hébreu, dont la remarquable parodie talmudique, Masseket Aniyyut (« Traité de la Pauvreté »).
Une liste d'auteurs de la Haskala
Moses Mendelssohn (1729-1786) Moyshe Markuse (1743-1800 ?)., Ezer Yistrael (Le secours d'Israël, 1789) Mendl Lefin Sotenover (1749-1826). Aaron Halle-Wolfssohn (1754-1835), dramaturge Yitsklalk Euchel (1756-1804), dramaturge, Sefat Emet Reb Nakhmen Braslever ou Nahman de Bratslav (1772-1810). (1772-1811), conteur, Sipurey mayses (1816) Nathan Shternhertz (1780-1845) Israel Aksenfeld (1785-1866) Yisroel Aksenfeld (1787-1866)., dramaturge, nouvelliste Mensahe Ilier (1797-1831), Lebn Mittel (Le remède)
(1802-1856, Shloïme Etinger), fabuliste, dramaturge, Serkele Ayzik Meir Dik ou (1807-1893)., nouvelliste, de Lituanie (1810/1811-1899), der Dektukh (Le voile) Alexander Tzederboïm ou (1816-1893)., journaliste, éditeur Mattityahu Strashun (1817-1885), rabbin érudit, qui lègue sa bibliothèque à la communauté à sa mort Shie Mordkhe Lifshitz (1829-1878), lexicographe Mendele Moïkher Sforim (1836-1917), romancier, Dos kleyne Mentshele (1862), Di takse (1869)
Isaac Leib Peretz (1856-1915) Yankev Dinezon (1856-1919), romancier.. Mordkhe Spektor (1858-1925), romancier. Sholem Rabinovitch (1859-1916), nouvellite, dramaturge, romancier
La littérature yiddish moderne (à partir de 1860)
Les écrivains yiddish classiques
La littérature yiddish moderne prend généralement pour origine la publication en 1864 du roman "Dos kleyne mentshele" ("La petite personne") de Sholem Yankev Abramovitsh. Abramovitsh avait initialement écrit en hébreu, la langue dans laquelle communiquaient entre eux une grande partie des tenants de la Haskala, jusqu'à la publication de son livre. Dans le roman, publié tout d'abord sous forme d'une série dans un journal yiddish, Abramovitsh introduit son alter-ego, le personnage de Mendele Moïch Sforim ("Mendele" le vendeur ambulant de livres") comme narrateur de l'histoire. Abramovitsh lui-même est souvent connu par ce surnom et celui-ci apparaît comme l'auteur de plusieurs de ses livres, produisant un jeu complexe de relations entre l'auteur, son personnage et le lecteur qui a été étudié par Dan Miron. L'œuvre d'Abramovitsh est ironique et incisive, tout en gardant le ton d'un narrateur folklorique. Ses livres critiquent la corruption à l'intérieur de la communauté juive et celle imposée par les institutions gouvernementales russes et polonaises. Il poursuit la tradition de la littérature de la Haskala avec ses attaques contre les superstitions et les traditions démodées, telles que les mariages arrangés. Sa parodie extraordinaire des romans picaresques, Kitser masoes Binyomen hashlishi (« Les voyages de Benjamin III, » une parodie des Voyages de Benjamin (de Tudèle)), publiée en 1878, est sa dernière grande œuvre et offre la plus forte critique de la vie juive dans la Zone de résidence.
L'influence d'Abramovitsh repose sur deux facteurs: tout d'abord, il a écrit en yiddish à une période où la plupart des intellectuels juifs s'orientaient soit vers l'hébreu soit vers une langue non-juive telle que l'allemand. Deuxièmement, comme l'a démontré Dan Miron, Abramovitsh a ancré fermement la façon de s'exprimer en yiddish dans l'ère de la modernité, par l'utilisation de stratégies rhétoriques qui lui a permis d'exprimer son programme de réforme sociale d'une façon hautement littéraire et artistique. La pénétration de la littérature yiddish sous sa forme moderne qui a suivi Abramovitsh, démontre l'importance de donner une voix aux aspirations juives aussi bien sociales que littéraires.
Les écrivains les plus importants qui ont suivi Abramovitsh sont Sholem Rabinovitsh, plus connu sous son pseudonyme de Cholem Aleikhem, et Isaac Leib Peretz. Les œuvres les plus célèbres de Cholem Aleikhem sont ses histoires centrées sur le personnage de Tevie le laitier. Écrites tout au long de nombreuses années et en réponse à une grande variété de catastrophes juives de la fin du et du début du , ces histoires illustrent le style d'Aleikhem, y compris son empreinte typique du « rire au travers des larmes. » Peretz a donné au yiddish toute une série de techniques modernes qu'il a découvertes dans les romans européens. Tout en étant lui-même politiquement radical, principalement au cours des années 1890, ses romans sont particulièrement nuancés et permettent de multiples interprétations. Ses œuvres sont à la fois simples et caustiques, plus psychologiques et plus individualistes que celles d'Abramovitsh ou d'Aleikhem. Pour ces raisons, il est considéré comme le premier vrai moderniste de la littérature yiddish. Il a écrit principalement des histoires dont l'une des plus connues est Bontshe shvayg (Bontshe le silencieux). Comme pour la plupart de ses œuvres, il s'arrange pour transmettre deux messages apparemment opposés: la sympathie pour l'opprimé et la critique de la passivité de l'opprimé face à l'oppression.
Ensemble, Abramovitsh, Aleikhem et Peretz sont généralement considérés comme les trois écrivains yiddish « classiques » (« di klasiker » en yiddish). On les surnomme parfois respectivement le « grand-père », le « père » et le « fils » de la littérature yiddish. Cette formule ne prend pas en compte qu'ils étaient à peu près contemporains, et qu'ils doivent être appréhendés comme un phénomène unique plutôt que comme des manifestations générationnelles distinctes. Néanmoins, cette formule a été proposée par les écrivains classiques eux-mêmes, peut-être comme moyen d'investigation de leur culture littéraire naissante dont le lignage peut remonter aux autres littératures du monde qu'ils admirent
Mouvements littéraires et principaux écrivains
Les pièces dramatiques en yiddish se sont tout d'abord développées séparément, avant de s'entrecroiser plus tard avec les autres mouvements yiddish. Les premières pièces, suivant l'exemple d'Ettinger, ont été écrites par Abraham Goldfaden et par Jacob Michailovitch Gordin. La plupart des pièces présentées dans les théâtres yiddish étaient alors des traductions du répertoire européen et devaient autant au théâtre allemand qu'aux écrivains yiddish classiques.