Jules Supervielle est un poète et écrivain franco-uruguayen. né le à Montevideo et mort le dans le Acte de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 670, vue 8/31..
Né à Montevideo, il perd ses parents à l'âge de huit mois. Élevé par son oncle et sa tante, il fait ses études à Paris et, sans perdre contact avec l'Uruguay, fréquente les milieux littéraires de l'avant-garde parisienne à partir des premières années du .
Biographie Jeunesse Jules Supervielle vient d'une famille basco-béarnaise très unie : Bernard, son oncle, fonde une banque, en Uruguay, avec sa femme Marie-Anne, de 1880 à 1883.. Cette entreprise devient rapidement familiale : Bernard demande à son frère Jules, père du poète, de venir le rejoindre en Uruguay. Jules fait du trio un quatuor en épousant Marie, sœur de Marie-Anne et future mère du poète.
Ce dernier naît donc le à Montevideo, en Uruguay, d'un père béarnais et d'une mère basque. La même année, ses parents et lui rentrent en France pour rendre visite à leur famille. C'est à Oloron-Sainte-Marie que se produit un tragique accident : son père et sa mère meurent brutalement, sans doute empoisonnés par le vert-de-gris d'un robinet en cuivre, ou victimes du choléra. L'enfant est d'abord élevé par sa grand-mère.
En 1886 son oncle Bernard le ramène en Uruguay, où il l'élève avec sa femme comme s'il était son propre fils.
Les débuts d'une vocation littéraire À l'âge de neuf ans, Jules Supervielle apprend, par hasard, qu'il n'est que le fils adoptif de son oncle et sa tante. Il commence la rédaction d'un livre de fables sur un registre de la banque Supervielle.
En 1894, son oncle et sa tante s'installent à Paris. Jules Supervielle y fera toutes ses études secondaires.
Il découvre Musset, Hugo, Lamartine, Leconte de Lisle et Sully Prudhomme. Il commence à écrire des poèmes en cachette.
Il publie à compte d'auteur une plaquette de poèmes intitulée Brumes du passé en 1900. Il passe ses vacances d'été en Uruguay en 1901, 1902 et 1903. De 1902 à 1906 : Il poursuit ses études, depuis le baccalauréat jusqu'à la licence de lettres. Il fait aussi son service militaire mais, de santé fragile, il supporte mal la vie de caserne.
L'entrée dans la vie adulte En 1907, Jules Supervielle épouse Pilar Saavedra (1885-1976), à Montevideo. De cette union naissent six enfants, entre 1908 et 1929.
En 1910, il dépose un sujet de thèse sur le sentiment de la nature dans la poésie hispano-américaine. Des extraits paraîtront dans le Bulletin de la bibliothèque américaine. Il publie Comme des voiliers, son deuxième recueil de poèmes. Après de nombreux voyages, il s'installe à Paris, dans un appartement, 47, boulevard Lannes, où il demeurera pendant vingt-trois ans, tout en se rendant souvent en Uruguay, sa seconde patrie.
Durant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé de 1914 à 1917. Il travaille notamment au ministère de la Guerre, en raison de ses compétences linguistiques. Dès 1917, il lit beaucoup et découvre Claudel, Rimbaud, Mallarmé, Laforgue et Whitman. En 1919, son troisième recueil Poèmes de l'humour triste est envoyé à plusieurs écrivains déjà connus, notamment Gide et Valéry, qui lui répondent favorablement et le mettent en contact avec La Nouvelle Revue française (NRF).
Naissance d'un poète En 1922, Jules Supervielle publie son premier recueil important de poèmes, Débarcadères. L'année suivante, c'est le début d'une longue amitié avec Henri Michaux, qui deviendra son ami intime et lui dédicacera ses Énigmes dans son premier recueil Qui je fus. C'est aussi cette année-là qu'il publie son premier roman, L'Homme de la pampa.
En 1924, sa première nouvelle importante, La Piste et la Mare, paraît dans la revue Europe.
Il se lie avec le grand poète autrichien Rainer Maria Rilke en 1925 et publie un des recueils poétiques majeurs du , Gravitations. En 1927, il devient l'ami intime de Jean Paulhan et lui soumet désormais tous ses textes.
Son premier recueil important de nouvelles fantastiques, L'Enfant de la haute mer, qui rassemble cinq textes publiés entre 1924 et 1930 et trois inédits, sort en 1931. À cette époque, il s'adonne à de nombreuses activités littéraires et acquiert la reconnaissance de la critique, y compris en Uruguay. Sa première pièce importante, La Belle au bois, voit aussi le jour à cette époque. Par ailleurs, il ne cessera de remanier ses textes, donnant lieu à de multiples rééditions, et les fait passer souvent d'un genre littéraire à un autre. En 1934, il signe avec Louis Cattiaux et Louis de Gonzague-Frick le manifeste du Transhylisme.. En 1938, il se lie avec René Étiemble qui lui a consacré un des ouvrages les plus complets..
Les années d'exil Avec la déclaration de guerre en 1939 commencent des années difficiles : la tension internationale, des difficultés financières et des ennuis de santé (problèmes pulmonaires et cardiaques) conduisent Jules Supervielle à s'exiler pour sept ans en Uruguay. Il est promu officier de la Légion d'honneur en 1939Officier de la Légion d'honneur, base Léonore. La banque Supervielle fait faillite en 1940 ; le poète est ruiné.
Mais son activité littéraire est toujours aussi intense.. Il écrit de nombreuses pièces de théâtre qui seront par la suite montées par de grands metteurs en scène, tel Louis Jouvet. Il continue par ailleurs de s'adonner à des traductions (Guillen, Lorca, Shakespeare…) et recevra plusieurs prix littéraires tout au long de ces années de la maturité. En 1944, il fait une série de conférences à l'université de Montevideo sur la poésie française contemporaine.
La consécration En 1946, Jules Supervielle rentre en France, nommé attaché culturel honoraire auprès de la légation d'Uruguay à Paris. Il publie ses premiers contes mythologiques sous le titre Orphée, édité en 1950 chez Gallimard sous le titre Premiers pas de l'univers.
vignette|Plaque au quai Louis-Blériot. Entre 1953 et 1960, il vit au 7, quai Louis-Blériot, où une plaque commémorative lui rend hommage. En 1955, il publie un récit autobiographique intitulé Boire à la source, ainsi que quelques pages précieuses sur sa conception de la poésie : en songeant à un art poétique, à la suite de son recueil poétique Naissances.
Sous la plume de Robert Mallet, un hommage lui est rendu la même année pour son œuvre poétique et théâtrale dans les Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault.
À cette époque, il souffre d'arythmie et des séquelles de son infection pulmonaire.
En 1959, il fait paraître son dernier recueil poétique, Le Corps tragique. En 1960, il est élu prince des poètes par ses pairs.
Le , il meurt dans son appartement parisien ; il est inhumé à Oloron-Sainte-Marie. En octobre, la NRF fait paraître un numéro spécial qui lui rend hommage.
De 1966 à 1987, Gallimard édite, dans la collection « Poésie », ses principaux recueils poétiques. En 1996, ses œuvres poétiques complètes sont publiées dans la Bibliothèque de La Pléiade.
Pilar meurt à son tour en 1976 ; elle est enterrée aux côtés de son mari.
Influences
Jules Supervielle s'est tenu à l'écart des surréalistes. Désireux de proposer une poésie plus humaine et de renouer avec le monde, il rejetait l'écriture automatique et la dictature de l'inconscient, sans pour autant renier les acquis de la poésie moderne depuis Baudelaire, Rimbaud et Apollinaire, ainsi que certaines innovations fondamentales du surréalisme.
Attentif à l'univers qui l'entourait comme aux fantômes de son monde intérieur, il a été l'un des premiers à préconiser cette vigilance, ce contrôle que les générations suivantes, s'éloignant du mouvement surréaliste, ont mis à l'honneur. Il a anticipé les mouvements des années 1945-50, dominés par les puissantes personnalités de René Char, Henri Michaux, Saint-John Perse ou Francis Ponge, puis — après la parenthèse avant-gardiste des années 1960-70 — ceux des poètes désireux de créer un nouveau lyrisme et d'introduire une certaine forme de sacré ou, tout au moins, une approche plus modeste des mystères de l'univers, sans remise en cause radicale du langage : Yves Bonnefoy, Edmond Jabès, Jacques Dupin, Eugène Guillevic, Jean Grosjean, André Frénaud, André du Bouchet, Jean Follain, pour ne citer qu'eux.
Ses admirateurs ou successeurs spirituels se nomment René Guy Cadou, Alain Bosquet, Lionel Ray, Claude Roy, Philippe Jaccottet , Jacques Réda…
Principales œuvres Poésies
Romans et théâtre
Rééditions 1996 : Œuvres poétiques complètes, sous la direction de Michel Collot, Gallimard, , 2006 : Les Pyrénées. Saint-Jean-Pied-de-Port. OloronTextes issus de Boire à la source, livre aujourd'hui quasiment introuvable. Ils évoquent le retour à la terre natale qui fut aussi celle où ses parents moururent tragiquement, alors qu'il n'était âgé que de quelques mois. C'est en 1926 que le poète effectue ce « pèlerinage » dans les rues, les maisons de sa petite enfance. Précision des descriptions, émotions, ces textes plongent le lecteur dans le Pays basque et le Béarn de la fin du ., postface de Jacques Le Gall, photographies de Jean-Christophe Garcia, Le Festin, , 2006 Uruguay, préface de Marie-Laure de Folin, petite-fille de Supervielle, éditions des Équateurs, 2007, 92 p. ; première édition, Émile-Paul Frères, 1928
Adaptation théâtrale : création de La Belle au bois, mise en scène par le Collectif Quatre Ailes, qui a choisi de saisir l'univers merveilleux de cette pièce dans un décor d'images et de tricot ; La Scène Watteau, Théâtre de Nogent-sur-Marne..
Hommages et postérité En 1990, la ville d'Oloron-Sainte-Marie crée le prix Jules-Supervielle ; parmi ses lauréats, on relève les noms d'Alain Bosquet, d'Eugène Guillevic, de Henri Thomas, de Jean Grosjean et de Lionel Ray. Le lycée français de Montévidéo porte son nom. Une rue de Loos-en-Gohelle porte son nom.
Notes et références
Voir aussi
Études critiques Claude Roy, Jules Supervielle, éd. Pierre Seghers, , 1964 Claude Roy, Supervielle, Paris, Poésies P., NRF, 1970 Sabine Dewulf, Jules Supervielle ou la connaissance poétique - Sous le soleil d’oubli, , en deux tomes, Paris, L’Harmattan, 2001 Sabine Dewulf, La Fable du Monde, Jules Supervielle, , Bertrand-Lacoste, 2008 Collectif dirigé par Sabine Dewulf et Jacques Le Gall, Jules Supervielle aujourd'hui, actes du colloque des et à Oloron-Sainte-Marie Sabine Dewulf, Le Jeu des miroirs, Découvrez votre vrai visage avec Douglas Harding et Jules Supervielle, éd. Le Souffle d'Or, 2011 Odile Felgine, L'Écriture en exil, Dianoïa, PUF, 2014
Vidéo
Audio Poèmes en douce, textes de Jules Supervielle dits et chantés, création 2024.
Radio « Jules Supervielle » dans Une vie, une œuvre, France Culture, le (archives Radio France)
Liens externes
Un homme à la mer (analyse) Base Léonore
Catégorie:Naissance à Montevideo Catégorie:Écrivain français du XXe siècle Catégorie:Romancier français du XXe siècle Catégorie:Poète français du XXe siècle Catégorie:Dramaturge français du XXe siècle Catégorie:Nouvelliste français du XXe siècle Catégorie:Traducteur français du XXe siècle Catégorie:Traducteur de poésie Catégorie:Traducteur depuis l'anglais vers le français Catégorie:Traducteur d'œuvres littéraires de William Shakespeare Catégorie:Prince des poètes Catégorie:Lauréat du grand prix de littérature de l'Académie française Catégorie:Écrivain uruguayen francophone Catégorie:Nouvelliste uruguayen du XXe siècle Catégorie:Traducteur uruguayen Catégorie:Auteur publié dans la Bibliothèque de la Pléiade Catégorie:Lauréat du prix Heredia Catégorie:Officier de la Légion d'honneur promu en 1939 Catégorie:Personnalité uruguayenne née d'un parent français Catégorie:Personnalité liée à Oloron-Sainte-Marie Catégorie:Personnalité inhumée dans les Pyrénées-Atlantiques Catégorie:Naissance en janvier 1884 Catégorie:Décès en mai 1960 Catégorie:Décès dans le 16e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 76 ans